Les derniers écrits parus sur les blogs de Pierre C.J. Vaissiere

4 blogs frères, mais différents, comme les 4 éléments, les 4 doigts de la main, les 4 angles d’un triangle, les 4 huns, les 4 tombes et les 4 égories pour que chacun y trouve son compte.

29/01 - Discours de Nicolas Sarkozy, – 29 janvier 2012
16/01 – Agences de notation : bonnet d’âne pour la France
29/01 – Le secret de Béranger Saunière en instance d’être percé
11/09 - Elle parle au silence

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En vous souhaitant une bonne lecture…

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Discours de Nicolas Sarkozy -19 janvier 2012

Une heure de télé pour reprendre la main, titre franceinfo.fr, à propos de l’apparition de Nicolas Sarkozy en ce jour béni du dimanche 29 janvier 2012. Comme d’autres nombreux Français, je crains que la fièvre qui m’a pris ne m’empêche de faire ma sièste dominicale, l’impatience mettant les nerfs à rude épreuve. Une heure de télévision. Multipliée par 6, puisque 6 chaînes diffuseront ce qui restera sans doute comme un des sommets de la plate et morne plaine de ce qui nous est donné à voir –passe encore s’il ne s’agissait que de voir– sur le petit écran. Cependant je ne m’en sors pas si mal, la diagonale de mon téléviseur étant aussi réduite que devrait l’être le contenu de l’allocution-inbterview qui nous attend.
Ô l’indigence des programmes que nous offrent les chaînes de télé ! Elles n’ont donc vraiment rien d’autre à nous proposer ?
Reprendre la main. La main de qui ? Reprendre la main ou reprendre en main ?

« Nicolas Sarkozy apparaîtra sur 6 chaînes ce soir à partir de 20h10 » précise l’article, taisant le jour et l’heure à laquelle il disparaîtra. Une apparition ! C’est fou ce que permet la technologie. Si les religions avaient disposé de tels moyens, Dieu sait combien d’apparitions mariales et autres  manifestations (divines ?) supercheries foutaises auraient eu lieu. Mais ce soir, pas de Marie dans le poste, juste un élu que les urnes ont, d’une certaine manière, du moins de son point de vue pas très élevé, comme chacun peut en juger, sacralisé. Saint Nicolas, priez pour nous.

Que va nous raconter notre cher président ? Quels boniments va-t-il encore nous servir ? Sur un plateau de quel métal ? Quelles (nouvelles ?) mimiques va-t-il mettre en œuvre pour appuyer le discours baratin lénifiant que des conseillers en communication lui auront fourbi sans risques, ces conseillers, grassement payés, étant rarement les payeurs ? Quels habiles marionnettistes aux ordres de quels groupes d’influence auront-ils tiré les ficelles pour que les propos de notre Élu les servent et lui servent ?
Et que lui rapportera sa prestation d’illusionniste ? 

Déjà ses opposants se réjouissent. De ce qui se jouera, lui s’en lavera les mains, tandis que celles de ses successeurs venus au charbon se saliront comme les siennes se salirent. Car à touiller la fange et à bonimenter délirer à propos d’une plus qu’hypothétique reprise sur une chaussette dont le fil est usé, on ne peut que s’attendre à être jeté sans autre forme de procès que celle des urnes. Celles-ci renverront dans leurs pénates les uns et les autres qui n’auront plus qu’à ravaler leur orgueil et à apprendre le sens du mot vanité.

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Israël et Iran : une nouvelle “guerre sainte” ?

Vouloir imposer la liberté et la démocratie me fait amèrement rigoler. Vouloir imposer de croire en un quelconque Dieu me fait regretter que ce Dieu ait créé l’homme sans lui donner l’humanité qui le ferait survivre à sa folie. 

Animés par la soif d’un pouvoir sans borne, bouffis d’un orgueil démesuré et certains de détenir la vérité –meilleure preuve de mensonge–, partout des sicaires inféodés à la Camarde fourbissent leurs armes, entretiennent la haine sous prétexte de justice humaine ou divine et lèvent leurs troupes de va-t-en guerre, offrant en sacrifice leurs propres enfants, sans gage d’un retour sur investissement, car jamais aucune guerre n’a engendré le moindre fruit nourricier. 

La confusion entre pouvoirs temporel et spirituel touche nombre de politiques et religieux, chacun justifiant ses déclarations et agissements au nom de sa propre morale qu’il déclare vertueuse, mais d’où est souvent absent tout sens moral. 

Que l’on soit acteur ou simple spectateur, la pièce semble être écrite par un auteur fou –l’homme–, si imbu de lui-même qu’il s’est établi au sommet de la hiérarchie du règne vivant, barreau branlant d’une échelle de Jacob qui ne mène qu’au sommet d’une tour de Babel, qu’il scie bêtement, sans se rendre compte qu’agissant ainsi il signe sa disparition.

Alors que faire, sinon naïvement espérer qu’une attaque cérébrale foudroyante mette à l’état de légumes ces sicaires des USA, d’Iran, d’Israël, de Russie, de Turquie, de Syrie et finalement de bien d’autres pays, le conflit opposant Israël à l’Iran étant loin d’être une exception. 

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Croissance, élections, nausée et retournement de vestes

Quelques temps en arrière, et histoire de donner raison à Starkozy à m’sieur  Sarkozy qui promettait de faire revenir la croissance (d’où ? je n’en ai aucune idée),  j’avais décidé de miser quelque argent sur mes présidentiables préférés, sûr d’un retour sur investissement. J’avais fait mes fonds de poche ; vidé quelques troncs déjà visités ; cassé la tirelire des gosses ; fait la manche quête en tant que  membre d’une association de charité caritative de bienfaisance ; volé ses maigres économies à ma voisine sourde comme un pot, et manque de pot, pour elle mais pas pour moi, aveugle comme une taupe ; raflé les maigres pourboires sur les tables des bistrots. Je m’étais mouillé jusqu’au trognon en récupérant les piécettes jetées par des naïfs dans une fontaine éhontément qualifiée de miraculeuse ; avais arraché non sans quelque dégoût doublé d’un plaisir pervers sa dent en or à un clochard ivre mort affalé sur un banc du jardin public  –spectacle désolant pour notre jeunesse– ; fait main basse sur l’argent récolté  par une ONG auprés d’idiots qui croient que le père Noël apporte des cadeaux aux petits Syriens ; etc., plus autres actions rentables moins avouables. Bref, comme dit Starkosy quand il se regarde dans un miroir en même temps que sa dulcinée, l’un dans l’autre, je veux dire tout additionné, ou pour être clair comme de l’eau de roche et les petits rus faisant de bons ruisseaux qui font de grandes rivières, bref, j’avais récolté une somme aussi rondelette qu’un sénateur de notre regrettée IVe République.
Dieu me garde de faire une bêtise et d’acheter n’importe qui, me suis-je dit en aparté, de crainte qu’un malfaiteur ne m’oie –m’entende, si vous préférez– et profite de l’aubaine pour perpétrer un acte répréhensible à mes dépens. Aussi ai-je prêté l’œil et l’oreille aux discours et mimiques de mes candidats préférés : bruits de coursives, café du Commerce et des Négociants Réunis, presse écrite, presse causée, émissions de télé, boules de cristal…
Bien m’en a pris. Façon de parler, car après l’étonnement est venu l’effarement, suivi d’une terrible nausée précédant de peu une déception et une tristesse sans borne. Ah ! les beaux discours, ah l’arsenic, ah la vindicte, la haine, le mépris, la méchanceté, la mauvaise foi, la bassesse, le jugement à l’emporte pièce, la morgue, et j’en passe.

Que faire ? Je me suis saoulé, saoulé encore et encore saoulé. Aux meilleurs crus et spiritueux, qu’est-ce que vous croyez. Quelques potes, tournée des grands ducs, et youp la boum.
Après il m’a bien fallu atterrir. Me sont alors revenues quelques phrases des fameux candidats, quelques appels du pied qu’ils se faisaient discrètement, quelques attitudes caractéristiques des mange merde.
Et alors ? vous demandez-vous.
Il me restait plus de sous qu’il n’en faut pour se faire plaisir en faisant plaisir. Je suis allé voir Josy et sa copine Germaine, toutes deux au chômage, allez savoir pourquoi, je vous le demande. Une dizaine d’années dans une entreprise de confection, puis virées comme des malpropres, compression de personnel, tu parles ! En chinois, ça se dit délocalisation.
Montez une boîte de retouches, je leur ai dit. Là où il y a le plus de ministères, dans le coin des assemblées. Je paie tout. Spécialité : retournement de vestes, avec boulot garanti.
Et alors ? me dites vous, inquiets et impatients.

