Climatologie

Il pleut il mouille, c’est la fête à la grenouille.

En tout cas ça va être sa fête. Ça pourrait être celle des escargots, mais ils vont si lentement qu’il est imposible de les voir si on est rapide et qu’on a l’oeil vif. L’oeil vif, c’est bon pour les grenouilles, par pour ces machins gluants qui se prennent pour des camping-cars et qui font des saletés dégoutantes si on marche dessus. Sans parler du bruit que font les coquilles, nettement moins musical que celui de l’oeuf dur sur le zinc de l’aéroport.
Les grenouilles n’ont rien à craindre de moi et je ne comprends absolument pas qu’elles soient prisées à ce point dans les gueuletons du dimanche, en famille avec les grands parents, les tantes et les enfants, arrêtez de crier comme ça on ne s’entend plus et la dame elle va vous disputer et elle va mal nous servir, chérie, tu pourrais t’en occuper.
Les seules cuisses de grenouille que je supporte sont celles des grenouilles de ferme, celles qui font les oeufs qu’on casse sur le comptoir, attention, seulement s’ils sont durs, sinon c’est drôle, mais tout le monde n’aime pas ça. Tu prends un poulet, tu le coupes en deux au niveau de la taille. Bien sûr que les poulets ont une taille, certes plus épaisse que celle des poulettes, mais ils en ont une. Tu l’aplatis un petit peu avec une poële à frire, par exemple et tu le mets à fricasser dans la dite poële. Ne commets pas l’erreur de lui entraver ses petites pattes arrières (les seules qu’il a, d’ailleurs) avec un bout de ficelle, sous prétexte qu’à la cuisson, il risquerait de prendre une pause lascive et vulgaire, quoiqu’excitante pour certains dont je tairai les noms… car là est justement le secret. Fais comme indiqué, et tu verras si tu n’obtiens pas une superbe paire de cuissses de grenouille.
Un peu de persil, pas trop, une traînée d’ail, sans plus, et hop le tour est joué. Les crapauds buffles peuvent aller se rhabiller, et même avec la chemise de l’ail.
Mais soyons bien d’accord : sans assaisonnement mes cuisses de grenouille à moi ne sont peut être pas divines, mais elles sont meilleures que les autres, et surtout meilleures que des escargots.

Certains prétendent que les grenouilles adorent mettre le nez dehors lorsqu’il pleut. Sornettes ! La vérité, c’est qu’il pleut lorsque les grenouilles  sortent de leur nid. Nous, ça nous dérangerait et nous mettrait de mauvaise humeur, sauf si on a planté des choux et que c’est la sécheresse et que les grenouilles ont bu toute l’eau de la mare qu’on gardait pour arroser les champs de choux. Comme tout le monde, il leur arrive d’avoir trop chaud et trop sec, ce qui n’est pas bon pour leur peau de grenouille qui, nous le savons, n’ont pour seuls cosmétiques que ceux qu’elles trouvent au fond des mares. Mais si elles sortent, c’est justement parce que la mare est à sec et qu’elles en ont assez d’avoir la peau sèche. Ce sont bien les grenouilles qui font pleuvoir.
Premier point : Les grenouilles font la pluie.

La pluie a cessé, laissant place au soleil du printemps, le seul qui vaille la peine qu’on parle de lui, celui cuisant de l’été asséchant ce qu’on a vu plus haut, les mares, qui sont en bas au niveau du sol et même un petit peu en dessous, et non pas en haut. Chacun sait qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, mais nul n’ignore que plusieurs le font. Preuve, s’il en fallait, que ce sont bien les hirondelles qui font le printemps, et non pas le contraire comme le prétendent certains, sans doute les mêmes que les précédents ou que les suivants qui ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur nez, car il n’y a pas que les grenouilles qui le font.
Deuxième point : (deux points) Les chiens ne font qu’exceptionnellement des chats, mais les hirondelles font bel et bien le printemps, surtout s’il n’est pas pourri.

Les arbres et leurs branches.
Le vent, vous savez ce que c’est : du souffle. Mais qu’est-ce qui produit ce souffle ? Observons un arbre et soyons patients. D’immobile, le voilà qu’il commence à frémir puis à agiter ses bras. Que se passe-t-il alors ? Ses mouvements produisent du souffle. Et chacun aura remarqué que plus il s’agite, plus fort est le souflle. Donc plus fort est le vent.
Troisième point : les arbres font le vent.

Un temps de chien, un froid de canard, une chaleur de salamandre, un gel d’once (mmfff ! once gel), une fraîcheur de gardon… ça ne vous dit rien ?
Faites disparaître toute la gent canine, vous constaterez que le temps fait le beau, comme si les clébard lui avaient transmis le flambeau. Exterminez les salamandres, il n’y aura plus de canicule. Faites une immense friture de tous les gardons du monde, toute fraîcheur disparaîtra, phénomène renforcé par l’immense quantité d’huile bouillante utilisée.

La liste est aussi longue que le temps est court, qui m’est imparti pour remettre les pendules à l’heure. Quelles pendules ?
Celles de la raison et de la déraison qui en émane, à moins que ce ne soit le contraire.

La climatologie est une science. Exacte ? Oui. Autant que l’économie, la sociologie, la psychologie et la fée du logis. La preuve qu’elle est exacte ? Trouve-moi un seul climatologue qui ne soit pas d’accord avec un seul de ses confrères. Un seul.
Je galèje, tu l’auras compris. À moins que tu ne sois climatologue.
Si une épreuve de « retourner de veste » existait aux Jeux Olympiques, c’est une équipe de climatologues qui l’emporterait haut la main. Car le temps que le populo  intègre qu’il va se brûler le train arrière, voilà qu’on lui annonce que, en fait, il aurait tout intérêt à glisser une bouillotte entre sa couenne et son slip à côtes qu’une précédente canicule à prématurément caramélisé.
La mode du « nous on y sait, et on est payés pour ça » n’est pas nouvelle. Mais elle galope de plus en plus vite. Elle touche certes les climatologues, mais aussi les nutritionnistes, les médecins, les journalistes, les économistes et les fumistes contre lesquels je n’ai rien tant que ma cheminée tire comme il faut.

Lors, que faire ? vous demandez-vous, honteux d’être sans réponse.
Pour vous, je ne sais.
Moi, j’ai choisi mon camp : celui de la nature et des grenouilles.
Pas compliqué : tu fabriques une petite échelle avec un nombre de barreaux aussi variable que le temps de ce dimanche prochain, c’est pas possible, il fait beau toute la semaine et le week-end, on l’a en travers ! Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? Les météos des JO, leurs échelles, doivent pas avoir plus de sept huit barreaux. Je vais jusqu’à dix, mais n’y revenez pas.
Je ne suis pas là pour faire un cours sur la façon dont oeuvrent les grenouilles, mais aussi les salamandres, les arbres et les chiens qui lèvent la patte sur leur tronc.
Qu’on le veuille ou non, cette vieille méthode a fait ses preuves, et ça marche ! D’autant que, la grenouille, je ne veux pas dire, mais elle a intérêt à s’agiter les papattes et les cuissettes, si elle ne veut pas se retrouver écartelée dans une pose obscène sous le regard pervers de collégiens boutonneux, qui n’en ont rient à foutre du climat et encore moins du cours de biologie où, cependant, ils ont loisir de mettre à jour leurs penchants inavouables, car pervers.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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