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«Ce que Pierre C.J. Vaissière écrira peut-être»
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00_ecrira_actif15/07 – 14 juillet, fête nationale
00_pas_regardants_inactif16/07 – Naître autre n’est pas donné à tout le monde
00_aurait_pu_inactif17/07 – Europe : Le meilleur des mondes
00_retour_chariot_inactif30/06 – Désert
00_brulot_inactif19/07 – Lutte anti-terrorisme
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14 juillet, fête nationale

Crotte, crotte et recrotte. Je m’ai encore levé à la bourre pour le défilé du 14, à cause que je m’étais encore bourré la veille. On peut pas y aller comme ça, les gars, avait claironné Gégé, faut mettre la distillerie en marche si on veut tenir le coup demain. Et un rien après un rien, on a fini par descendre ch’sais pas combien de godets, mais pas rien.
Pas plus entendu la sonnerie du réveil que la poule qui picore. Sans le Fernand qu’a tambouriné à la porte, sûr que j’aurais loupé le pot de l’amitié chez Dédé et celui de la citoyenneté républicaine chez Jo, l’autre bistrot, que si les vieux d’avant nous ils avaient pas fait de galipettes, çui-là de bistrot, avec çui de Dédé, ils auraient jamais existé.

Magne-toi, qu’il m’a dit, le Fernand, on va pas louper ça, que les potes doivent commencer à prendre du souci.
Je m’ai fait le plus beau possible, c’est dire. Je m’ai même peigné, que le Fernand il m’a encore charrié. Comme c’est nous, avec les poteaux, qu’on fait les pompiers, et que les pompiers c’est eux qui font la clique, j’ai enfilé ce qui me sert de casque –un Adrian de 14-18–, j’ai décroché le clairon dépoussiéré de la veille, j’ai bouclé le ceinturon, et bien qu’on fut un mardi, et que le mardi c’est pas le dimanche, j’ai mis mes plus belles charentaises, celles des grandes occasion comme pour les sépultures, qu’il faut marcher que c’est pas croyable, et que je supporte plus les souliers, qu’en plus faut les cirer si on veut tenir son rang. Tâche moyen de pas oublier tes médailles, me dit encore le pote qui m’a tiré du plumard. Des médailles, comme j’en ai pas tant, vu qu’on a oublié de m’en remettre, c’est celles du père Mathieu, une dette de jeu.
Nom ti tieu, le drapeau ! a gueulé le Fernand. Ben merde, je lui ai répondu, pour un peu j’y oubliais, quel con ! Le 14 sans notre drapeau, c’est pas pensable. On l’avait fabriqué y’a quèques années avec ce qu’on peut trouver quand y’a pas grand chose. Un pan de chemise bleu que, posé sur le bleu d’un vrai drapeau, c’est plus bleu d’Auvergne que bleu France. Le blanc, Fredo l’avait taillé dans une culotte de Germaine (sa Germaine à lui, pas la mienne) après qu’elle avait décédé, que des couillons disaient qu’elle s’était jetée sous le train, tu parles ! Germaine, c’était du 120 kilos hors taxes, dont m’est avis la moitié dans l’arrière-train. En posant ses valises sur le quai, elle avait perdu l’équilibre avant de s’affaler sur la voie, la pauvre, sous les yeux de Fredo, impuissant, mais ça, c’était pas nouveau. Bébert avait taillé le rouge dans un de ses tabliers que son métier de boucher avait usé jusqu’à l’os.

Le 14 juillet, par chez nous, c’est pas rien, et entre tout ce qu’il y a à faire et tout ce qu’on fait parce qu’il faut bien en faire un peu si on veut écluser à l’oeil, ça démarre bien dans les dix jours avant. On donne la main, quoi. Faut monter l’estrade, faut planter les poteaux où c’est qu’on accroche les drapeaux, faut faire propret et tout. On y fait avec Anselme, le cantonnier, qui fait aussi garde champêtre quatre fois l’an, comme si y’en avait besoin. Entre deux clients Dédé aussi donne la main, à sa façon, qui consiste à remplir les godets que nous autres on s’ingénie à vider, surtout Fred, Jojo, Bébert, Justin, Nénesse, Berthe –qui fait la cantinière–, plus moi qu’il faut quand même pas que j’oublie, bref, nous tous ou pas loin, sauf Gus, le maire, qu’a d’autres chats à fouetter avec ses responsabilités d’élu, comme vérifier que le p’tit blanc est au frais.

Crotte, on va être de la revue, je dis au Fernand. Tu parles, qu’il me rétorque, je te fiche mon billet que ça a pas commencé et que, si ça se trouve, on va être les premiers.
On était pas les premiers, mais pas loin derrière. On s’est serré la pince, on s’est regroupé comme on a pu, on a mis au point les binious et retendu la peau des tambours. Gus est sorti de sa mairie, et le temps que les retardataires s’extraient mollement des deux bistrots, il a rejoint les officiels dans la tribune : le père Mathieu ; Pedro (l’instit de Noeud-les-Verges où les 2 seuls gamins du patelin vont à l’école quand ils oublient pas qu’elle existe) ; l’épouse de Gus que des oublieux de la modernité appellent madame le maire quand ils la croisent ; le conseil municipal au presque complet si on exclue les absents ; le curé de Blette-lès-Gonesses avec, il me semble, la mère Ledou, une punaise de bénitier qui tient l’harmonium et, va savoir, sans doute plus que ça… Une petite dizaine de semblant d’édiles.

Après qu’un clairon a joué “Au drapeau”, Anselme en tête, pas peu fier de faire le porte drapeau, c’est parti pour le défilé. D’abord çui des pompiers où on ne joue pas, puis çui de la clique où on joue “Sambre et Meuse”, qu’on a choisi rapport à nos casques. Quatre allers-retours plus tard devant l’estrade, c’est fini pour le défilé.