Elles se sont marré comme des baleines qui entendent les conneries que racontent les Japonais à leur propos, puis on est partis, bras dessus bras dessous, faire la fête.
Si on passait devant les panneaux électoraux, les filles, leur ai-je suggéré.
Yesssss ! Ont-elles hurlé en chœur. 

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Des armes pour cadeaux de Noël

Ça m’énerve dur, dur, dur. Et encore je mâche mes maux. Mes mots ? Si vous voulez.
Noël et les cadeaux du même. Les cadeaux de Noël, quoi, pour qui ne suivrait pas. Bolduc coupé et papiers cadeaux arrachés fébrilement, je n’ai rien eu de ce que j’avais commandé à cet enfoiré de père Noël, que je me demande qui l’a embauché, certainement pas une lumière. Passe encore si c’était la première fois, mais là, il a poussé le bouchon un peu loin à mon goût.
Tu fais la liste de ce que tu désires, tu illustres avec un dessin, tu précises la taille, la couleur, les références, l’année de fabrication, bref, tout ce qui fait qu’il n’y aura pas d’erreur dans la livraison, et vlan ! tu reçois n’importe quoi, tandis que des abrutis qui ne savent ni écrire, ni dessiner, ni rien se voient livrer tout ce que tu avais commandé.
Si encore c’était en France, tu t’arrangerais pour aller récupérer ton dû, car il s’agit bien d’un dû mais; tu y crois ou pas, c’est à Pétaouchnoque qu’il a livré tes trucs, chez des niakwés, des nègres et même pire. Avouez qu’il y a de quoi être énervé.
Mes Kalachnikov, c’est où que vous croyez qu’elles se sont retrouvées ? Mes grenades, d’après vous, elles ont atterri où ? Le mortier et les obus, vous avez une idée de là où ils se trouvent ? Et les coupe-coupes ? je vous le donne en mille. Il s’est vraiment foutu de ma gueule, le père Noël, ou alors il était encore bourré, comme chaque année, avec ses bestiaux. Je vais en faire quoi, moi, de mes crayons et de la rame de papier que j’ai reçus. Un cadeau, ça ? Je t’en foutrais ! Et encore je ne parle pas des armes lourdes dont j’avais un sérieux besoin, que je me demande où elles ont atterri.
La fête, c’est pas avec ce que j’ai reçu que je vais pouvoir la faire, et ça me gonfle d’autant plus que, même d’ici, on entend déjà les premiers tirs de feux d’artifice, et une douce odeur de poudre commence à me titiller les narines. Merde, merde, merde. J’aurais dû naître, je sais pas, en Syrie ou en Libye. En Corée du nord, ça aurait été bien aussi. Ou en Côte d’Ivoire, au Nigéria, en Tchétchénie ou encore en Palestine. Tiens, en Chine aussi, dans le coin de la place Tian’anmen. Bref, c’est pas les endroits qui manquent où ça s’éclate autrement plus que dans ce putain de département de la Creuse de ce putain de pays de France où on s’emmerde à cent sous  de l’heure, hors taxe.

Petit papa Noël,
Quand tu descendras du ciel,
Avec  des jouets par milliers,
Je t’en prie, pass’ pas par le troquet 
Mais avant de partir
Il faudra bien te souv’nir
Des jeux que je t’ai commandés
Pour m’amuser à tout dessouder.

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Attentats anti-chrétiens au Nigéria : que fait Dieu ?

— Et Dieu dans tout ça, hein ? je vous le demande.
— Dans tout ça quoi ?
— Faites pas celui qui comprend pas. Vous voyez très bien ce que je veux dire.
— Faudrait être voyant, pour ça. Non, je ne vois pas. À moins que…
— Ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant de ce qui se passe au Nigéria, en Afrique.
— Si fait, j’y suis. Les attentats contre des chrétiens, à Noël. Si c’est pas malheureux.
— Moi, si j’étais eux, les chrétiens de là-bas, je leur mettrais dix balles dans la peau à ces salopards de terroristes musulmans. Œil pour œil, dent pour dent, et basta !
— Sauf qu’ils sont morts, les chrétiens. Je veux dire, ceux dont vous parlez. Quarante morts, qu’ils ont dit à la télé. Plus les blessés, que soignés comme ils sont là-bas, ça pourrait bien les achever.
— Des chrétiens, il en reste, et je serais eux, sûr que je te les dessoudrais, ces salopards. C’est pas les Kalachnikov qui manquent, ni les munitions.
— C’est bien vrai. Mais Dieu, qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans, en supposant qu’il existe ? Et s’il existe, à quoi il joue ?
— C’est là où je voulais en venir. Soit il n’existe pas, ce qu’on pourrait croire vu ce qu’il laisse faire, soit il existe.
— J’entends bien, mais s’il existe, pourquoi n’empêche-t-il pas de telles horreurs ?
— Parce qu’il y trouve son compte, c’te blague. Se faire dresser les uns contre les autres, avouez que c’est rentable.
— À condition d’être un marchand d’armes.
— Je ne vous le fais pas dire.


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Fuite de matière grise et de capitaux

Salut mon Cloclo. Je sais pas ce que tu as fumé avec ton copain Xavier, et je préfère ne pas le savoir, mais ça m’étonnerait moult que ce soit du gris. Quoique, comme le disent certains racistes prêts à bouffer du bougnoule ou du crouille, le gris, ça fait juste un peu de fumée, et après ?
Parce que faudrait savoir, mon gars, soit ton immigration elle est positive, comme il y en a qui disent, dont toi ou ton pote qui nous les Brise qui, un temps, autant que toi nous les brisas, soit elle ne l’est pas et on récupère la lie de la terre, hallali, hallal là. Les niakoués, les nègres, rastacouères, roms et tous les restes, moi je veux bien, et il y en a qui sont bien, si, si. Pis j’ai rien contre le couscous ni contre le bortsch, du moment que c’est cuisiné dans les règles de lard du halouf mouton de Panurge ou d’ailleurs, je m’en contre fiche, comme dit mon pote charpentier. Un nègre médecin, pourquoi pas ; un arabe charcutier, why not si c’est une multinationale de la salaison, mais il y a peu de chances ; un rom architecte… Non, je déconne, il y a des limites à tout, et les meilleures, c’est bien connu, ce sont les miradors, Dauberman et barbelés. C’est pas moi qui l’ai dit, mais je l’ai entendu dire : les prolos étrangers, qu’ils aillent se faire foutre ailleurs, mais les têtes bien remplies de ces choses qui peuvent nous servir, qu’elles soient les bienvenues. Tu parles ! Les têtes, attention, pas les queues, sinon ça n’aurait ni queue ni tête. Utiliser quelques cerveaux, ok, mais pas le reste, tout juste bon à faire des résidus de fausse couche, que c’est encore nous qui payons et la sécu dont le trou s’agrandit.

Et là, le Cloclo, qu’est-ce qu’il nous fait ? Alors que L’État refile des bourses à des étudiants étrangers, des étudiants, donc pas du 100% rebut, lesquels bossent comme des dingues, suivent leur cursus, décrochent leurs diplômes plus un super boulot rentable pour tous –patrons, fisc, Française des jeux et putes (c’est pareil, si on met de côté l’extase panardiennne), notre Cloclo, à qui ça doit faire ombrage parce qu’il a dû échouer au certificat d’études primaires, refuse statut de salarié, titre de séjour et tout le patacaisse à ces diplômés prêts à se faire plumer au service de notre beau pays. Ça s’appelle de la fuite de matière grise et de la fuite de capitaux. Faudra nous dire pour le compte de qui.
Faut-i que tu sois devenu débile, mon Cloclo, au point que le MEDEF lui-même rue dans les brancards et que des petits copains à toi commencent à changer de trottoir quand ils te croisent. 

Ils vont faire quoi, ces  petits gars bardés de diplôme à la tête bien  remplie, dont certains sont invités à quitter dare-dare le territoire, fissa et plus vite que ça, non mais, sales métèques. Moi j’en sais rien de rien. D’où ma bafouille et ce questionnement auquel je te suis reconnaissant de répondre, toi dont la lumière éclaire le monde de ténèbres dans lequel tu erres, mais pas moi.
Transmets mes amitiés au Ch’ti, à Xavier et à Brise de je ne sais quoi, et souhaite-leur un bon no well de ma part.

