Désir d’enfant

En manque d’enfant, et l’adoption étant vraiment trop compliquée et aléatoire*, j’avais décidé de m’en offrir un pour Noël. Je me fais toujours un petit cadeau à Noël. L’an dernier, j’ai acheté un chien, comme il y a trois ans. Il m’avait fallu attendre trois ans pour avoir le même modèle dans la même marque, très demandée il est vrai. Le premier, celui d’il y a trois ans, je serais bien infichu de savoir ce que j’en ai fait. J’ai un trou. Le deuxième, j’y ai fait un peu plus attention, mais il n’a pas tenu longtemps longtemps. On m’a critiqué, soit disant que je m’en occupais mal, ce qui est faux. Et à ma décharge, il faut dire que le mode d’emploi était en coréen, avec une traduction bourrée de fautes et incompréhensible. Du charabia, quoi. Mais pour le remboursement : zéro.

Garçon ou fille, ça m’importait peu. Tout ce que je voulais, c’est un enfant, et le jour même où j’ai reçu le crédit dont j’avais besoin, j’ai filé à l’hyper.

Impatient, je n’ai tout de même pas pris le premier venu, mais je ne voulais pas y passer la vie. Made in Brasil -pourquoi pas?-, bel emballage cartonné, prix parfait. Conditionné le… Il m’avait fallu chausser mes lunettes. Calcul rapide : il aurait 2 ans le 10 août, dans pas une semaine. Je me voyais déjà l’amener chez des copines pour lui souhaiter son anniversaire. Par les trous d’aération je l’entendais respirer, et ça avait l’air de marcher comme il faut. OK.

La caisse, remise de 5% avec ma carte de fidélité puis direction chez moi.

En cours de route, petite faim, arrêt au Cyber-Lunch où je retrouverai bien un ou deux habitués, des potes.

Pas deux heures plus tard, je suis chez moi. L’emballage… bizarre, mais je n’y prête pas plus attention que ça.

C’est un garçon. J’aime autant. Je le sors de sa boîte, le mets debout, mais il se retrouve affalé sur le ventre. Je le remets debout contre la télé pour qu’il tienne mieux, mais il retombe. Il ne tient pas debout.

C’est en regardant d’un peu plus près que je me rends compte que la respiration, ça n’est pas ça. En regardant dans l’emballage, je m’aperçois qu’il n’y a pas de notice. Bizarre, parce qu’il devrait y en avoir une. En examinant plus précisément l’emballage je vois très bien qu’il a été ouvert précédemment. À tous les coups ces enfoirés ont remis en rayon le produit qu’un client a dû ramener.

Sans le remballer, je fonce à l’hypermarché. Ils allaient m’entendre.

Sans la présence d’un de leurs bons clients qui venait pour une réclamation du même genre, je suis à peu près sûr, certain et même plus qu’ils auraient refusé un échange. Ils avaient commencé par trouver que le colis avait dû rester longtemps au soleil, pour preuve les couleurs passées et le carton bien chaud à leur goût, ce à quoi je leur avais répondu que les deux petites heures au soleil où j’avais laissé ma décapotable ne pouvaient y être pour rien quant aux couleurs qui avaient passé et que si ça n’était pas de leur fait, qu’ils voient avec le transporteur. Je leur avais montré l’adhésif récent sur le couvercle et celui terni sur le reste de la boîte.

En fin de compte ils avaient accepté l’échange, de mauvaise grâce.

Pas de précipitation.

Rayon des enfants. Je jette un oeil sur les enfants sous blister que j’avais snobés parce que je trouve que ça faisait un peu toc (je préfère les emballages en carton, avec de beaux graphismes, qui font plus artisanal) et j’en vois un qui ferait mon affaire. Je regarde tout : le genre, la date de conditionnement, la garantie, les données techniques, etc. A travers le plastique je vois une notice épaisse écrite en français, apparemment sans faute. L’origine « France » me met en confiance. C’est un garçon, tant mieux. Il gigote, regarde autour de lui et respire comme un soufflet de qualité. Et lorsqu’il passe un petit doigt par un des orifices d’aération, je n’ai plus aucun doute.

J’adresse un regard conquérant en passant aux caisses avec mon avoir, refuse de régler la différence, menaçant d’un scandale et m’en retourne chez moi, fébrile.

Le blister sur ma table de cuisine, je fais sauter les agrafes. Mais le plastique est soudé. Je force, me casse un ongle, m’entaille un doigt sur un bord tranchant de plastique. Rien n’y fait. Je m’étais déjà rendu compte de la solidité de ces fichus emballages, mais là, c’est le comble. Mon couteau à désosser jambon et gigot fera l’affaire.

Crac ! Le plastique éclate d’un coup, le couteau dérape à l’intérieur, au beau milieu.

Pour un nouvel échange, je peux toujours rêver.

Du coup, je vais faire un viron du côté de la Caraïbe. Paraîtrait qu’il y aurait du stock sur une des îles. Enfin, c’est ce que j’ai entendu dire.

Des fois c’est comme au bistro: tu commandes un petit blanc et on te ramène un petit noir.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Désir d’enfant

  1. povfill dit :

    C’est à propos des enfants. Je voulais un petit Français, pas par racisme mais parce que j’ai toujours été incapable de parler une langue étrangère. La commande passée, j’ai attendu 2 ans avant qu’on me dise que comme j’étais seule, je n’avais le droit qu’à un petit étranger, de couleur, issu d’un des pays les plus pauvres, et j’en passe. Bref, le rebut. Du coup j’ai annulé ma commande. Depuis je me suis acheté un chien. Mais comme c’est un berger allemand, je n’arrive pas à me faire obéir, à cause que, comme je le dis plus haut, les langues étrangères et moi…

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