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00_ecrira_actif03/01 – Un camp de vacances avant Noël
00_pas_regardants_inactif26/01 – Gare à la grippe, gare à la gastro
00_aurait_pu_inactif28/12 – Un calendrier pour des temps de bonheurs
00_retour_chariot_inactif22/12 – Les bouquets écarlates
00_brulot_inactif26/01 – Qatr-Qar, porcs dépravés et Blanche Neige
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Un camp de vacances avant Noël

Comment on s’est retrouvées dans ce camp de vacances, mes sœurs, mes copines et moi, j’en sais trop rien. J’ai souvent entendu dire  que, question QI, la nature ne nous a pas gâtées, moi et les miens, alors…
Je sais que les gens ont tendance à courir les mêmes lieux de villégiature et à s’y agglutiner, mais je ne m’étais pas imaginé que ça pouvait être à ce point. Pour faire simple, on est serrées comme des sardines, mais sans l’huile qui fluidifie les déplacements, hélas parfois responsable de chutes à cause des sols qu’elle rend glissants.
J’avance comme je peux en jouant des coudes mais, emportée par la foule, je suis séparée de mes sœurs. Je les vois disparaître puis se fondre parmi les vacancières que la mode en vogue fait se ressembler, de loin. Inutile de me faire du souci, me dis-je, les mêmes mouvements de foule finiront par me ramener auprès d’elles.
Un instant, je crois en apercevoir une, la benjamine –Clara–, la plus adorable de mes sœurs. Je l’appelle : rien. Je l’appelle plus fort : elle tourne la tête dans ma direction. Ce n’est pas elle, et tant mieux, car si elle me regarde, c’est d’un œil unique. L’autre pend lamentablement sur sa joue tachée de rouge sale. Alors qu’une vague plus forte me projette en arrière je la vois me faire des signes désespérés. Je mets un terme à mon piétinement, je baisse la tête et je fonce dans sa direction en écartant les gêneuses qui m’invectivent à gorge déployée.
C’est bien Clara. Ses vêtements sont déchirés, sa coiffe n’est plus qu’une loque. Elle a pris dix ans.
Je l’ai toujours prise sous mon aile protectrice, et de la voir ainsi me brise le cœur. Je veux m’occuper d’elle et lui prodiguer quelque soin lorsque des serres mécaniques tombées du ciel s’abattent sur elle avant de l’enlever. Elle se débat, mais rien n’y fait. Sa jolie tunique rougit. Tout un pan s’en détache et s’écrase au sol en lambeaux. Ça piaille, ça glousse, ça s’affole, ça rigole, ça s’ébat, ça s’agite, ça s’excite. Puis toutes nous reprenons notre marche que nous commençons à comprendre comme étant sans but.

Les jours passent, semblables à ce premier jour sans nuit. Sans nuit parce que les lumières sont toujours allumées. Des lumières violentes qui nous aveuglent. Serrées les unes contre les autres, se reposer ne serait-ce qu’un instant est impensable. Dormir dans cet immense dancing au son incessant d’un orchestre devenu fou n’est même plus imaginable.
Mon rêve de vacances tranquilles est devenu un cauchemar.

Qui finira bientôt. C’est ce que nous ont appris des anciennes installées à part dans des petits bungalows. Au début, elles faisaient bien un peu les fières et nous, les pauvresses, mais ça a fini par s’arranger. Leurs beaux atours nous impressionnaient, cependant moins que ce qu’on leur servait aux repas –quatre vrais repas par jour, s’il vous plaît ! tandis que notre pitance se résumait à des pluies de granules qu’une machine nous distribuait sans égards. Les jets violents de projectiles étaient cause de bien des déboires, tel l’œil crevé de Clara.
Notre séjour prendra fin début décembre, nous ont-elles dit. Vous y aurez laissé des plumes, mais à vous la liberté.

Début décembre.
On voit entrer de grosses machines équipées de grands râteaux et d’immenses pelles. Elles viennent sur nous, cueillant les grappes que nous formons. Les râteaux nous ratissent, les pelles nous ramassent et nous jettent en vrac dans d’immenses bennes. Puis c’est le départ.
Sur la grande porte en fer du camp de vacances, qui se referme derrière les camions, il y a ce panneau.

dinde de noel

Entassées comme des grains de sable, nous voyageons toute une nuit. Une nuit noire qui nous paraît douce et reposante malgré l’étrange, puante et insupportable promiscuité.
Au matin clair, pour ce qui est des survivantes dont je fais partie, on nous arrache nos vêtements, on nous rase. Un chalumeau finit de nous bucler : nous devenons présentables. On a même droit à un bain, certes collectif, mais tout de même bain.
Puis un deuxième, long et brûlant.

Alors survient l’hiver, d’une froidure extrême, et les ténèbres. Qui mettent fin au cauchemar.

 

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Joyeux Noël

Noël, ses flons-flons, ses feux d’artifice, ses guirlandes, ses bougies pour mettre le feu aux sapins, ses sapins en plastoque, ses œufs de Pâques quand c’est pas Noël aux tisons, ses cadeaux idiots, ses papiers d’emballage rutilants qu’on garde pour le prochain, ses cuites qui nous amènent au jour de l’an sans qu’on s’en rende compte, ses clodos qui font la manche à Calais ou ailleurs,.
Noël et ses pères Nöel gelés et obscènes qu’on dirait des bonhommes de neige, ses bals du 14 juillet, ses armistices et sa trêve des confiseurs, ses batailles de boules de neige aux cailloux, ses retraites aux flambeaux skis aux pieds, ses fractures de la jambe, ses messes de minuit à 9 heures,  ses réveillons où on s’endort, ses gamins qui jouent, ma petite sœur qui braille, ses grand-mères qui ne passeront pas l’hiver, ses chandelles de morve au nez des poitrinaires.
Noël aux quatre vents, Noël et ses petites annonces : Personne seule cherche personne seule pour partager solitude à Isola 2000 – Échangerait solitude contre solitaire – Père Noël cherche consœur pour cuisiner rôti de renne le soir de Noël – Chérie, où c’est que t’as fourré le couteau à huîtres ? –  Les salopiots qui se sont permis d’enlever la carotte du bonhomme de neige sont priés de la remettre en place. Et à sa bonne place.
Noël et ses lettres au père Noël : Cher papa Noël pour Noël je veux une grande cheminé que tu peux passé dedan qand tu déssandra du ciel pour maporté ce que je té comandé. Couvre toi bien pour pa que tu prend froi mé pa tro a cause que le feu dans la cheminé il peu te brulé et tauré tro cho. Faudra faire atenssion a cause du chien qué genti mé cé une tète de mule il dit mon papa – Monsieur Noël, je vous écris pour vous souhaiter un joyeux vous, un joyeux nouvel an et en espérant que vous ne serez pas mort l’an prochain, que vous n’oubliez pas mes petits souliers fourrés comme l’an dernier, je fais du 42 et je n’ai plus rien pour me chausser chaud et comme dehors il pourrait faire froid quand vous viendrez il faudra penser à bien vous couvrir – Père Noël, reconnaissez qu’on nous raconte que des conneries. Apportez-moi comme cadeau la preuve que vous n’êtes qu’un mythe et enfin je croirai en vous.
Noël et ses crèches de Noël avec son papier rocher, le dernier né de la bonne du curé pour faire l’enfant Jésus, la bonne du curé pour faire Marie, le curé pour faire Joseph, deux gamines bien girondes pour les anges, plus les trois piliers de bistrot de chez Dédé le bistroquet comme rois mages, sans oublier le bœuf et l’âne qui ne sont jamais bien difficiles à trouver, alleluia !
joyeux_noel