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Tampon, alcool, anus, et ivresse

Tampons, vodka et anus, trois mots que l’on aurait jamais imaginé voir dans la même phrase. Et pourtant… L’information est là, implacable : des adolescents américains insèrent des tampons imbibés de vodka dans leur anus pour se saouler plus rapidement.
“Ingéré” ainsi, l’alcool n’est pas filtré par l’estomac et parvient directement dans le sang. Problème : outre l’aspect peu ragoûtant de la chose, il y a d’abord le risque de développer des irritations. Il y a surtout le fait que l’alcool ne passe pas par l’estomac, ce qui empêche de se rendre compte de ses effets. Résultat, au lieu de vomir quand ils sont ivres, les adolescents passent directement à la phase coma éthylique. 

Est-il réellement possible de se saouler en insérant un tampon imbibé d’alcool dans son anus ? N’en sachant strictement rien, mais fermé à l’ignorance –donc ouvert à la connaissance (et non pas à mes connaissances, ne me faites pas dire ce que je tais)–, et contrairement à certains constipé(e)s dont je préfère sauter le nom plutôt que les sauter, tâche par trop délicate… j’ai tenté l’expérience, m’attendant à quelque révélation, de celles que procure l’ivresse. Expérience que les dits constipés, on les comprend aisément, ne pourraient vivre sans dégâts analo-collatéraux.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il m’avait fallu préparer le terrain, ce que je fis avec l’aide d’un coach bien connu dans le milieu du show-bizz et si connu qu’on se le déchire, le pauvre. Ne vous faites aucune illusion : je n’entrerai pas dans le détail de ce qui fut une véritable formation déformation, d’autant que certains producteurs de légumes oblongs pourraient en prendre ombrage. En effet, il est pensable que, apprenant le mésusage que j’ai fait des denrées susnommées, des producteurs mal virés m’intentent un procès.
Dame nature ne m’ayant pas fourni d’appareil oculaire dans l’aire de l’arrière-train, je suis incapable de m’introduire tout seul le moindre objet dans le fondement,  hormis un thermomètre médical à tête chercheuse (équipé d’un renifleur, cet appareil qui permet à des engins balistiques d’atteindre leur cible), et j’ai dû demander l’assistance d’un ami vétérinaire-proctologue (je vis à la campagne, et comme chacun le sait, trouver un médecin, qui plus est un spécialiste, revient à rechercher la moindre lueur d’intelligence dans l’œil torve d’un de nos candidats aux élections présidentielles), qui me l’a offert de bonne grâce, mais seulement après m’avoir fait signer une décharge.
Ce qui fut projeté fut fait. Et ce n’est pas sans mal ni quelques centilitres de vaseline, heureusement bio, que l’homme de l’art réussit à m’introduire dans le fondement un tampon imbibé d’alcool, après quelques manipulations dignes d’un charcutier s’appliquant à bourrer de boudin aux oignons le boyau adéquat. 
Le con !
Transporté d’urgence à l’hôpital, un interne assisté d’une infirmière avec laquelle il serait désormais inutile et sans espoir d’envisager quelque coquine aventure, ont mis une heure pour m’extraire le tampon. Un tampon encreur à réservoir que ce con de soi-disant copain proctologue –un pervers– avait rempli d’alcool à 90°. Si j’étais bourré ? Certes oui, et pas facile à débourrer. Ivre ? Oui da, de colère.
Alors leurs conneries, ils se les gardent. Et la mienne aussi, car vu la distance qu’il y a entre les deux, il faut être vraiment débile pour croire qu’on peut se bourrer la gueule en s’enfilant de l’alcool dans l’anus. Quant à me saouler le plus rapidement possible, je m’en tamponne le coquillard. 


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Prostitution : une loi pour pénaliser les clients ?

Ils veulent faire une loi pour pénaliser les clients ? On aura tout vu ! Je suis une prostituée, une pute, quoi. J’ai une langue de pute, pas une langue de bois, alors ils me font marrer avec leurs mots proprets et tout. C’est comme les professeurs des écoles, non mais j’te jure, cétait pas mieux maître, maîtresse ou instit ? C’était pas assez bien ?
Oui, je me prostitue. Des fois un petit peu pour le plaisir, mais pour être honnête, c’est pour les fifrelins. Faut bien gagner sa vie, et tant qu’à faire autant la gagner le mieux possible. Mais pour le plaisir, faut pas croire que tous les clients soient à la hauteur. Ou plutôt étaient à la hauteur.
Je vends mon cul plutôt que mes charmes, je le reconnais ? Oui, et alors ? Il y en a bien qui vendent leur cerveau, et quand tu vois le résultat, du vent, rien que du vent.
Pute, mais pas conne, je suis aussi souteneuse, ma propre souteneuse. Et ça risque pas qu’une grognasse vienne marcher sur mes plates bandes, et encore moins un enfoiré de mac. Je suis connue pour pas être une tendre. Si j’en soutiens d’autres ? Non, que moi, et ça me donne déjà bien assez de turbin.
Et pour pas être emmerdée comme ça m’arrivait des fois, je suis aussi ma propre cliente. Faut dire aussi que je suis plus de prime jeunesse et que ça se bouscule plus au portillon, si je puis dire, depuis un bail. J’ai fait mienne la devise “du producteur au consommateur” et je m’en porte plutôt mieux que pas bien. Alors, leur loi, à ces vieux barbons, ils peuvent se la mettre là où je pense. Quant à moi, je m’asseois dessus et ça me fait ni chaud ni froid.
Mais quand même, ces vieux cochons, ça serait pas parce qu’ils peuvent plus rien du côté de la braguette qu’ils nous la jouent moralisateurs ? Avec l’âge, y a pas que leur machin qui devient mollasson, leur mémoire aussi. Ah ça, y en a plus d’un qu’a la mémoire courte et qu’a oublié les gâteries que la Rose leur a fait. C’est comme ça qu’ils m’appelaient, Rose, ma p’tite Rose. Et voilà que maintenant ils veulent pénaliser les clients, comme ils disent. Y en a qui manquent pas d’air. J’imagine leur trombine, avec une loi rétroactive.
Maintenant y en a deux ou trois qui commencent à m’échauffer les oreilles, et si ça continue, la Rose, elle va ruer dans les brancards et elle aussi elle va ouvrir sa grande gueule. Et pas pour dire des conneries ou des trucs qu’elle y connaît rien.

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Le divorce matière-esprit source de nos maux ?

Les peuples sont dirigés –si je puis dire– par des apprentis sorciers qui ont appris leur art auprès d’autres apprentis sorciers qui, eux-mêmes, n’ont jamais pratiqué la sorcellerie. Je veux parler de cet art qui consiste à vivre en harmonie avec le mileu naturel. Ce qui suppose de le connaître, le respecter, et ne pas exercer le moindre pouvoir sur lui. Ce n’est certes pas ce qu’on apprend aujourd’hui dans les écoles telle l’ENA.
Imbus d’eux-mêmes et de leur savoir, incapables de se remettre en question, ces apprentis ignorent la différence qu’il y a entre savoir et connaissance, de même qu’ils ignorent son double sens : apprendre à connaître, d’une part, naître avec, d’autre part. Le savoir est affaire d’enseignement ; la connaissance est affaire de relation, celle que nous établissons avec notre environnement.

Le pouvoir est réservé à qui a acquis un savoir, la teneur de celui-ci pouvant varier d’une époque à l’autre et d’une culture à l’autre. Qui ne possède pas le savoir en vogue est voué au silence, à l’obéissance et à être ignoré des tenants de ce savoir, donc du pouvoir. Et peu importe le contenu et la valeur de ce savoir.
Quel que soit le pouvoir qu’il possède, celui qui en use considère détenir la vérité, tandis que celui qui est habité par la connaissance estime ne rien savoir de la vérité. Le premier prend la parole, la proclame, la défend jalousement et pose des actes, ce qui lui confère davantage de pouvoir. Le second se tait, maugrée sans pouvoir agir rationnellement tant qu’il n’a pas acquis un savoir et, à sa façon, se drape dans son humilité orgueil.

Souhaitons alors que le savoir de l’occident et la connaissance de l’orient cessent de se regarder en chiens de faïence comme le font artihméticiens et arithmosophes, chimistes et alchimistes, astronomes et astrologues. Matière et esprit étant idissociables, que les premiers continuent à quantifier tout en s’appliquant à qualifier, et que les seconds continuent à qualifier tout en apprenant à quantifier.

 Sans cela, nul doute qu’on n’est pas prêt d’être sorti de l’auberge.

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Des farines animales pour tous

Je l’ai dit dans un article précédent : je suis pour la réintroduction des farines animales. Pour tous les animaux, sans exception..

Et pour quelles raisons je me prie ? (expression que je préfère à cette autre “je vous prie” que je trouve rabaissante, n’ayant aucune supplique à adresser à qui que ce soit, d’autant plus si je ne connais pas ce qui que ce soit, individu lambda qui, au demeurant, n’a peut-être pas le pouvoir d’accéder à ma requête.
Pas d’affolement : je vais incessamment fermer la parenthèse). Voilà, c’est fait.