Sur un signal de Pedro l’instit, du haut de l’estrade où ils ont grimpé, les deux seuls gamins du patelin font un lancer d’avions en papier sous les applaudissements polis de quelques civilisés qui n’ont pas migré en direction des bistrots, les malheureux. Une Patrouille de France qui n’en vaut peut-être pas une autre, mais une bien de chez nous. Avec des cocardes tricolores qu’on peut pas dire qu’elles soient bien chrétiennes, vu le dessin, mais on est en république oui ou non ?
C’est pas parce qu’on avait oublié d’ouvrir le ban qu’on ne pouvait pas le fermer. Ce qu’on a fait, en choeur, le blanc au frais faut pas que ça souffre d’un coup de chaud.
On s’est réfugié en se tassant qui chez Jojo, qui chez Dédé, et vice-versa pour pas faire de bisbille. On a regardé méchant ceux qui voulaient voir à la télé le défilé sur les Champs. Pour plus sûr, on l’a débranchée. Ces cons ont préféré se défiler sur le champ et aller s’emmerder chez eux devant l’écran.

La tribune est solide. À la fraîche, le vieux Léon a sorti son accordéon. On a fait quèques pas de danse, mais en charentaise, c’est pas du tout cuit.
Histoire de pas oublier les anciens, on a fait un feu près du monument aux morts. On n’a pas encore trouvé mieux pour réchauffer leurs vieux os, mais on y pense. Et avec les pétards que les deux gamins y ont balancés, la commune a eu son feu d’artifice, comme chaque année au 14 juillet.

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La Grèce fait naufrage au large d’elle-même

C’était pourtant joli, la Grèce avec ses mers bleues comme le bleu de la mer sous un soleil grec et ses armateurs ; son mont Olympe ; ses enfants du Pirée ; ses vieux cailloux et ses vieilles sculptures bien pratiques comme porte-manteau ; son huile d’olive, ses brebis et la feta, l’ouzo, sa moussaka et son tsatsiki ; sa Melina, son Zorba, ses Mikis Theodorakis, Vangelis et plein d’autres ; son sirtaki et le bouzouki ; ses églises et leurs espèces de curés barbus dans leur robe seyante avec leurs chapeaux qu’on dirait de grosses brioches ou des casseroles sans manche ; ses monastères sans ascenseur ; sa relève de la garde avec les Evzones trop mignons ; ses jeux olympiques (surtout ceux de 2004 quand même plus rigolos que ceux de 776) ; ses philosophes grecs ;  son invention de la démocratie (jamais primée au concours Lépine) ; ses grands copains de toujours, les Turcs avec leurs cabinets à la turque, une sacrée trouvaille qui vaut largement celle de la démocratie ; et ses colonels qui pourraient peut-être bien revenir pour remettre de l’ordre. Quel drachme !

C’était bien joli, sans doute trop joli. Et voilà qu’elle a coulé, la Grèce.
Moi, je veux pas trop rien dire, mais m’est avis qu’elle a été légèrement torpillée. Un peu comme à Pearl Harbour, ou plutôt comme à Mers-el-Kébir. Oui, comme à Kébir.
Par qui ? Ah ça…
Maintenant, et comme cela est souvent le cas lors des naufrages où il n’y a jamais assez de place dans les chaloupes de sauvetage, souhaitons que le résultat ne soit pas une bagarre générale (que l’on appelle parfois guerre civile) entre les Grecs d’un côté et les Grecs de l’autre.

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Inutile de chercher la Grèce : elle a coulé ou va le faire

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G7, autres fossiles et présent sans avenir

Ça n’est pas gagné, mais ça n’est pas perdu pour l’abandon des énergies fossiles. Serait-ce que le G7 commencerait à ne pas desservir l’humanité ? Faut voir, comme dirait saint Thomas, et j’aimerais y voir pour y croire, comme dirait Tobie. Mais pas dupes de la collusion qu’il y a entre les puissances d’argent et les pouvoirs, laissons les illusions là où elles ont leur place : dans les spectacles de prestidigitation.
L’action des peuples qui a poussé le G7 à promettre d‘abandonner ces énergie (croix de bois croix de fer, si je mens, je monte en enfer), ne pourrait-elle pas s’appliquer de la même manière afin que les peuples rejettent les politiques fossiles et écartent ceux qui les mènent ? Étant bien entendu que, par politique, entendons tout ce qui touche à la Cité.
Nous sommes soumis à des fossiles dont les idées fossiles plombent l’humanité à un point tel que, au lieu de progresser, elle régresse. Campés dans leur certitude d’un savoir suranné qui les rend sourds et aveugles, ils ne voient rien des mouvements qui agitent les sociétés et les transforment radicalement. Bien obligés de sortir de leur petit confort quand des foules bruyantes marchent dans les rues, ils sont surpris de découvrir que les religions s’arrogent des droits qu’elles n’ont pas ; les mafieux ordonnent ; les penseurs sont mis à l’index par des politiciens ou des animateurs télé incultes et arrogants ; les scientifiques qui ne jouent pas le jeu des puissances d’argent sont baîllonnés ; le dictat du tout profit affame des populations entières ; sous des prétextes politico-religieux fallacieux, des scélérats sans foi ni loi, cupides et corrompus, mettent à genoux et assassinent des innocents sous le regard des états riches qui, realpolitik aidant, y trouvent largement leur compte ; chacun calculant ses forces et ses intérêts –pouvoir et argent–, l’égoïsme d’état règne en maître absolu.
Continuer à exploiter les énergies fossiles nous conduirait inexorablement dans le mur ; perpétuer les politiques fossiles qui reposent sur des pensées fossiles, jamais novatrices, nous conduirait au pandémonium.
Parce qu‘elle est fossile, la pensée n’est pas à la hauteur des technologies trop souvent mal employées. Les réseaux sociaux deviennent des fourre-tout où s’exprime le n’importe quoi ; la téléphonie mobile et Internet sont saturés de dangereux, encombrants et stupides contenus ; les têtes se vident de leur savoir et de leur mémoire qu’elles délèguent à des machines aux bientôt pleins pouvoirs (ce qui ne serait peut-être pas pire) ; le tout consommation, quête d’un bonheur illusoire, détruit les ressources, pollue la planète au-delà de son atmosphère et fabrique des demeurés ; des amuseurs publics, animateurs ou présentateurs indéboulonnables de l’audio-visuel –devenus la référence en matière de pensée– participent à l’abrutissement général auquel chacun se laisse aller avec délice et bonne grâce. Chantres de la bêtise, de la vulgarité et de la méchanceté, certains de ces sociopathes se sont même approprié les médias en devenant producteurs, ce qui leur permet d’engranger toujours plus de profits et de déverser toujours plus d’insanités devant un public conquis.
Nous érigeons des temples pour y installer à demeure ces fossiles aux idées sclérosées, qui ont depuis longtemps atteint le seuil de l’incompétence. Par confort et ignorance nous leur avons concédé un pouvoir dont ils usent en petits caporaux pétris d’orgueil, qui font le paon sous l’œil complice de leurs courtisans. Dont nous sommes, que nous le voulions ou non, puisqu’ils sont toujours là, à nous mépriser.
Alors que les fossiles sont censés être le signe d’un passé révolu, ils sont aujourd’hui celui d’un présent sans avenir.


