Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

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20/04 – De l’importance de faire des choses
01/05 – Ukraine, Russie, Crimée et perte d’un bras à Sébastopol
01/05 – Résurrection
09/12 – Promenade en ville
01/05 – Une armée islamiste à nos portes ?
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De l’importance de faire des choses

de_l_importance_de_faire_les_chosesL’inanité, je connais et je pratique. Peut-être pas autant que j’use de la vanité (parce qu’il faut bien occuper les heures −présentes− qui me séparent de la dernière −encore absente−, mais que, à la différence de la flèche de Zénon qui ferait tout aussi bien de cesser sa course inutile, je connaîtrai), mais pas loin. Ce qu’on fait n’a de sens que celui que nous lui donnons, et quelles que soient les réalisations qui émanent de nos cerveaux fumeux et de nos doigts pétrifiés si nous leur demandons de produire le moindre feu, leur seul avenir est celui de l’oubli. Et que l’on ne me parle pas des œuvres des uns ou des autres qui s’inscriraient dans le temps, car ce serait oublier qu’il ne s’agit que du temps humain. À l’instant où chacun disparaît, disparaît avec lui l’univers qu’il crut,  le candide, être pérenne. Alors, la belle affaire que laisser trace !
Ce qui ne m’empêche nullement de jouer ce à quoi jouent les êtres humains, infatigables dès qu’il s’agit de faire des choses qui ne servent à rien, sinon à continuer de bêtement espérer qu’elles et qu’ils ont et auront une quelconque importance.

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Voyage sans retour

Ma levée de corps achevée, au son mélodieux des pleureuses éplorées, après qu’une dernière fois j’aurai levé le coude, je lèverai le camp. Ma pâleur dira ô combien j’ai besoin de vacances. Aussi, armes, bagages et fourbi chargés sur mon char de feu –une Oldsmobile de deuxième génération récupérée sur la pellicule originale du Voyage sans retour, un film en noir et blanc de la Warner– , me mettrais-je en marche au sein de la cohorte des vaincus, sans autre but que celui de n’en plus avoir. Étant bel et bien refroidi, peu me chaut le froid glacial des enfers qu’alors il fera.
Franchis les océans d’incertitudes, les marais du doute et le désert de la mémoire que j’oublierai avoir traversé, enfin pourrai-je sérieusement commencer de penser à ne plus vivre. Il ne m’en coûtera rien.

Je ne verrai ni se faner les fleurs, ni moissonner les vivants, ni s’embraser le granit, pas plus que je n’entendrai le cri des suppliciés demandant grâce. Je serai éteint, comme l’étant déjà de presque toute éternité.

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Dieu, un créateur de génie aux multiples talents

Un émissaire de Dieu expliquant aux hommes que faire de ses prototypes et de sa kyrielle de dessins

Un émissaire de Dieu expliquant aux hommes que faire de ses prototypes et de sa kyrielle de dessins

— Tu crois en Dieu, toi ?
— Ben, vu que lui-même il y croit, je ne vois pas comment ne pas y croire. Puis quand on voit tout ce qu’il a inventé, on ne peut pas ne pas y croire. Ceci dit, j’admets qu’il a tout intérêt à croire en lui.
— Qu’est-ce qu’il a tant inventé ?
— Le ciel, la terre, tout ce qui vit, qui bouge, qui pousse, qui croît, comme les petits enfants ou les arbres.
— Les corbeaux aussi ?
— Non, enfin… si. Mais un corbeau ça croît pas, ça croasse.
— Bizarre, ça, que les corbeaux ça croie pas en Dieu. Et les grenouilles, elles y croient les grenouilles ?
— Faut croire qu’elles y croient, sinon je vois pas ce qu’elles feraient dans les bénitiers.
— Elles croassent, les grenouilles ?
— Non, elles coassent. Et le cri des bestiaux, c’est lui aussi qui les a inventés, en même temps qu’il les a fabriqués.

— Quand même balèze, le gars. Moi, tu me demanderais de fabriquer un ver de terre, pas sûr que j’y arriverais. Alors comme ça il a tout fait ? Tout ce qui existe ? Y compris lui-même ?
— Absolument tout. Y compris lui-même, en personne.
— Ben merde, alors. Il a dû en mettre du temps, un sacré bout de temps.
— Que nenni. En pas une semaine, c’était torché. Six jours montre en main.
— C’est le premier truc qu’il a inventé, la montre ?
— Faut croire. Six jours, pas un de plus, et fini le boulot.
— Six jours de boulot et à la retraite. Ça c’est un job qui m’aurait plu. Faut qand même reconnaître qu’il s’en est bien tiré, le bougre.
— Six jours, mais 24 heures sur 24, quand même. Autant dire qu’il n’a pas chômé.

— Y’a pas des trucs qu’il aurait fait un peu à la va-vite ? L’autre jour, par exemple, à Bricofourbi, j’ai acheté une perceuse. Au premier trou, elle était naze. La crise…
— Ah ça, ça dépend d’où elle vient. Le made in China, ça ne tient pas.
— Pourquoi ça tient pas ?

— Parce qu’en Chine, ils croient pas en Dieu comme nous on y croit. Ou c’est pas le même. Pareil si t’achètes un truc fabriqué chez les Arabes. Ça tient pas. Sauf les dattes, peut-être.

— Pourtant, paraîtrait que c’est pas les mêmes qu’ici, les dates. Et ce qui est fabriqué chez les Juifs, ça tient la route ? 
— Les avocats, les oranges, les missiles, sûr que ça n’est pas de la daube. Mais là où ils sont forts, en Israël, c’est pour les clous, les croix en bois, les chandeliers à plein de branches, plus leurs drôles de chapeaux. Pour les territoires occupés, c’est pas les derniers des cons, mais c’est une autre histoire. Après, pour les autres machins, vu que les Juifs il paraîtrait qu’ils ont fait un sale coup à Dieu, rapport à son gamin, c’est un peu comme pour les Chinois ou les Arabes, c’est sans garantie.
— Leurs fruits, leurs armes, leurs galurins, c’est vraiment Dieu qui a créé tout ça ?
— Faut pas rêver. En six jours, personne n’y arriverait. Alors il a fait des prototypes pour la plupart des trucs, et pour le reste, il a fait une nuée de dessins. Comme pour les chapeaux.
— Les desseins de Dieu ?

— Si tu veux.

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Des silences de quiétude

Comment c’est qu’il s’appelle, déjà, le nègre, je veux dire le gars qui dit qu’il fait de l’humour, ou si c’est pas lui qui le dit, c’est ceux qui paient leur place la peau des fesses pour lui faire la claque, que ceux qui aimeraient lui en filer, ils se défilent. Bon, je sais plus son nom, déjà que le mien c’est pas facile, mais hein, ça ferait pas avancer que j’y sache. Bref, l’humoriste, il nous les gonfle pas plus que ceux qui disent qu’il les leur gonfle, voir même un brin moins, et sans eux, va savoir si le rigolo, je dis rigolo, parce que c’est qu’il en fait rire, des paquets de gus, à faire ses blagues que, si tu sais pas ce que c’est que le bon goût et le fendage de gueule, t’as juste à tendre l’oreille, à pisser dans ton froc, et tu as tout compris. À une petite condition, d’accord, c’est que tu restes tranquille au premier degré, moi je dis que c’est moins casse-gueule question équilibrisme, le premier degré.
Après y’a quoi ? Ah voui, le Foué, le Foué avec sa nouvelle. Non mais on va où à s’occuper de ce qui nous regarde pas, rien que parce qu’on aimerait bien que ça nous regarde et que ça nous arrive, on peut toujours rêver. Même pas du second degré, le François. C’eut été un mec, sa nouvelle, je dis pas la crise de rires, que le nègre le mec d’origine africaine, je veux dire de l’Afrique profonde, sûr qu’il nous aurait encore fait marrer, mais non, et qui c’est qui l’a dans le baigneur encore une fois, à cause que ça censure, ah ! la bonne conscience.

Moi, je serais président, même si j’étais Obama ou un de la même couleur, mais soyons modestes, je serais Hollande, j’aimerais pas tant que des paparazzi me tirent le portrait pendant que la veuve poignet me fait une gâterie, non, j’y aimerais pas tant. Je veux pas dire que ça me plairait qu’ils me mitraillent pendant que je fourbis les armes avec une donzelle, mais question honorabilité et tout, ça se poserait là, et y’aurait rien à redire.

