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00_ecrira_actif12/01 – Cap sur 2018
00_pas_regardants_inactif12/01 – Tant attendus, ils arrivent enfin : nos voeux
00_aurait_pu_inactif13/01 – Mes vœux de p’tits bonheurs
00_retour_chariot_inactif28/12 – Amour
00_brulot_inactif29/12 – Moi, moi, moi Président…
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Cap sur 2018

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Mes vœux (un rien foireux) pour 2017

Chers presque tous,

Dreling… dreling…

S’cusez-moi. Le temps de voir et je suis à vous.

— C’est qui ? Et que me vaut l’honneur ?
— C’est les pompiers. Le calendrier.
— Le calendrier ?
— Z’êtes pas au courant ?
— Ça risque pas EDF vient de le couper.
— Nous c’est les pompiers.

Désolé, je leur ouvre. Je n’en ai pas pour longtemps. Quittez pas.

— Les pompiers d’où ?
— D’ici. On est passés hier pour le calendrier. Y’avait personne.
— Quel calendrier ?
— Çui de 2017. Z’êtes peut-être pas au courant, mais 2016, c’est râpé. On vient pour les vœux et pour la cagnotte.
— La cagnotte ?
— Pour not’ gueuleton et le bal, çui des pompiers.
— Ah oui, le bal des pompiers… Vous avez des chats ?
— Pour ça, faut voir avec les Pététés. Nous on a des chiens, des vrais d’avalanches.
— Connais pas. Vous en auriez qui tirent un traîneau ?
— Ah là, faudrait voir avec le père Noël, mais à c’t’heure, et passé le 25… Sinon on a des rennes. Deux beaux rennes. Bourré comme il était, le barbu les a oubliés.
— Après tout ça fera bien l’affaire. 20 € ça vous va ?
— Si fait, si fait. Bonne fin d’année m’sieur… À l’an prochain. Et faites gaffe aux courts-circuits !

Vous êtes toujours là ?
Ouf et tant mieux, parce que….
Bon : j’en étais où ?
Et crotte ! v’là que j’ai perdu le fil. J’avais pourtant bel et bien quelque chose à vous dire, sinon… Mais je ne sais plus quoi. Misère…
Bah, p’t’êt que ça me reviendra.

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Nativité

Plus de 2000 ans qu’on me fait le coup. ça démarre par un coup de fil de Gaspard, l’Asiate, toujours en avance de plusieurs coudées côté technologie. Qui me raconte que le gamin, dixit le maïeuticien, est à deux doigts d’aller prendre sa première bouffée d’air ; que Marie, sa génitrice, commence à trouver le temps long et à sérieusement se les geler, tandis que le Joseph se tournicote les neurones et les sens pour essayer de comprendre comment sa dulcinée s’y est prise pour tomber une nouvelle fois en sainte. Bref, l’habitude.
Je demande à Gaspard si, à tout hasard, il a prévenu Balthazar, Si fait, me répond-il pour la 2016e fois. Notre rendez-vous, c’est toujours au même endroit : latitude 32,7940463 – longitude 347,98957 etc. Un boui-boui près de Haïfa où on fait le plein d’oranges, de dattes, de noyaux d’olives et de grenades, on sait jamais. Les cadeaux, comme il n’y a aucune raison sérieuse de se les coltiner tout au long de notre pérégrination, on les trouve chez le boutiquier d’à côté, un juif libanais qui fait dans l’import.
Au cas où votre esprit de déduction soit en rade, je suis Melchior. Selon mes humeurs (changeantes) et les leurs (instables), un coup ils m’appellent Chang-o ; celui d’après : Sin (qui se dit Shin, mais que Gaspard a du mal à ne pas prononcer Chine ; ou encore plus rarement Sélèné quand on est tous trois ronds comme une bille. D’où me vient ce nom de Melchior ? De ma contenance : 18 litres. Les origines sumériennes de la mère de Gaspard l’ont depuis longtemps porté aux divagations numériques et tarologiques où l’arcane XVIII (chiffre romain qu’on se demande ce qu’il vient faire ici) est associé à la Lune. Un érudit, Gaspard !

Bon, nous v’là partis visiter la sainte famille. Fidèles à la tradition et rétrogrades comme pas trois, pour preuve le fait qu’on rejoue toujours la même scène comme d’autres rejouent la même cène, on ne vient pas pour faire la claque mais pour offrir des présents au gamin, même s’ils appartiennent au passé, plus des présents pour quand il vieillira, si jamais il en a le temps.
Pour les premiers, ceux du bébé, on ne se fatigue pas trop : grenouillère en poils de chameau, tétines en pis de chamelles, chaussons en poils de biquettes. Pour le bonnet, on s’arrangera avec le premier âne venu et ses oreilles fourrées. Les présents pour le futur, avec l’avenir qu’il se prépare, c’est autre chose. Sur le site analakachic.deo Gaspard a commandé une chasuble de guru en lin bio fabriquée au Bengladesh. Balthazar a fait confectionner par un cordonnier originaire de Cordoue une paire de sandales en cuir de pécari. De mon côté j’ai d’abord pensé à un agenda épéhéméride sur tablette d’argile, mais vu le poids à cause des 365 jours 1/4, j’ai laissé tomber en le faisant tomber au grand dam du boutiquier, un rat. Pensant aux marchands du temple que le Jésus ne pourrait s’empêcher de morigéner, j’ai finalement opté pour un porte voix en bambou. Puis on est passé aux choses sérieuses : couronne d’épines tressée mains, croix en cèdre d’Alep, clous forgés, éponge de la mer Morte. Pour le vinaigre on aurait qu’à attendre qu’Il change l’eau en vin et que les parents des mariés, des radins, planquent une cruche de pinard pour plus tard et en oublient l’existence.

On débarque, accueillis par deux anges gardiens en uniforme de vigiles. Ils font le pied de grue devant l’entrée de la grotte. Le boulot, c’est le boulot, et même s’ils savent très bien qui nous sommes et pourquoi nous sommes là, ils nous fouillent, exigent que nous déclinions nos identités, nous demandent si nous avons une arme et si nous envisageons de procéder à un attentat, confisquent le téléphone de Gaspard qu’ils accrochent à un râtelier.