Note : dénicher un miroir et s’y admirer devrait permettre à tout un chacun de découvrir le portrait d’un de ces fossiles.
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Vers un asservissement des peuples ?

Pour une raison ou une autre, et à juste titre, nous nous émouvons du sort des phoques, éléphants, baleines, abeilles, etc. ou de celui des animaux domestiques pour l’ensemble desquels nous agissons en nous battant à corps, à cris et à grands coups de pétitions.
Mais s’agissant des peuples martyres ou exsangues soumis à la férule du grand banditisme (Daesh ou Boko Haram, par ex.) ou de ceux placés sous le joug de la finance (Grèce, par ex.) nous nous satisfaisons lâchement de compter les points et de déplorer la situation. À se demander si l’Europe (mais elle n’est pas la seule) ne profite pas des agissements des voyous de Dieu et de ceux de la Finance, qui semblent avoir pactisé entre eux, mais aussi avec de nombreux états inféodés à une realpolitik qui mènera à la catastrophe.
Bien évidemment, ce qui se joue à l’international se retrouve localement, et peut-être sommes-nous à la veille d’une ère d’asservissement des peuples à un pouvoir qu’ils auront offert à des gouvernants méprisants, stupides et sans scrupules.

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De l’utilité sans borne (téléphonique) du téléphone

L’heure qu’il est ailleurs, lorsque je téléphone ailleurs, m’importe si peu que je n’hésite pas à passer mes coups de fil à n’importe quelle heure. Du coup le téléphone des personnes que j’appelle sonne aussi à n’importe quelle heure. Alors je ne vois pas où est le problème.
Le problème, en supposant qu’il y en ait un, c’est de savoir ce que je vais bien pouvoir raconter, une fois débités les « allo ! »  dont la seule raison d‘être est de se faire mutuellement savoir que l’on est au bout du fil.
Autant, il y a encore quelques années, demander le temps qu’il fait là-bas ailleurs présentait un intérêt, autant aujourd’hui, avec Internet qui nous dit tout du temps, de l’heure à laquelle on va allumer le barbecue et quel pinard le tonton il s’est enfilé pour se mettre un tel coup de mou, preuve par l’image sous les yeux, ça ne présente plus aucun intérêt.
Ce qui ne me gêne en rien pour demander au pote à qui je bigophone s’il pleut, s’il y a du soleil, s’il tombe des grenouilles où s’il fait un froid de canard à ne pas mettre un chien dehors. Ce qui permet de passer du coq à l’âne en demandant des nouvelles du chien, une saloperie de clebs dont on à rien à faire, mais c’était pour faire plaisir aux enfants, vous savez bien. Et les enfants, ils vont bien ? Le p’tit dernier ? Tu parles, le petit dernier, c’est sur ses 35 berges qu’il va. Même qu’il y va vite. Et un peu trop vite. Au point qu’il s’est encore enquillé avec la bagnole. Pas la sienne, au gamin, mais la SIENNE, à lui mon pote à qui je téléphone, et que son tas de tôles froissées met dans tous ses états.
La santé y passe, le pognon y passe, la politique y passe, les histoires de cul aussi –c’est du pareil au même–, de plus en plus rares après avoir été de moins en moins en moins fréquentes au fur et à mesure que s’arrachent les pages des éphémérides. Et toi, tu vas bien ? Me demande-t-il pour meubler et remplir le vide dont la densité prend des proportions gênantes.
Pas couillon, j’enregistre toujours les conversations. Je n’ai plus qu’à faire défiler les platitudes dont le pote m’a abreuvé. Des fois, il lui arrivera de trouver que j’ai une drôle de voix. T’es sûr que tu vas bien ? Me dit-il, trouvant ma voix bizarre. Si, si, t’as une drôle de voix, insiste-t-il. Mon psy, qui s’y connaît question cinoche, il parlerait de projection en m’en narrant le pourquoi pendant une séance mieux vendue qu’une place de ciné ; moi je raccourcis en parlant de simple connerie, mais avec mon pote, je me la ferme. Comme lui. On ne téléphone pas pour se dire des choses qui valent le coup d’être dites, mais pour ne rien dire et pour faire marcher le commerce des fournisseurs d‘accès (à quoi ?), que sans lui, le monde ne tournerait vraiment pas rond.

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Un dialogue constructif

— Tu veux que je te dise ? Je suis contre.
— Ah oui, et contre quoi ?
— Fais pas semblant de pas le savoir, parce que tu le sais tout autant que moi, et je sais que toi aussi tu es contre.
— J’entends bien, mais dis-m’en un peu plus. C’est vrai que moi aussi je suis contre, mais quand même.
— Y’a pas de quand même qui tienne. Soit on est contre, soit on est pour. On est bien d’accord ?
— Je suis pas contre.
— Donc tu es pour. Ça ne m‘étonne pas de toi. Et ça ne te gêne pas ?
— Quoi, d’être con ? Non. Et sans doute pas plus que ça ne te gêne toi-même.
— OK, j’ai compris. T’es vraiment qu’un sale con.
— Tout comme toi.