Noël et ses dindes de Noël, ses petits boudins et ses petites cailles transies que je leur offrirai bien ma bûche de Noël, ses foie gras imbéciles, ses déprimes insondables, ses faux semblants, ses lumières de la ville, ses désespérances, ses chiffres d’affaire, ses cloches aux parvis des églises, ses vieux qui meurent en taisant leur silence, ses gosses sans bras pour les réchauffer, ses gentillesses en famille.
Noël et son humanité.

Joyeux Noël

 

 

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Chaussures et cadeaux de Noël

Bientôt Noël.
Le père Noël il est bien gentil, mais c’est quand même un vieux con. Je sais pas si c’est l’âge, mais ça m’étonnerait pas, parce que moi-même, c’est pas que je me trouve plus con qu’avant d’ânée d’année en année, mais les autres ils m’y disent. Pas à moi en direct, mais entre eux, en indirect. Il est con, je les ai entendu dire. C’était de moi qu’ils parlaient, je vois pas de qui d’autre ça pouvait être qu’ils causaient. Comme le père Noël est vachement plus vieux que moi, ça m’étonnerait bigrement qu’il soit pas plus con que moi.
Pour dire : l’an dernier, comme je suis prévoyant, j’avais commandé, à cause que c’était l’année d’avant celle de l’année en cours que le pape a dit que c’était une Année Sainte Extraordinaire, j’avais commandé une canne à pêche avec une gaule, c’est normal vu mon âge, pour gauler les poissons, pas les pêches. Je l’entends qui débaroule par la cheminée, je me cache. C’est que le père Noël il aime pas tant qu’on le voie.
Il repart. Je file fissa sur mes charentaises que j’ai mises exprès là pour qu’il comprenne que c’est là qu’on met les cadeaux, c’est comme ça qu’on fait, qu’ils soient pas intervertis. Je regarde. Cornegidouille, c’est quoi t-est-ce c’que j’vois ? Un tas de baguettes de plastique, des grosses, des petites, des encore moins grosses qu’on dirait des roseaux, mais c’en est pas. Sur une des grosses, y’a un moulinet et tout le zinzin habituel, vous en feriez quoi, vous ? Bref, je veux bien que c’est une canne à pêche, mais en mille morceaux.
Germaiiiiiine, que je braille comme un aveugle, tâche moyen de voir si le décati il serait pas encore dans les parages, m’est avis qu’il y a erreur de livraison.
Elle y va, elle le voit pas. Je le vois pas, qu’elle me dit. L’a dû partir. Ben voyons, je lui dis, c’te blague.
Plus tard, l’été qu’avait suivi, donc l’été dernier, la Lulu y avait trouvé son bonheur comme piquet de tente, que le sien il avait vécu. Les baguettes on y avait gardé au cas où, qu’a jamais eu lieu. Lulu, c’est la belle fille, la femme au René. Une belle fille, tout et pas bête. Elle m’avait expliqué, pour la canne à pêche, comment c’est qu’il aurait fallu faire, qu’il y avait pas eu erreur de livraison, et que j’étais un gros con. C’est du pliable télescopique, elle avait dit en montrant comment faut s’y prendre sans tirer comme un dératé à cause que sinon les ressorts pètent avec aussi les élastiques. Les gamines, faut voir comment ça vous parle, à c’t’heure. La tente, c’est que c’est pas tant grand chez nous.

Pour ce Noël, je m’ai acheté des grandes chaussures de clown. 80 centimètres j’ai mesuré avec le mètre de couturière de Lulu. Elle l’a sorti pour sa couture hier, qu’on était jeudi, le jour où elle reprise ce qu’il faut repriser, que le travail aux champs, on peut pas dire qu’on y use pas sa culotte et sa chemise. Au père Noël, cette année,  je lui ai demandé une queue de billard et des boules tout pareil. La mienne a tellement gauchi que le seul moyen de taper dans une boule c’est de taper à côté. Les pompes de clown, j’ai pas trouvé plus grand, mais comme y en a deux, ça fera bien l’affaire. Pour le billard, on verra à Noël prochain, pas çui-là mais çui d’après.

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Bleu blanc rouge

Partagé sur le fait de me voiler d’un  drapeau bleu blanc rouge et aussi d’en accrocher un à ma fenêtre, j’ai coupé en deux celui mité déniché au grenier. Un trésor de famille sur lequel, en 44, mon grand-père avait collé la photo du Maréchal, et ma grand-mère versé des larmes qu’elle aurait aimées de sang en apprenant la progression des troupes débarquées en Provence.
On est patriote ou pas ; moi je le suis, et largement autant que les gamins sur Facebook qui se peinturlurent aux couleurs de notre beau pays. C’est que ces blanc-becs, je sais pas comment ils font, mais faut reconnaître qu’ils savent y faire et qu’ils y font bien.
Un bout de drapeau pour me le coller dessus moi, un autre pour mettre à la fenêtre. Un coup de scie sur le manche à balai, et ça ira bien pour la hampe.
bleu_blanc_rouge_2Merde ! je me dis en me traitant de tas de noms que je sais même pas ce que ça veut dire. Tu t’es gouré, mon gars, mais faut y finir, maintenant que t’as commencé. Pis d’abord, c’est l’intention qui compte, je me dis aussi.
Çui pour dehors, la fenêtre ça faisait pas. Le manche trop court. À cause que je suis pas né de la dernière pluie, y’en a là-dedans. J’ai pensé au toit, l’antenne télé. On est monté sur le toit, le Roger et moi, que ça a pas traîné.

bleu_blanc_rouge_1C’est pas le tout, mon gars, je me suis dit, à toi de te faire beau avec le drapeau, que la république elle soit fière. J’ai demandé au gamin du Roger de me tirer le portrait. Je te l’ai vu avec sa tablette, qu’il faut y avoir vu pour se dire que c’est dieu pas possible, ces machins là. Le temps d’un clic que tu entends même pas, et c’est fait. Oublie pas celle du toit, je lui ai crié dessus.
J’ai plus qu’à y charger, a dit le fiston au Roger. Pas deux minutes plus tard c’était fait.
Et v’là le travail, citoyen !