Marie intervient, ils nous laissent entrer. Pour le pourboire, ils peuvent toujours rêver. Excusez-les,  ils ne savent pas ce qu’ils font, nous dit Marie parodiant par avance son fils. Elle nous raconte s’être fait du souci, avoir prié qu’il ne nous arrive rien de dommageable et que la boutique ne soit pas fermée. Elle déballe les cadeaux, fait mine de s’extasier, nous remercie.
Bien évidemment, et il fallait s’y attendre, le gamin ne nous a pas attendu pour venir au monde.
On se les pèle. Pour se tenir chaud les anges battent des ailes, merci pour les courants d’air ! Les bestiaux soufflent sur le nouveau-né pour le réchauffer. Alors on se bouge la couenne pour se rapprocher du petit monde des bêtes, des bergers, de Marie et de Joseph qui tire la gueule, allez savoir pourquoi. Quand retentit une sonnerie, genre charge de la cavalerie légère.
En fonçant sur son téléphone Gaspard se prend les pieds dans une rallonge électrique, s’y empêtre, perd l’équilibre. Plus de lumière. C’est la nuit noire suivie d’un bruit infernal de vaisselle cassée.

Ce Noël, on se passera de crèche.

 

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Solidarité

Croisé un pauv’ diable. Jésus, qu’il dit s’appeler ; tu parles !
Tendu un morceau de brichton et un morceau de calendos.
Cherché trois sous dans mes poches. Vides.
J’mange pas d’ce pain-là qu’il me rétorque en me voyant faire.
Ça tombe bien, je lui réponds un rien sur le cul, j’en ai pas.
Des apôtres comme çui-là, c’est pas que ça court les rues, sauf des fois quand ils ont la maison poulaga aux miches, mais ça fleurit de par chez nous.
Pas facile de faire le Jésus, surtout en hiver qu’est pas une saison pour.

C’est pas que je l’aurais pas prié de venir se réchauffer la couenne chez moi. J’ai un poële au poil quand il veut bien tirer, mais bon, hein, vous voyez c’que c’est…
Sentait fort le gars Jésus, sentait la rue, celle où on va pas trop, trop loin, pas sûre, une que les éboueurs tu leur dis le nom, ils voient pas.
J’ai même pensé un moment qu’un bon bain chaud ça lui ferait pas de mal, mais vous imaginez… Puis quoi, j’ai qu’une douche. C’est vrai qu’après, il aurait moins senti. Une fois propret, je lui aurais même prêté une paire de vieilles tatanes.
Alors je lui aurais mitonné un frichti, même pas grand chose, mais un truc qui tient au corps. J’aurais sorti une bouteille de vin. Peut-être pas du bouché, mais quand même.
Voilà.
Puis après j’aurais fait quoi s’il s’était mis à prendre ses aises ? Alors, comme on sait jamais trop c’qui peut se passer…

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Parce que le jour tardait à poindre

Le jour tarde à poindre. Pas étonnant avec une nuit agitée au point que j’ai dû lui enfiler une camisole.
L’appentis. J’en sors la grande échelle qu’un pompier avait laissée en gage de cette amitié qui unit victime et sauveteur. Je m’étais enflammé à la suite de grosses chaleurs ; il m’avait sauvé.

Je déploie l’engin, cale les pieds contre une motte de terre, appuie le haut contre un morceau de ciel apparemment solide. Je grimpe. Serpette, faux, cisaille, sécateur et tronçonneuse en main (j’ai de grandes mains), je poursuis mon ascension. Mon crâne se heurte au ciel ; j’y laisse quelques cheveux. Un ciel de poisse sans fin, encore sous la coupe de la nuit.
Je l’attaque à la serpette. Une première découpe dans le gras laisse entrevoir un filet de clarté. À ce train là j’y serai encore à la tombée de la nuit lorsque les chiens, ilotes naufragés sur une Terre première, auront laissé place aux loups et laissé libre cours aux agissements de leurs maîtres.

Brmmmmb fait la tronçonneuse qui brombit. La précédente, achetée chez Bricofourbi, avait rendu l’âme de trop vrombir à tailler dans le vif du sujet.
Je coupe, découpe, arrache, laissant dégringoler des pans entiers de nuit poisseuse. J’y vois maintenant plus clair. Me reste un dernier gros morceau à déglinguer. Alors sera la lumière.
Je m’accroche ferme à l’échelle. Faux en main je fauche, prêchant le vrai d’où naîtra la clarté : je fends, déchire, ratiboise. Je sème mille lucioles, leur souffle au cul pour leurs braises attiser.
La dernière chape de nuit se détache, s’en va choir au sol où elle s’enfonce avant de disparaître. Je sens vibrer et osciller l’échelle. Qui soubresaute, sot engin, confiance naïve ! Je saute, je m’abîme. Suite à mes soins, le coaltar où je l’avais appuyée a disparu tandis qu’à ses pieds tout s’est délité.
Il fait grand jour. Le linceul des ténèbres m’enveloppe. Je m’y perds.

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Un univers désastreux

Dans l’ordre j’ai créé le point, sans trop d’illusions et surtout sans garantie d’y pouvoir faire de belles promenades. Crée la ligne, me suis-je dit. Ainsi tu pourras marcher en la suivant, ce qui t’évitera de t’empâter.
J’ai fait comme j’avais dit. Après quelques marches qui toutes me ramenaient à mon point de départ j’ai eu l’idée d’élargir la ligne pour étendre mon territoire. J’ai nommé cela surface. Je m’y suis baladé de long en large et en travers avec toujours le même horizon d’une platitude sans borne. J’ai craint de voir s’assombrir mon âme.
Prenant mon courage à deux mains et le taureau par les cornes je me suis penché sur le problème en veillant à garder l’équilibre pour ne point choir. Sans autre choix que celui de résoudre mon problème, la solution s’est imposée : j’ai créé l’espace en 3D, que pour faire simple  j’ai nommé volume. Il était au point prodigieux que je n’en voyais les insondables limites, mais peut-être n’en a-t-il pas. Je m’y suis promené, y ai plutôt erré, en déplaisir, sans doute à cause du vide infini qui remplit cette immensité.
L’idée m’est alors venue d’y installer des objets en nombre suffisamment important et d’une taille suffisamment conséquente pour en obtenir à loisir un effet plaisant.  Je les nommerai corps célestes ou plus humblement astres.
Il me fallut créer le lieu précis où installer chacun. Les astres sont des corps sphériques qui ne se contenteraient certainement pas d’un lieu d’une forme quelconque et inadéquate.
En utilisant des quantités incroyables de cercles parfaitement assemblés j’ai créé des lieux sphériques où mes astres trouveraient toute leur place. Des myriades de cercles de 360 degrés tracés au compas. J’ai créé puis installé mon premier corps céleste, une étoile opulente qui brille et brûle de mille feux, en sa place précédemment attribuée. Parfait ! Me restait à façonner la litanie des autres sphères célestes.
Mais impossible de remettre la main sur mon compas. L’aurais-je oublié sur ma première étoile où il aura fondu à coup sûr ? Qu’à cela ne tienne, me suis-je dit, utilise ton rapporteur.
Ce que j’ai fait.
L’ensemble de mes corps célestes rondement fabriqués, me restait à les installer en leur niche. Ce qui n’a pas été une mince affaire. Sans les efforts surhumains que j’ai fournis sans relâche, aucun de ces corps célestes n’aurait tenu dans son réceptacle. Car,  mystère, tous étaient plus volumineux que leur sphère d’accueil. Et nul besoin d’avoir le compas dans l’œil pour me rendre compte que mes astres étaient loin d’être sphériques.