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Un projet de vie altruiste

Dans ma prochaine incarnation ici sur Terre, si les capitaines d’industries, les généraux, les présidents et les autres ânes n’ont pas encore mis à feu, à sac et à sang la planète, je ferai de la politique. Je baratinerai et manipulerai mes parents dès mon plus jeune âge. A l‘école, pour être l’indéboulonnable chef de classe, je ferai du charme aux filles en leur offrant des bonbons que j’aurai volés, m’entourerai des crétins de ma classe en leur promettant de leur prêter mon vélo, mes gadgets électroniques connectés et ma petite sœur, celle qui bat le beur beurre.
Politicien, je ferai. Comme j’ai toujours été un cancre et qu’il n’y a pas de raison que ça change, je ne devrais pas avoir de mal à me hisser aux sommets. Je ne veux pas dire qu’il suffit d’être con pour gravir les échelons du pouvoir, mais ça aide. Je m’entourerai du même genre de crétins que ceux de l’école en privilégiant les cireurs de pompes et autres altruistes imbéciles à qui je ferai miroiter ma reconnaissance éternelle et celle de la nation. Je leur offrirai grandes ouvertes les portes de la félicité, des honneurs et de l’avantage qu’il y a à s’effacer devant plus malin qu’eux.
Bien sûr, il me faudra apprendre à tout ramener à ma personne et à ne penser qu’à moi. Je n’aurai qu’à m’inspirer de ces fabuleux modèles qui se pavanent aujourd’hui sous mes yeux.
Suivant la pente tracée par d’anciennes crapules dont je me débarrasserai en dénonçant leurs agissements, elle m’emmènera naturellement à de hautes fonctions d’état, ministre ou président. Être président n’est en rien compliqué. Il suffit de présider, c’est tout. Et de déléguer à des lèche cul prétentieux choisis sur le volet (branlant car disjoint) les tâches qui ne présentent pas d’intérêt et qui ne rapportent rien, si ce ne sont de viles attaques.
Les lois actuelles et les politiques générales n’étant ni bonnes pour le peuple, ni mauvaises pour qui détient le pouvoir, aucune raison de changer quoi que ce soit. Sauf, peut-être (mais j’y réfléchirai) pour ce qui est de la durée du mandat présidentiel, qui pourrait n‘être que d‘une année. Suivrait une retraite pépère, mais ô combien méritée, aux émoluments confortables.
Enfourchant mon plébéien scooter pour parcourir les routes, ou volant à bord d’un aéronef de l’État, je répandrai la bonne parole lors de conférences où un public d’idiots acquis à mes idées viendra faire la claque, me féliciter, et m‘offrir son adhésion au club ou au parti que je créerai. Mon expérience aidant, détourner l’argent des cotisations ne sera qu’un jeu d’enfant. Les toujours mêmes crétins de l’école m’y aideront ; les autres applaudiront.

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Perdu

Je l’ai cherché partout.
Je suis allé au-delà des frontières, celles d’eau comme celles d’air, celles de terre comme celles de feu. Je ne l’ai pas trouvé.

— Tu as bien regardé ?
— J’ai regardé. Rien vu.
— Tu as bien tendu l’oreille ?
— Rien vu, rien entendu non plus. Personne.
— Rien perçu, rien ressenti ?
— Rien.

Je suis parti au-delà de l’au-delà. J’ai franchi les espaces du temps, j’ai dépassé l’infranchissable, j’ai vu défiler les nombres jusqu’au dernier, celui imprononçable qui fait barrière au néant. J’ai passé la barrière.
« C’est pour quoi ? » m’a demandé le préposé aux renseignements.
Je lui ai expliqué.
Tout juste aimable, il m’a répondu qu’on était aux objets trouvés, pas aux objets perdus.
Je me suis senti minable.

— Et alors ?
— Alors rien. Mais je me sens un peu perdu.

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Une niouze léteur tant attendue

Enfin une lettre d’infos où le sérieux le dispute au grave, même si c’est stupide si on prend conscience de la gravité des événements et de celle qui fait tomber les objets, surtout ceux qui ont de la valeur, tel ce magnifique cendrier en terre cuite qu’un enfant me prenant pour son père m’a offert pour la fête des mères, on aura tout vu.
Dans laquelle, perdue parmi un flot de textes d’une insondable profondeur, surgit hélas aussi mollement que discrètement l’annonce d’un week-end pour apprendre à faire face. À quoi ? Découvrez-le en lisant la suite.

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On m’oubliera. Vous aussi on vous oubliera

Il y a des gens qu’on ne peut pas oublier. On les voit une fois, des fois moins que ça, et hop, on les a dans la tête. Et peu importe les moyens qu’on se donne pour les effacer de notre mémoire, c’est peine perdue, on n’y arrive pas. Même en dépensant des fortunes au bistrot.
Je ne fais pas partie de ces gens. Mon inexistence est telle que, si je n’étais pas moi, je m’élèverai une statue pour glorifier ce néant sans relief qui caractérise ce que je vis survis. Inexistence qui n’est autre que le reflet de ma personnalité. Je n’ai aucune personnalité, et c’est bien cette absence totale de personnalité qui fait que je suis moi, pas un autre. Et quel moi ! Un moi inimitable, taillé sur mesure, et qui me va comme le gant d’une main droite sied à un pied gauche. Parlant de n’importe qui d’autre que moi, et sachant la complexité du pied, je trouverai ridicule de dire de quelqu’un qu’il est bête comme ses pieds. Mais le dire à mon propos est fort à propos.
Il y a des gens qu’on a tout intérêt à oublier. Dont je fais partie. Aujourd’hui, avec toutes les infos qui nous sont infligées, occuper de l’espace mémoire pour y caser du vide ne présente strictement aucun intérêt. M’imaginer me rappeler ce peu que je suis et à quoi je ressemble m’est impensable, d’autant plus impensable que mes seules pensées sont celles que j’ai coupées dans le jardin de la voisine. Des pensées d’un beau noir qu’on les dirait venues d’Afrique. Pas celle du nord, vous comprenez.
Et n’allez surtout pas imaginer que s’oublier soit un signe d’altruisme ou qu’il s’agisse de privilégier les autres au détriment de soi, comportement qui revient à peu de choses près à se pisser dessus.