 

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Et Dieu dans tout ça ? Ahlala, m’en parlez pas

Un dieu que les hommes n’auraient pas inventé ne permettrait pas que des hommes disposent ainsi de la vie de leurs semblables. Le dieu fait à l’image de ceux qui l’ont créé (et en lequel ils ne peuvent se reconnaître, aucun miroir n’osant leur renvoyer une image fidèle par peur de représailles), ce dieu bricolé à partir de bouts de ficelles ou made in Utopia est incompétent, bouffi d’orgueil, inique, violent, sanguinaire et stupide, pour ne pas dire complètement con. Normal, puisqu’il est fait à l’image de ses géniteurs.
C’est en son nom que, aidés en douce par des salopards adorateurs d’un autre dieu –Pognon– et mouillés jusqu’au trognon, des imbéciles prétentieux assassinent quiconque ne leur prête pas allégeance ou ne suit pas au doigt, à l’oeil et surtout au sexe leurs préceptes moraux arriérés. Quiconque, être humain, femme (il y en a qui vont aimer…) ou animal*.


* Voir à ce propos cette info édifiante (en  Arabie saoudite, il paraîtrait qu’un cheval serait prochainement euthanasié en raison de son homosexualité). Chez nous, il n’y a que quelques siècles, donc pas longtemps, l’inquisition s’en donnait à cœur joie,  un tribunal jugeait les animaux et l’église les excommuniait, on en clouait sur les portes des granges et on assassinait les savants. Les savantes (telles les sorcières dépositaires des « secrets » de la nature), n’en parlons pas.

 

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J’ai perdu mon nom

Horreur, j’ai perdu mon nom. Où ? Diantre, c’est que j’en sais point rien, ou si peu. Le si peu, c’est que j’ai arpenté ma rue de fond en combles. Je suis arpenteur, arpenteur amateur, pas professionnel. J’ai toujours aimé arpenter, de la cave aux toits les plus pentus, du haut de la rue au bas de la même ou d’une autre, et vice versa, ce que j’ai fait toute la journée d’hier. Et d’avant hier.
Demain je remets ça. Ce qui fera que je tomberai peut-être dessus, on ne sait jamais.
En attendant, pas question de mettre le nez dehors. Et pour le monsieur, ça sera quoi ? me dira la crémière, c’est sûr, sans pouvoir me nommer. Perdre son nom, croyez-moi, c’est perdre son identité.
Ma carte d’identité, nom de dieu ! Je l’ai sortie de mon portefeuille pas plus tard que je sais plus quand, hier, je crois. Une vérification, juste pour voir si j’avais bien l’âge que je pensais avoir. Vous faites pas votre âge, m’avait dit la guichetière de derrière son guichet. Une lettre recommandée à retirer. Mon nom avait pu glisser dans le portefeuille et se coincer entre les papiers. C’est une vraie papeterie que je trimballe.
Mon portefeuille, je le mets toujours dans mon sac. Le sac, dans la chambre à coucher, à cause des voleurs. On ne se méfie jamais assez m’a dit un jour le marchand qui m’avait vendu une tente. Prenez-en une blindée, m’avait-il conseillé.
La chambre, au bout du couloir, derrière la  porte du fond, celle de gauche. J’y vais. Pas de porte. Quelqu’un l’a embarquée, et impossible de savoir où elle navigue. Qui l’a dégondée ? Moi ? Sur les conseils avisés de celle qui aurait pu devenir la mère de mes enfants ? Au divorce, à cause d’une non consommation par manque de temps, elle m’avait demandé l’autorisation de garder le nom, celui que je lui avais échangé contre sa dot, une misère soit dit en passant, un jour où comme un autre j’avais œuvré à l’arpentage, fidèle brebis d’un bon dieu de bon dieu jamais entrevu mais auquel je m’étais dû de croire, par devoir filial.
Je craque. Accro à la crème fraîche, je me rends à la crémerie. Aux deux vaches, elle s’appelle. Je n’ai jamais su pourquoi, peut-être parce que je n’ai jamais demandé. Salut Abdul, lance la crémière. Je suis le seul client. Je pensais plus te voir, vu l’heure, elle me dit. Être client depuis longtemps, ça crée des liens et de la familiarité. J’ai dû me tromper de crèmerie.
Je sors, me retourne. Au beurre frais. Trente pas plus loin et plus haut, l’enseigne s’affiche blanc cassé sur fond crème, normal que je n’y ai vu que du feu. Ma crèmerie à moi ouvre son huis deux boutiques plus loin, pendant mes propres heures d’ouverture et d’arpentage, soit du matin au soir très précisément. Z’auriez pas oublié quèque chose, me lance la crémière comme d’autres lancent une tarte à la crème sur la face rougeaude du marié beurré comme un coing pour faire rigoler l’assemblée, le jour des noces. Où la mariée est partout à froufrouter, sauf à la noce.  Mon nom mis à part, je ne vois pas. Je me tâte, elle me tâte de bas en haut. Trouve l’objet de l’absence : Votre kippa, hurle-t-elle comme une sirène qui vient de gober un hameçon.
Impression désagréable qu’on me connaît plus que je ne me connais. Faites erreurs je lui dis, jamais porté de chapeau, ni de bonnet, ni de béret. Tiennent pas sur la tête, à cause qu’elle passe son temps à dodeliner. Une maladie professionnelle.
Elle me sert, je paie avec des pièces dénichées dans mes poches, la salue, m’en reviens chez moi. Mon immeuble a disparu. Je le savais vétuste, mais pas à ce point.
Je remonte la rue, l’arpente mécaniquement, me heurte à un objet dur. C’est un parallélipipède brut de décoffrage en granit noir de goudron. Il sent la Bretagne. Sur sa façade sud un nom est gravé, illisible. L’œuvre du temps ? La pluie interrompt ma tournée d’arpentage. Je reviendrai demain.
Le ciel est lourd, le ciel est bas, le ciel est gris, sans reflet dans les flaques d’eau.