Pour quelles raisons suis-je donc pour cette réintroduction des farines animales, autrement acronymées PAT ?
Parce que c’est économiquement rentable, parce que tout le monde peut en profiter, parce que le stock de futurs cadavres est énorme, parce que c’est plus sain, et parce que c’est tout simplement délicieux. Sans compter que le circuit complet est plus bref qu’un pépin, plus court qu’une paille, et que chacun d’entre nous peut y jouer un rôle majeur. Actif et passif.

Et la morale dans tout ça ? me direz-vous si vous en êtes encore là..
Imaginez : 1963. Je fais mes classes dans la Marine nationale (Pour ceux à qui ça ne dit rien, c’était une période militaire de quelques mois pendant laquelle on apprenait ce qu’est la fainéantise, l’inutilité et l’obéissance aveugle à des hauts parleurs hurlant des ordres en boucle, inutiles et idiots. Ce qui était censé nous faire octroyer la mention “apte au service, au combat et à la soumission”. J’en rajoute un peu, mais c’est pour faire crédible). C’était à Hourtin, département de la Gironde (pas plus que ma voisine), placo-numéralogiqué 33. Une fois tous les dix jours on nous servait d’ignobles pieds de porc baignant dans leur jus. C’est dire. Vous avez déjà vu des porcs se laver les pieds ? Tout, ou pas loin, repartait illico dans de grandes poubelles. Et qui allaient où ? je vous le demande. Direct à la porcherie où les bêtes encore valides, quoi que promises à un avenir plus moins sombre (elles devaient attendre avec impatience le coup de grâce qui leur ferait quitter une vie de souffrances) se jetaient sur ces pauvres restes pour s’en nourrir. Certains bestiaux, pourtant affamés, montraient quelque hésitation avant de se mettre à table l’estomac un rien retourné, ayant sans doute reconnu le pied d’un parent.

C’est pour cela que je parle de morale. La moindre délicatesse n’eut-elle pas été de transformer en farine ces délicieux pieds de cochon ?

Annecdotique ? Oui et non. braves gens, car ouvrez bien vos yeux si vous lisez vous-mêmes ou vos oreilles si quelqu’un vous fait la lecture. Lisez, oyez et réfléchissez aux question qui ne manqueront pas de se poser à vous.

1. Il n’y a pas animal et animal. L’homme est un animal, point. Le pire ? je ne sais pas, mais certainement pas le plus évolué, sauf si on estime que le cochon est l’animal le plus évolué, car nos liens de parenté avec lui sont d’une telle évidence que nous n’avons pas besoin de savoir que nos ADN se ressemblent à s’y méprendre.

2. Les mutations que traversent nos sociétés, soit disant développées, nous amènent lentement mais sûrement à la paupérisation, et nul doute que manger à sa faim ne sera bientôt plus qu’un doux souvenir pour le plus grand nombre. Petite consolation : Les émissions de gaz qui verront leur niveau baisser.

3. Il y a de plus en plus de vieux, et les vieux, on le sait, sont des bouches plus inutiles que les bouches d’égoût, bien que les bouches de pas mal d’entre eux fassent justement penser à une bouche d’égoût. Je le sais, je le vis, et c’est dégoûtant. Nous disposons donc d’un stock de protéines animales inépuisable, car renouvelable.

4. Plus les vieux durent longtemps, plus leur viande est dure. On pourrait la passer à l’attendrisseur, mais les lames de cette merveilleuse machine ne résisteraient pas aux os, sauf exception, lorsque ceux-ci auraient été issus d’une femelle atteinte d’ostéoporose. Il semble plus simple, rentable et expéditif de réduire en poudre les chairs et les carcasses en prenant soin de récupérer, auparavant, les métaux nobles et précieux qui seraient destinés aux industries high-tech, notamment informatiques, ce qui favoriserait la mise en place du projet du siècle : Le Tout Internet pour Tous (voir l’article à ce sujet). Et les dents ? Les vraies feront un émouvant souvenir dans la salle à manger, tandis que les fausses seront recyclées.

L’éthique ? Elle serait parfaitement respectée, et ce, pour plusieurs raisons : de même que concernant les cochons de Hourtin, le fait d’être bouffé leur était délivrance, certains vieux verraient avec joie le fait d’être réduits en bouillie puis lyophilisés. 2. Ainsi transformée, nulle bête ne reconnaîtrait le pied bot de son cochon de grand-père, le foie malade de son ivrogne de père, ni ne remarquerait, larmes à l’oeil, l’absence des organes génitaux de sa mère qu’une totalectomie lui avait prélevés pour en faire des cosmétiques. À condition, toutefois, que les procédés de fabrication soient au point et que les procédures d’élaboration des farines soient respectées. 3. La morale religieuse serait préservée, car l’origine de cette nourriture industrielle n’ayant aucune raison d’apparaître sur les emballages (aucune mention concernant la traçabilité), il ne saurait alors être question de cannibalisme.

5. Les vieux, les vieux. Oui, mais il n’y a pas qu’eux. Ils ne sont pas les seuls à être ces bouches inutiles qu’on transfomera en farines animales. Avec la paupérisation, combien d’improductifs, de chômeurs, de racaille et d’indésirables, tels ces irréductibles qui refusent le Tout Internet pour Tous (preuve irréfutable de leur manque total de citoyenneté) retrouveraient enfin quelque fierté, quoi que posthume, en servant de nutriments à la population.

6. Le traitement pourra se réaliser en local, y compris de façon domestique, sous certaines conditions : il ne pourra être effectué qu’à l’aide des outils estampillés PAT-NF-SGDG, et pour un poids total annuel de matière fraîche (cadavres dont le taux d’humidité sera précisé) ne dépassant pas 5% du poids total de la famille (parents, ascendants et descendants directs). À noter que le coût des outils de transformation pour les particuliers devrait être suffisamment prohibitif pour que ceux-ci rechignent à un lourd invetissement.

Mais où suis-je donc aller dénicher ce tissu d’absurdités ? êtes-vous en droit de vous demander.
J’ai mes informateurs, n’en doutez pas, tous dignes de confiance, je vous l’assure, et étant moi-même digne de confiance, n’ayez aucun doute quant à la véracité de ce qui m’a été rapporté par le vice-président du Syndicat Unifié des Céréaliers –un homme respectable qui a ses entrées et qui est farouchement opposé à ce projet des PAT–, et dont j’ai retranscrit ici l’essentiel des propos qu’il m’a rapportés. Propos tenus lors d’une réunion –secrète, vous l’aurez deviné– entre les grands dirigeants des industries agro-alimentaires (notamment ceux de la filière ovino-bovino-porcine), le Président du Syndicat des Pompes Funestes, et les plus hautes instances de l’État.

Vous avez vu Soleil Vert, film du siècle dernier (1973), de Richard Fleischer ? C’est de la rigolade à côté de ce qui VOUS attend.
Quoi ? Vous n’avez rien remarqué ? Ce VOUS en capitale ne vous a pas interpellé ?
Ça y est ? Vous y êtes ? Vous avez enfin compris pourquoi je suis diablement et irrémédiablement acquis à cette réintroduction des farines animales ?

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Le Tout Internet pour Tous

Que serions-nous sans Internet, que serais-je sans mon FAI, autrement dit fournisseur d’accès (d’incompréhension et de gnare), que serais-je si ne pouvais plus accéder au Oueb ? Serais-je encore moi-même tel que je me pratique à travers ces longs périples que mènent mes doigts agiles du premier mot d’une première ligne à celui de la fin ? Ô combien de fois me suis-je interrogé sur une telle éventualité, sans que mon trouble ne soit levé, n’ayant jamais connu telle aventure !
Impatient que j’étais, Dieu, dans sa miséricorde, m’a enfin offert le privilège de me retrouver dénué des attributs de l’homme moderne, à savoir non pas ce qui le fait homme, grâce à ces choses plus ou moins gracieuses que sont ses organes génitaux (qui participent à son bon équilibre, notamment lorsqu’ils sont au repos), mais privé d’Internet. Car se retrouver coupé du reste du monde est une castration autrement plus handicapante que l’autre, le pénis servant rarement de béquille, contrairement à ce qu’affirment des prétentieux dont je tairai le nom par pure compassion. Je parle pour les hommes, les personnes du sexe féminin, donc les femmes, si je ne m’abuse, n’étant concernées que par la seule castration du cerveau.
Quoi ? On ne peut plus ni gailuronner, ni dire de vérités ?