Mais ne nous y trompons pas : ce je et ce moi apparemment singuliers ne sont qu’un leurre, un voile qu’il  suffit de soulever pour y reconnaître celui avec qui vous partagez votre vie : vous. Ou moi, qui sommes si proches qu’on peut se demander comment la xénophobie ou le racisme ont pu être inventés puis prônés en tant que véritables institutions.

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Un trou, rien qu’un trou

Quand je me suis réveillé, il faisait nuit noire. J’ai cru un instant que c’était parce que j’étais mort. L’instant d’après, je me suis dit que, si je pouvais penser, c’est que j’étais bel et bien vivant. Puis je me suis rappelé avoir appris que, même après la mort, on peut penser. Pour preuve, les vivants qui parlent avec les morts, et vice-versa, même avec ceux qui le sont depuis longtemps. Bref, pas si sûr que je sois encore vivant.
La lumière ! me suis-je dit en cherchant à tâtons l’interrupteur. Mes doigts fébriles n’ont trouvé que le vide et le néant, qu’on ne trouve qu’au royaume des morts, c’est connu. Je me suis alors rappelé que, la veille, j’avais décidé d’aller dormir à la belle étoile, raison donc pour laquelle je n’avais pu trouver l’interrupteur. L’évidence même.

La nuit, ce ne sont pas les étoiles qui manquent. Levé le nez au ciel : rien. Quand m’est revenu un Jité d’il y a peu où ils avaient parlé d’une éclipse. Qui dit éclipse, dit fraîchissement de la température. Il fait doux, pas loin de faire chaud. Puis je ne vois pas en quoi une éclipse nocturne pourrait refroidir sufisamment l’atmosphère pour qu’on s’en rende compte. Et une éclipse de quoi ? je me demande.
Toujours est-il que je n’y vois goutte. Le noir total. Mais dû à quoi ? La nuit ? Une éclipse totale du soleil en plein jour ? Les deux à la fois, idée que j’avoue être plus ridicule que saugrenue.
Tendons l’oreille, me dis-je. La nuit portant conseil, je devrais pouvoir en saisir un au vol. Mais c’est le silence. Absolu. Aucun bruit, ni là, ni ailleurs, ni dehors, ni dedans. J’ai beau avoir l’impression de sentir mon coeur battre, je ne l’entends pas.
Pose la main dessus tu le sentiras battre, me dis-je. Le vide. Soit ma main ne répond pas, soit mon sens du toucher ne fonctionne plus, soit je n’ai plus de main, soit encore j’ai égaré mon thorax, ou pire, je n’en ai plus. L’autre main ne fait pas mieux.
Je ne sais plus quoi penser. J’ai un trou de pensée. Béant.
Lorsque l’évidence me saute aux yeux que je sais tout à coup ne plus avoir : je ne suis plus qu’un trou.
Profond ? Comment voulez-vous que je le sache ?

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Jean-Michel THIBAUX : droit au repos et au respect

Jean-Michel Thibaux n’est plus. Inutile donc de vouloir encore et toujours le tuer.

Fiel Ciel ! qu’apprends-je en ouvrant Var Matin version numérique du 18 mars 2015 ? Que l’écrivain toulonnais Jean-Michel Thibaux (je cite) « avait sa part d’ombre, notamment une condamnation en 2010 pour possession  d’images pedo pornographiques », information capitale, reconnaissons-le.

Mais où avais-je la tête, que pour un peu, j’allais oublier de préciser l’annonce de son décès, dans le même Var Matin, version numérique du même jour.
Laissons de côté le style de haut vol qui présente moins d’intérêt que la couleur de la petite culotte de la fille de la concierge qui la montre à tout-va quand elle fait ses galipettes de gamine de 6 ans, si c’est pas malheureux, mais que font les Milices de la Vertu ? et occupons-nous de ce qui semble préoccuper outre mesure (de QI) le ou la signataire de l’article, à savoir les fesses de quelqu’un d’autre (en l’occurence celles de JM Thibaux) plutôt que de s’occuper des siennes propres (plus ou moins, car après tout, rien ne dit qu’elles soient immaculées). La poutre que certaines personnes ont dans l’oeil les empêche de s’approcher suffisamment du miroir, par crainte de le briser, c’est navrant.
Qu’il y eut ou non équité, un jugement, me semble-t-il, avait été rendu en 2010. Remettre une couche 5 ans plus tard en utilisant ……..*ment (je pèse mes mots) un vocabulaire judiciaire lorsqu’on attend un contenu nécrologique  relève d’une bassesse et d’une vile facilité qui me fait étrangement penser aux pratiques inquisitoires de ces régimes auxquels nos sveltes silhouettes doivent beaucoup, vive les carottes Vichy.

Pour faire bref, ça pue la délation, la jalousie, ça émane d’une vindicte, hélas pas même populaire, ça renifle le règlement de comptes, c’est bas et indigne comme les plus basses des oeuvres, et pire, c’est ordinaire. L’auteur(e) de l’article, pour faire bon poids bonne mesure, en rajoute :
Jean-Michel Thibaux, dépersonnalisé, devient l’Homme (dans la phrase «L’homme avait sa part d’ombre…») et, photo à l’appui, prend les traits d’un abruti à qui je ne confierai ma grand-mère et ma belle-mère que dans le seul but de leur faire cracher leur code de carte bancaire. C’est connu : les pervers (surtout sexuels) ont une sale gueule, et ceux qui écrivent de telles insanités devraient se demander pourquoi  leur miroir ne leur renvoie aucune image.