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Nous sommes façonnés par notre passé

Nous sommes le dernier chapitre, en cours d’écriture, d’un livre d’histoire. Plus ou moins bien inspirés par une “conscience” insaisissable en cours d’élaboration, nous avons été modelés par l’environnement géograhique, politique, socio-économique, ethnique, linguistique, et plus ou moins modélisés par nos parents, instructeurs et éducateurs (que nous ayons ou non pris le contre-pied de leurs enseignements). Finalement, nous ne sommes qu’un vague reflet de nous-mêmes, fut-il brillant.
Des engrammes inadaptés se faisant artefacts ont jeté le voile sur l’être que nous sommes ; notre quête consiste à le lever. D’où la nécessité de relire les chapitres de notre livre, d’en supprimer les pages qui ont pu nous convenir un temps, mais ne nous conviennent plus. Et de relier celles qui subsistent pour que notre récit tienne debout et ait un sens.
Nous aurons à inventer des pans de notre histoire, ceux que mites, champignons et autres parasites auront dévoré ; nous aurons à lutter contre cette partie de nous toujours prête à récupérer, d’une main (parce que “ça peut toujours servir”), ce que, de l’autre, elle a jeté aux ordures.

Partant de là, et si nous voulons  vivre au mieux notre vie, c’est à un travail de « reformatage » qu’il faut s’atteler. Suivre ce lien pour lire la suite.

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Frontières de l’Europe : la chasse est ouverte

Être réfugié, c’est être censé avoir trouvé refuge, et non pas être en train de chercher un refuge. Un refuge est un lieu où l’on se sent en sécurité, où l’on se retire pour échapper à un danger.

Armés jusqu’aux dents, des chasseurs sont venus. Ils nous ont débusqués, ont mis le feu, ont détruit nos réserves, semé le chaos. Pour protéger les nôtres, nous avons fui là où nous pouvions, là où nous pensions trouver refuge. Nous avons erré, nous avons traversé des forêts et des déserts,nous avons franchi des cols. Les ronces ont lacéré nos chairs, les torrents en ont emporté plus d’un, la faim et la soif ont clairsemé nos rangs. Nous nous sommes même battus entre nous.
Enfin nous sommes arrivés là où nous pensions trouver refuge, là où nous croyions être en sécurité. Jamais nous ne nous serions imaginé que nos espoirs illusoires nous jetteraient dans la gueule du loup.
Nous ne sommes pas des réfugiés, nous sommes du gibier.

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14 juillet, fête nationale

Crotte, crotte et recrotte. Je m’ai encore levé à la bourre pour le défilé du 14, à cause que je m’étais encore bourré la veille. On peut pas y aller comme ça, les gars, avait claironné Gégé, faut mettre la distillerie en marche si on veut tenir le coup demain. Et un rien après un rien, on a fini par descendre ch’sais pas combien de godets, mais pas rien.
Pas plus entendu la sonnerie du réveil que la poule qui picore. Sans le Fernand qu’a tambouriné à la porte, sûr que j’aurais loupé le pot de l’amitié chez Dédé et celui de la citoyenneté républicaine chez Jo, l’autre bistrot, que si les vieux d’avant nous ils avaient pas fait de galipettes, çui-là de bistrot, avec çui de Dédé, ils auraient jamais existé.

Magne-toi, qu’il m’a dit, le Fernand, on va pas louper ça, que les potes doivent commencer à prendre du souci.
Je m’ai fait le plus beau possible, c’est dire. Je m’ai même peigné, que le Fernand il m’a encore charrié. Comme c’est nous, avec les poteaux, qu’on fait les pompiers, et que les pompiers c’est eux qui font la clique, j’ai enfilé ce qui me sert de casque –un Adrian de 14-18–, j’ai décroché le clairon dépoussiéré de la veille, j’ai bouclé le ceinturon, et bien qu’on fut un mardi, et que le mardi c’est pas le dimanche, j’ai mis mes plus belles charentaises, celles des grandes occasion comme pour les sépultures, qu’il faut marcher que c’est pas croyable, et que je supporte plus les souliers, qu’en plus faut les cirer si on veut tenir son rang. Tâche moyen de pas oublier tes médailles, me dit encore le pote qui m’a tiré du plumard. Des médailles, comme j’en ai pas tant, vu qu’on a oublié de m’en remettre, c’est celles du père Mathieu, une dette de jeu.
Nom ti tieu, le drapeau ! a gueulé le Fernand. Ben merde, je lui ai répondu, pour un peu j’y oubliais, quel con ! Le 14 sans notre drapeau, c’est pas pensable. On l’avait fabriqué y’a quèques années avec ce qu’on peut trouver quand y’a pas grand chose. Un pan de chemise bleu que, posé sur le bleu d’un vrai drapeau, c’est plus bleu d’Auvergne que bleu France. Le blanc, Fredo l’avait taillé dans une culotte de Germaine (sa Germaine à lui, pas la mienne) après qu’elle avait décédé, que des couillons disaient qu’elle s’était jetée sous le train, tu parles ! Germaine, c’était du 120 kilos hors taxes, dont m’est avis la moitié dans l’arrière-train. En posant ses valises sur le quai, elle avait perdu l’équilibre avant de s’affaler sur la voie, la pauvre, sous les yeux de Fredo, impuissant, mais ça, c’était pas nouveau. Bébert avait taillé le rouge dans un de ses tabliers que son métier de boucher avait usé jusqu’à l’os.

Le 14 juillet, par chez nous, c’est pas rien, et entre tout ce qu’il y a à faire et tout ce qu’on fait parce qu’il faut bien en faire un peu si on veut écluser à l’oeil, ça démarre bien dans les dix jours avant. On donne la main, quoi. Faut monter l’estrade, faut planter les poteaux où c’est qu’on accroche les drapeaux, faut faire propret et tout. On y fait avec Anselme, le cantonnier, qui fait aussi garde champêtre quatre fois l’an, comme si y’en avait besoin. Entre deux clients Dédé aussi donne la main, à sa façon, qui consiste à remplir les godets que nous autres on s’ingénie à vider, surtout Fred, Jojo, Bébert, Justin, Nénesse, Berthe –qui fait la cantinière–, plus moi qu’il faut quand même pas que j’oublie, bref, nous tous ou pas loin, sauf Gus, le maire, qu’a d’autres chats à fouetter avec ses responsabilités d’élu, comme vérifier que le p’tit blanc est au frais.

