Terrorisme et Saint Valentin

Rien qu’à l’idée de penser que j’aurais pu être un terroriste, ça me terrorise. Ce qui n’est pas extraordinaire, vu que je suis un pleutre et que, par conséquent, je n’aurais pu en être un. Être un résistant non plus : je manque bien trop de courage pour résister à quoi que ce soit, sans compter que je n’en aurais ni l’envergure, ni la carrure, ni la force physique. Pensez : mes vestes des années 60 ne dépassent pas la taille 38 et celles plus récentes n’excèdent pas le S –small, pour les vieux croûtons qu’une mode linguistique stupide a rendu incultes. Pas gêné aux entournures, je flotte carrément dedans, avantage qui me permet de les retourner d’autant plus facilement lorsque le vent tourne.
Le terrorisme, je ne suis pas pour, bien au contraire, ce qui ne veut pas dire que je prendrais les armes pour le combattre, vous l’aurez compris. On en a assez soupé dans notre cher pays où on en a été servi sans parcimonie. Sous l’occupation, par exemple, avec les zazous qui taquinaient l’occupant. Et pendant la révolution, hein ? Je parle de la Révolution française. Rappelez-vous sous la Terreur. D’accord, vous n’y étiez pas, moi non plus, mais quand même.

Alors que les choses soient claires : je ne suis pas terroriste et ne terrorise personne. Bien trop lâche pour ça.

Toutefois, et parcequ’il faut bien que les mauvais penchants naturels s’expriment si on veut être fidèle à soi et ne pas tomber malade, je suis bien obligé d’y aller de mon tout petit terrorisme à moi, même si le mot est exagéré, vous en conviendrez. Sans cela, à quoi serviraient chiens et autres animaux, enfants, femmes, amis et collègues et finalement tout le monde.
J’ai un bon chien, de marque allemande. Un berger. Mal viré si mon patron m’a fait une remarque désobligeante, si un chauffard m’a fait une queue de poisson, ou tout simplement si un quelconque manque de courage a mis ma fierté à mal, sitôt rentré à la maison, je lui file une tannée. Une raclée, si vous préférez. Je sais, c’est un jeune chiot et je ne devrais pas le corriger de la sorte, mais j’en profite car ce n’est pas dans un ou deux ans que je pourrais l’asticoter ainsi.
Du coup la sale bête s’attaque aux gamins qui me regardent terrorisés en attendant, en vain, que j’intervienne. Je n’y suis pour rien si ce sale clébard est agressif. Et les gosses, qu’est-ce qu’ils font d’après vous ? Ils vont pleurer dans les jupes de leur mère. Que je rejoins dans SA cuisine. Où, bien évidemment et comme par hasard, quelque chose est en train de brûler.
«C’est le torchon qui brûle !» m’a dit un jour ma belle-soeur en me coupant du match que je regardais à la télé avec son mari, le pauvre. Celle-là, elle ferait mieux de s’occuper de ses marmites à elle.
La table n’est pas mise. Ce qui n’est pas si grave en soi vu que le repas n’est pas prêt, au point que je me demande ce que ma femme a foutu de toute sa journée.
Alors je lui pose la question : «Ça va ? Pas trop fatiguée ? Et qu’est-ce que t’as foutu de toute ta journée?»
Question idiote à laquelle je réponds moi-même en lui faisant les gros yeux et en imitant son timbre de voix : «Rien. Naturellement rien. J’ai rien foutu, sauf regardé l’émission de machin, sauf aussi discutaillé avec les copines au téléphone…»
Elle baisse le nez, se fait toute petite, ce qui a le don de m’énerver encore plus, vu que ça me rappelle étrangement quelqu’un. Vaguement.
Pour la Saint Valentin, je ferais peut-être bien de lui offrir un chat.

Les pleurnicheries, ça va un moment. Je mets la télé. Les infos.
Il y a encore eu un attentat terroriste. La barbarie est à nos portes !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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