Mais avant de devenir l’homme avec sa part d’ombre (JM Thibaux est bien sûr le seul à avoir une part d’ombre), il fut d’abord artificier. Les artifices ne sont pas loin, que suivent les mensonges : tout est en place pour «entrer en littérature» puis «passer en revue une multitude de genres littéraires, de la biographie romancée à la saga provençale. Etc» Misère, peau de banane et associations pour le moins malheureuses. Si fortuites que cela ?
Secret… consécration… or… diable… ombre… possession… pedo pornographiques…  Calmann-Levy…

Et par dessus tout ça, vous me mettrez un «Rappel du Tambour», au cas où l’article (celui de Var Matin) n’ait pas été assez clair.

Pour clore : BRAVO !

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* Ne comptez pas sur moi pour faire montre de la moindre vulgarité

Le prochain article sera pire. Promis. J’y parlerai de ces collections d’oeuvres d’art pedro-phonographiques pedo-pornographiques qui embellissent les vieux jours de personnes au-dessus de tout soupçon. Il y sera aussi question de décrets concernant l’obligation, pour toute personne nubile, de se reproduire. Comme quoi, la morale…
En attendant, que chacun s’octroie la paix qu’il estime mériter, mais pas plus. Un contrôle sera effectué.

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Manif « Je suis Charlie » : la réalité, selon le journal humoristique Hamvasser

Satire ou humour, Hamvasser nous a bien fait rigoler. Quels sacrés clowns, nom de dieu !

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« Je suis Charlie » : de l’émotion à faire perdre la raison

À propos des actes de terrorisme, notamment ceux de janvier 2015, et des manifestations “Je suis Charlie” qui ont suivi.

Que d’émotion ! Que de larmes versées parfois par de navrants crocodiles, et combien d’autres retenues par des personnes touchées dans leur chair, que la pudeur ou un mauvais fonctionnement des glandes lacrymales empêchaient de couler. Que de tristesse dans les visages de ces gens comme étonnamment réjouis
Réjouis de quoi ? De se lever ensemble pour dire non aux empêcheurs de s’exprimer comme on l’entend ? De baguenauder confortablement en faisant montre de résistance, sans risque, face aux terroristes absents de cette parfois liesse populaire ? D’être simplement là, à la manif, pour pouvoir dire qu’ils y étaient –eux–, et que, sans eux, c’en serait fini de la république et de son bref et utopique triptyque –liberté, égalité, fraternité– dont la dorure a perdu de son éclat ? Ou pour toute autre raison que, rien ne m’autorisant à juger, je pourrais tout aussi bien m’autoriser à juger et dénoncer, le tout venant n’ayant pas plus le droit à l’intolérance que je n’y aurais droit.
Quelle poignante émotion, que de grandeur d’âme dans ce partage de grand messe où personne, au final, ne pourrait ou ne voudrait prendre la part du fardeau que supportent, bien malgré elles, les victimes et leurs proches, celles d’ici occultant celles en masse de contrées* si lointaines que leurs cris se perdent dans notre indifférence de privilégiés.
Oui, les gens se sont levés, indignés, exaltés, emportés par l’émotion. Cette émotion qui a vite fait de conduire à la confusion et de faire perdre la raison. Dont nous avons grand besoin.


* Oeuvre Agissements de Boko Haram, des centaines de morts, voire des milliers, au Nigéria, notamment les 7 et 8 janvier.

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Une voie vers le terrorisme

S’imaginer qu’il n’y a plus grand chose à l’horizon mène à la désespérance. C’est la rançon que paient les sociétés développées. qui ont privilégié l’avoir au détriment de l’être.

L’individu a besoin de donner un sens à sa vie, quel que soit ce sens, raisonnable ou pas (qu’entend-t-on cependant par raisonnable ?), d’avoir un rôle quel qu’il soit, de servir quoi et à quoi que ce soit, d’être utile ou inutile (l’inutile utile, par ex., à qui souhaite détruire). C’est ce qui donne le sentiment d’exister, sentiment qui se passe de toute morale, quand bien même s’appuierait-il sur une morale. Les sociétés modernes et démocratiques ne savent pas répondre à l’attente, en ces termes, de tous les individus. Ceux qui sont dénués de ce sentiment (parce que il ne leur aurait pas été inculqué ou pour toute autre raison) se tournent alors vers ce qui leur donnera ce sentiment d’être, fut-il illusoire, et une reconnaissance, fut-elle utopique. On croira alors exister soit en consommant de l’info, de la drogue, du sexe, de l’Internet et ses réseaux sociaux; soit en adhérant à des courants de pensée se déclarant seuls dépositaires de la vérité : idéologies ou religions (Résistance ou Collaboration – Gauche ou Droite extrêmes – bien ou mal – etc.); soit encore à se mettre en quête de n’importe quelle réussite, fut-elle vaine, insensée et porteuse de mort, y-compris pour l’auteur de cette quête. On pourra alors devenir envieux, vindicatif, haineux,y compris contre les siens qu’on pourra éliminer sans état d’âme si cela permet d’assouvir ses besoins qu’on perçoit comme étant d’un intérêt supérieur. Une voie est alors ouverte à toute forme de terrorisme.

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Le calendrier perpétuel : une arnaque

Avec l’invention du réveil, ses poules qui picorent au bruit énervant du tic-tac, ses sonneries intempestives, je pensais que l’humanité avait touché le fond de la bêtise et atteint les sommets de l’inutile, mais c’était sans compter sur l’invention du calendrier, surtout le calendrier perpétuel qui remporte tous les trophées.