Crotte, on va être de la revue, je dis au Fernand. Tu parles, qu’il me rétorque, je te fiche mon billet que ça a pas commencé et que, si ça se trouve, on va être les premiers.
On était pas les premiers, mais pas loin derrière. On s’est serré la pince, on s’est regroupé comme on a pu, on a mis au point les binious et retendu la peau des tambours. Gus est sorti de sa mairie, et le temps que les retardataires s’extraient mollement des deux bistrots, il a rejoint les officiels dans la tribune : le père Mathieu ; Pedro (l’instit de Noeud-les-Verges où les 2 seuls gamins du patelin vont à l’école quand ils oublient pas qu’elle existe) ; l’épouse de Gus que des oublieux de la modernité appellent madame le maire quand ils la croisent ; le conseil municipal au presque complet si on exclue les absents ; le curé de Blette-lès-Gonesses avec, il me semble, la mère Ledou, une punaise de bénitier qui tient l’harmonium et, va savoir, sans doute plus que ça… Une petite dizaine de semblant d’édiles.

Après qu’un clairon a joué “Au drapeau”, Anselme en tête, pas peu fier de faire le porte drapeau, c’est parti pour le défilé. D’abord çui des pompiers où on ne joue pas, puis çui de la clique où on joue “Sambre et Meuse”, qu’on a choisi rapport à nos casques. Quatre allers-retours plus tard devant l’estrade, c’est fini pour le défilé.

Sur un signal de Pedro l’instit, du haut de l’estrade où ils ont grimpé, les deux seuls gamins du patelin font un lancer d’avions en papier sous les applaudissements polis de quelques civilisés qui n’ont pas migré en direction des bistrots, les malheureux. Une Patrouille de France qui n’en vaut peut-être pas une autre, mais une bien de chez nous. Avec des cocardes tricolores qu’on peut pas dire qu’elles soient bien chrétiennes, vu le dessin, mais on est en république oui ou non ?
C’est pas parce qu’on avait oublié d’ouvrir le ban qu’on ne pouvait pas le fermer. Ce qu’on a fait, en choeur, le blanc au frais faut pas que ça souffre d’un coup de chaud.
On s’est réfugié en se tassant qui chez Jojo, qui chez Dédé, et vice-versa pour pas faire de bisbille. On a regardé méchant ceux qui voulaient voir à la télé le défilé sur les Champs. Pour plus sûr, on l’a débranchée. Ces cons ont préféré se défiler sur le champ et aller s’emmerder chez eux devant l’écran.

La tribune est solide. À la fraîche, le vieux Léon a sorti son accordéon. On a fait quèques pas de danse, mais en charentaise, c’est pas du tout cuit.
Histoire de pas oublier les anciens, on a fait un feu près du monument aux morts. On n’a pas encore trouvé mieux pour réchauffer leurs vieux os, mais on y pense. Et avec les pétards que les deux gamins y ont balancés, la commune a eu son feu d’artifice, comme chaque année au 14 juillet.

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La Grèce fait naufrage au large d’elle-même

C’était pourtant joli, la Grèce avec ses mers bleues comme le bleu de la mer sous un soleil grec et ses armateurs ; son mont Olympe ; ses enfants du Pirée ; ses vieux cailloux et ses vieilles sculptures bien pratiques comme porte-manteau ; son huile d’olive, ses brebis et la feta, l’ouzo, sa moussaka et son tsatsiki ; sa Melina, son Zorba, ses Mikis Theodorakis, Vangelis et plein d’autres ; son sirtaki et le bouzouki ; ses églises et leurs espèces de curés barbus dans leur robe seyante avec leurs chapeaux qu’on dirait de grosses brioches ou des casseroles sans manche ; ses monastères sans ascenseur ; sa relève de la garde avec les Evzones trop mignons ; ses jeux olympiques (surtout ceux de 2004 quand même plus rigolos que ceux de 776) ; ses philosophes grecs ;  son invention de la démocratie (jamais primée au concours Lépine) ; ses grands copains de toujours, les Turcs avec leurs cabinets à la turque, une sacrée trouvaille qui vaut largement celle de la démocratie ; et ses colonels qui pourraient peut-être bien revenir pour remettre de l’ordre. Quel drachme !

C’était bien joli, sans doute trop joli. Et voilà qu’elle a coulé, la Grèce.
Moi, je veux pas trop rien dire, mais m’est avis qu’elle a été légèrement torpillée. Un peu comme à Pearl Harbour, ou plutôt comme à Mers-el-Kébir. Oui, comme à Kébir.
Par qui ? Ah ça…
Maintenant, et comme cela est souvent le cas lors des naufrages où il n’y a jamais assez de place dans les chaloupes de sauvetage, souhaitons que le résultat ne soit pas une bagarre générale (que l’on appelle parfois guerre civile) entre les Grecs d’un côté et les Grecs de l’autre.

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Inutile de chercher la Grèce : elle a coulé ou va le faire

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G7, autres fossiles et présent sans avenir

Ça n’est pas gagné, mais ça n’est pas perdu pour l’abandon des énergies fossiles. Serait-ce que le G7 commencerait à ne pas desservir l’humanité ? Faut voir, comme dirait saint Thomas, et j’aimerais y voir pour y croire, comme dirait Tobie. Mais pas dupes de la collusion qu’il y a entre les puissances d’argent et les pouvoirs, laissons les illusions là où elles ont leur place : dans les spectacles de prestidigitation.
L’action des peuples qui a poussé le G7 à promettre d‘abandonner ces énergie (croix de bois croix de fer, si je mens, je monte en enfer), ne pourrait-elle pas s’appliquer de la même manière afin que les peuples rejettent les politiques fossiles et écartent ceux qui les mènent ? Étant bien entendu que, par politique, entendons tout ce qui touche à la Cité.
Nous sommes soumis à des fossiles dont les idées fossiles plombent l’humanité à un point tel que, au lieu de progresser, elle régresse. Campés dans leur certitude d’un savoir suranné qui les rend sourds et aveugles, ils ne voient rien des mouvements qui agitent les sociétés et les transforment radicalement. Bien obligés de sortir de leur petit confort quand des foules bruyantes marchent dans les rues, ils sont surpris de découvrir que les religions s’arrogent des droits qu’elles n’ont pas ; les mafieux ordonnent ; les penseurs sont mis à l’index par des politiciens ou des animateurs télé incultes et arrogants ; les scientifiques qui ne jouent pas le jeu des puissances d’argent sont baîllonnés ; le dictat du tout profit affame des populations entières ; sous des prétextes politico-religieux fallacieux, des scélérats sans foi ni loi, cupides et corrompus, mettent à genoux et assassinent des innocents sous le regard des états riches qui, realpolitik aidant, y trouvent largement leur compte ; chacun calculant ses forces et ses intérêts –pouvoir et argent–, l’égoïsme d’état règne en maître absolu.
Continuer à exploiter les énergies fossiles nous conduirait inexorablement dans le mur ; perpétuer les politiques fossiles qui reposent sur des pensées fossiles, jamais novatrices, nous conduirait au pandémonium.
Parce qu‘elle est fossile, la pensée n’est pas à la hauteur des technologies trop souvent mal employées. Les réseaux sociaux deviennent des fourre-tout où s’exprime le n’importe quoi ; la téléphonie mobile et Internet sont saturés de dangereux, encombrants et stupides contenus ; les têtes se vident de leur savoir et de leur mémoire qu’elles délèguent à des machines aux bientôt pleins pouvoirs (ce qui ne serait peut-être pas pire) ; le tout consommation, quête d’un bonheur illusoire, détruit les ressources, pollue la planète au-delà de son atmosphère et fabrique des demeurés ; des amuseurs publics, animateurs ou présentateurs indéboulonnables de l’audio-visuel –devenus la référence en matière de pensée– participent à l’abrutissement général auquel chacun se laisse aller avec délice et bonne grâce. Chantres de la bêtise, de la vulgarité et de la méchanceté, certains de ces sociopathes se sont même approprié les médias en devenant producteurs, ce qui leur permet d’engranger toujours plus de profits et de déverser toujours plus d’insanités devant un public conquis.
Nous érigeons des temples pour y installer à demeure ces fossiles aux idées sclérosées, qui ont depuis longtemps atteint le seuil de l’incompétence. Par confort et ignorance nous leur avons concédé un pouvoir dont ils usent en petits caporaux pétris d’orgueil, qui font le paon sous l’œil complice de leurs courtisans. Dont nous sommes, que nous le voulions ou non, puisqu’ils sont toujours là, à nous mépriser.
Alors que les fossiles sont censés être le signe d’un passé révolu, ils sont aujourd’hui celui d’un présent sans avenir.