Bon, à part ça, je vois pas bien ce qu’il y a d’intéressant, si ce n’est le vieux, en Israël, je crois, qu’était déjà un peu mort depuis pas mal de temps, mais pas tout à fait assez pour qu’ils l’enterrent. Je vois pas pourquoi les juifs ils seraient pires que les autres question convenances, et si ça se trouve, même si je sais pas où, ils sont largement au-dessus du panier à côté des arabes, notez j’ai rien contre ni les uns ni les autres, mais y’a des limites qu’on dirait que plus ils sont bronzés, plus c’est pire. Je parle pas de la couleur de la peau, mais de celle de l’âme, encore que les âmes trop blanches, c’est pas moi qui le dis, mais mon père qu’était un peu trop juif pour qu’il soit encore là à le répéter, l’a pas pensé à se méfier, le père. Se méfier quand des qui font croire qu’ils pensent bien pensent qu’à mal et s’érigent en juges dans des tribunaux que c’est eux qu’ils les ont bâtis avec ceux qui les applaudissent dans l’ombre déguisée en lumière. D’un côté du rideau de haine ça pleure, de l’autre ça rit ; clown triste qui fait le clown d’un côté, clown rigolard qui fait le clown avec son nez rouge et ses grandes tatanes, de l’autre. On s’unit comme on peut et avec ce qu’on peut, barbelés ou pas, non ?

Encore quoi, entre les illuminés d’en bas qui éteignent la vie et les tristes sires d’en haut, sérieux et tout, qui te font croire que, sans eux, t’aurais pas le courant, juste la courante, sans le papier monnaie pour t’essuyer le cul, on pleure comme on peut.
Les idées de chiotte, diatribes, invectives, ressentiments, jugements, sentences, diktat, méchancetés, ça se met aux chiottes. Tu tires la chasse, tu te retournes, tu salues la compagnie, tu serres quelques mains. N’aie crainte de te les salir, tu as vu dans quel état de crasse elles sont, les tiennes ? Puis on trinque. Aux lèvres closes, celles d’où naissent les silences de quiétude.
Te reste encore à jeter balance Roberval ou romaine, replier les mètres, débiter les toises, ça fera pour la cheminée, détraquer les manomètres. Le maillet ? Garde-le pour une partie de croquet. Tu préfères le jeu de mail ? Qu’à cela ne tienne.

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La Corée du nord fête le nouvel an

Selon nos renvoyés spéciaux au Pays du Matin Calme –preuve de l’ouverture du pouvoir en place– une émouvante et très joyeuse cérémonie s’est déroulée pour fêter le nouvel an façon occidentale.
Après une minute de silence et de recueillement du peuple (voir photo) qui, par respect, a su parer sa liesse d’un voile de pudeur, la chorale a entonné un hymne à la gloire de Kim Jong-un, le chef suprême et éclairé de ce pays qui n’a pas volé son appellation (contrôlée). Un regret cependant : que la modestie du chef bien aimé l’ait empêché de poser devant notre photographe.

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….

L’hymne (que certains attribueraient à Kim Jong-un en Personne)

Minuit ! Crétins, c’est l’heure solennelle
Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous,
Pour continuer la tâche originelle
Et de son père poursuivre le courroux
Le peuple entier s’adresse en toute confiance
A Kim Jong-un pour quêter ses faveurs
Peuple, à genoux, honore sa bienveillance
Youpi ! Youpi ! Voici le Rédempteur !
Youpi ! Youpi ! Voici le Rédempteur !

De notre foi que les armes ardentes
Nous guident auprès du chef époustouflant
Comme autrefois, une étoile brillante
Y conduisit Staline en Orient
Le Roi des Rois que chacun le cul lèche
Pour s’attirer les grâces de Sa grandeur
Guide le peuple l’enseigne de ses prêches
Courbez vos fronts face au Prédicateur !
Courbez vos fronts face au Prédicateur !

Notre sauveur a brisé toute entrave,
La terre est libre et le ciel est ouvert
Il voit un frère ou n’était qu’un esclave
L’amour unit ceux qu’enchaînait le fer,
Qui lui dira notre reconnaissance ?
C’est pour nous tous qu’il torture, tue et pleure
Peuple, debout ! chante ta déférence
Youpi ! Youpi ! chantons le Rédempteur !
Youpi ! Youpi ! chantons le Rédempteur !

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Comment savoir si on est invisible

On ne peut pas se rendre compte qu’on est devenu invisible, sauf si quelqu’un nous le dit, ce qui est peu probable, car encore faut-il qu’il puisse voir les êtres invisibles, ce qui est impossible sans lunette spéciales, et encore faut-il en avoir une paire, puis les trouver, chose malaisée, ces lunettes étant elles-mêmes invisibles. Ce qui n’empêche pas de mettre la main dessus, car l’étiquette qui stipule qu’il s’agit d’une paire de lunettes permettant de voir les choses invisibles, elle, est visible, quoi que sa taille n’excède pas le demi millimètre et que, pour lire ce qui y est écrit, mieux vaut avoir une bonne vue et une loupe, plus un autre instrument d’optique grossissant pour dénicher la loupe.
On peut me rétorquer que, pour voir si on est invisible ou pas, il suffit de se regarder dans un miroir ou tout autre objet capable de réfléchir correctement ce qui est face à lui. Certes, mais qu’est-ce qui nous dit que nous ne sommes pas simplement un vampire, puisque l’image des vampires ne peut se refléter ? Et certainement pas le miroir qui, au mieux, et sous certaines conditions, reflète ce qui est face à lui, mais jamais, au grand jamais ne prend la parole, tout miroir étant muet, même s’il n’en pense pas moins. Car ils en voient des choses, les miroirs, et ils en entendent. Ils voient tout, y compris les autres miroirs, même ceux dans lesquels les gens qui n’ont pas d’image tentent vainement de se mirer, et dans lesquels ils se perdent comme un naufragé se perd dans les abysses insondables des îles de la Sonde, des Marianne, ou dans les arcanes abyssales du pouvoir où il est si facile de se fourvoyer.
Ne pas se rendre compte qu’on est invisible n’est pas une raison pour ne pas l’être ? Je vous l’accorde, mais alors, où est le plaisir, et quel intérêt cela peut-il bien présenter ?

Il arrive pourtant qu’on devienne invisible. Pas pour soi, ce que nous renvoie le miroir avec cette image de nous qu’il nous donne à voir, mais pour les autres, qui ne nous voient pas, ne nous voient plus, passent à côté de nous comme on passe à côté d’un grand vide, loin, pour ne pas y tomber, parce que les gouffres et les abysses font peur, des fois que… Un seul être ne nous fuit pas : celui que nous voyons dans le miroir, et qui nous dévisage. En nous demandant qui nous sommes, sans doute parce qu’il a besoin de nous reconnaître et de se rassurer.

 

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Fin du monde (sauf au Bugarach) : 1 an déjà

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Ça fait très exactement un an que la fin du monde a eu lieu, je veux dire pour les idiots qui n’y avaient pas cru et qui étaient restés chez eux au lieu de venir au Bugarach. Les élus, nous, on a été sauvés, mais pas les autres. C’est que les bons choix, c’est pas tout le monde qui sait les faire, ça se comprend. Choisir entre ci et ça, tout le monde en est capable, mais pas tout le monde est capable de choisir ci plutôt que ça, ou le contraire. Je ne parle même pas de ceux qui veulent le ci et le ça, que ça te fait manières et caprice, des mioches gâtés. Choisir, tout le monde y arrive, normalement, mais c’est pas le tout, car encore faut-il faire le bon choix. Ce qu’on a fait, nous, l’an dernier. Et on n’avait pas attendu le dernier moment. Dès le mois d’octobre, j’avais choisi. Alors j’étais parti au Bugarach, avec tout mon barda et avec Rv, mon chien. C’est malin, ça, d’appeler son chien Hervé, je vous entends me traiter de snobinard. Si c’était Hervé, j’aurais écrit Hervé ou ervé parce qu’après tout, on n’est pas toujours bon en orthographe. Rv, il s’appelle, consécutif à l’espèce de grognement qu’il fait quand on l’appelle ou qu’on s’intéresse à lui. Rv, ici le chien ! gentil le chien !

Un an déjà, que la fin du monde a eu lieu. Je ne sais pas si vous, vous y étiez, mais si vous êtes en train de lire ce j’ai écrit, faut croire que vous y étiez et que vous y avez échappé. Sinon, j’ai bien peur de ne rien pouvoir faire pour vous, en supposant que vous me demandiez de l’aide, mais ça m’étonnerait. Ceci dit, ça n’est peut-être pas plus grave que ça, si on est assez intelligent pour pouvoir s’adapter.
Ceux qui ont survécu, comme moi, on s’est adaptés, et en fait, c’est pour ça qu’on a survécu., donc si on a survécu, c’est qu’on était assez intelligent pour ça ou qu’on le méritait si, comme certains, on n’était pas si intelligent que ça.