J’y viens. Déconnecté du reste du monde, privé de Facebook, de Linkedin, de mes messageries, des blagues idiotes qu’on reçoit dix fois, des messages idiots et mensongers nous annonçant qu’on vient de gagner un merveilleux cadeau high-tech, des publicités dont la forme numérique interdit toute utilisation aux WC et des lettres d’info auxquelles on serait censé avoir pris un abonnement (quand ?), etc., j’ai dû téléphoner à mon fournisseur d’accès (de tension nerveuse). Une notice en ma possession précise que l’attente est gratuite depuis la ligne fixe qui m’a été attribuée. Pas de bol : mon téléphone en est au même point que ma liaison internet : zéro. Pas de panique cependant : mon téléphone cellulaire (donc portéïbeul) en main, j’ai composé le numéro, sachant par avance qu’il me faudrait être de bonne composition. Je passe sur les détails que chacun connaît : appuyer sur la touche 1 s’il s’agit d’une question technique, etc. Las, aucune touche pour adresser le moindre juron de mauvaise humeur.
J’explique, on m’écoute, on me dit de faire ci, puis de faire ça (ce que j’ai déjà fait n fois). Rien de nouveau sous le soleil : ça ne fonctionne toujours pas. On me conseille de faire procéder à un échange du modem.
Vroum vroum. En voiture Simone, direction la boutique. Je m’en sors bien, elle ne se trouve qu’à 5km  de mon domicile et à trois quarts d’heures de chez moi les mauvais jours. Et c’est un mauvais jour. Six personnes poireautent déjà. 1 h 30 plus tard, un technicien procède à l’échange standard de mon modem, se met à son clavier d’ordinateur, pianote. Faut y activer me dit-il. Il repianote. Merde ! lâche-t-il, penaud… ça ne passe pas. La connexion ne passe pas. Qu’à cela ne tienne, se reprend-il, j’essaierai tout à l’heure, et je vous passe un coup de fil pour vous dire que c’est fait. Vous branchez, vous attendez deux heures, et c’est bon.

Ben non, ça n’était pas bon.
Re-coup de fil à mon fournisseur d’accès (de fièvre assassine). Re-attente avec une musique lénifiante qui tourne en boucle et me fait tourner en bourrique.
Re-mêmes conseils, re-échange du modem, re-peau de balle. Puis re-re coup de fil, re-re rendez-vous avec un technicien à domicile.
Au final, après une semaine de castration, pas loin d’une heure passée au téléphone contre une dépense d’une grosse poignée d’euros (pas de forfait sur mon portéïbeul), 8 heures passées dans les embouteillages ainsi qu’à attendre mon tour dans la boutique… tout rentre dans l’ordre et fonctionne, les compétences des divers intervenants (au téléphone et sur place) n’y étant pas pour rien. Mais, car il y a un mais, que dis-je, un tas de MAIS, un monceau de MAIS : j’ai été  privé d’un outil de travail, ai perdu un temps précieux (je sais, le temps est toujours précieux : vous verrez quand vous aurez 77 ans), ai dépensé argent et énergie et, plus que dommage et moins qu’équitable : je n’aurais pas le moindre dédommagement.

Je sais, je ne suis pas le seul à vivre de telles expériences, et tous les domaines de l’existence sont concernés par ce qui ressemble à s’y méprendre à de l’arnaque. Mais tout ce qui touche de près ou de loin à l’Internet est on ne peut plus emblématique de ce qui se joue.
Jeu qui ne doit rien à l’aléatoire, mais qui est orchestré de mains de maîtres par des canailles diplômées des grandes écoles de corruption, de subornation, voire de concussion.

Et voilà que des affairistes et prévaricateurs seraient sur le point de lancer une nouvelle croisade : celle de l’Internet pour tous. Internet obligé et… obligatoire.
Dont le grand bénéficiaire devrait-être l’ensemble de la population ? Ben voyons !
À côté de ce qui se passe et risque d’arriver, 1984 –célèbre roman de George Orwell– est de la bluette, de la roupie de sansonnet, de la pine d’oie ou tout juste de la couille de mite.

La société vers laquelle nous glissons lentement, comme un quidam sur une déjection canine avant d’être emporté par son déséquilibre, sera idéale. Ô félicité !
Seuls peut-être s’en sortiront les manchots et les aveugles qui ne pourront taper sur un clavier (mais non : on parlera à l’ordinateur et les touches en braille existent déjà) ; les sourds-muets (mais non, ils voient), les aveugles sourds, muets et manchots de surcroît (on leur greffera une puce dans le fondement) ; les vieux gâteux, les débiles mentaux, les bébés ; ceux dont EDF aura coupé le courant parce que ce sont de mauvais citoyens, de miséreux indigents ; et enfin quelques irréductibles qui prendront le maquis en attendant des jours meilleurs.

Jours meilleurs, car l’aspect sociétal du L.T.I.P.T. P.L.P.D.C.D. D.G.I.C.M.P. (Le Tout Internet Pour Tous, Pour Le Profit Des Classes Dirigeantes, Des Grandes Industries et le Contrôle des Masses Populaires), n’est pas le seul aspect à prendre en compte. Les instances supérieures (en quoi ?) sont en plein délire, qui ne prennent en compte ni les impacts environnementaux, ni la fragilité des systèmes de réseaux, ni la puissance destructrice des orages solaires avec les éjections de masse coronale, ni l’accumulation des débris satellitaires pouvant à eux seuls mettre en pièce des satellites dont les miettes, à leur tour, en pulvériseront d’autres.
Le pouvoir rend borné, c’est connu, sauf de la part des tenants du pouvoir.

Des surprises se préparent, auxquelles applaudiront  nos quelques irréductibles dont la tâche, alors, une fois sorti de la clandestinité, consistera : 1. à virer les abrutis qui auront mis en place ce Tout Internet pour leur profit et celui de leurs pairs ; 2. À les faire traduire en justice pour leurs actes irresponsables et délictueux.

Ceci dit, moi je m’en fiche, pensez donc. Vous feriez quoi, si vous aviez 77 ans ? Je m’en fiche, et c’est bien le seul lien que j’ai avec ces faiseurs d’Armageddon.
Vous me croyez lorsque je dis que je m’en fiche ? 

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Invité à la table des Grands, Dieu est devenu sourd

Merci à WordPress et ses jolis flocons qui m’ont inspiré ce texte.

« Tombé la naeîîîge,
Tou né viéndras pas cé soâr,
Tombé la naeîîîge,
Et mon coeur s’habille de noâââr…»
Bribe d’une chanson de SALVATORE ADAMO

Et voilà. C’est l’hiver : je suis transi, mon cœur est froid, ça glisse, ça mouille, et c’est pas pour me vanter, mais ça vente drôlement et si ça continue, va encore falloir dégager les congères à grands coups de pelles. Les SDF n’ont qu’à se tenir cois et les essedéèfes coites s’ils et si elles ne veulent pas recevoir un malheureux coup de ce génial outil excavateur qui les enverrait ad patres, en un lieu où, enfin, ils n’auraient plus à craindre le froid. Amen, Dieu est grand et miséricordieux. Enfin, si on veut.

Tombé la neige, tou né viéndras pas cé soâr…
Voui, car Dieu a beau être d’une infinie bonté, il est sourd comme un pot et ne répondra pas aux suppliques. Et ni ce soir, ni les autres, ni même le lendemain matin, alors que le givre scintillera sur les branches comme autant de lucioles qui se les pèlent au firmament, et dieu sait si ça pèle là-haut, etc., Dieu ne viendra. Tu m’étonnes ! Installé à la table des Grands de ce monde qui l’ont convié à une party, monsieur trône, tchatche avec ses pairs et ne daigne jeter un regard sur ces loquedus qui lui adressent des prières. Sans même lui glisser la moindre pièce, non mais, où va-t-on ? 

Fait pas chaud, mon gars. Fait pas chaud la mère, toi qui essaie vainement de protéger ton gosse de la fourberie de la bise. Toi  dont les lèvres gelées ne pourront ni consoler, ni embrasser ton petit, ce cadeau que tu te promettais de lui offrir et qu’on t’a volé, même celui-là. Te laisser mourir ? Oui, pourquoi pas. Ça fera toujours vendre du papier et ça fera de l’audience aux JT.
La misère gagne, passe par dessus les digues que des responsables du pouvoir, quelque peu éclairés, avaient su ériger, des responsables moins préoccupés de leur propres intérêts que ceux d’aujourd’hui, indignes, hautains, qui font fi des gens du peuple, s’en gaussent, dressent les uns contre les autres en usant de subterfuges raciaux. Misère !