Note : dénicher un miroir et s’y admirer devrait permettre à tout un chacun de découvrir le portrait d’un de ces fossiles.
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Vers un asservissement des peuples ?

Pour une raison ou une autre, et à juste titre, nous nous émouvons du sort des phoques, éléphants, baleines, abeilles, etc. ou de celui des animaux domestiques pour l’ensemble desquels nous agissons en nous battant à corps, à cris et à grands coups de pétitions.
Mais s’agissant des peuples martyres ou exsangues soumis à la férule du grand banditisme (Daesh ou Boko Haram, par ex.) ou de ceux placés sous le joug de la finance (Grèce, par ex.) nous nous satisfaisons lâchement de compter les points et de déplorer la situation. À se demander si l’Europe (mais elle n’est pas la seule) ne profite pas des agissements des voyous de Dieu et de ceux de la Finance, qui semblent avoir pactisé entre eux, mais aussi avec de nombreux états inféodés à une realpolitik qui mènera à la catastrophe.
Bien évidemment, ce qui se joue à l’international se retrouve localement, et peut-être sommes-nous à la veille d’une ère d’asservissement des peuples à un pouvoir qu’ils auront offert à des gouvernants méprisants, stupides et sans scrupules.

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De l’utilité sans borne (téléphonique) du téléphone

L’heure qu’il est ailleurs, lorsque je téléphone ailleurs, m’importe si peu que je n’hésite pas à passer mes coups de fil à n’importe quelle heure. Du coup le téléphone des personnes que j’appelle sonne aussi à n’importe quelle heure. Alors je ne vois pas où est le problème.
Le problème, en supposant qu’il y en ait un, c’est de savoir ce que je vais bien pouvoir raconter, une fois débités les « allo ! »  dont la seule raison d‘être est de se faire mutuellement savoir que l’on est au bout du fil.
Autant, il y a encore quelques années, demander le temps qu’il fait là-bas ailleurs présentait un intérêt, autant aujourd’hui, avec Internet qui nous dit tout du temps, de l’heure à laquelle on va allumer le barbecue et quel pinard le tonton il s’est enfilé pour se mettre un tel coup de mou, preuve par l’image sous les yeux, ça ne présente plus aucun intérêt.
Ce qui ne me gêne en rien pour demander au pote à qui je bigophone s’il pleut, s’il y a du soleil, s’il tombe des grenouilles où s’il fait un froid de canard à ne pas mettre un chien dehors. Ce qui permet de passer du coq à l’âne en demandant des nouvelles du chien, une saloperie de clebs dont on à rien à faire, mais c’était pour faire plaisir aux enfants, vous savez bien. Et les enfants, ils vont bien ? Le p’tit dernier ? Tu parles, le petit dernier, c’est sur ses 35 berges qu’il va. Même qu’il y va vite. Et un peu trop vite. Au point qu’il s’est encore enquillé avec la bagnole. Pas la sienne, au gamin, mais la SIENNE, à lui mon pote à qui je téléphone, et que son tas de tôles froissées met dans tous ses états.
La santé y passe, le pognon y passe, la politique y passe, les histoires de cul aussi –c’est du pareil au même–, de plus en plus rares après avoir été de moins en moins en moins fréquentes au fur et à mesure que s’arrachent les pages des éphémérides. Et toi, tu vas bien ? Me demande-t-il pour meubler et remplir le vide dont la densité prend des proportions gênantes.
Pas couillon, j’enregistre toujours les conversations. Je n’ai plus qu’à faire défiler les platitudes dont le pote m’a abreuvé. Des fois, il lui arrivera de trouver que j’ai une drôle de voix. T’es sûr que tu vas bien ? Me dit-il, trouvant ma voix bizarre. Si, si, t’as une drôle de voix, insiste-t-il. Mon psy, qui s’y connaît question cinoche, il parlerait de projection en m’en narrant le pourquoi pendant une séance mieux vendue qu’une place de ciné ; moi je raccourcis en parlant de simple connerie, mais avec mon pote, je me la ferme. Comme lui. On ne téléphone pas pour se dire des choses qui valent le coup d’être dites, mais pour ne rien dire et pour faire marcher le commerce des fournisseurs d‘accès (à quoi ?), que sans lui, le monde ne tournerait vraiment pas rond.

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Un dialogue constructif

— Tu veux que je te dise ? Je suis contre.
— Ah oui, et contre quoi ?
— Fais pas semblant de pas le savoir, parce que tu le sais tout autant que moi, et je sais que toi aussi tu es contre.
— J’entends bien, mais dis-m’en un peu plus. C’est vrai que moi aussi je suis contre, mais quand même.
— Y’a pas de quand même qui tienne. Soit on est contre, soit on est pour. On est bien d’accord ?
— Je suis pas contre.
— Donc tu es pour. Ça ne m‘étonne pas de toi. Et ça ne te gêne pas ?
— Quoi, d’être con ? Non. Et sans doute pas plus que ça ne te gêne toi-même.
— OK, j’ai compris. T’es vraiment qu’un sale con.
— Tout comme toi.