Un an déjà ! Le plus drôle, c’est qu’on s’imaginait, moi le premier, qu’on aurait une impression de vide et de silence, une fois passée la fin du monde. Eh bien dans la réalité, pas tant que ça, au Bugarach où on est restés, parce qu’on ne sait jamais, comme ailleurs.
Ça m’arrive quand même de bouger et d’aller voir ce qu’il s’y passe, ailleurs, avec Rv. La première fois qu’on y est allés, ailleurs, ça nous a quand même fait une drôle d’impression, tous ces gens qui croyaient vaquer à leurs occupations, comme avant la fin du monde, mais qui, en fait, ne vaquaient à rien du tout. Puisqu’ils n’étaient pas au Bugarach au moment de la fin du monde, ils avaient bel et bien disparu, mais apparemment, sans la conscience du fait de la réalité. Et ils sont des milliards, comme ça, à s’imaginer qu’ils vivent toujours, sans se rendre compte qu’ils sont en plein illusion.
Avec Rv, on a beau essayer de leur faire comprendre, rien à faire, c’est peine perdue, question de contact qu’on n’arrive même pas à établir. Comme si personne ne nous voyait, personne ne nous entendait, ne sentait notre présence. Preuve qu’ils n’existent plus, mais qu’ils ne le savent pas. C’est vrai aussi que c’est plus facile de tout ignorer que de tout savoir.
Nos virons ailleurs, vu le peu d’intérêt que ça présente, on y tient pas plus que ça, et du coup, on en fait de moins en moins. Alors on s’occupe comme on peut, ce qui n’est finalement pas très compliqué, c’est juste une question de savoir s’adapter à la situation et d’oublier de cocher les jours qui passent. 

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Cherche Noël. Désespérément.

Bientôt Noël, déjà, encore une fois Noël. Si j’apprends que ce le sera encore d’autres fois et pour toujours, jusqu’à ce que je disparaisse, je me fous en l’air. Sans cesse, tous les 25 décembre, voilà qu’on nous ressert ça. Et va savoir si, dans les officines de la connerie, on ne nous prépare pas, en douce, un deuxième mois de décembre.
Et dire que, tant que je vis, puisque je n’arriverai jamais à me foutre en l’air –je me connais–, je vais me farcir ça jusqu’à ce que je sois rayé des services… À moins que… À moins que je lui torde le cou, à ce satané Noël. Si j’arrive à lui mettre les deux mains dessus.

J’ai essayé de le débusquer, Noël. dans tous les coins où il est censé se la couler douce, dans toutes les boîtes qui impriment des calendriers de l’Avant, et dans toutes les colonnes des calendriers passés et à venir, sauf celles du mois de décembre, je ne suis pas idiot, je sais que c’est un piège.
J’en ai couru des grands magasins, j’en ai arpenté des hypermarchés, j’en ai usé des semelles au Ministère du temps libre d’où on a fini par me virer à coups de bottes dans le cul. En hiver, ceux du ministère du temps libre portent des bottes pour éviter de prendre froid après leur séance de patinage. C’est qu’on y patine dur, ici. J’ai demandé à droite, à gauche, au centre. Vous croyez qu’ils m’auraient donné des tuyaux ? Rien. A croire qu’ils sont de mèche.
Et les minots imbéciles, combien j’en ai interrogé de ces sales gosses ? Et pour quel résultat ? je vous le demande.
« On l’a vu, on l’a vu! »
« Qui ça ? » je leur ai demandé, en espérant vainement une réponse de chenapans.  « Le Père Noël, le ¨père Noël ! » m’ont répondu les petits cons.
Moi aussi je l’ai vu, le Père Noël, et pas qu’un. « Les pères Noël, c’en est bourré » je leur ai dit. Faible consolation de ne pas mettre la main sur Noël, en voir chialer deux trois m’a fait le plus grand bien.
J’ai interrogé des gardiens de la paix, questionné des vigiles avec leurs clebs, sans insister. « Couché le chien, pas mordre, au pied le chien. Chien mordre quand maître dire mordre. »
Pas de Noël en vue, rien à l’odeur, rien à l’intuition, rien au pendule. Merde !

Alors, par dépit, j’ai décidé de m’en prendre à ses symboles, à ce foutu Noël.
J’ai commencé par faire de très jolies illuminations avec les chalets bidons de ses marchés. Je parle des marchés de Noël. Paille et bois, ça vaut les feux d’artifice hors de prix et, question durée du crépitement, ça ne craint pas la concurrence.
Boules puantes en main, chapardées du matin, j’ai visité les grands magasins, en ai planqué dans les rayons. Pas n’importe lesquels, mais ceux des boîtes de conserve, que les clients ça en prend une, ça la repose, ça en reprend une ailleurs. Parce que je ne manque pas d’esprit, je n’ai pas oublié le coin vins et spiritueux. De larguer des chapelets de boules puantes aux caisses m’a fait doucement me marrer. Pour les magasins de jouets, ça n’a pas traîné : un mégot fumant glissé dans du papier bourré d’allumettes, le tout glissé entre des boîtes de poupées Barbie. et hop! Rien que le nom Barbie me donne la nausée, allez savoir pourquoi. Mégot et allumettes, un truc qui marche du feu de dieu !

Les bouchers, charcutiers, pâtissiers, écaillers n’ont pas été en reste. Les boules puantes y sont beaucoup plus dangereuses qu’on ne peut l’imaginer. Quelques unes bien placées ont suffi pour créer un vent nauséabond de panique, que j’ai mis à profit pour aller jouer à l’électricien du côté des compteurs. Barbaques, poiscailles, fruits de mer et autres bûches congelées n’y résisteront pas.

« Vous avez trouvé Noël, m’sieur ? » m’a demandé un des gamins croisés tout à l’heure.
« Pas encore, mais presque » je lui ai répondu en lui tapotant affectueusement son petit crâne de piaf.
Noël, s’il y en a qui doivent savoir où il traîne ses guêtres, c’est les pères Noël.
J’en ai suivi un, un vieux, fatigué d’avoir joué de longues heures à être aimable avec les sales gosses et leurs foutus parents. Je l’ai rattrapé sans mal. Je lui ai demandé où je pouvais trouver Noël. « Chacun voit Noël à sa porte » m’a-t-il répondu d’un air las. Je n’ai rien compris, pas plus qu’il n’a compris lorsque je l’ai froidement planté avec une stalactite trouvée sur place. La caillante, ça peut avoir du bon.

Noël, je l’ai cherché, encore cherché, sans le trouver. Je me suis caleté sous un porche en attendant le SAMU social. Ça pèle. Demain serait une dure journée : il fallait que je me repose. Une très dure journée.

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Combien de temps le temps va-t-il durer ?

Le temps, ce vieux fleuve ridé et fatigué ne se soucie pas plus de moi que je ne me soucie de lui. Chacun chez soi : il vaque à ses occupations, je vaque aux miennes sans le voir, si ce n’est le 30 février lorsque se croisent nos chemins d’errance. Il se croit éternel, mais il ne me survivra pas : à l’instant où je ne serai plus, il cessera d’être. Bien sûr il n’y en aura nulle preuve, car rien ne pourra en témoigner.