Tombé la naeîîîge, tou né viéndras pas cé soâr… 
Putain de père Noël bourré de Coca-Cola. Tu le prends light, mon cochon impudique, sans regard pour ces autres qui se satisferaient d’un simple morceau de sucre, un rien pour toi, un pas grand chose pour moi, la survie d’un instant pour ceux, exsangues, qui n’ont plus même la force de te rentrer ton orgueil dans la gorge, à grand renfort d’un tranchant de surin.

Alors quoi ? Prier un Dieu définitivement mort pour qu’il fasse quoi ? Qu’il continue à faire le mort et la java ? Et quoi d’autre ? Prendre les armes pour mettre un terme à l’assouvissement, avec le risque de se faire enfermer pour atteinte à la sûreté de l’État ?
Non. J’ai un toit, de quoi me nourrir, l’essentiel pour ne pas avoir envie d’offrir ma vie à ces preneurs d’otages, pervers.
Alors avec eux, les laissant dans leur superbe et fermant les yeux sur ma dignité, je fêterai la fin d’année comme il se doit : en fermant ma gueule, en courbant l’échine et en tenant close ma porte à ceux qui auraient simplement besoin de chaleur humaine et d’un bon steak. Surtout d’un bon steak.

Tombé la naeîîîge, tou né viéndras pas cé soâr…

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Egypte, journaliste et tolérance

Pov’ fille. Je parle de celle qui s’est fait agresser –une journaliste, ou un truc comme ça– sur la place machin au Caire. Si c’est pas malheureux !
Hé bé oui, en Égypte aussi il y a de sacrés abrutis, comme partout. Et les abrutis, quand ça se libère, ça fait mal mâle mal, ça vindicte, ça braille, ça casse, ça te fout un tel bordel que ça plaint de ce foutu bordel et que ça braille encore plus. Les cons ! L’histoire du gars qui crache dans la soupe, de celui qui scie la branche sur laquelle il s’est posé les fesses. Pov’ branche !

Ah la populace la masse, le commun. Sale race !
Bon, je m’emporte, mais en fait, la populace, je suis pas contre. Même si je voulais, je ne pourrais être contre. C’est à cause de ma tolérance sans limite, et question tolérance, je crains personne, c’est moi qui vous le dit. Il n’y a pas plus tolérant que moi.
Des preuves ? le bistrot PMU du coin où je vide des godets avec des potes, les pires qui soient, bornés, sectaires, racistes et catho, du genre à honorer Jeanne d’Arc, qu’ils auraient bien voulu honorer d’une autre façon, c’est pour dire. Bref, des pros de l’intolérance. N’empêche qu’on se marre comme des bossus., et tout. Faut voir jusqu’où ils vont, les lascars ! Comment c’est qu’ils causent. Rien que pour dire, l’autre jour, vers 10-11 heures, à l’heure de l’apéro qu’on prend en terrasse à cause qu’on peut plus fumer où on veut, ce qu’ils ont balancé à une arabe ! Comment on y sait qu’elle était arabe ? Ben tiens, ça se voit. Surtout quand elles portent ce machin sur la tête, un voile qu’on les dirait en cage, je sais pas comment ça s’appelle, mais vous voyez… La crise de rigolade quand y en a qui lui mis la main au panier. Il y en a qu’auraient dit que ça se fait pas, ou un truc du même genre, que c’est de l’intolérance que de se comporter comme. Mais y avait pas péril en la demeure, à c’que j’sache, hein ! Moi je dis qu’il faut être cool, et c’est tout ; c’est ça la tolérance. Alors j’ai rien dit, parce que faut quand même pas exagérer, et que le savoir vivre, c’est aussi ça.

Bon, revenons à nos moutons. La fille, là, qui se serait fait agresser. Je dis pas que c’est pas vrai, mais enfin… Et pis, qui c’est qu’a commencé, avant que les autres lui tombent dessus à bras raccourcis, il paraît. Je veux pas dire qu’elle l’a bien cherché, mais je veux pas dire le contraire non plus.
Je te jure, moi, quand je vais à la messe, par exemple, je mets un tricot sur mon marcel. Des fois même, je rajoute une veste. Imagine que j’aille à l’église en marcel, ils diraient quoi, les autres ? La tolérance, c’est aussi ça.

Tu me vois, moi, journaliste à Libé ou je sais pas, un autre truc de gauche comme France-Soir, me pointer dans un meeting du Front national et chanter la Marseillaise ou l’internationale ? La honte, et pas que ça, sûr ! Ce que je veux dire, c’est que si j’étais une nana, que je sois de type caucasien, comme ils disent à TF1, mais pas que là, que je sois journaliste et pas moche comme un pou, je te jure qu’y a pas de risque que je m’introduise dans une manif d’un de ces pays de sauvages où y a que des mecs qui braillent, qui en veulent à la terre entière, surtout à ceux du Caucase, qui n’ont rien à se mettre sous la dent, façon de parler, question sexe, à part leurs petits copains qui braillent avec eux… bref, je me tiendrais coite, je porterais le voile, je me la fermerais et je retournerais chez mes parents dans la Creuse. Je dis la Creuse, parce que la fille en question, y a que de là qu’elle peut venir. Puis je me ferais pas chier à travailler. Je me trouverais un mec plein aux as, et basta. Du coup, ça m’éviterait de faire l’intolérante qui fait rien qu’à raconter des blablas à des gars qu’en ont rien à cirer, surtout qu’elle est même pas du coin, et ça se voit.

Mais enfin, faut reconnaître que je préfère être à ma place qu’à la sienne. Parce que, je veux pas dire, mais elle risque pas d’avoir le paquet de potes que j’ai. Et je parle pas de ceux de Facebook.

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Grand concours des peuples les plus maltraités

Après le concours des plus grandes catastrophes, celui des chefs d’état les plus sanguinaires,  celui des gouvernants les plus incapables et celui des plus tartignoles des régimes bananiers, se déroule actuellement, sous l’égide du G8, du FMI, de l’OTAN et autres organismes décideurs, celui des peuples les plus maltraités, pour lequel, et tenant compte du  nombre d’inscrits qui dépasse toutes nos espérances prévisions, les inscriptions qui devaient initialement être closes le 24 décembre à minuit, le seront au 1e du même mois de décembre. D’ici là, et seules 10 inscriptions étant encore recevables, les dossiers doivent nous être retournés au plus tôt. Nous en rappelerons d’ici peu, mais pas avant, le réglement et les modalités d’inscription.

le 10 décembre 2011, 19h30 – DERNIERES NOUVELLES : C’est avec regret que nous dû refuser la candidature tardive de la Russie, présentée le 10 décembre en soirée. Un réexamen de cette candidature pourrait cependant avoir lieu dans le cas où Poutine ferait le méchant, afficherait de façon surprenante une éventuelle mauvaise foi, montrerait ses crocs et, sous prétexte de protéger du soleil quelques empêcheurs de tourner en rond, les mettrait à l’ombre. 

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Pourquoi suis-je moi ?

Soirée arrosée ? Un rien : il faisait sec, pas une goutte de flotte. L’apéro : juste une petite rosée un petit rosé à peine alcoolisé pour les filles et un cocktail détonnant à base d’un Cognac de derrière les fagots de sarments, pour les gars. Y’avait Gégé –normal on était ses invités–; sa copine Monique, finement surnommée D.Q.L.T.U.Q.L.N. par Fred, le rigolo de service ; Lucien et Véro ; plus moi auquel une certaine élévation d’esprit m’ouvre de nombreuses tables amicales, vineuses, spiritueuses et spirituelles lorsque je les honore de ma présence.

On en était au fromage, moment crucial où Gégé, qui ne manque pas une occasion d’en faire un, s’est levé, digne, dans sa verticalité, comme on dit chez les fabricants de niveaux à bulle. Il a desserré les lèvres, et d’un air bizarre a déclamé haut, fort, sans ambages et à peine rifougnard : « C’est pas le tout, de laine, mais pourquoi suis-je moi ? » Bourré d’humour, Gégé, d’un niveau d’autant plus fin et élevé que celui de la fine a baissé. Gégé, c’est à ça qu’il marche, y compris pour faciliter la descente des bouchées au fur et à mesure qu’il en avale une.
Oups ! avons-nous gloupsé, à cause que le gigot d’agneau n’était pas plus de Sisteron que je suis australien. Je parle pas des Soissons et de leur effet, un coup à briser un vase en cristal.
« Je raconte pas de conneries, les gars : pourquoi suis-je moi ? » nous a-t-il quémandé les yeux battus, la mine triste et les joues blêmes.

