Handicaps

Lettre ouverte à tous ceux qui, atteints de terribles rhumatismes tellement handicapants qu’on se demande pourquoi ils ne touchent pas les lanceurs de grenade et de camions fous sur les restaurants bondés, ne pourraient l’ouvrir (la lettre) si elle était fermée.
À tous ceux aussi qu’un handicap (vous trouverez sans doute le vôtre dans les points qui suivent) rend la vie pas facile facile.
Pourquoi cette lettre ? Pour que tous ensemble, tous ensemble, tous, tous (bis puissance bis) nous exigions des industriels, artisans, administrations, quidams, filles de joie et garçons d’honneur, gens de rien, gens d’armes et bonnes à tout faire… bref tout le monde, y compris vous et nous-mêmes… plus de considération, d’attention et d’ingéniosité pour rendre la vie des handicapés (donc tout un chacun) plus agréable qu’elle ne l’est et, pourquoi pas, lumineuse.
Tâche qui semblerait ardue à qui manque d’imagination, mais qu’un volontarisme compassionnel devrait mener à la réussite.
Inutile d’y aller par quatre chemins, ce qui permettra aux handicapés de la décision de se mettre en branle, pour peu que leur éducation n’ait été teintée d’aucune morale répressive.
Il va s’agir de mettre à la portée de tous, pas seulement des musiciens, des instruments adaptés aux inadaptés du monde moderne qui n’en peut plus d’innover dans des trouvailles qu’on aurait mieux fait de confier à des archéologues.
Car, qui n’a jamais été confronté à l’ouverture d’un blister en plastique plus armé qu’un béton contraint ? Qui, se réjouissant en découvrant sur l’emballage « OUVERTURE FACILE » n’a jamais fait une crise de nerf avant de se retrouver en hypoglycémie, l’emballage refusant de s’ouvrir ? Qui, prenant le bus pour se rendre quelque part comme tous ceux qui le prennent (à ce sujet, pensez à le rendre lorsque vous n’en aurez plus l’usage) ne s’y est pas heurté la tête au toit trop bas ou au plancher surélevé ? Qui, prenant le même bus – on se demande pourquoi– n’a pu s’accrocher à la barre de sécurité placée trop haut ? Voulant se saisir de sa tasse, quel gaucher a dû se résigner à ne point ingérer le délicieux café qu’on lui a servi au bar pour n’avoir eu à sa disposition qu’une tasse pour droitier ? Quel assoiffé ne s’est jamais retrouvé déconfit et en panne sèche en découvrant  accroché à son doigt tuméfié l’anneau d’aluminium détaché de sa boîte de bière, qu’avec un peu de chance, seule une fourmi pourra déguster?
Et les gauchers? me direz-vous. Exclus d’un nombre inimaginable d’activités professionnelles, coiffure, couture et sculpture. Travailler le bois avec des ciseaux, ça n’est déjà pas si facile pour un droitier, alors imaginez ce que ça peut engendrer comme difficultés pour un gaucher… Sans compter les risques de blessures multipliés par plus de 26,50% selon un rapport des Services de santé.
Les manchots… Qui n’ont pas même à disposition des poteaux spéciaux sur lesquels se gratter le dos. Les culs-de-jatte dans l’incapacité de botter l’arrière train des sales gamins dont l’occupation préférée est de commettre des incivilités. Les sourds qui risquent à tout moment de se faire renverser par un tramway alors qu’il serait si simple d’équiper ces engins de transport de bras articulés automatiques comportant un panneau en langage clair et accompagné d’un pictogramme, qui les avertirait du danger. L’aveugle, qui court le même type de risques, alors qu’il serait si simple qu’une machine lui corne aux oreilles que s’il ne se bouge pas les fesses il va se faire renverser. Bien sûr, à condition qu’il ne soit ni sourd, ni cul-de-jatte.

Nous n’allons pas dresser un inventaire complet, mais chacun comprendra qu’il y a urgence.

Alors, au boulot.
Et pendant que vous vous y rendez, et alors que le feu qui vient de passer au vert ne change absolument rien par rapport au moment où il était au rouge, ayez une pensée émue pour Bobby Lapointe.

Il ne se la pointe plus à Pézenas, dommage

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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