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Snowing in WordPress – Il neige chez WordPress

WordPress, c’est drôlement bien et tout joli, avec la neige qui tombe. Où exactement ? J’en sais trop rien. Regardé sous l’écran, sous le bureau, démonté le clavier, la souris, mes stylos feutre, les autres à bille, ouvert mon étui à lunettes, regardé au fond de ma tasse à café, dans mes pantoufles : rien. Comme les neiges d’antan, de Villon.
C’est quand même bien joli, ces petits flocons. Vent de face, vent de travers, peut-être pour ça que la neige ne tient pas, à moins que ce soit parce qu’il fait bon là où je suis. Jolis mignons comme tout, ces minuscules flocons, mais je rêve d’énormes flocons, comme ceux qu’on appelle par chez nous, du côté de la Savoie, des bérets de chasseurs alpins. De grands bérets si blancs qu’on ne les retrouve qu’à la fonte des neiges. Des gros flocons seraient bien aussi jolis que des petits et ils seraient bien utiles pour cacher les fautes qui se promènent dans les textes. Une vilaine faute, et hop, un gros flocon, ni vu ni connu. On aurait des touches dédiées qui permettraient de faire toutes les tailles de flocons : des moyens, des gros, des énormes qui rempliraient tout l’écran, et même des qui en déborderaient. Ce faisant, on verrait peut-être où passe toute la neige qui tombe. Suffirait de suivre son parcours. Sans compter qu’avec de bien gros flocons on pourrait cacher les articles qui sont trop moches, trop méchants, trop n’importe quoi ou même effacer des histoires sans queue ni tête, comme celle-là.
Des boules de Noël, rutilantes comme un nez de père Noël sous la bise, ça pourrait aussi être très joli et très gai, mais comme les plus belles boules, celles qui rutilent, sont en verre, c’est peut-être trop fragile.
Enfin, avoir de la neige, même si elle est fine comme des têtes d’épingles, c’est déjà un sacré beau cadeau, à condition d’être bien au chaud. Avec des gros flocons, c’est vrai aussi que ça ferait un paquet de neige, et si on trouvait où elle s’entasse, on en ferait de ces bonhommes de neige et de ces bagarres rigolotes de boules de neige. Des bagarres sur Internet, ça devrait pouvoir marcher, non ?

Merci à WordPress

My tailor is rich , but my english is poor.
Mon anglais étant ce qu’il est, ce serait avec grand plaisir que j’accepterais une traduction sympa de ce texte ou un corrigé de celui qui suit. Par avance merci.

WordPress is funnily superb with snow falling . Where precisely? I don’t know. I watched under the screen , under the desk. I disassembled the keyboard , the mouse, my pens. I opened my glasses case and I looked at the bottom of my coffee cup as well as in my slippers: nothing. Disappeared , as the snows of yesteryear (François Villon)

It’s very pretty , these small flakes headwind , crosswind , this is perhaps why the snow does not remain , unless it is because it is soft and warm where I am . Pretty and cute , these tiny flakes, but I dream of huge flakes , like those called " berets Alpini " in my country, in Savoy . Great white berets so white that one doesn’t recover them before the snowmelt if we lose one of these. Some big flakes would be well as pretty as small , and they would be very useful to hide the mistakes that spoil the texts.

A bad mistake , and presto, a large flake, neither seen nor known . One would have keys of the keyboard that would be dedicated . They would permit to make any sizes flakes . Means , big , huge , which fill the entire screen , and even flakes that extend beyond the screen . Then we would see maybe where passes the whole snow . And one would have the advantage , with large flakes , to hide the posts that are too ugly , too bad , too stupid , or delete stories nonsensical like this one .

Some Christmas balls , like shiny nose of Santa Claus in cold wind , could also be very pretty and very cheerful , but as the most beautiful balls , those gleam , they are made of glass and may be too fragile . Finally, with some snow , even if it is thin , this is already a sacred beautiful gift , provided you have a hot housing . With big flakes , so much snow , if you know where it is hiding , you can make snowmen and make snowball fights. Via the Web , of course!

 Thanks to WordPress

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Mémoire du passé et mémoire du futur

— Ah, mais c’est qu’il s’en est passé des choses, ces deux mois passés. Mais le passé, c’est le passé, comme on dit, et on va pas revenir dessus.
— Le passé, on peut jamais y revenir dessus. Et pire quand c’est qu’il est derrière nous. Que les choses elles se sont déjà déroulées, qu’elles ont eu lieu, quoi.
— Pas que les choses, les événements aussi.
— Les événements aussi. Et t’as fait quoi, ces deux mois ? Qu’on m’a dit que…
— Que des conneries, on t’a dit, que des conneries et des menteries. Et je sais de quoi je cause, puisque c’est moi qui y ai fait.
— T’as fait quoi ?
— C’est pas que je le dirais pas, c’est pas mon genre d’être taiseux, mais j’en sais plus trop rien, la mémoire…
— Moi je note tout, heure par heure et même plus. Mais le passé étant le passé, tu vois ce que je veux dire…
— J’avais aussi commencé à y faire, les notes et tout, sauf que j’avais oublié de noter qu’il fallait que je note tout. Du coup, j’ai oublié,
— Paraîtrait qu’on retient que ce qu’on veut retenir et que ce qu’on retient, c’est les trucs importants du passé ou d’ailleurs, mais pas du futur. La mémoire sélective, ils y appellent.
— Le futur ça peut pas se retenir à cause que c’est du conditionnel. Il faudrait pouvoir y avoir vécu, mais on peut pas avoir vécu quelque chose qui a pas eu lieu, et du coup qui a pas existé. Les seuls trucs du futur qu’on peut se rappeler, c’est ceux qui auraient déjà existé.
— Sauf qu’il faut pas que la mémoire te fasse un tour de cochon, sinon…

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Accommoder les restes

Les Gaster Chef et autres impudeurs gastronomiques, ça commence à bien faire, disais-je déjà dans un article paru dans le Petit Biafrai, fin années 60, où j’annonçais le déclin de ces manifestations pantagruéliques. Et d’ici peu, me mouillais-je d’avancer alors, la mode passerait de la gastro et des gras du bide à la frugalité de l’accommodation des restes et à la ligne fil de fer, barbelé pour ceux que cette nouvelle mode ne manquerait pas de hérisser. Juste vision des choses, mais mauvais calcul, je l’admets, puisqu’il aura fallu attendre que s’affichent sur nos calendriers les années 2010 pour qu’accommoder les restes devienne la grande préoccupation de cette nouvelle ère. Les nantis eux-mêmes, désormais et parce que nécessité fait loi, se mettraient au délicieux goût du jour de l’accommodation des restes.

récupérer et accommoder les restes

Se nourrir à vil prix, se vêtir pour 3 francs six sous, se meubler pour pas un rond, bref : récupérer, reycler, raccommoder, accommoder les restes, s’accommoder

Nous sommes en 2013, vous, moi, avec ce qui est resté de biafrais et d’autres crève-la-dalle, et accommoder les restes est devenu le leit-motiv lancinant des médias. Sport désormais incontournable, comme le disent les commentateurs sportifs qui s’y connaissent en scies convenues, les Franchouillards s’y adonnent désormais avec passion. Caviar, homards, truffes, ris, huîtres, poulardes bressannes, crème fraîche et beurre bio, saumon sauvage… qui avaient intérêt à se tenir tranquille pour échapper à leur prédateur –l’homo-consommiens– peuvent se balader sans crainte d’être génocidés en passant à la casserole. Ce qui n’est pas la même pour les carcasses de volaille, les épluchures, croûtes de fromage, côtes de cucurbitacées, trognons de pommes, quignons de pain rassis ou crème fraîche défraîchis à souhait qui connaîtront une deuxième vie, certes sans gloire, mais honorable. Sans gloire ? Pas si sûr, comme me l’ont dévoilé une tapée de directeurs de productions TV  qui, d’emblée, se tirent la bourre pour s’attirer les bonnes grâces de l’audimat. 

Accommoder les restes ne concerne pas que la seule pitance, manquerait plus que ça ! Tout ce qui est consommable est concerné, c’est-à-dire absolument tout : objets animés et inanimés dont –et je commence par le meilleur–, les services et ustensiles de cuisine, le mobilier, les fringues, les pompes, les logis et leur déco, les médocs, les outils, les bestiaux de compagnie et les préservatifs usagés, plus la kyrielle de ce que j’ai oublié. Et les gens, les personnes, quoi ! Ce qui nous permettra d’entendre ce genre de conversation :

— Elle a de beaux restes, ta meuf.
— Mouais, mais encore faut-il les accommoder comme il faut.
— Mais c’est-i pas dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe ?
— Je le veux, mon n’veu, mais pas avec des vieux poireaux.
— On peut-i pas les accommoder aussi, les vieux poireaux ?
— Si fait. Viagra, pompe à vélo… Recyclée. 