« Pourquoi ou pourquoi ? » a sorti Fred. « Parce que faudrait pas confondre pour quoi et pourquoi, car  rien à voir, on le sait, avec pour qui et pourqui, lequel ne se dit pas pour la bonne raison que ça ne se dit pas. Y’a des choses qui ne se disent pas, c’est comme ça, parce qu’elles n’existent pas, circulez y’a rien à voir et y’a qu’à se taire, comme Burt Lan, point. »

« Pourquoi suis-je moi ? » phrase sibylline derrière laquelle un esprit éveillé tel le mien entend la suite sous-jacente  « et pas un autre ? ». Ce que j’exprime en regardant Gégé droit dans son âme. Plus ou moins droit devant nous, regard halluciné, notre métaphysicien  existentialiste qui ne lâche pas le morceau remet ça : « Pourquoi suis-je moi ? ».
Et c’est parti.

— Tu es toi et tu ne peux pas être l’autre, parce que la place est déjà prise.
— Pis qu’est-ce qui te dit que l’autre il ne se demande pas pourquoi il est lui, et non l’autre que tu es ? Tu lui as demandé, à lui, pourquoi il est lui et pas toi ?
— Pourquoi suis-je moi, pourquoi es-tu toi et pas moi, pourquoi est-il lui, pourquoi est-elle elle, pourquoi sommes-nous nous, pourquoi êtes-vous vous et pourquoi sont ils eux ? Je vous le demande.
 — Me dis pas que tu voudrais être elle, tu vois de qui je parle, quand même pas.
— Toi, toi mon toît, et moi et moi et moi. Ô pourquoi tant d’émoi pour ce moi qui tant m’émeut, pour ce toi qui tant m’émeut et pour ce moi qui tant t’émeut tant en lui tu te noies…

Dernière intervention signée Véro, notre poétesse, à laquelle Lucien applaudit et verse une larme. De fine, à Gégé, qui a besoin de remontant.

« Moquez-vous, c’est ça. Vous êtes bouchés ou quoi ? Ça se dit psy, philosophe et c’est même pas foutu de répondre à une question aussi basique que le savon de Marseille : pourquoi suis-je moi ? » insiste Gégé, un brin énervé.
 « Question basique et aussi glissante. » lui réponds-je en m’épongeant le front, tant la tâche est ardue et à cause que le savon de Marseille irrite ma peau sensible, car diaphane. « Moi, à ta place, Gégé –mais je ne suis pas toi, on est d’accord, et grand bien me fasse– je m’interrogerais sur le pourquoi de ta question. Ça serait-i pas un problème d’ego ? Je sais pas, un truc à la confiance en soi. De toute façon, je vois pas comment tu pourrais être autre chose que toi, je veux dire comment être l’autre puisqu’il est lui, se trouve pas si mal que ça à la place qu’il occupe, et n’a nulle envie de la laisser à un inconnu. Et quand bien même cet autre, subitement atteint de troubles de la personnalité, aimerait ne pas être lui, mais un autre, toi par exemple, il ne peut l’être, pas plus que tu ne peux être lui.

Il nous a regardé, ahuri, avant de reprendre : « Je n’en ai rien à faire d’être l’autre, il est lui, qu’il le reste, d’autant que je n’en veux pas. Vous avez vu sa gueule ? Vous me voyez être lui à la place de moi ? Et pourquoi pas être Fred, tant que vous y êtes ?. Ce que je veux savoir c’est tout simplement pourquoi je suis moi. Quand même pas compliqué. »
« Quand je pense que je vis avec toi » lui a dit Monique, sa chérie, en se grattant la tête d’une main et en se saisissant, de l’autre, du couteau qui lui avait servi à découper le gigot, parce qu’on ne sait jamais. « Je vis avec toi parce que je t’ai choisi, et je commence à me demander si je n’aurais pas mieux fait d’aller voir ailleurs. Pourquoi est-ce avec toi que je suis ? Si quelqu’un peut me répondre… Présentement, je me demande si je n’aurais pas mieux fait de choisir quelqu’un d’autre. »
« Moi, par exemple…» se marre Fred.

Gégé, pas grand chose le démonte –surtout quand ça vient de sa copine–, lui rétorque. « Un autre qui aurait tout aussi bien pu se poser la même question que moi : pourquoi suis-je moi ? C’est quand même pas extraordinaire de se poser cette question, et y’a pas besoin de sortir de Centrale pour ça.

— Oui, mais si cet autre avait tout à coup préféré être ton bonhomme, donc toi, avec le risque qu’il préfère finalement être autre que ce qu’il est ?  Et si cet autre avait tout à coup préféré être ce toi qui ne se supporte pas –ce qui semble être le cas, vu ton interrogation– et que ce toi n’aspire qu’à être autre, moi par exemple ? Tu vois le tableau ? Tu saisis ?
Et si moi, au lieu de découper le gigot je m’étais posé la question de savoir pourquoi je suis moi, crois-moi, on aurait tous une sacrée faim, et au lieu de te demander pourquoi tu es toi, tu me demanderais si on peut passer à table. En attendant, sers-nous donc à boire, que tu ne vois même pas que les verres sont vides. »

Fronts plissés à cause des esprits gauches comme une planche mal dégauchie et pas rabotée avec de vilains nœuds, on avait remis le couvert et continué à vider les verres, histoire qu’ils soient moins lourds lorsque les filles débarrasseraient la table. Tonneau des Dalaïdes, celui de l’Adélaïde aurait dit Fred. Adélaïde c’est une copine qui n’avait pas pu venir, du fait que c’était la saison des vendanges tardives et que son homme possède quelques arpents de vigne dont provient la fine qu’on avait continué à écluser. Passer d’un niveau à un autre a ses règles et contraintes, par ma foi mon foie, fort contraignantes.

— Chercher à savoir pourquoi on est soi, c’est du luxe. Faut du pognon pour trouver la réponse. Combien es-tu prêt à payer ? Tu irais jusqu’à t’offrir une corde en chanvre ?
— Quand on ne sait plus qui on est on, on ne se pose pas la question de savoir pourquoi on est soi, car on n’est plus soi, ni personne d’autre, ni rien. 

« Pourquoi je suis moi, mais pourquoi pas ? » Telle est la question que tu devrais te poser, avais-je dit à Gégé, frappé par une fulgurance sans doute inspirée en ligne directe par Dieu en personne. Je lui avais parlé à l’oreille, je parle de celle de Gégé, que j’espérais directement reliée à son esprit, lui-même nourri et activé par ses neurones, quoique étant sous l’emprise de l’alcool. »

« Mouais, c’est pas couillon. Faut voir… » m’avait-il répondu en vidant un avant-dernier godet de fine.

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11 novembre


— Germaiiiiiiiine ! Où c’est-i que tu as mis mes bandes molletières ?

— Ça s’arrange pas avec la vieillerie ; tu les as sur toi, tout dégringolé sur tes chevilles.
—  Et où c’est que t’as fourré mes godillots ?
— Où c’est-i qu’tu veux  que je les ai mis ? Tu les as aux pieds, grand couillon.
— Ma vareuse, qu’est-ce que t’en a donc fait ? Et le grimpant, et le baudrier ? Mon béret ?
—  Tu perds la boule, mon pov’ vieux. Tout est là, ça a point bougé, et personne t’y a pris, même que ça risque pas.
— C’est toi qui le dis ; mais les médailles, c’est où qu’elle sont passées ? La militaire, la Croix de Guerre et les autres. J’arrive pas à y mettre la main dessus. Comme le drapeau, nom ti dieu, c’est où qu’il est ? Le 11 novembre sans le drapeau, ça ressemble à quoi, j’te l’demande. Il s’est fourré où c’te saloperie de drapeau ?
—  Dans la boîte, avec toi. Et depuis belle lurette. Môssieur est rassuré ? Alors si môssieur est rassuré, je vais peut être pouvoir me mettre aux fourneaux. La cérémonie va bientôt être finie et tes p’tits enfants vont plus tarder.
Tiens, qu’est-ce que je disais. Sambre et Meuse, c’est quand c’est la fin qu’ils y jouent, après la çonnerie sonnerie aux morts.

 

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11 novembre

Je me suis mis entre parenthèses, qu’on se le dise, et qu’on ne vienne pas pleurer dans mes godillots, déféquer sur mes bandes molletières et produire toute autre excrétion digne des plus lamentables tragi-comédies. Le pathos me gonfle, la douleur me fait gerber, sauf lorsqu’il s’agit de la mienne, celle que je tiens au chaud pour plus tard, et que je sortirai lors’il sera trop tard. Congé ? Si vous voulez. Niveau en main, deux mètres de long, c’est plus sûr, je me suis mis en quatre pour coincer la bulle. Position suffisamment inconfortable pour en tirer du mérite. Pas bouger le moindre doigt… pouce ! Attendre le déclenchement officiel des hostilités, notre pain quotidien. Il pleut, fait pas chaud.

