Saint Valentin

À la Saint Valentin, promis, je serai un amour.
Je me lèverai tôt pour aller chercher des croissants. Si je me suis levé très tôt, j’en prendrai des fertiles. En passant, j’achèterai de l’arabica vert que  je ferai dorer au soleil d’orient. J’attendrai le temps qu’il faut pour qu’il soit torréfié à coeur. Veiller aux horaires des bus, avions et autres dromadaires. Un chameau fera tout aussi bien l’affaire, sinon un bourricot. Le vélo, non, à cause du sable que les marchands balancent sur les routes pour brouiller les pistes. Me renseigner tout de même s’ils mettent du beurre ou non. Si c’est non, ça m’étonnerait, parce qu’à part le beurre qui n’est pas l’idéal pour les croissants, sauf pour ceux tout beurre où je me demande où est la farine, le mieux, c’est le saindoux. Et pour le saindoux, pas sûr qu’on en trouve sur les étals des marchés locaux. La graisse de chameau, peut-être ?
Avant de partir, penser à mettre de l’eau à chauffer.
De là bas, j’enverrai une gentille carte postale avec des gentilles  filles aux yeux ombrés de khôl qui envoient des éclats de lumière à travers leurs très jolies mantilles. Je ramènerai des fruits et des fleurs. Les grenades, c’est délicieux lorsqu’elles sont mûres à souhait, et j’ai entendu dire qu’on trouve de magnifiques roses d’Ispahan qu’une caravane livre tous les jours. Quel travail !

J’ai laissé refroidir l’eau qui était vraiment trop bouillante. L’eau trop bouillante, c’est idiot. Elle est est bouillante dès qu’elle se met à bouillir et continue à l’être si on ne coupe pas le feu, mais elle n’en est pas pour autant plus bouillante.
Bon, c’est la Saint Valentin, et on n’est pas là pour disserter sur la température de l’eau.

Je dispose les fleurs dans un vase que j’ai déniché  cette nuit, avant de partir. Ça n’est pas malin d’acheter des fleurs et de ne pas savoir où les mettre. Un bouquet dans une boîte en fer blanc de café lyophilisé en poudre, c’est tout de même moins élégant que dans un vase. Et ça n’est pas très malin s’il y a encore du café dedans. Sans compter que les roses que j’ai ramenées sont blanches.
Voilà, c’est fait.
Le Nescafé, pas pour un jour comme celui-ci. Ah non !
Moudre le café. J’ai beau être un modèle d’organisation, je n’avais pas pensé à ça, et le seul instrument qui pourrait faire l’affaire est ce vieux moulin à poivre qu’on avait reçu en cadeau de mariage. Suffit juste de ne pas paniquer, sinon, adieu l’idée lumineuse qui me sortira de ce mauvais pas. Mais enfin, il y a pire.
Pendant que je réfléchis, je tire les rideaux sans bruit. Les voisins n’ont pas besoin de savoir. Le lit à refaire, j’y penserai plus tard.
Un gobelet, un sachet  en papier pour l’arabica, une bouteille pour l’eau chaude sans oublier les fruits et les croissants, que j’enfourne dans un cabas. Je me rends compte que je ne m’en étais jamais servi. La photo ! Elle est de travers. J’ai dû la déplacer sans faire exprès quand je me suis occupé des fleurs. Là, c’est mieux. Qu’est-ce qu’on fait jeune là-dessus !
Les fleurs ! Pour un peu j’allais les oublier. Ça aurait vraiment été trop bête.

Pas âme qui vive, tant mieux. Avec mes fleurs dans le vase et mon cabas, j’aurais eu l’air fin ! Le soleil vient de se cacher derrière le clocher, l’angélus sonne.
Le marbre est nickel, parfait. J’étale les grains de café et les écrase comme je peux avec la bouteille. Pas si facile, car mon rouleau compresseur de fortune est brûlant.
Le résultat est honnête et dépasse même mes espérances. Les croissants ne valent pas ceux d’antan, mais le passé, c’est le passé, on n’y peut rien.
Les roses blanches sont tout simplement magnifiques, qui tranchent sur le marbre noir légèrement moucheté de zones argentées. Jour et nuit. Clarté et ténèbres.
Au moment où je dégoupille une grenade*, me vient la pensée saugrenue que j’ai complètement oublié de fermer la porte de l’appartement.

Faire exploser une grenade dans un cimetière! Y’en a vraiment qui n’ont aucun respect.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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