Récupération. Les restes de la vieille veille, on les récupére. Les chanteurs des sixties, on les récupère. Les vieux vélos, les vieux ordis, les vieux de la vieille, les vieux réveils, les vieux sportifs qui ne peuvent plus récupérer de leurs efforts à la con, on les récupère. Les tampons usagés, on les récupère, comme les couches des moutards, avec la moutarde qu’on en fera de l’engrais. On récupère tout, on recycle les vélos qu’ont les roues en huit, les cheveux coupés en quatre, la vaisselle brisée, les 5 à 7 de ma voisine, les blagues sur Internet, les samples pompés sur d’autres samples eux-mêmes pompés sur des musiques pompier. Comme les placentas qu’il y a belle lurette qu’on ne jette plus aux chiens, on récupére les rognons, les coucougnettes, les cerveaux plats, les cœurs qui battaient la toquante, les intestins dont on emballera caillettes et Jésus. Tous les organes, sauf l’Huma. J’oubliais les chaussettes, qu’on se remet à raccommoder.
On s’accommode, on raccommode, on accommode les restes. Finies les émissions du genre Mastards en Cuisine, Maisons Côtées, Rêva Déco, et place à ces autres plus respectueuses de l’environnement et du durable, comme “Loquedus aux poubelles” ou “Ma masure c’est moi qui y ai fait avec trois fois rien, ça se voit et j’en suis fier”, dont le titre, à lui seul, est tout un programme. Télé. Encore plus déchaînés que précédemment sur leurs chaînes respectives et interchangeables, voilà que les chefs étiolés étoilés, décorateurs (géniaux), aliens nutritionnistes, réparateurs démiurges, chirugiens brico-esthéticiens te nous remettent les idées en place en nous apprenant à accommoder les restes. Chapeau bas ! Mais, nous montreront-t-ils comment recycler nos vaillantes poubelles lorsque, à force d’explorations fiévreuses, leur ventre rempli de détritus en fin de vie, béantes et sans plus de couvercle qui les rassurait sans toutefois les protéger réellement du pillage… elles seront sur le point de rendre l’âme ? Enfin, saurons-nous nous accommoder de ces conneries médiatiques ?

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Stars en cuisine 2013 : une (modeste) victoire

stars en cuisine 2013 Sainte-Maxime - Remise prix

On l’a eu, youpi !

Ça n’a pas été de la tarte, normal, puisque… ça n’en était pas…       lire

Mal barrés, nous sommes nous dit. Mais au final, et après une course effrénée…       lire

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Drame du voisinage, große fatigue et priorités

Trriiinck. 10 heures TTC, heure chrétienne à laquelle j’ai mis le réveil à sonner, l’heure c’est l’heure, surtout avec un réveil made in Germany. C’est qu’il en faut du temps avec tout ce que je n’ai pas à faire de toute la journée. Les réveils, faudrait leur apprendre à mettre eux-mêmes leur sonnerie à la bonne heure. Après tout, ça devrait faire partie de leur attribution, non ?
Heure chrétienne, quoi que protestante, mais de bon aloi et citoyenne, une heure qui évite de faire du ramdam à des heures indues. C’est pas comme d’autres, mon voisin, par exemple, un couche quand il veut, donc tard, et un lève quand ça l’arrange, d’autant plus tôt si ça peut importuner son voisin immédiat, moi en l’occurence, qui déteste l’erstaz de sonnerie Big Ben de son horloge comtoise dont j’entends les tics, les tacs et pire à travers la cloison. Les murs ont des oreilles de mon côté, des lèvres collées à un porte voix, avec une grande gueule, de son côté à lui.
Je le vois passer devant la fenêtre de ma salle de bains. Il s’arrête, jette un regard pas gêné. Je lui fais signe de déguerpir. Autant glisser dans un fiolon, chose impossible, le goulot étant par ma foi trop étroit. L’instant d’après, ce qui fait tout de même quelques secondes, il a quitté le carré de cour de pas deux mètres sur deux qui sépare son logement du mien. Il est entré dans sa salle de bains d’où, c’est sûr, il va épier mes faits et gestes, comme à son habitude, sa sale habitude. Nos salles de bains sont en vis à vis, c’est malin ! Gagné ! Je croise son regard malsain qui passe sa vitre, traverse la mienne et m’observe, la sale fouine. Je me jette sur mon téléphone, un vieux téléphone en ébonite noire : il va m’entendre !
Allo, je lui fais, c’est pas bientôt fini ? Je suis quand même chez moi, dans mon chez moi à moi, et vous n’avez rien à y faire. Alors via, SVP, et à bon entendeur salut ! Sinon… je rajoute menaçant.
Je reconnais, je m’emporte facilement, ce qui a souvent pour effet de ne pas calmer le jeu. C’est ce qui arrive.
Je le vois prendre un broc d’eau, faire de grands gestes désordonnés, ouvrir sa fenêtre. Le temps de comprendre, il balance le contenu du broc dans ma direction. Splash ! Une urgence se dessine qui me fera éponger les dégâts ultérieurement. Le temps d’essuyer vite fait mon téléphone, je balance l’éponge puis enjambe dare-dare la fenêtre de ma salle de bains pour aller secouer les puces à cet abruti. Il m’a vu et referme sa fenêtre sur moi, brisant mon élan. Une fenêtre à une seule grande glace. Passés le drrzzzing et patatras de sa vitre qui explose, je me retrouve face à lui et, faisant fi des éclats de verre qui jonchent le sol et de ceux qui se sont fichés sur mon crâne et partout ailleurs, je le martèle d’injures en le boxant consciencieusement. Je vais pour l’achever lorsque deux mecs balaises dans une drôle de tenue blanche me ceinturent.
Twiiiiiiitt. Je regarde ma montre, une mécanique de précision made in Switzerland dont l’heure s’aligne automatiquement sur l’heure officielle, par signal radio. Très forts, les horlogers suises. Elle marque 10h15, et il ne s’est pas passé plus de cinq minutes depuis que mon réveil a sonné ses 10 heures. Au prix du temps perdu, qu’il retarde de dix minutes me semble tout à fait inacceptable. Made in Germany ou pas, je ne vais pas en rester là.

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Téléphone, miroir et schizophrénie

Drrrrriiiiiinnnnnng !
Je crois bien que ça a sonné. Direction la porte : rien, ni personne, pas un chat, il aurait miaulé plutôt que de se fatiguer à essayer d’enfoncer le bouton de sonnerie.
telephone_eboniteRe drrrrriiiiiinnnnnng, le même. Il n’y a que le téléphone pour faire des sonneries de même durée. Je décroche. Allo ! Une voix qui ne me dit rien, si ce n’est un allo, une voix que je ne reconnais pas, inconnue, d’autant que le magnétophone n’a pas encore été inventé. L’heure indue des intrus, me dis-je en regardant l’horloge comtoise, un héritage qui compte pour moi le temps qui s’écoule, et qui me sépare de cet autre temps qui viendra où les secondes n’auront plus de prise sur ce que je serai devenu.
Un souffle dans l’écouteur d’ébonite, un nouvel allo. Que je ne reconnais pas plus, jusqu’à ce que, m’apercevant dans le miroir aqueux de la cuvette de toilette, pas celle des toilettes, reconnaissant mon image (tout en n’étant en rien reconnaissant de ce à quoi ressemble celui qui me regarde), l’évidence me percute, via l’oreille. Trouble : c’est ma voix. Ma voix qui m’appelle. C’est moi, dit-elle stupidement, comme font les voix de la plupart des gens sûrs d’eux et d’une identité qu’ils auraient bien du mal à prouver s’ils étaient délestés de cette carte où s’étiole un portrait photo qui ne leur ressemble en rien, et tant mieux pour celui-là.
Ben voyons ! lui dis-je, sûr de mon coup et m’estimant être dans mon bon droit. Moi, que je vous dise, c’est moi, et puisque c’est moi, ce ne peut être moi à l’autre bout du fil. Vous, peut-être, mais pas plus. Et toc !
Deux secondes de silence. Brisées par les han han han de l’importun, narquois, qui, je n’en doute pas, me nargue dans sa superbe, celle que confère aux frustes prétentieux l’égo hypertrophié des paltoquets. Pâles en esprit, et toqués dans le ciboulot, masculin de ciboulette, comme on ne devrait pas l’ignorer.
Sans même me laisser le temps d’essorer l’eau de la bassine qu’un agacement légitime m’a porté à envoyer valdinguer d’un geste rageur, l’étranger du bout du fil me tricote un laïus passementé d’une diatribe qu’il ferait mieux de s’adresser au lieu de m’obliger à la subir. Mais possède-t-il seulement le moindre auto-parleur, instrument qui allie porte-voix et cornet acoustique et qui, utilisé à bon escient, amène toute personne raisonnable à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ? Non. Il y va de son moi –le mien–, tentant, en me déniant le droit de posséder ce bien qui m’est propre, ce moi dont je suis propriétaire, de me renvoyer à une non existence. Cause toujours ; mais oui c’est ça ; et le chalet ça va ou bien ; et à part ça… lui dis-je, glissant subrepticement mes paroles dès qu’il reprend son souffle, dont il est loin de manquer, ce qui ne me laisse que peu de temps pour lui asséner ses quatre vérités.
Va-t-il enfin se taire ? Que nenni. Aussi, saisissant une éponge que le lieu a désigné pour y être présente, j’étanche l’eau renversée, l’essore pour l’épancher dans le broc, où je verse l’aqueux liquide qui n’avait pas rejoint le carrelage de la salle de bains. Contenant ma rage de façon à ne pas manquer ma cible, je balance d’un geste assuré la flotte sur l’intrus du miroir qui se floute sous les dégoulinures. Prends ça, lui lançè-je, assuré qu’il tournerait les talons. Las ! Muni de la même éponge –mon éponge–, il essuie le miroir, le combiné téléphonique qu’il n’a pas lâché et, pas gêné, décroche MON essuie-mains pour en enlever les dernières traces. Vroum…. Il a même mis en marche le sèche-cheveux, MON sèche-cheveux.
Mon sang ne fait qu’un tour ; le sien aussi. Je vais te lui fracasser la gueule, me murmurè-je à moi-même. Combiné en main, je vais pour passer à l’action lorsque des éclats de verre m’atteignent violemment au visage. Il s’en est pris à MOI. Plus question de me contenir. Je traverse le cadre, lui assène une flopée de coups sur le crâne, dont il se rappellera.
 Drriiing, driiiiinnnng, driiiing. Deux mastards –blouse blanche avec croix rouge sur le poitrail et seringue en main– déboulent. Cette fois-ci, ce n’était donc pas la sonnerie du téléphone.