C’est en dépoussiérant mon rapporteur avant de le glisser dans son étui bleu nuit que j’avais compris. Au lieu des 360° coutumiers, celui-ci en affichait 365 ¼. Ciel ! J’avais utilisé le rapporteur de création de temps au lieu de celui de création d’astres. Avec toutes les conséquences que cela produirait, assurément un vrai désastre !

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Ultime vérité

Nul n’ignore que l’on sait des choses qu’on ignore savoir, peut-être parce qu’une prudence malvenue nous dicte de feindre de ne pas les savoir. Une connaissance infuse mijote dans notre marmite, mais par crainte de nous brûler les doigts et les ailes, par peur d’être inconvenants et de déplaire, nous fermons hermétiquement le couvercle avant de laisser nos pensées convenues continuer à faire loi et autorité, les laissant nous mener par le bout du nez.. Nous ne manquons pas d’imagination : nous l’étouffons, laissant pires que nous tenir la barre de nos destinées.
La quête d’un confort matériel (reposant sur le pillage des ressources naturelles) nous a fait devenir de bons toutous qui se satisfont des os qu’on leur donne à ronger : autos plus ou moins mobiles (youpi, elles voleront bientôt !) ; greffes technologiques pour pallier à nos déficiences (nous perdons jusqu’au sens de l’orientation et déléguons notre mémoire à des machines qui ignorent tout de nous) ; réseaux sociaux dérisoires vains et indigents censés faciliter, nourrir et enrichir les liens sociaux ; publicités, jeux et émissions de télé (réalité ?) stupides menés par des imbéciles pleins de fatuité qui nous font prendre les vessies pour des lanternes et les ténèbres pour la clarté. J’en passe.
Nous trichons, nous nous rengorgeons de nous découvrir si beaux et si intelligents dans nos miroirs déformants au tain menteur, nous nous abrutissons et nous nous abêtissons, nous caressant mutuellement dans le sens du poil.

Plus maîtres de nous, nous laissons s’élargir la faille que nous creusons entre nous et le réel, dédaignant ce qui ne nous rapporte pas d’intérêts et que nous jugeons n’avoir aucune valeur : bienséance, bienveillance, respect, désintéressement. Les vieux ne sont plus qu’un marché, comme n’en sont plus qu’un les arts, le sport, la littérature, la politique, les découvertes scientifiques, la médecine, l’éducation, l’instruction, la sauvegarde de la planète, la paix et bien évidemment la guerre.

Nous vendons notre âme au plus offrant, feignant de ne pas voir  le diable se frotter les mains.

Le réveil est brutal mais, nous référant à des façons de penser obsolètes, nos tentatives désespérées pour redresser la barre demeurent vaines. Par la faille qui s’est démesurément élargie s’engouffrent des hordes de sicaires dépositaires de La  Vérité. L’ultime vérité.

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Satisfaction

Ne pouvant me satisfaire que de ce qui me satisfait, on comprendra que je sois frustré. Je ne suis pas le seul parmi ceux qui se tiennent debout contre vents, marées et peaux de bananes dont les tenants des pouvoirs salopent les trottoirs. Quitte à ce qu’eux-mêmes ou leur progéniture se prennent une gamelle. Ce que j’appelle de tous mes voeux.

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J’ai bien dormi, merci…

…et je retrouve lentement mes esprits après un long et périlleux voyage sur un océan de feuilles blanches que j’ai déflorées à grand coups de frappes de clavier.
Aucun vilain pâté n’est venu saloper mes scribouillages talentueux que j’ai couchés dans 6 bouquins qui ont été publiés en juillet. Je les présente ici et dans un salon local de Haut-Savoie (France), à Faverges, près d’Annecy, ce dimanche 28 août. Il s’agit de la 15e Biennale du Livre savoyard. J’y convie chacun, chacune, quiconque et les autres à venir m’y saluer, m’y féliciter, m’y offrir un verre et à applaudir mes louables efforts pour relever le niveau des productions littéraires de la rentrée.

Sinon, et c’est le vrai objet de cet article, mes blogs en sommeil vont reprendre du service. Dès le mois de septembre, si le gouvernement n’a pas la mauvaise idée de le remplacer par un autre qui ne serait même pas de saison.

 

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Un camp de vacances avant Noël

Comment on s’est retrouvées dans ce camp de vacances, mes sœurs, mes copines et moi, j’en sais trop rien. J’ai souvent entendu dire  que, question QI, la nature ne nous a pas gâtées, moi et les miens, alors…
Je sais que les gens ont tendance à courir les mêmes lieux de villégiature et à s’y agglutiner, mais je ne m’étais pas imaginé que ça pouvait être à ce point. Pour faire simple, on est serrées comme des sardines, mais sans l’huile qui fluidifie les déplacements, hélas parfois responsable de chutes à cause des sols qu’elle rend glissants.
J’avance comme je peux en jouant des coudes mais, emportée par la foule, je suis séparée de mes sœurs. Je les vois disparaître puis se fondre parmi les vacancières que la mode en vogue fait se ressembler, de loin. Inutile de me faire du souci, me dis-je, les mêmes mouvements de foule finiront par me ramener auprès d’elles.
Un instant, je crois en apercevoir une, la benjamine –Clara–, la plus adorable de mes sœurs. Je l’appelle : rien. Je l’appelle plus fort : elle tourne la tête dans ma direction. Ce n’est pas elle, et tant mieux, car si elle me regarde, c’est d’un œil unique. L’autre pend lamentablement sur sa joue tachée de rouge sale. Alors qu’une vague plus forte me projette en arrière je la vois me faire des signes désespérés. Je mets un terme à mon piétinement, je baisse la tête et je fonce dans sa direction en écartant les gêneuses qui m’invectivent à gorge déployée.
C’est bien Clara. Ses vêtements sont déchirés, sa coiffe n’est plus qu’une loque. Elle a pris dix ans.
Je l’ai toujours prise sous mon aile protectrice, et de la voir ainsi me brise le cœur. Je veux m’occuper d’elle et lui prodiguer quelque soin lorsque des serres mécaniques tombées du ciel s’abattent sur elle avant de l’enlever. Elle se débat, mais rien n’y fait. Sa jolie tunique rougit. Tout un pan s’en détache et s’écrase au sol en lambeaux. Ça piaille, ça glousse, ça s’affole, ça rigole, ça s’ébat, ça s’agite, ça s’excite. Puis toutes nous reprenons notre marche que nous commençons à comprendre comme étant sans but.