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Un projet de vie altruiste

Dans ma prochaine incarnation ici sur Terre, si les capitaines d’industries, les généraux, les présidents et les autres ânes n’ont pas encore mis à feu, à sac et à sang la planète, je ferai de la politique. Je baratinerai et manipulerai mes parents dès mon plus jeune âge. A l‘école, pour être l’indéboulonnable chef de classe, je ferai du charme aux filles en leur offrant des bonbons que j’aurai volés, m’entourerai des crétins de ma classe en leur promettant de leur prêter mon vélo, mes gadgets électroniques connectés et ma petite sœur, celle qui bat le beur beurre.
Politicien, je ferai. Comme j’ai toujours été un cancre et qu’il n’y a pas de raison que ça change, je ne devrais pas avoir de mal à me hisser aux sommets. Je ne veux pas dire qu’il suffit d’être con pour gravir les échelons du pouvoir, mais ça aide. Je m’entourerai du même genre de crétins que ceux de l’école en privilégiant les cireurs de pompes et autres altruistes imbéciles à qui je ferai miroiter ma reconnaissance éternelle et celle de la nation. Je leur offrirai grandes ouvertes les portes de la félicité, des honneurs et de l’avantage qu’il y a à s’effacer devant plus malin qu’eux.
Bien sûr, il me faudra apprendre à tout ramener à ma personne et à ne penser qu’à moi. Je n’aurai qu’à m’inspirer de ces fabuleux modèles qui se pavanent aujourd’hui sous mes yeux.
Suivant la pente tracée par d’anciennes crapules dont je me débarrasserai en dénonçant leurs agissements, elle m’emmènera naturellement à de hautes fonctions d’état, ministre ou président. Être président n’est en rien compliqué. Il suffit de présider, c’est tout. Et de déléguer à des lèche cul prétentieux choisis sur le volet (branlant car disjoint) les tâches qui ne présentent pas d’intérêt et qui ne rapportent rien, si ce ne sont de viles attaques.
Les lois actuelles et les politiques générales n’étant ni bonnes pour le peuple, ni mauvaises pour qui détient le pouvoir, aucune raison de changer quoi que ce soit. Sauf, peut-être (mais j’y réfléchirai) pour ce qui est de la durée du mandat présidentiel, qui pourrait n‘être que d‘une année. Suivrait une retraite pépère, mais ô combien méritée, aux émoluments confortables.
Enfourchant mon plébéien scooter pour parcourir les routes, ou volant à bord d’un aéronef de l’État, je répandrai la bonne parole lors de conférences où un public d’idiots acquis à mes idées viendra faire la claque, me féliciter, et m‘offrir son adhésion au club ou au parti que je créerai. Mon expérience aidant, détourner l’argent des cotisations ne sera qu’un jeu d’enfant. Les toujours mêmes crétins de l’école m’y aideront ; les autres applaudiront.

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Perdu

Je l’ai cherché partout.
Je suis allé au-delà des frontières, celles d’eau comme celles d’air, celles de terre comme celles de feu. Je ne l’ai pas trouvé.

— Tu as bien regardé ?
— J’ai regardé. Rien vu.
— Tu as bien tendu l’oreille ?
— Rien vu, rien entendu non plus. Personne.
— Rien perçu, rien ressenti ?
— Rien.

Je suis parti au-delà de l’au-delà. J’ai franchi les espaces du temps, j’ai dépassé l’infranchissable, j’ai vu défiler les nombres jusqu’au dernier, celui imprononçable qui fait barrière au néant. J’ai passé la barrière.
« C’est pour quoi ? » m’a demandé le préposé aux renseignements.
Je lui ai expliqué.
Tout juste aimable, il m’a répondu qu’on était aux objets trouvés, pas aux objets perdus.
Je me suis senti minable.

— Et alors ?
— Alors rien. Mais je me sens un peu perdu.

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Une niouze léteur tant attendue

Enfin une lettre d’infos où le sérieux le dispute au grave, même si c’est stupide si on prend conscience de la gravité des événements et de celle qui fait tomber les objets, surtout ceux qui ont de la valeur, tel ce magnifique cendrier en terre cuite qu’un enfant me prenant pour son père m’a offert pour la fête des mères, on aura tout vu.
Dans laquelle, perdue parmi un flot de textes d’une insondable profondeur, surgit hélas aussi mollement que discrètement l’annonce d’un week-end pour apprendre à faire face. À quoi ? Découvrez-le en lisant la suite.

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On m’oubliera. Vous aussi on vous oubliera

Il y a des gens qu’on ne peut pas oublier. On les voit une fois, des fois moins que ça, et hop, on les a dans la tête. Et peu importe les moyens qu’on se donne pour les effacer de notre mémoire, c’est peine perdue, on n’y arrive pas. Même en dépensant des fortunes au bistrot.
Je ne fais pas partie de ces gens. Mon inexistence est telle que, si je n’étais pas moi, je m’élèverai une statue pour glorifier ce néant sans relief qui caractérise ce que je vis survis. Inexistence qui n’est autre que le reflet de ma personnalité. Je n’ai aucune personnalité, et c’est bien cette absence totale de personnalité qui fait que je suis moi, pas un autre. Et quel moi ! Un moi inimitable, taillé sur mesure, et qui me va comme le gant d’une main droite sied à un pied gauche. Parlant de n’importe qui d’autre que moi, et sachant la complexité du pied, je trouverai ridicule de dire de quelqu’un qu’il est bête comme ses pieds. Mais le dire à mon propos est fort à propos.
Il y a des gens qu’on a tout intérêt à oublier. Dont je fais partie. Aujourd’hui, avec toutes les infos qui nous sont infligées, occuper de l’espace mémoire pour y caser du vide ne présente strictement aucun intérêt. M’imaginer me rappeler ce peu que je suis et à quoi je ressemble m’est impensable, d’autant plus impensable que mes seules pensées sont celles que j’ai coupées dans le jardin de la voisine. Des pensées d’un beau noir qu’on les dirait venues d’Afrique. Pas celle du nord, vous comprenez.
Et n’allez surtout pas imaginer que s’oublier soit un signe d’altruisme ou qu’il s’agisse de privilégier les autres au détriment de soi, comportement qui revient à peu de choses près à se pisser dessus.