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Une boutique de prêt à penser

Zut, rezut, crotte de bique et triple andouille me morigénè-je en constatant qu’il est 18 heures à ma montre, ramenée d’un de mes allers-retours à Genève. 18 heures, et mon discours est encore dans les cartons de ma cervelle, eux-mêmes rangés dans les tiroirs de la même, des tiroirs qui coincent. Faudra que je pense à en enduire les rainures au savon de Marseille.
La réunion électorale est à 20 heures, je n’ai rien préparé, comme d’habitude. Mais ce soir, l’heure étant grave, autant dire que c’est du sérieux. Et quoi ? pris par ces incontournables activités politiques sans lesquelles faire de la politique est voué à l’échec –séminaires, congrès, symposiums, meetings, rencontres avec les instances de tout poil, apparitions dans les manifestations culturelles et sportives où gueuletonner avec les responsables est synonyme de succès électoral, foires et marchés– je n’ai pas écrit le moindre mot de la première ligne de la phrase d’intro de mon discours.
Ça n’est pas la première fois que ça m’arrive d’être charrette (comme le dit Hervé, un pote nivernais de longue date), ni la première fois que je me rends en urgence chez “Consensus” faire mes emplettes, mais nom de dieu, faut que je m’active si je veux arriver avant que le patron n’ait accroché le panonceau FERMÉ, comme il lui arrive de le faire sans vergogne, et peu importe l’heure, si Ginette, sa maîtresse exigente, lui a signifié qu’elle l’attendait derechef chez Julien, le bistrot à l’angle de la rue Montsourire, et qu’elle ne poireauterait pas plus longtemps à siroter seule une coupette de Champagne. Tu te radines fissa ou je me barre, lui aura-t-elle lancé au téléphone. Il aura vendu n’importe quoi aux derniers clients, les aura poussé hors l’estancot, et le panonceau vivra ses dernières oscillations lorsque j’arriverai devant la porte close.
Je force l’allure, ouf ! c’est encore ouvert.
La boutique est bourrée. Des gus, que je connais plus ou moins pour les fréquenter sur les bancs de l’Assemblée ou sur les sièges des meilleures tables, font la queue, ticket d’appel en main. 19, lis-je sur celui que me délivre le distributeur. C’est mal barré. « Appelez-moi le patron ! », fais-je à un vendeur, un type étriqué dans un costume du même acabit. « Vous êtes prié de faire la queue, comme tout le monde », me répond le paltoquet, qui n’a pas vu se pointer Jean-Bernard, le patron, un pote de l’ENA, l’École Normative d’Administration qui, m’ayant aperçu, vient vers moi bras ouverts, me salue avant de m’entraîner à sa suite dans la travée de sa boutique de prêt à penser, celle qui mène à l’arrière-boutique bourrée de trésors. D’où je ressors dix minutes plus tard, sourire aux lèvres, avec un discours mieux ficelé qu’un rôti de veau de chez Vachon, le meilleur boucher du quartier, je n’invente rien. Sourire qui fait tirer la gueule et pincer les lèvres à mes adversaires politiques dont l’air déconfit ne fait que préfigurer leur déconfiture.
« Il me faut du solide, » ai-je dit à Jean-Bernard, « ni trop de gauche, ni trop de droite, mais pas exactement au centre, si tu vois ce que je veux dire. »
« Voilà exactement ce qu’il te faut », m’a-t-il dit en me tendant un dossier que la légèreté et le peu d’épaisseur m’ont tout de suite rendu sympathique. « Avec ça, » m’a-t-il affirmé « tu ne risques pas d’enflammer la foule, ni de mettre le feu aux poudres, mais tout le monde sera d’accord avec toi. »

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Le rire des inquisiteurs, celui des suppliciés

Parce que, d’ouest en est, la mode est à l’inquisition, et qu’on n’a pas besoin de vivre ailleurs que dans une démocratie pour en être victime. 

Les inquisiteurs, de satanés rigolos qui rient sous cape de tout et de rien, pour un oui ou pour un non arraché à grands coups d’aveux fourre-tout extorqués à la sueur de leur front. Rançon d’un trop plein de rigolades, ils ne trouvent ni paix, ni bonheur, raison pour laquelle ils perpétuent leurs basses œuvres. Petits Bélial bouffis d’orgueil, ils possèdent les corps mais ne peuvent posséder l’impossédable, cette chose de l’ordre de la chimie et de l’électricité qui se niche dans le crâne comme partout ailleurs dans et hors le corps, cette chose sans texture qu’on nomme conscience, esprit ou inconsistance de l’être, et qu’on s’imagine éternelle pour se rassurer. Leur quête de domination est vouée à l’échec, ce que leur chuchote à l’oreille le rire silencieux des suppliciés qui déchirent les ténèbres à grands traits d’arcs-en-ciel. Un rire cinglant comme une gifle qui fait rire jaune, derrière leurs lèvres serrées, les inquisiteurs.
Cependant le rire n’est pas que cela, comme lorsque, montrant une autre facette, il se fait joyeuseté. Et s’il est difficile de se marrer comme une baleine face à une flottille de pêcheur japonais, pas très prudent de rire à s’en faire péter les côtes ou de rire aux éclats, désespérant de rire comme un bossu, écœurant de rire à contre-cœur, dangereux de rire à s’en décrocher les mâchoires ou cocasse de rire aux larmes… il est salvateur de rire lorsqu’il n’y a, finalement, plus aucune raison de rire. Ce que font ces sacrifiés de la fortune, en projetant d’acides jets de larmes à la face des bourreaux, pour oublier le prix qu’ils paient, celui de la vérité.
L’instant d’après sera peut-être celui d’un voyage à travers les tattva où, dans une infinie explosion de rires, ils saisiront « le jeu sans fin des nombres, des formes, des brumes, des frontières de guimauve ». Juste avant que se taise la musique cosmique qui n’aura peut-être jamais existé.

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Un stage de spiritualité de haut vol

« L’enfer ne sera pas complet avant que vous n’y soyez. » 

Proverbe écossais

Je suis revenu de l’enfer, que dis-je des Enfers. Un petit week-end de répétition avant, un jour, un long, voire éternel life-end.
“Stage infernal” qu’ils avaient écrit sur un flying de haut vol –PQ recyclé, avec empreintes permettant une bonne traçabilité– Je cite :

« Depuis que vous êtes né(e), vous êtes à deux doigts de mourir, et cela peut vous arriver d’un moment à l’autre. Si c’est aujourd’hui, il est trop tard pour bien faire, mais si c’est pour demain ou un peu plus tard, nous pouvons in-extremis vous accompagner dans ce voyage de vie à trépas qui vous conduira, n’en doutons pas, en enfer. Pourquoi en enfer ? Parce que vous êtes des pêcheurs, comme pas loin de 100% des êtres humains. Autant dire que vous allez souffrir et que vous souffrirez d’autant plus si vous n’êtes pas préparé(e). Se préparer à vivre l’enfer, voilà ce que vous propose ce stage. »

Avec la précision : « ouvert à tous ». Plus une autre concernant le lieu : Âshramgram Piképikékolégram. Avec un nom pareil, j’aurais dû me méfier, las !