Les jours passent, semblables à ce premier jour sans nuit. Sans nuit parce que les lumières sont toujours allumées. Des lumières violentes qui nous aveuglent. Serrées les unes contre les autres, se reposer ne serait-ce qu’un instant est impensable. Dormir dans cet immense dancing au son incessant d’un orchestre devenu fou n’est même plus imaginable.
Mon rêve de vacances tranquilles est devenu un cauchemar.

Qui finira bientôt. C’est ce que nous ont appris des anciennes installées à part dans des petits bungalows. Au début, elles faisaient bien un peu les fières et nous, les pauvresses, mais ça a fini par s’arranger. Leurs beaux atours nous impressionnaient, cependant moins que ce qu’on leur servait aux repas –quatre vrais repas par jour, s’il vous plaît ! tandis que notre pitance se résumait à des pluies de granules qu’une machine nous distribuait sans égards. Les jets violents de projectiles étaient cause de bien des déboires, tel l’œil crevé de Clara.
Notre séjour prendra fin début décembre, nous ont-elles dit. Vous y aurez laissé des plumes, mais à vous la liberté.

Début décembre.
On voit entrer de grosses machines équipées de grands râteaux et d’immenses pelles. Elles viennent sur nous, cueillant les grappes que nous formons. Les râteaux nous ratissent, les pelles nous ramassent et nous jettent en vrac dans d’immenses bennes. Puis c’est le départ.
Sur la grande porte en fer du camp de vacances, qui se referme derrière les camions, il y a ce panneau.

dinde de noel

Entassées comme des grains de sable, nous voyageons toute une nuit. Une nuit noire qui nous paraît douce et reposante malgré l’étrange, puante et insupportable promiscuité.
Au matin clair, pour ce qui est des survivantes dont je fais partie, on nous arrache nos vêtements, on nous rase. Un chalumeau finit de nous bucler : nous devenons présentables. On a même droit à un bain, certes collectif, mais tout de même bain.
Puis un deuxième, long et brûlant.

Alors survient l’hiver, d’une froidure extrême, et les ténèbres. Qui mettent fin au cauchemar.

 

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Joyeux Noël

Noël, ses flons-flons, ses feux d’artifice, ses guirlandes, ses bougies pour mettre le feu aux sapins, ses sapins en plastoque, ses œufs de Pâques quand c’est pas Noël aux tisons, ses cadeaux idiots, ses papiers d’emballage rutilants qu’on garde pour le prochain, ses cuites qui nous amènent au jour de l’an sans qu’on s’en rende compte, ses clodos qui font la manche à Calais ou ailleurs,.
Noël et ses pères Nöel gelés et obscènes qu’on dirait des bonhommes de neige, ses bals du 14 juillet, ses armistices et sa trêve des confiseurs, ses batailles de boules de neige aux cailloux, ses retraites aux flambeaux skis aux pieds, ses fractures de la jambe, ses messes de minuit à 9 heures,  ses réveillons où on s’endort, ses gamins qui jouent, ma petite sœur qui braille, ses grand-mères qui ne passeront pas l’hiver, ses chandelles de morve au nez des poitrinaires.
Noël aux quatre vents, Noël et ses petites annonces : Personne seule cherche personne seule pour partager solitude à Isola 2000 – Échangerait solitude contre solitaire – Père Noël cherche consœur pour cuisiner rôti de renne le soir de Noël – Chérie, où c’est que t’as fourré le couteau à huîtres ? –  Les salopiots qui se sont permis d’enlever la carotte du bonhomme de neige sont priés de la remettre en place. Et à sa bonne place.
Noël et ses lettres au père Noël : Cher papa Noël pour Noël je veux une grande cheminé que tu peux passé dedan qand tu déssandra du ciel pour maporté ce que je té comandé. Couvre toi bien pour pa que tu prend froi mé pa tro a cause que le feu dans la cheminé il peu te brulé et tauré tro cho. Faudra faire atenssion a cause du chien qué genti mé cé une tète de mule il dit mon papa – Monsieur Noël, je vous écris pour vous souhaiter un joyeux vous, un joyeux nouvel an et en espérant que vous ne serez pas mort l’an prochain, que vous n’oubliez pas mes petits souliers fourrés comme l’an dernier, je fais du 42 et je n’ai plus rien pour me chausser chaud et comme dehors il pourrait faire froid quand vous viendrez il faudra penser à bien vous couvrir – Père Noël, reconnaissez qu’on nous raconte que des conneries. Apportez-moi comme cadeau la preuve que vous n’êtes qu’un mythe et enfin je croirai en vous.
Noël et ses crèches de Noël avec son papier rocher, le dernier né de la bonne du curé pour faire l’enfant Jésus, la bonne du curé pour faire Marie, le curé pour faire Joseph, deux gamines bien girondes pour les anges, plus les trois piliers de bistrot de chez Dédé le bistroquet comme rois mages, sans oublier le bœuf et l’âne qui ne sont jamais bien difficiles à trouver, alleluia !
joyeux_noel

Noël et ses dindes de Noël, ses petits boudins et ses petites cailles transies que je leur offrirai bien ma bûche de Noël, ses foie gras imbéciles, ses déprimes insondables, ses faux semblants, ses lumières de la ville, ses désespérances, ses chiffres d’affaire, ses cloches aux parvis des églises, ses vieux qui meurent en taisant leur silence, ses gosses sans bras pour les réchauffer, ses gentillesses en famille.
Noël et son humanité.