Mais ne nous y trompons pas : ce je et ce moi apparemment singuliers ne sont qu’un leurre, un voile qu’il  suffit de soulever pour y reconnaître celui avec qui vous partagez votre vie : vous. Ou moi, qui sommes si proches qu’on peut se demander comment la xénophobie ou le racisme ont pu être inventés puis prônés en tant que véritables institutions.

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Un trou, rien qu’un trou

Quand je me suis réveillé, il faisait nuit noire. J’ai cru un instant que c’était parce que j’étais mort. L’instant d’après, je me suis dit que, si je pouvais penser, c’est que j’étais bel et bien vivant. Puis je me suis rappelé avoir appris que, même après la mort, on peut penser. Pour preuve, les vivants qui parlent avec les morts, et vice-versa, même avec ceux qui le sont depuis longtemps. Bref, pas si sûr que je sois encore vivant.
La lumière ! me suis-je dit en cherchant à tâtons l’interrupteur. Mes doigts fébriles n’ont trouvé que le vide et le néant, qu’on ne trouve qu’au royaume des morts, c’est connu. Je me suis alors rappelé que, la veille, j’avais décidé d’aller dormir à la belle étoile, raison donc pour laquelle je n’avais pu trouver l’interrupteur. L’évidence même.

La nuit, ce ne sont pas les étoiles qui manquent. Levé le nez au ciel : rien. Quand m’est revenu un Jité d’il y a peu où ils avaient parlé d’une éclipse. Qui dit éclipse, dit fraîchissement de la température. Il fait doux, pas loin de faire chaud. Puis je ne vois pas en quoi une éclipse nocturne pourrait refroidir sufisamment l’atmosphère pour qu’on s’en rende compte. Et une éclipse de quoi ? je me demande.
Toujours est-il que je n’y vois goutte. Le noir total. Mais dû à quoi ? La nuit ? Une éclipse totale du soleil en plein jour ? Les deux à la fois, idée que j’avoue être plus ridicule que saugrenue.
Tendons l’oreille, me dis-je. La nuit portant conseil, je devrais pouvoir en saisir un au vol. Mais c’est le silence. Absolu. Aucun bruit, ni là, ni ailleurs, ni dehors, ni dedans. J’ai beau avoir l’impression de sentir mon coeur battre, je ne l’entends pas.
Pose la main dessus tu le sentiras battre, me dis-je. Le vide. Soit ma main ne répond pas, soit mon sens du toucher ne fonctionne plus, soit je n’ai plus de main, soit encore j’ai égaré mon thorax, ou pire, je n’en ai plus. L’autre main ne fait pas mieux.
Je ne sais plus quoi penser. J’ai un trou de pensée. Béant.
Lorsque l’évidence me saute aux yeux que je sais tout à coup ne plus avoir : je ne suis plus qu’un trou.
Profond ? Comment voulez-vous que je le sache ?

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Jean-Michel THIBAUX : droit au repos et au respect

Jean-Michel Thibaux n’est plus. Inutile donc de vouloir encore et toujours le tuer.

Fiel Ciel ! qu’apprends-je en ouvrant Var Matin version numérique du 18 mars 2015 ? Que l’écrivain toulonnais Jean-Michel Thibaux (je cite) « avait sa part d’ombre, notamment une condamnation en 2010 pour possession  d’images pedo pornographiques », information capitale, reconnaissons-le.

Mais où avais-je la tête, que pour un peu, j’allais oublier de préciser l’annonce de son décès, dans le même Var Matin, version numérique du même jour.
Laissons de côté le style de haut vol qui présente moins d’intérêt que la couleur de la petite culotte de la fille de la concierge qui la montre à tout-va quand elle fait ses galipettes de gamine de 6 ans, si c’est pas malheureux, mais que font les Milices de la Vertu ? et occupons-nous de ce qui semble préoccuper outre mesure (de QI) le ou la signataire de l’article, à savoir les fesses de quelqu’un d’autre (en l’occurence celles de JM Thibaux) plutôt que de s’occuper des siennes propres (plus ou moins, car après tout, rien ne dit qu’elles soient immaculées). La poutre que certaines personnes ont dans l’oeil les empêche de s’approcher suffisamment du miroir, par crainte de le briser, c’est navrant.
Qu’il y eut ou non équité, un jugement, me semble-t-il, avait été rendu en 2010. Remettre une couche 5 ans plus tard en utilisant ……..*ment (je pèse mes mots) un vocabulaire judiciaire lorsqu’on attend un contenu nécrologique  relève d’une bassesse et d’une vile facilité qui me fait étrangement penser aux pratiques inquisitoires de ces régimes auxquels nos sveltes silhouettes doivent beaucoup, vive les carottes Vichy.

Pour faire bref, ça pue la délation, la jalousie, ça émane d’une vindicte, hélas pas même populaire, ça renifle le règlement de comptes, c’est bas et indigne comme les plus basses des oeuvres, et pire, c’est ordinaire. L’auteur(e) de l’article, pour faire bon poids bonne mesure, en rajoute :
Jean-Michel Thibaux, dépersonnalisé, devient l’Homme (dans la phrase «L’homme avait sa part d’ombre…») et, photo à l’appui, prend les traits d’un abruti à qui je ne confierai ma grand-mère et ma belle-mère que dans le seul but de leur faire cracher leur code de carte bancaire. C’est connu : les pervers (surtout sexuels) ont une sale gueule, et ceux qui écrivent de telles insanités devraient se demander pourquoi  leur miroir ne leur renvoie aucune image.

Mais avant de devenir l’homme avec sa part d’ombre (JM Thibaux est bien sûr le seul à avoir une part d’ombre), il fut d’abord artificier. Les artifices ne sont pas loin, que suivent les mensonges : tout est en place pour «entrer en littérature» puis «passer en revue une multitude de genres littéraires, de la biographie romancée à la saga provençale. Etc» Misère, peau de banane et associations pour le moins malheureuses. Si fortuites que cela ?
Secret… consécration… or… diable… ombre… possession… pedo pornographiques…  Calmann-Levy…

Et par dessus tout ça, vous me mettrez un «Rappel du Tambour», au cas où l’article (celui de Var Matin) n’ait pas été assez clair.

Pour clore : BRAVO !

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* Ne comptez pas sur moi pour faire montre de la moindre vulgarité

Le prochain article sera pire. Promis. J’y parlerai de ces collections d’oeuvres d’art pedro-phonographiques pedo-pornographiques qui embellissent les vieux jours de personnes au-dessus de tout soupçon. Il y sera aussi question de décrets concernant l’obligation, pour toute personne nubile, de se reproduire. Comme quoi, la morale…
En attendant, que chacun s’octroie la paix qu’il estime mériter, mais pas plus. Un contrôle sera effectué.

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