Vous auriez fait quoi ? Moi, je me suis inscrit en versant 25% d’arrhes, soit la modique somme de 1000 €, ce qui n’est rien comparé au stage “Croisière au Paradis”, dont les frais d’inscription (arrhes de réservation) d’un montant de 3000€ étaient à verser en espèces sonnantes et trébuchantes. Ayant plus de chances de faire partie des pas loin de 100% des êtres humains qui sont des salopiots, loin d’être un con et ne disposant pas de 3000 € en espèces, j’ai bien évidemment opté pour le week-end “Stage infernal”.

L’animateur : un barbu, sari et catogan, du nom de Shri Dhenlakhol, prétendument moine bouddhiste, décati, qui a dû prendre galons et notoriété suite à un kit d’affaires moins claires que mes urines matinales. La co-animatrice : 75 x 64 x 90, ça existe. Une blondasse roulée comme une Chrysler à la casse, au regard torve d’une limande en manque de citron, que les assidus qui en sont à leur énième stage appellent révérencieusement Ma Trounyshon, sous prétexte qu’elle porte un sari, que ses cheveux blancs dégoulinent sur ses frêles épaules de quasi sainte, titre qu’on lui confère par avance, du fait de ses visions en technicolor et blue-ray et surtout de sa générosité relative au saute-au-paf.

Les conneries qu’on nous a racontées : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » (Samuel Johnson) ; « L’enfer c’est les autres » ; « Mieux vaut régner en enfer que de servir au ciel » ; « Je me crois en enfer, donc j’y suis » (du cave Ana) ; « L’enfer c’est l’éternité sans amour » ; « Mieux vaudrait encore un enfer intelligent qu’un paradis bête » (Hugo) ; « Je choisirai le paradis pour le climat, et l’enfer pour la compagnie ». (Marc Twain) ; « L’enfer est l’idée faible que Dieu nous donne volontairement de lui-même » (Bataille) ; « Évidemment il y a un enfer puisque la très sainte Église l’enseigne ; mais la miséricorde de Dieu étant infinie, je suis à peu près sûr qu’il n’y a personne dedans » (Hermann von Keyserling) ; « L’enfer a été fait pour les curieux » (St Augustin) ; « Il vaut mieux garder la nostalgie d’un paradis en le quittant que de le transformer en enfer en y restant » (Jacques Ferron) ; « L’enfer, c’est quand tout sera parfait » (Jean Rostand) ; « La société devient enfer dès qu’on veut en faire un paradis » (Gustave Thibon) ; « Je n’aime pas l’idée d’avoir à choisir entre le ciel et l’enfer : j’ai des amis dans les deux. » (Marc Twain) ; « Si Dieu n’existe pas, je plains ceux qui, pour conquérir là-haut un paradis hypothétique, ont transformé ici-bas leur vie en un enfer de contraintes et de renoncements. » (Philippe Bouvard) ; « Nous sommes ici-bas pour rire. Nous ne le pourrons plus au purgatoire ou en enfer. Et, au paradis, ce ne serait pas convenable. » (Jules Renard) ; « À partir du jour où Dieu a mis l’homme en présence de la femme, le paradis est devenu un enfer. » (Henri Jeanson) ; « Quand l’homme essaye d’imaginer le Paradis sur terre, ça fait tout de suite un Enfer très convenable.» (Paul Claudel) ; « Et s’il est un être qui avant nous et plus que nous ait mérité l’enfer, il faut bien que je le nomme, c’est Dieu.» (Proudhon) ; « La route de l’enfer est pavée de travaux en cours.» (Philippe Roth) ; « Une vie de bonheur ! Il n’est pas d’homme capable de l’endurer : ce serait l’enfer sur terre.» (Bernard Shaw) ; « L’enfer est un endroit où le cuisinier serait anglais, le policier allemand, le garagiste arabe et l’amant suisse.» (Anne O’nyme) ; « Dieu a créé le mal pour que l’enfer ne demeure pas vide.» (proverbe russe).
Plus d’autres, de nombreuses autres. Je parle des conneries. Pas dans le sens d’un manque de sens, mais dans celui où, participants pourtant émérites, nous étions pris pour d’incultes débiles que de fines citations honteusement empruntées pour pas un rond par nos deux gurus auraient immanquablement transformés en êtres éveillés prêts à affronter l’enfer et ses activités culturelles et culinaires. Gurus qui n’avaient fait référence à aucun des auteurs de ces citations censées nous donner la lumière, celle qui nous permettrait de nous véhiculer dans les ténèbres. Qu’est-ce qu’on peut être con, quand ça semble nous arranger.
Chaque citation péniblement ânonnée par la gourette ou son trou du cul de comparse était suivie d’une méditation autant longuette que silencieuse où il s’agissait de “prendre conscience”. De quoi ? Pour moi et quelques autres, du fait que nous nous étions proprement fait arnaquer ; pour ceux qu’être dans les petits papiers des gurus grandissait, de la certitude qu’ils étaient des élus et, qu’avec un peu de chance qu’un versement en espèces augmenterait, de la possibilité d’éviter la damnation de l’enfer.
Les moutons s’étaient écrasés, tandis que les très vilaines brebis dont je faisais partie s’étaient révoltées et retournées contre leurs mentors les menteurs : nous leur avions pété la gueule, sans autre forme de procès. Sans oublier de récupérer nos fifrelins, plus une honnête compensation, en espèces. Le soir, avant d’embarquer, on s’était fait un restau d’enfer pour oublier la piètre bouffe ingrate plus les tisanes insipides et pisseuses servis dans des trucs innommables en plastoc mou puant.
D’avoir vécu l’enfer du décor m’avait (enfin) fait prendre conscience.
Pour les prochaines vacances, je me suis déjà inscrit à un stage de pêche à la ligne. Dans le Mâconnais, un charmant village du nom d’Orge-le-Vineux. Un patelin sur la Bresbe, une petite rivière d’un poissonneux autant truitesque que biblique.

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Dieu me prend pour une pomme

Dieu, moi je dis qu’il nous prend pour des pommes. Pour preuve que, par exemple, tu prends le printemps pourri qu’on a eu, avec les prières qu’on a eu faites pour qu’il nous arrange ça et que l’été soit du vrai été, et quoi ? c’est la canicule, le burnou à essorer, plus le marcel, qu’il vaudra mieux pas attendre l’automne pour te le coller à la lessiveuse. En plus que j’en tiens plus, de lessiveuse, question rouille. J’y vois venir, ça, gros comme une maison, le lavoir, le marcel, que je te le brosse, que je te l’étende, et que l’autre i te fasse geler à pierre fendre à pas même la mi-septembre. Où même avant, que ça le gênerait pas, le bougre.
Un autre exemple, comme quoi il nous prend pour des pommes. La télé qu’est tombée en rade, et attention, pas n’importe quand, mais le lendemain pile que la garantie elle garantissait plus rien. Vous zaviez qu’à prendre l’extension, qu’il m’a dit , le vendeur. Ben tiens ! 200 balles, i’s’emmerdent pas, les cons. Les cierges, c’est du pareil au même, arnaque et compagnie. Deux, j’en avais mis à brûler, 2 balles pièce, devant l’autel de la sainte vierge, qu’à mon avis, pour le rester, elle était sûrement pas canon, ou alors du gros calibre. Autant dire que le15 août, le jour de son assomption, à la Marie, on m’aurait vu à l’église que c’eut été miracle. Made in China, qu’ils sont aujourd’hui, les cierges. Faut pas s’étonner que, question couverture et parapluie, ça soit plus comme dans le temps. Moi, je le dis, tout fout le camp.
Autre chose, comme quoi le bon dieu il se préoccupe pas plus de nous que moi de ma première communion et ma petite sœur de ses oignons : le Loto. Comme on allait bientôt être le 15 août, ça m’a fait deux numéros, le 15 et le 8. Les deux suivants, facile, le 20 et le 13. Après j’ai coché le 25 et le 12, et le tour était joué. Comme Marie c’est la mère de Jésus, paraîtrait le fils de dieu, j’avais pensé à son année de naissance, zéro. Sauf qu’il y a pas de zéro sur la grille du Loto. Alors j’avais laissé tomber. Les chiffres de Noël feront aussi bien, je m’étais dit. J’avais allumé deux cierges devant la statue de Saint-Vincent de Paul, le saint patron des œuvres charitables, on ne sait jamais. Les carottes sont cuites, je me suis dit en sortant de la Civette où ils font tous les machins de la Française des Jeux, comme c’est écrit sur leurs pubs. Les six numéros étaient sortis, ceux que j’avais cochés. Sauf que… Je sais pas si c’est les hosties que j’avais avalées à la messe de la veille ou quoi d’autre, mais je m’étais retrouvé avec les boyaux tout turlupinés. Les hosties, c’était à cause d’une petite fringale qui m’avait pris. Halte chez Dédé, le bistro du coin, et zou ! en urgence au cabzingue pour un ravalement de façade, crépi et tout le bataclan, sauf que… Merde ! plus rien en guise de PQ, papier toilette comme on dit, dans les salons où ça cause fin pointu à cause des lèvres pincées et des narines itou. Pas le moindre bifton, ni de ticket de métro, rien. Sauf le papelard du Loto. D’toutes façons j’ai jamais eu de bol au jeu je m’étais dit en œuvrant avec dextérité. Voilà tout, autant dire rien. Alors dieu, faut pas me la faire.
Quoi d’autre encore ? Je vais pas y passer le plus clair de mon temps, mais entre les flicaillons qu’ont vu rouge quand c’était vert alors que, comme d’hab, je suis passé à l’orange ; les tartines du p’tit déj qui tombent du côté où c’qu’il y a la confiote ; le rouleau de la caisse enregistreuse de l’hyper qui se coince si mon caddie est bourré de congelés ; la place de parking qu’on me souffle sous le nez ; les merdes de clebs des grognasses du quartier ; les gueulantes racistes de ma concierge ivoirienne quand je fais du chambard à cause que je me suis mis noir chez Dédé ; le chat qu’a encore donné un coup de griffe sur ma poupée gonflable alors que je n’ai plus la moindre rustine à cause que j’ai utilisé la dernière pour renforcer une capote anglaise, c’est que c’est fragile ces trucs-là ; ma petite clé passe-partout que dans un moment d’égarement j’ai mis dans la fente du tronc au lieu de la mettre dans le trou de la serrure, avec pour résultat que j’ai payé de ma poche les cierges, et tout ça pour rien ; et j’en passe…
Je sais pas pour vous, mais de mon côté, sûr qu’il me prend pour une pomme, le bon dieu. Alors finalement, je me demande si je vais pas aller voir du côté d’Allah. Paraîtrait que pour certains, ça marche.

