J.O.

J’ai préparé mes bagages : col roulé, anorak, canadienne et caban au cas où la météo qui n’en peut plus de faire n’importe quoi nous la joue tempête et embruns; chaussures de ski, de neige et glace pour avoir chaud, plus une paire de palmes empruntées à un académicien qui me devait bien ça*, toujours au cas où la météo fasse des siennes, comme l’autre fois en Italie; plus le reste pour ne pas me retrouver en reste. Profitant des soldes d’hiver, j ‘ai acheté deux billets de 500 € pour pas loin de deux fois rien, ce qui m’a permis de m’offrir un morceau d’avion, en fait juste un siège, pour me rendre à Vancouver. Mon poids ne dépassant pas les 105 kilos réglementaires, je n’ai pas eu à acheter une deuxième place, mais ça aurait pu être limite sans les deux jours de diète que j’ai suivie.

Les J.O., vu que le sport que je pratique vient seulement d’être homologué, je n’y ai encore jamais participé, mais cette fois-ci, youpi! c’est parti, et sans me vanter, ça ne m’étonnerait pas de me retrouver hissé sur une des marches du podium, sans doute la première. Je ne veux pas dire que ma technique soit sans faille, mais j’ai travaillé dur, comme le disent dans les interviews ceux qui viennent de remporter une épreuve. Les perdants, c’est qu’ils n’ont rien fichu.
Mon matos est nickel; mes factures sont réglées; mon chien est chez ma voisine de palier qui lui mettra la télé pour me voir concourir. Et ma femme devant accoucher, j’aurai la paix. D’autant que ma mère, la sienne, mes soeurs et mon meilleur ami seront presque toujours à son chevet en clinique pour s’occuper d’elle. Avec tous ses problèmes de santé, la pauvre.
Peinard Bernard, tranquille Emile, cool Raoul, pépère Jasper, à l’aise Blaise. Autant dire que je tiens la forme. Olympique Dominique.
Vancouver, j’arrive!


Dans l’avion je n’ai pas quitté des yeux le morceau de colophane spéciale que j’ai dégotée à Crémone. Un certain Stradivari m’avait donné le tuyau un soir où, ayant un peu trop arrosé une victoire lors de mon entraînement, je m’étais retrouvé au violon avec lui.

Le site.
Est-ce la canadienne que je porte? je n’en sais rien, mais d’emblée je suis accueilli à bras ouvert, comme si j’étais l’un des leurs. Tant mieux, ça me facilitera la tâche pour faire mes petites affaires. Gagner n’a pas de prix, et procéder à quelques menus sabotages ne me posera aucun problème de conscience. D’ailleurs je n’ai jamais très bien compris ce qu’était une conscience.
Oeuvrer avec prudence. Mettre d’emblée le paquet n’aurait fait qu’amener les juges à s’interroger. Soit sur la fiabilité des chronomètres et des chronométreurs, soit sur la qualité de glisse de la piste. Les temps précédemment enregistrés allant de 8 minutes, 24 secondes, 45 centièmes à 12 minutes passées, pour les moins rapides, ne pouvaient décemment pas aller au-delà d’une moyenne que j’estimais à 9 minutes, la glace n’étant pas d’une qualité extraordinaire, loin de là.
Certain d’être sélectionné, je n’avais entrepris aucune action, me réservant pour le lendemain où les choses sérieuses démarraient.
Une fois que la nuit eut absorbé la majorité des compétiteurs dans les boîtes de nuit locales installées sous d’authentiques wigwams, nécessairement made in China comme l’indique le mot, c’est à l’aise (Blaise) que, deux morceaux de colophane en main, je pus oeuvrer. Non seulement en toute impunité, mais en toute sérénité. Le matériel de chacun proprement colophané, j’avais regagné ma chambre que des responsables locaux dont je m’étais fait des amis avaient garnie.
Le lendemain fut un triomphe: le mien, mais je dois avouer en toute humilité que la douceur printanière m’avait donné un coup de pouce.
La cérémonie de remise des médailles achevée dans cette liesse qui caractérise les événements où de l’argent passe de main en main, j’ai naturellement été invité par les officiels qui avaient lié avec moi et avec ma nouvelle notoriété.
Le Président lui-même m’avait remis ma médaille (d’or, faut-il le préciser?). Accolade, poignée de main, journalistes télé, radio, presse écrite. Il aurait sans doute aimer me serrer véritablement la main, mais je n’avais pas réussi à la lui tenir, la mienne étant encore glissante.
Alors qu’il reculait je l’avais entendu dire à un de ses acolytes: «C’est quoi cette odeur de savon de Marseille? That stinks!». Lequel acolyte lui avait répondu: «Je trouve plutôt que ça sent la colophane. Doit y avoir un violoniste dans le coin. Pas désagréable.»

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sur la synchronicité : psycho psycha psy aïe aïe aïe

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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