Becquetées par des gallinacés voraces, les secondes s’égrènent au rythme des fléaux qu’agitent frénétiquement des cul-terreux. Leurs visages ravinés par le temps et avinés par la bibine, ils s’échinent pour le pain quotidien que le bon dieu ne livre plus depuis un bail. Faut dire que, battre le blé, ça réchauffe. Pressées comme s’il y avait urgence, les minutes et les heures font une ronde incessante, sans crainte que ne pètent les rouages du temps, qui se nourrissent du rien.
Mes réveils, horloges, montres et autres idioties censées me prévenir que ma durée de vie –limitée–, s’amenuise, ont rejoint le néant. Un traitement au TNT les a anéantis, sans toutefois me rendre immortel (j’étais au fait des aboutissants), et tant mieux.
C’est en m’interrogeant sur le nombre de secondes, minutes, heures, jours, mois et éventuellement années qui m’étaient encore octroyées que je me suis rendu compte à quel point j’avais été naïf d’avoir, pas plus tard qu’hier, acheté un calendrier perpétuel sans avoir fait le moindre calcul de rentabilité. Investir dans un tel achat lorsqu’on est jeune peut se comprendre, si on pense au nombre de fois où on aura à tourner les pages. Mais d’avoir survécu à soixante-dix hivers, ce qui est mon cas, aurait dû m’inciter à plus de circonspection en terme d’investissement ; car qu’en sera-t-il de l’amortissement de mon achat si je meurs à l’instant ? N’aurai-je pas l’impression de m’être fait arnaquer par un vendeur peu scrupuleux ? En supposant que, par erreur, j’atteigne le double de l’âge canonique, par rapport au prix qu’aura payé un jeunot de vingt ans, j’aurai tout de même surpayé ce stupide calendrier perpétuel.
C’est décidé : je vais lui prodiguer les mêmes soins qu’à mes réveil, horloge et montre. Un petit agenda le remplacera et fera largement l’affaire pour y noter les dates d’échéances de mon assurance vie et autres broutilles.

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Une forêt plus riche en essences que l’OPEP

Ma forêt.

Elle abrite : un saule rieur pour y faire d’amusantes siestes à l’ombre et au sec ; un peuplier raides comme la justice dont je tirerai quelque bonne règle ; un frêne pour ralentir le temps ; un hêtre philosophe qui se pose des questions sur l’existence ; un poirier sauvage dont les racines boivent les nuages ; des orangers dérangés qui s’arrangent en rangées ; des palmiers aux pieds palmés ; un abricotier pour y ancrer en toute sécurité ma pirogue en fromager ; un boulot à l’entrée de ma petite scierie, un autre à la sortie ; un baobab acheté à Baboa, un patelin inventé où on joue aux indiens, et où s’ébat mon boa Bob ; un châtaignier séculaire au courant de tout dont la sève donne du 220 volts ; un cacaotier où aime à se percher mon cacatoès ; un chêne liège qui commence à avoir de la bouteille ; un églantier pour ses fruits dont je fais d’excellentes tisanes ou des facéties de gamin ; des fromagers pour y tailler mes pirogues ; un guimauvier qui me donne de beaux marshmallows à manger crus dès qu’ils sont mûrs, ou cuits s’ils ne le sont pas ; du houx un peu partout, je ne sais où ; du gui que je coupe à la serpe pour la saint Sylvestre ; un lilas pour mon amie Lola de Lillehammer, marteau de ses fragrances ; des acacias pour leurs fleurs et le miel qu’en feront les abeilles si elles recouvrent la santé ; un tilleul pour l’aïeule ; un marronnier d’Inde pour le plouf que font les marrons lorsqu’ils tombent dans la mare aux niais que j’ai nommée ainsi parce que mes dindes y vont (mes trois beaux canards aussi, qui s’en vont baignant) ; quelques nougatiers achetés chez un arboriculteur du couloir rhodanien, côté Provence ; un cèdre si solide qu’il ne cédera jamais ; une allée d’ifs à l’entrée de mon château ; des sapins sur les lopins distants où gambadent mes lapins ; un plane sur mon aérodrome privé ; un pin parasol contre les coups de foudre (très haut, il fait paratonnerre) quand je profite de son ombrage en galante compagnie ; un anacardier pour ses noix ; un noyer pour les siestes migraineuses que j’y fais lorsque le bruit lointain de machines me prennent la tête ; un aloès à l’ouest ; un genévrier et ses fruits que dévore mon jeune lévrier en février surtout, lorsqu’il est enrhumé (l’année passée, j’ai trouvé plusieurs fois le jeunet vrillé autour de l’arbre, à japper tant et plus à cause des aiguilles piquantes) ; six troènes que j’ai maladroitement brûlés un jour où j’ai voulu les débarrasser d’une invasion d’insectes avec de l’eau de Javel, remède conseillé par un mauvais conseiller, chef de file d’un lobby de l’industrie chimiste ; offert il y a longtemps par une amie mormone, un énorme orme hors normes, ni mort ni morne, malgré son vieil âge ; un teck pour voir si son bois vaut celui du fromager ; un gaufrier à l’ombre des arbres à sucre (les érables) ; un palétuvier rose ; un camphrier au cas où mon lévrier, vieillissant, soit atteint de bronchite chronique ; un hévéa pour y faire des exercices d’assouplissement ; des bambous que mettent à sac mes pandas ; des eucalyptus que ratiboisent mes koalas.
Sans compter les tecks, ébènes, mélèzes, poivrier, pruniers, épicéas, platanes, douglas, pins cembro, séquoias, thuyas, caroubiers, vanillier, sorbiers, jujubier, prunus et j’en passe.
Plus des lauriers que, pour une telle forêt, je mérite largement.
Mais vrrrrrrrrrrrrr hurlent les tronçonneuses aux confins de ma petite Amazonie.