T’écris moins ces temps-ci, c’est quoi-t’est-ce-qu’est-ce-qui-se passe ?
Rien. Comme dab. Je veux parler du père, l’autre, celui qu’il est de bon thon, c’est pas si mal avec une mayonnaise distribution roulante, de bon ton, comme dirait Delfeil, de majusculer. Mais va majusculer quand t’en peux plus d’avoir du boudin à la place des doigts, sous prétexte que, ben voui, c’est ça la vie, faut croûter. Alors, arme sur l’épaule, poing à la ligne bleue des Vosges ou d’ailleurs, tu œuvres à la tâche, donc te salis, t’encrasse, pas que les mains, je te le garantis rubis sur l’oncle d’amérique, celui qu’on s’était promis de se permettre d’avoir. Jusqu’au réveil et son lendemain qui déchante à cause d’un coq mal viré et aviné, qui se fait déplumer, plumer, puis passer à la casserole, pov’ bête.
Les patates, si tu connais pas, tu ne peux pas savoir. Le dos, lui, tu le décrasses. Germaine, dans sa dernière lettre, elle dit que ça fait pisser, que les reins ça les fait marner pire que les taxis à la guerre, quand c’est une grande guerre avec des soldats poilus qui se barbent et en chient comme deux ronds de flan en attendant une mitraille salvatrice. La Grande guerre,  on dira, tu parles !
Les reins qui trinquent, qu’elle rajoute. Rien à voir avec ce qui cloche dans les églises, dzing, fêlée la cloche, avec son bruit de couverts quand tu fracasses le tiroir qui rechigne, malgré le savon de Marseille que tu lui as servi pour que ça glisse. Nous, ça risque pas de glisser, parce que faut pas croire, mais se laver, ici, c’est du luxe.
Au pays, Germaine y fait aussi, les patates. C’est ce qu’elle me raconte. Je me la vois qui remonte ses jupons, et hop ! v’là que ça y va. Pas une feignasse comme ceux qui font qu’à lire des conneries ou pire les écrire, comme si y’avait pas mieux à faire que perdre son temps à des âneries. Citoyens, citoyennes, etc. et j’en passe, en ces heures graves où la Nation… 

La boue de novembre, y’a pas mieux comme habit du dimanche, même en semaine. Pas mieux question réalité. C’est pas que ce soit joli, non, mais quand tu l’enlèves à cause que si tu la laisses tu es tout salopé du haut en bas au moment fatidique, comme on dit, quand tu l’enlèves, tu vois les gens exactement comme ils sont. Sans la boue. Un mort nu, bien passé sous la douche, ça devient tout beau. Je veux dire tout vrai. Attention, hein, faut mettre la pression pour bien enlever les croûtes. Je dis douche, mais on fait ça au jet.
Tout beau. Pas comme les pages d’un livre, mais comme les premiers mots d’un poème qu’aurait jamais été écrit, à cause que le poète il se serait fait enlever la vie parce qu’elle était devenue une vie de chiottes. Les Appolinaire ne courent pourtant pas les rues, mais tant pis, fallait pas prendre Wilhelm pour Guillaume.
Les poilus, ils finissent par s’en foutre de la boue. Des rats aussi, sauf peut-être ceux des ministères. À les entendre dire qu’ils en ont gros dessus, les patates doivent pas manquer dans les tranchées. La vraie disette, c’est celle du silence, mais on se rassure, sachant qu’il peut venir d’un instant  à l’autre, d’une salve à la suivante. Alors les Germaine et les autres, sûr qu’on les retrouvera. Les bras chargés de chrysanthèmes. C’est aussi celle des mots simples de ceux qu’on se rend compte qu’on les aime parce qu’on est loin d’eux et perdus, et qu’ils nous le rendent bien.
Sinon, question de ces choses qui font dire qu’on est vivant, entre les sales bêtes qui nous grignotent, la vermine qui nous met à sang, les galonnés qui bombent le torse pour nous envoyer au feu, les arbres déchiquetés, les discours va-t-en guerre et tout le reste innommable… on a tout, et même du rab. Depuis bientôt un siècle, ou plus.

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Libye : B.H.L…iberator

Nous apprenons qu’après s’être longuement félicité d’avoir largement contribué à la “libération” de la Libye, B.H.L., dont le courage, la haute pensée philosophique, le sens aigu de la politique et de la diplomatie, l’ouverture d’esprit, l’humanisme, l’acceptation sans faille des valeurs des autres sociétés et cultures ne sont plus à démontrer… nous apprenons disions-nous, que B.H.L., dépositaire de la Vérité va maintenant s’attaquer aux autres méchants qui font rien qu’à empêcher le monde de tourner comme lui et ses comparses aimeraient qu’il tourne. Les dirigeants de Syrie, Corée du nord et autres pays sous la coupe d’une dictature peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Zorro B.H. Liberator se pointe. 
Déjà les marchands d’arme se frotttent les mains, ceux de Kleenex font des stocks, les croque-morts déroulent leurs mètres ruban pour prendre les mesures qui s’imposent et les bûcherons s’activent dans les forêts de résineux.
Et tout ce bastringue pour quoi, ma bonne dame ? Et pour qui ? Et à quel prix ? Et avec quelles désillusions pour les peuples en cause ?

Frères humains de Libye et d’ailleurs, je prie que Dieu fasse son boulot et vous garde, s’il réussit à mettre la main sur son sonotone. Mais ça n’est pas gagné.

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J’ai encore failli mourir

Non, je ne suis pas mort. Hélas ! et plus pour moi que pour qui ne supporte pas que je vive. Qu’il fasse avec. En tout cas, pas complètement mort, et pas plus qu’au bridge du samedi, avec mon pote Bébert,  dentiste de son état, le pauvre. Les Maures, ça fait toujours chier, qu’il me dit. Savent pas jouer ou ça s’exclue d’emblée. Ça doit venir qu’ils ont pas le type caucasien.

— Allô, t’es pas mort ?
— Devine, que j’ai répondu.
— Ben non, je vois  bien qu’t'es pas mort, sinon t’aurais pas décroché. Je m’inquiétais : huit jours sans une ligne, sauf les blanches qui se devinent, comme des silences sur une portée.

Lui dire que décrocher est un signe avant coureur du passage de l’autre côté du passage à niveau, ça aurait servi à quoi ? Mais non, sous prétexte que je décroche le bigophone, voilà t-i pas qu’il en conclue que la semeuse de vers, grande poétesse devant l’éternel, a remis à plus tard ce qu’elle aurait dû faire la veille de demain. Je vois bien que tu n’es pas mort, qu’il a dit. Conneries ! Je n’en suis pas au vidéophone, et bien malin qui peut pénétrer dans mon intimité. Attention, je n’ai pas parlé de pénétrer mon intimité.
Je vois bien que t’es pas mort. Il voit que dalle, il a rien vu, c’t'andouille, mais va savoir s’il n’a pas déjà prévenu tous ceux à prévenir en cas de décès : veuve, enfants, soi-disant amis, concierge et limonadier.

C’est pourtant vrai : pour un peu j’aurais pu mourir. J’en suis passé à deux doigts, comme je lui explique.

— Pas mort, mais ça a failli. J’en suis passé à deux doigts.
— Quels doigts et de quelle main ? Parce que symboliquement, ça a une certaine importance.
— La main de masseur, pouce et index. Une manip des cervicales qui aurait pu mal tourner.
— Ta sœur aînée ou l’autre ? Parce que symboliquement, mais je t’apprends rien, ça a son importance. Et sinon, elle va comment ?

Débile. Ou sourd, ou faisant semblant. C’est ça les arracheurs de dents
Je lui ai entonné ce chant qui berça mon enfance.
« La main de ma sœur dans la culotte d’un zouave, ferait bander un régiment d’pompier. Si on m’l'avait pas dit, je n’l'aurais jamais su que la Marinette avait du poil aux fesses, si on m’l'avait pas dit, je n’ l’aurais jamais su que la Marinette avait du poil au cul »

Pas de doute, qu’il m’a dit, tu es bel et bien en vie. En vit, étais-je sur le point de rectifier, lorsqu’il me devança à sa façon en hurlant dans l’écouteur : « Non, non, non ce vieux con n’est pas mort…. non, non, non ce vieux con n’est pas mort… car il bande encore, car il bande encore ».
Une minerve, ça n’est pas à proprement parler un bandage, mais quand même. Bébert, c’est médium qu’il aurait dû faire. Du moins les lendemains de beuverie de ses clients, avec leur haleine de chacal. Quant à mon chiropracteur, je lui réserve un chien de ma chienne de vie.

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