Joyeux Noël

 

 

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Chaussures et cadeaux de Noël

Bientôt Noël.
Le père Noël il est bien gentil, mais c’est quand même un vieux con. Je sais pas si c’est l’âge, mais ça m’étonnerait pas, parce que moi-même, c’est pas que je me trouve plus con qu’avant d’ânée d’année en année, mais les autres ils m’y disent. Pas à moi en direct, mais entre eux, en indirect. Il est con, je les ai entendu dire. C’était de moi qu’ils parlaient, je vois pas de qui d’autre ça pouvait être qu’ils causaient. Comme le père Noël est vachement plus vieux que moi, ça m’étonnerait bigrement qu’il soit pas plus con que moi.
Pour dire : l’an dernier, comme je suis prévoyant, j’avais commandé, à cause que c’était l’année d’avant celle de l’année en cours que le pape a dit que c’était une Année Sainte Extraordinaire, j’avais commandé une canne à pêche avec une gaule, c’est normal vu mon âge, pour gauler les poissons, pas les pêches. Je l’entends qui débaroule par la cheminée, je me cache. C’est que le père Noël il aime pas tant qu’on le voie.
Il repart. Je file fissa sur mes charentaises que j’ai mises exprès là pour qu’il comprenne que c’est là qu’on met les cadeaux, c’est comme ça qu’on fait, qu’ils soient pas intervertis. Je regarde. Cornegidouille, c’est quoi t-est-ce c’que j’vois ? Un tas de baguettes de plastique, des grosses, des petites, des encore moins grosses qu’on dirait des roseaux, mais c’en est pas. Sur une des grosses, y’a un moulinet et tout le zinzin habituel, vous en feriez quoi, vous ? Bref, je veux bien que c’est une canne à pêche, mais en mille morceaux.
Germaiiiiiine, que je braille comme un aveugle, tâche moyen de voir si le décati il serait pas encore dans les parages, m’est avis qu’il y a erreur de livraison.
Elle y va, elle le voit pas. Je le vois pas, qu’elle me dit. L’a dû partir. Ben voyons, je lui dis, c’te blague.
Plus tard, l’été qu’avait suivi, donc l’été dernier, la Lulu y avait trouvé son bonheur comme piquet de tente, que le sien il avait vécu. Les baguettes on y avait gardé au cas où, qu’a jamais eu lieu. Lulu, c’est la belle fille, la femme au René. Une belle fille, tout et pas bête. Elle m’avait expliqué, pour la canne à pêche, comment c’est qu’il aurait fallu faire, qu’il y avait pas eu erreur de livraison, et que j’étais un gros con. C’est du pliable télescopique, elle avait dit en montrant comment faut s’y prendre sans tirer comme un dératé à cause que sinon les ressorts pètent avec aussi les élastiques. Les gamines, faut voir comment ça vous parle, à c’t’heure. La tente, c’est que c’est pas tant grand chez nous.

Pour ce Noël, je m’ai acheté des grandes chaussures de clown. 80 centimètres j’ai mesuré avec le mètre de couturière de Lulu. Elle l’a sorti pour sa couture hier, qu’on était jeudi, le jour où elle reprise ce qu’il faut repriser, que le travail aux champs, on peut pas dire qu’on y use pas sa culotte et sa chemise. Au père Noël, cette année,  je lui ai demandé une queue de billard et des boules tout pareil. La mienne a tellement gauchi que le seul moyen de taper dans une boule c’est de taper à côté. Les pompes de clown, j’ai pas trouvé plus grand, mais comme y en a deux, ça fera bien l’affaire. Pour le billard, on verra à Noël prochain, pas çui-là mais çui d’après.

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Bleu blanc rouge

Partagé sur le fait de me voiler d’un  drapeau bleu blanc rouge et aussi d’en accrocher un à ma fenêtre, j’ai coupé en deux celui mité déniché au grenier. Un trésor de famille sur lequel, en 44, mon grand-père avait collé la photo du Maréchal, et ma grand-mère versé des larmes qu’elle aurait aimées de sang en apprenant la progression des troupes débarquées en Provence.
On est patriote ou pas ; moi je le suis, et largement autant que les gamins sur Facebook qui se peinturlurent aux couleurs de notre beau pays. C’est que ces blanc-becs, je sais pas comment ils font, mais faut reconnaître qu’ils savent y faire et qu’ils y font bien.
Un bout de drapeau pour me le coller dessus moi, un autre pour mettre à la fenêtre. Un coup de scie sur le manche à balai, et ça ira bien pour la hampe.
bleu_blanc_rouge_2Merde ! je me dis en me traitant de tas de noms que je sais même pas ce que ça veut dire. Tu t’es gouré, mon gars, mais faut y finir, maintenant que t’as commencé. Pis d’abord, c’est l’intention qui compte, je me dis aussi.
Çui pour dehors, la fenêtre ça faisait pas. Le manche trop court. À cause que je suis pas né de la dernière pluie, y’en a là-dedans. J’ai pensé au toit, l’antenne télé. On est monté sur le toit, le Roger et moi, que ça a pas traîné.

bleu_blanc_rouge_1C’est pas le tout, mon gars, je me suis dit, à toi de te faire beau avec le drapeau, que la république elle soit fière. J’ai demandé au gamin du Roger de me tirer le portrait. Je te l’ai vu avec sa tablette, qu’il faut y avoir vu pour se dire que c’est dieu pas possible, ces machins là. Le temps d’un clic que tu entends même pas, et c’est fait. Oublie pas celle du toit, je lui ai crié dessus.
J’ai plus qu’à y charger, a dit le fiston au Roger. Pas deux minutes plus tard c’était fait.
Et v’là le travail, citoyen !

 

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Et Dieu dans tout ça ? Ahlala, m’en parlez pas

Un dieu que les hommes n’auraient pas inventé ne permettrait pas que des hommes disposent ainsi de la vie de leurs semblables. Le dieu fait à l’image de ceux qui l’ont créé (et en lequel ils ne peuvent se reconnaître, aucun miroir n’osant leur renvoyer une image fidèle par peur de représailles), ce dieu bricolé à partir de bouts de ficelles ou made in Utopia est incompétent, bouffi d’orgueil, inique, violent, sanguinaire et stupide, pour ne pas dire complètement con. Normal, puisqu’il est fait à l’image de ses géniteurs.
C’est en son nom que, aidés en douce par des salopards adorateurs d’un autre dieu –Pognon– et mouillés jusqu’au trognon, des imbéciles prétentieux assassinent quiconque ne leur prête pas allégeance ou ne suit pas au doigt, à l’oeil et surtout au sexe leurs préceptes moraux arriérés. Quiconque, être humain, femme (il y en a qui vont aimer…) ou animal*.


* Voir à ce propos cette info édifiante (en  Arabie saoudite, il paraîtrait qu’un cheval serait prochainement euthanasié en raison de son homosexualité). Chez nous, il n’y a que quelques siècles, donc pas longtemps, l’inquisition s’en donnait à cœur joie,  un tribunal jugeait les animaux et l’église les excommuniait, on en clouait sur les portes des granges et on assassinait les savants. Les savantes (telles les sorcières dépositaires des « secrets » de la nature), n’en parlons pas.