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Gagner du temps

le taon passe vite

— C’est terrible comme le temps passe.
— Il passe si vite qu’on n’a même plus le temps de le prendre. Ne serait-ce que pour lire un bon bouquin. Et encore faut-il qu’on l’ai lu pour savoir que c’est un bon bouquin. De toute façon, avec le temps que je passe à engranger des milliers de films sur mon ordinateur, je ne risque pas d’avoir le temps de lire.
— Moi, mon truc, c’est plutôt les bouquins. Mais si j’avais tout plein de films,  j’aime autant vous dire que j’en profiterais.
—  À condition d’avoir le temps, et les films, si on veut avoir le choix, on y passe un temps fou à les enregistrer. Du coup, on n’a pas le temps de les regarder.
— Moi, c’est les livres. J’adore lire. Mais comment voulez-vous que j’aie le temps de lire puisque je consacre tout mon temps à écrire ce que je ne pourrai lire que lorsque j’aurai le temps. Et ça n’est pas demain la veille, sauf si je décide de ne plus avoir le temps d’écrire.
— Et à condition d’avoir le temps de vous décider. Les décisions, faut pas se précipiter pour les prendre, bien peser le pour et le contre. En parler à droite, à gauche et ne pas avoir peur de demander conseil.
— Ce qui prend beaucoup de temps.
— Ça peut se faire au téléphone si on veut éviter de perdre son temps dans les embouteillages.
—  C’est pas le plus grave, les embouteillages. J’ai toujours un bloc-note sur moi, au cas où. Du coup, plutôt que de poireauter en attendant que ça se remette à rouler, j’écris. Le plus embêtant, c’est de trouver une place de stationnement. Une place gratuite.
— Elles ne sont pas si gratuites que ça les places de stationnement gratuites. Parce que si on compte le temps qu’on met à en trouver une, et le temps étant de l’argent, ça finit par revenir cher. Prenez le temps de faire le calcul, moi je l’ai fait, c’est édifiant.
— Sauf que le temps que vous passez à chercher une place, c’est autant de temps que vous n’avez pas pour enregistrer un nouveau film.
— C’est vrai, mais comme je n’aurai jamais le temps de le regarder, ça n’est pas si grave.
— Ce qu’il faudrait, c’est pouvoir gagner du temps. Après tout, on arrive bien à gagner sa vie, alors pourquoi pas le temps ?
— On voit que vous ne vous n’avez jamais pris le temps de calculer le temps qu’on perd à gagner sa vie.
— Sinon, on doit bien pouvoir trouver quelqu’un qui aurait du temps à revendre.
— Oui, mais à quel prix !

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Des fourmis compatissantes

6 heures ont sonné. Je n’ai entendu ni les six coups de l’horloge, ni les battements ralentis de mon cœur. Je ne me suis pas réveillé.
J’ai attendu qu’il se passe quelque chose, mais rien n’est venu si ce n’est le repos.
Sans les fourmis invasives venues me rendre visite, j’aurais sans doute fini par trouver le temps immensément long.

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Apéros politiques, gauche, droite et philosophie de bistrot

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Un apéro politique, on appelle ça, dans notre équipe de bras cassés. Notre siège, c’est chez Dédé, le bistroquet dont on est devenus les piliers sans lesquels le bouiboui aurait fermé depuis un bail. On y débat de tout en causant de rien ; on y défait et refait le monde ; on s’engueule et on jure comme des charretiers avant de se rabibocher en levant le coude.
On se traite de peignes-culs, de couilles molles, de staliniens, d’ayatollahs, de fachos, et au pire des prises de bec, injure suprême, de conciliateurs. Pendant que Dédé compte les points et encaisse.

La gauche prend la balle, la droite l’intercepte, le centre la rafle avant de la perdre par crainte de s’engager à fond les manettes. Au dernier verre (avant le prochain, celui des soigneurs) c’est toujours le match nul, qu’on s’ingénie à garantir, quitte à marquer un but contre son propre camp. Hors d’haleine que les apéros ont moult chargée, on philosophe.

Comme ce jour où, grimpé sur une chaise, Léon y  était allé de sa verve : « Je n’ai rien contre ceux qui sont pour, et je ne suis pas pour ceux qui sont contre ceux qui sont contre, pas plus que je suis pour ceux qui sont pour ceux qui sont contre. En général, je veux dire, car il m’est bien arrivé une ou deux fois d’être contre ceux qui sont pour ceux qui sont contre, avec lesquels je ne suis le plus souvent pas toujours d’accord, même s’ils ne sont pas systématiquement contre moi. Et ça ne me pose aucun problème de savoir que certaines personnes sont toujours d’accord, y compris avec celles qui ne sont pas du même avis qu’elles, et qui parfois sont même carrément contre, et pour finir.. »
— Pour finir, tu finis et tu te la fermes !
« Léon, c’est le roi de la flottille », avait lancé Dédé entre deux dzoïngs de sa caisse enregistreuse. « Toujours prêt à se mouiller » il avait ajouté en rifougnant.

Deux trois « Ta gueule Léon » avaient fusé, suivis des chocs cristallins des godets accompagnés des souhaits de santé qui vont avec.
Le thème étant lancé, Bébert avait pris le relai :
« Moi, ça n’est pas le contraire, mais c’est autre chose. Je suis pour les gens qui sont toujours d’accord avec moi, ont exactement la même opinion que moi et ne sont jamais contre moi.
« Ben voyons… – Ah le con ! – Triple con ! » et autres gentillesses avaient jailli, suivis d’une franche rigolade. Bien sûr, le pote Bébert déconnait.
Jo, pas toujours très rapide question comprenaille avait conclu : « On va te débarquer à coups de pieds au cul dans le coin le plus tranquille de l’île déserte la plus reculée. »
— Je déconne, mon Bébert, je déconne.

Dans ce bistrot que notre amitié illumine et que nos porte-monnaie pérennisent, voilà à quoi ressemblent plus ou moins nos apéros philosophico-politiques. Aidées par des prémices de gueules de bois, nos langues, alors aptes à fourcher, jamais ne sont de bois, ni nos discours de pierre. Nous n’inventons rien, ce qui n’est pas pour nous déplaire si nous recensons les inventions modernes auxquelles nous ne savons donner un sens, peut-être parce qu’elles n’en ont pas. Nous sommes de cette humanité dépassée par cette autre, menteuse et corrompue, qui outrepasse ses droits et s’est arrogé pouvoirs, privilèges et, au final, droit de détruire.

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