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Gasland : de l’eau dans le gaz ; du gaz dans l’eau

Que d’eau, que d’eau ! aurait dit Mac Mahon, en voyant la Garonne en crue, sans doute un jour où le rapporteur de cette si célèbre parole n’en avait pas mis dans son Pastis. On rapporte aussi que le préfet lui aurait répondu :  Et encore, monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus. On lui attribue pire, à notre bon Mac Mahon, mots idiots et autres gentillesses comme lorsque, nommé à la tête de l’armée versaillaise il avait sèchement réprimé la Commune : 30000 tués, 38000 emprisonnés, 7000 déportés, plus fort  que Bachar al-Assad si on considère le mauvais “rendement” des armes de l’époque.
Mais que viennent donc faire ici Mac Mahon, la Garonne en crue, la Commune et Bachar al-Assad ? vous entends-je questionner. Quel rapport avec ce qui suit ? vous entends-je insister.
 Bah, simplement qu’il s’agit d’eau, de pouvoir, de révoltes et de meurtres. Purs et simples, quoi que…
Ingrédients que l’on retrouve aux États-Unis d’Amérique, nation si joliment chantée et vantée, parfois aussi –et hélas– un peu trop ventée :

O beautiful for spacious skies,
For amber waves of grain;
For purple mountain majesties
Above the fruited plain!
America! America!
God shed His grace on thee,
And crown thy good with brotherhood,
From sea to shining sea.

Je vous fais grâce du deuxième couplet, mais m’en voudrais d’occulter le troisième.

O beautiful for patriot dream
That sees beyond the years
Thine alabaster cities gleam,
Undimmed by human tears!
America! America!
God mend thine every flaw,
Confirm thy soul in self control,
Thy liberty in law.

Pauvres de nous, des fruited plain, et pauvres d’eux, trompés jusqu’aux tréfonds par dieu. Je parle du dieu Argent, autrement nommé Pognon, Artiche, Oseille, Fifrelins, Pépètes, Tunes… of course, comme le disent les insulaires outre Côte-d’Azur. Étas-uniens trompés jusqu’aux os (prononcer eaux) par les nobles extracteurs de gaz de schiste qui, Dieu en est témoin, continuant leur œuvre de soudards criminels, vont rendre exsangues les ruraux du coin, rendre stériles les vertes prairies plus les bestiaux qui y paissent en paix, et rendre l’atmosphère si toxique qu’il pourrait bien y avoir des dizaines de milliers de victimes. Avec les applaudissements des plus hautes instances que leur position en altitude épargnera. Un temps. Celui que les gens mettront à juger les criminels pour leurs agissements indignes. 

C’est en repensant à Gasland, le film de Josh Fox, que me sont revenues les bribes d’une chanson : « Oh ! Oh ! Marchand d’eau ! – Qui veut de l’eau ? – De la belle eau – De la bonne eau – De mon tonneau. Une fois les paroles retrouvées (Youpi ! et bravo Internet), j’ai fait joujou avec le texte d’origine pour en écrire une gentille parodie, que je livre, brute de décoffrage.

Oh ! Oh ! Marchand d’eau !
Qui veut de l’eau ?
De la belle eau
De la bonne eau
De mon tonneau

 

Approchez clients et pratiques
Faites pas comme mon cousin d’Afrique
Qu’est mort de soif dans le désert
En désertant des légionnaires.
Parce qu’après dix-huit jours sans boire,
Dans son délire il a cru voir
La Madelon dans une oasis
Qui servait du pastis.

 

Je ne suis pas de ces fripouilles
Qui vendent seul’ment de l’eau qui mouille
Mon eau on en fait tout c’qu’on veut
A part évidemment du feu.
C’est mieux que l’élixir d’amour
C’est le bonheur de tous les jours
Pendant l’été c’est pour le bain
L’hiver pour le patin.

 

J’en ai vendu à des marquises
Pour laver leurs petites chemises
A des escrocs guatémaltèques
Pour laver les noms sur les chèques.
A des bègues pour leurs postillons
A des bistrots pour leurs bouillons
Et même à la cour d’Angleterre
Pour mettre dans leurs théières.

 

Approchez clients et pratiques
Si j’la vends 3 sous la barrique
C’est qu’cette eau-là m’tombe du ciel
J’suis l’commis du père éternel.
Et si je m’tape un p’tit coup d’blanc
Quand j’ai fini mon boniment
C’est qu’je suis un honnête garçon
Moi je n’bois pas mon fonds.

 

 

Oh ! Oh ! Marchand d’eau !
Qui boit de l’eau
De la bonne eau
De mon tonneau
F’ra pas de vieux os

 

Approchez clients d’Amérique
Benzène, toluène et arsenic,
Phtalates et même acide borique,
Mon eau que j’garantis toxique,
Cancérigène, neurotoxique
Vous f’ra passer en un déclic
D’la bonne santé à la panique,
Et tout ça pour du fric.

 

Je ne suis pas de ces andouilles
Qui vendent seul’ment de l’eau qui mouille,
Mon eau on en fait tout c’qu’on veut,
Des polluants et même du feu,
C’est mieux que le bouillon d’onze heures,
C’est tous les jours un grand malheur,
Affliction et désolation,
Les larmes à la maison.

 

J’en ai fourgué à des naïfs
A un prix très prohibitif,
J’ai reversé des tas de dollars
A mes amis politicards,
J’ai embobiné ces couillons,
Si j’plonge ils boiront le bouillon.
Je ments, magouille et les embrouille,
J’les tiens, ces viles fripouilles

 

Approchez clients d’amérique,
Si j’la vends si cher la barrique,
C’est qu’cette eau-là tombe pas du ciel,
J’suis l’commis du fric éternel.
Et si je m’tape un p’tit coup d’blanc
Quand j’ai fini mon boniment,
C’est qu’j’suis pas l’dernier des cons,
Pas d’risque que j’boive mon fonds.

gaz_dans_eau

Pas de doute, il y a bien du gaz dans l’eau. Et pas que ça.

Allez, et rien que pour le plaisir, une autre chansonnette où il est question d’eau.

Vive l’eau, vive l’eau
Qui rend propre, qui rend propre,
Vive l’eau, vive l’eau
Qui rend propre et qui rend beau.

Et la même en anglais

Long live water, long live water
That makes you clean, that makes you clean.
Long live water, long live water
That makes you clean and makes you beautiful.

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