 

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J’ai perdu mon nom

Horreur, j’ai perdu mon nom. Où ? Diantre, c’est que j’en sais point rien, ou si peu. Le si peu, c’est que j’ai arpenté ma rue de fond en combles. Je suis arpenteur, arpenteur amateur, pas professionnel. J’ai toujours aimé arpenter, de la cave aux toits les plus pentus, du haut de la rue au bas de la même ou d’une autre, et vice versa, ce que j’ai fait toute la journée d’hier. Et d’avant hier.
Demain je remets ça. Ce qui fera que je tomberai peut-être dessus, on ne sait jamais.
En attendant, pas question de mettre le nez dehors. Et pour le monsieur, ça sera quoi ? me dira la crémière, c’est sûr, sans pouvoir me nommer. Perdre son nom, croyez-moi, c’est perdre son identité.
Ma carte d’identité, nom de dieu ! Je l’ai sortie de mon portefeuille pas plus tard que je sais plus quand, hier, je crois. Une vérification, juste pour voir si j’avais bien l’âge que je pensais avoir. Vous faites pas votre âge, m’avait dit la guichetière de derrière son guichet. Une lettre recommandée à retirer. Mon nom avait pu glisser dans le portefeuille et se coincer entre les papiers. C’est une vraie papeterie que je trimballe.
Mon portefeuille, je le mets toujours dans mon sac. Le sac, dans la chambre à coucher, à cause des voleurs. On ne se méfie jamais assez m’a dit un jour le marchand qui m’avait vendu une tente. Prenez-en une blindée, m’avait-il conseillé.
La chambre, au bout du couloir, derrière la  porte du fond, celle de gauche. J’y vais. Pas de porte. Quelqu’un l’a embarquée, et impossible de savoir où elle navigue. Qui l’a dégondée ? Moi ? Sur les conseils avisés de celle qui aurait pu devenir la mère de mes enfants ? Au divorce, à cause d’une non consommation par manque de temps, elle m’avait demandé l’autorisation de garder le nom, celui que je lui avais échangé contre sa dot, une misère soit dit en passant, un jour où comme un autre j’avais œuvré à l’arpentage, fidèle brebis d’un bon dieu de bon dieu jamais entrevu mais auquel je m’étais dû de croire, par devoir filial.
Je craque. Accro à la crème fraîche, je me rends à la crémerie. Aux deux vaches, elle s’appelle. Je n’ai jamais su pourquoi, peut-être parce que je n’ai jamais demandé. Salut Abdul, lance la crémière. Je suis le seul client. Je pensais plus te voir, vu l’heure, elle me dit. Être client depuis longtemps, ça crée des liens et de la familiarité. J’ai dû me tromper de crèmerie.
Je sors, me retourne. Au beurre frais. Trente pas plus loin et plus haut, l’enseigne s’affiche blanc cassé sur fond crème, normal que je n’y ai vu que du feu. Ma crèmerie à moi ouvre son huis deux boutiques plus loin, pendant mes propres heures d’ouverture et d’arpentage, soit du matin au soir très précisément. Z’auriez pas oublié quèque chose, me lance la crémière comme d’autres lancent une tarte à la crème sur la face rougeaude du marié beurré comme un coing pour faire rigoler l’assemblée, le jour des noces. Où la mariée est partout à froufrouter, sauf à la noce.  Mon nom mis à part, je ne vois pas. Je me tâte, elle me tâte de bas en haut. Trouve l’objet de l’absence : Votre kippa, hurle-t-elle comme une sirène qui vient de gober un hameçon.
Impression désagréable qu’on me connaît plus que je ne me connais. Faites erreurs je lui dis, jamais porté de chapeau, ni de bonnet, ni de béret. Tiennent pas sur la tête, à cause qu’elle passe son temps à dodeliner. Une maladie professionnelle.
Elle me sert, je paie avec des pièces dénichées dans mes poches, la salue, m’en reviens chez moi. Mon immeuble a disparu. Je le savais vétuste, mais pas à ce point.
Je remonte la rue, l’arpente mécaniquement, me heurte à un objet dur. C’est un parallélipipède brut de décoffrage en granit noir de goudron. Il sent la Bretagne. Sur sa façade sud un nom est gravé, illisible. L’œuvre du temps ? La pluie interrompt ma tournée d’arpentage. Je reviendrai demain.
Le ciel est lourd, le ciel est bas, le ciel est gris, sans reflet dans les flaques d’eau.

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Nous sommes façonnés par notre passé

Nous sommes le dernier chapitre, en cours d’écriture, d’un livre d’histoire. Plus ou moins bien inspirés par une “conscience” insaisissable en cours d’élaboration, nous avons été modelés par l’environnement géograhique, politique, socio-économique, ethnique, linguistique, et plus ou moins modélisés par nos parents, instructeurs et éducateurs (que nous ayons ou non pris le contre-pied de leurs enseignements). Finalement, nous ne sommes qu’un vague reflet de nous-mêmes, fut-il brillant.
Des engrammes inadaptés se faisant artefacts ont jeté le voile sur l’être que nous sommes ; notre quête consiste à le lever. D’où la nécessité de relire les chapitres de notre livre, d’en supprimer les pages qui ont pu nous convenir un temps, mais ne nous conviennent plus. Et de relier celles qui subsistent pour que notre récit tienne debout et ait un sens.
Nous aurons à inventer des pans de notre histoire, ceux que mites, champignons et autres parasites auront dévoré ; nous aurons à lutter contre cette partie de nous toujours prête à récupérer, d’une main (parce que “ça peut toujours servir”), ce que, de l’autre, elle a jeté aux ordures.

Partant de là, et si nous voulons  vivre au mieux notre vie, c’est à un travail de « reformatage » qu’il faut s’atteler. Suivre ce lien pour lire la suite.

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Frontières de l’Europe : la chasse est ouverte

Être réfugié, c’est être censé avoir trouvé refuge, et non pas être en train de chercher un refuge. Un refuge est un lieu où l’on se sent en sécurité, où l’on se retire pour échapper à un danger.

Armés jusqu’aux dents, des chasseurs sont venus. Ils nous ont débusqués, ont mis le feu, ont détruit nos réserves, semé le chaos. Pour protéger les nôtres, nous avons fui là où nous pouvions, là où nous pensions trouver refuge. Nous avons erré, nous avons traversé des forêts et des déserts,nous avons franchi des cols. Les ronces ont lacéré nos chairs, les torrents en ont emporté plus d’un, la faim et la soif ont clairsemé nos rangs. Nous nous sommes même battus entre nous.
Enfin nous sommes arrivés là où nous pensions trouver refuge, là où nous croyions être en sécurité. Jamais nous ne nous serions imaginé que nos espoirs illusoires nous jetteraient dans la gueule du loup.
Nous ne sommes pas des réfugiés, nous sommes du gibier.

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14 juillet, fête nationale

Crotte, crotte et recrotte. Je m’ai encore levé à la bourre pour le défilé du 14, à cause que je m’étais encore bourré la veille. On peut pas y aller comme ça, les gars, avait claironné Gégé, faut mettre la distillerie en marche si on veut tenir le coup demain. Et un rien après un rien, on a fini par descendre ch’sais pas combien de godets, mais pas rien.
Pas plus entendu la sonnerie du réveil que la poule qui picore. Sans le Fernand qu’a tambouriné à la porte, sûr que j’aurais loupé le pot de l’amitié chez Dédé et celui de la citoyenneté républicaine chez Jo, l’autre bistrot, que si les vieux d’avant nous ils avaient pas fait de galipettes, çui-là de bistrot, avec çui de Dédé, ils auraient jamais existé.

Magne-toi, qu’il m’a dit, le Fernand, on va pas louper ça, que les potes doivent commencer à prendre du souci.
Je m’ai fait le plus beau possible, c’est dire. Je m’ai même peigné, que le Fernand il m’a encore charrié. Comme c’est nous, avec les poteaux, qu’on fait les pompiers, et que les pompiers c’est eux qui font la clique, j’ai enfilé ce qui me sert de casque –un Adrian de 14-18–, j’ai décroché le clairon dépoussiéré de la veille, j’ai bouclé le ceinturon, et bien qu’on fut un mardi, et que le mardi c’est pas le dimanche, j’ai mis mes plus belles charentaises, celles des grandes occasion comme pour les sépultures, qu’il faut marcher que c’est pas croyable, et que je supporte plus les souliers, qu’en plus faut les cirer si on veut tenir son rang. Tâche moyen de pas oublier tes médailles, me dit encore le pote qui m’a tiré du plumard. Des médailles, comme j’en ai pas tant, vu qu’on a oublié de m’en remettre, c’est celles du père Mathieu, une dette de jeu.
Nom ti tieu, le drapeau ! a gueulé le Fernand. Ben merde, je lui ai répondu, pour un peu j’y oubliais, quel con ! Le 14 sans notre drapeau, c’est pas pensable. On l’avait fabriqué y’a quèques années avec ce qu’on peut trouver quand y’a pas grand chose. Un pan de chemise bleu que, posé sur le bleu d’un vrai drapeau, c’est plus bleu d’Auvergne que bleu France. Le blanc, Fredo l’avait taillé dans une culotte de Germaine (sa Germaine à lui, pas la mienne) après qu’elle avait décédé, que des couillons disaient qu’elle s’était jetée sous le train, tu parles ! Germaine, c’était du 120 kilos hors taxes, dont m’est avis la moitié dans l’arrière-train. En posant ses valises sur le quai, elle avait perdu l’équilibre avant de s’affaler sur la voie, la pauvre, sous les yeux de Fredo, impuissant, mais ça, c’était pas nouveau. Bébert avait taillé le rouge dans un de ses tabliers que son métier de boucher avait usé jusqu’à l’os.

Le 14 juillet, par chez nous, c’est pas rien, et entre tout ce qu’il y a à faire et tout ce qu’on fait parce qu’il faut bien en faire un peu si on veut écluser à l’oeil, ça démarre bien dans les dix jours avant. On donne la main, quoi. Faut monter l’estrade, faut planter les poteaux où c’est qu’on accroche les drapeaux, faut faire propret et tout. On y fait avec Anselme, le cantonnier, qui fait aussi garde champêtre quatre fois l’an, comme si y’en avait besoin. Entre deux clients Dédé aussi donne la main, à sa façon, qui consiste à remplir les godets que nous autres on s’ingénie à vider, surtout Fred, Jojo, Bébert, Justin, Nénesse, Berthe –qui fait la cantinière–, plus moi qu’il faut quand même pas que j’oublie, bref, nous tous ou pas loin, sauf Gus, le maire, qu’a d’autres chats à fouetter avec ses responsabilités d’élu, comme vérifier que le p’tit blanc est au frais.

Crotte, on va être de la revue, je dis au Fernand. Tu parles, qu’il me rétorque, je te fiche mon billet que ça a pas commencé et que, si ça se trouve, on va être les premiers.
On était pas les premiers, mais pas loin derrière. On s’est serré la pince, on s’est regroupé comme on a pu, on a mis au point les binious et retendu la peau des tambours. Gus est sorti de sa mairie, et le temps que les retardataires s’extraient mollement des deux bistrots, il a rejoint les officiels dans la tribune : le père Mathieu ; Pedro (l’instit de Noeud-les-Verges où les 2 seuls gamins du patelin vont à l’école quand ils oublient pas qu’elle existe) ; l’épouse de Gus que des oublieux de la modernité appellent madame le maire quand ils la croisent ; le conseil municipal au presque complet si on exclue les absents ; le curé de Blette-lès-Gonesses avec, il me semble, la mère Ledou, une punaise de bénitier qui tient l’harmonium et, va savoir, sans doute plus que ça… Une petite dizaine de semblant d’édiles.

Après qu’un clairon a joué “Au drapeau”, Anselme en tête, pas peu fier de faire le porte drapeau, c’est parti pour le défilé. D’abord çui des pompiers où on ne joue pas, puis çui de la clique où on joue “Sambre et Meuse”, qu’on a choisi rapport à nos casques. Quatre allers-retours plus tard devant l’estrade, c’est fini pour le défilé.

Sur un signal de Pedro l’instit, du haut de l’estrade où ils ont grimpé, les deux seuls gamins du patelin font un lancer d’avions en papier sous les applaudissements polis de quelques civilisés qui n’ont pas migré en direction des bistrots, les malheureux. Une Patrouille de France qui n’en vaut peut-être pas une autre, mais une bien de chez nous. Avec des cocardes tricolores qu’on peut pas dire qu’elles soient bien chrétiennes, vu le dessin, mais on est en république oui ou non ?
C’est pas parce qu’on avait oublié d’ouvrir le ban qu’on ne pouvait pas le fermer. Ce qu’on a fait, en choeur, le blanc au frais faut pas que ça souffre d’un coup de chaud.
On s’est réfugié en se tassant qui chez Jojo, qui chez Dédé, et vice-versa pour pas faire de bisbille. On a regardé méchant ceux qui voulaient voir à la télé le défilé sur les Champs. Pour plus sûr, on l’a débranchée. Ces cons ont préféré se défiler sur le champ et aller s’emmerder chez eux devant l’écran.

La tribune est solide. À la fraîche, le vieux Léon a sorti son accordéon. On a fait quèques pas de danse, mais en charentaise, c’est pas du tout cuit.
Histoire de pas oublier les anciens, on a fait un feu près du monument aux morts. On n’a pas encore trouvé mieux pour réchauffer leurs vieux os, mais on y pense. Et avec les pétards que les deux gamins y ont balancés, la commune a eu son feu d’artifice, comme chaque année au 14 juillet.

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La Grèce fait naufrage au large d’elle-même

C’était pourtant joli, la Grèce avec ses mers bleues comme le bleu de la mer sous un soleil grec et ses armateurs ; son mont Olympe ; ses enfants du Pirée ; ses vieux cailloux et ses vieilles sculptures bien pratiques comme porte-manteau ; son huile d’olive, ses brebis et la feta, l’ouzo, sa moussaka et son tsatsiki ; sa Melina, son Zorba, ses Mikis Theodorakis, Vangelis et plein d’autres ; son sirtaki et le bouzouki ; ses églises et leurs espèces de curés barbus dans leur robe seyante avec leurs chapeaux qu’on dirait de grosses brioches ou des casseroles sans manche ; ses monastères sans ascenseur ; sa relève de la garde avec les Evzones trop mignons ; ses jeux olympiques (surtout ceux de 2004 quand même plus rigolos que ceux de 776) ; ses philosophes grecs ;  son invention de la démocratie (jamais primée au concours Lépine) ; ses grands copains de toujours, les Turcs avec leurs cabinets à la turque, une sacrée trouvaille qui vaut largement celle de la démocratie ; et ses colonels qui pourraient peut-être bien revenir pour remettre de l’ordre. Quel drachme !

C’était bien joli, sans doute trop joli. Et voilà qu’elle a coulé, la Grèce.
Moi, je veux pas trop rien dire, mais m’est avis qu’elle a été légèrement torpillée. Un peu comme à Pearl Harbour, ou plutôt comme à Mers-el-Kébir. Oui, comme à Kébir.
Par qui ? Ah ça…
Maintenant, et comme cela est souvent le cas lors des naufrages où il n’y a jamais assez de place dans les chaloupes de sauvetage, souhaitons que le résultat ne soit pas une bagarre générale (que l’on appelle parfois guerre civile) entre les Grecs d’un côté et les Grecs de l’autre.

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Inutile de chercher la Grèce : elle a coulé ou va le faire

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G7, autres fossiles et présent sans avenir

Ça n’est pas gagné, mais ça n’est pas perdu pour l’abandon des énergies fossiles. Serait-ce que le G7 commencerait à ne pas desservir l’humanité ? Faut voir, comme dirait saint Thomas, et j’aimerais y voir pour y croire, comme dirait Tobie. Mais pas dupes de la collusion qu’il y a entre les puissances d’argent et les pouvoirs, laissons les illusions là où elles ont leur place : dans les spectacles de prestidigitation.
L’action des peuples qui a poussé le G7 à promettre d‘abandonner ces énergie (croix de bois croix de fer, si je mens, je monte en enfer), ne pourrait-elle pas s’appliquer de la même manière afin que les peuples rejettent les politiques fossiles et écartent ceux qui les mènent ? Étant bien entendu que, par politique, entendons tout ce qui touche à la Cité.
Nous sommes soumis à des fossiles dont les idées fossiles plombent l’humanité à un point tel que, au lieu de progresser, elle régresse. Campés dans leur certitude d’un savoir suranné qui les rend sourds et aveugles, ils ne voient rien des mouvements qui agitent les sociétés et les transforment radicalement. Bien obligés de sortir de leur petit confort quand des foules bruyantes marchent dans les rues, ils sont surpris de découvrir que les religions s’arrogent des droits qu’elles n’ont pas ; les mafieux ordonnent ; les penseurs sont mis à l’index par des politiciens ou des animateurs télé incultes et arrogants ; les scientifiques qui ne jouent pas le jeu des puissances d’argent sont baîllonnés ; le dictat du tout profit affame des populations entières ; sous des prétextes politico-religieux fallacieux, des scélérats sans foi ni loi, cupides et corrompus, mettent à genoux et assassinent des innocents sous le regard des états riches qui, realpolitik aidant, y trouvent largement leur compte ; chacun calculant ses forces et ses intérêts –pouvoir et argent–, l’égoïsme d’état règne en maître absolu.
Continuer à exploiter les énergies fossiles nous conduirait inexorablement dans le mur ; perpétuer les politiques fossiles qui reposent sur des pensées fossiles, jamais novatrices, nous conduirait au pandémonium.
Parce qu‘elle est fossile, la pensée n’est pas à la hauteur des technologies trop souvent mal employées. Les réseaux sociaux deviennent des fourre-tout où s’exprime le n’importe quoi ; la téléphonie mobile et Internet sont saturés de dangereux, encombrants et stupides contenus ; les têtes se vident de leur savoir et de leur mémoire qu’elles délèguent à des machines aux bientôt pleins pouvoirs (ce qui ne serait peut-être pas pire) ; le tout consommation, quête d’un bonheur illusoire, détruit les ressources, pollue la planète au-delà de son atmosphère et fabrique des demeurés ; des amuseurs publics, animateurs ou présentateurs indéboulonnables de l’audio-visuel –devenus la référence en matière de pensée– participent à l’abrutissement général auquel chacun se laisse aller avec délice et bonne grâce. Chantres de la bêtise, de la vulgarité et de la méchanceté, certains de ces sociopathes se sont même approprié les médias en devenant producteurs, ce qui leur permet d’engranger toujours plus de profits et de déverser toujours plus d’insanités devant un public conquis.
Nous érigeons des temples pour y installer à demeure ces fossiles aux idées sclérosées, qui ont depuis longtemps atteint le seuil de l’incompétence. Par confort et ignorance nous leur avons concédé un pouvoir dont ils usent en petits caporaux pétris d’orgueil, qui font le paon sous l’œil complice de leurs courtisans. Dont nous sommes, que nous le voulions ou non, puisqu’ils sont toujours là, à nous mépriser.
Alors que les fossiles sont censés être le signe d’un passé révolu, ils sont aujourd’hui celui d’un présent sans avenir.


Note : dénicher un miroir et s’y admirer devrait permettre à tout un chacun de découvrir le portrait d’un de ces fossiles.
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