Quand je serai mort

Quand je serai mort, j’écrirai. D’abord sur la vie puis, si j’ai bien compris ce que signifie être mort, sur la mort. Je dirai sans doute des bêtises, mais ça ne sera pas nouveau.
Je dis « quand je serai mort », mais en fait, je le suis déjà. Comment je m’en suis rendu compte? Je n’en sais rien. Cela m’est venu comme une évidence, comme 2 et 2 ne font jamais que 2 et 2. Plus qu’une simple évidence, une révélation.
J’ai quand même eu des signes. C’est ainsi que je nomme ces petits riens qui interviennent dans la vie comme un cheveu sur la soupe. Le plus parlant –façon de parler, car une fois mort, l’ouïe l’est aussi– c’est quand j’ai pris conscience que je n’avais plus ni appétit pour la nourriture, ni pour la vie, ni pour rien d’autre. Quand je dis que j’ai pris conscience, ça n’est pas tout à fait exact; vous aurez deviné pourquoi. Cependant si j’utilise ce mot c’est que je ne possède encore ni le vocabulaire, ni la syntaxe et ni la grammaire qu’utilisent les anciens. J’ai appris, en fait on m’a appris, que j’étais mort récemment. Pas un pied dans la tombe et l’autre dans le bistro dont mes deux pieds étaient coutumiers, mais un dans le vide et l’autre dans le rien. Position assez inconfortable, reconnaissons-le.
Autre signe: un sentiment d’étrangeté. Que j’apparente à celui qu’un immigré peut ressentir lorsque, ayant franchi la frontière, ses pas hésitants ont du mal à le porter et plus encore à le faire avancer. De nombreux autres petits signes m’ont aussi  mis la puce à l’oreille, mais exceptées ces démangeaisons exécrables que j’ai traînées toute ma vie durant et qui ont disparu comme par enchantement, je n’en dirai pas plus, préférant en revenir à mon propos initial.
Je suis donc mort et bien mort, l’être mal ne se disant pas, et puisque ce temps est venu, autant me mettre à l’ouvrage.
Crayon et bloc-notes. Qu’est-ce que j’ai bien pu en faire? Pas question de regarder partout, la vue n’étant pas un accessoire dont on dispose ici. Je me tâte: rien. Le néant. Je ne sens que le néant, car comment ressentir quoi que ce soit lorsque le sens du toucher a disparu. Un doute m’assaille: et si en fait je le le possédais mais qu’il n’y ait plus rien de tangible à toucher? Bien évidemment, rien ne me permet d’invalider ce doute.
Je ne rêve pourtant pas: tout à l’heure, je les avais en main tous-deux et je me rappelle même avoir utilisé mon taille crayon en alu ou en fer, en tout cas en métal. Quant au bloc-notes, je pourrais en citer la marque. Exatonca… Comptexa… enfin, un nom comme ça. Ils sont passés où?
Je perçois une présence. C’est un ancien. Peut-être saura-t-il me dire. Mais comment lui adresser la parole puisqu’elle aussi m’a été enlevée. Et si jamais il m’en restait ne serait-ce qu’un léger flux, m’entendrait-il?
Il passe, sans que je parvienne à commun.q… .vec lui. D’aut.es trépas.és .ienn… v.rs moi. I. me fau. a.solu.men. .etrouv.. .rayon e. .lo.-.otes, que j. c..sign. .e q.i m’ar..v.., .ais ……ibl. d. com….quer .on .lu.. T.ut m’éch..p.. C’.st .a .in.  .’.s. .a ..n.   .’… .. …. ….. .. ….

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Quand je serai mort

  1. Moi j’écrirai quand je serai vivant. Pour le moment c’est pas encore le cas. J’ai entendu dire qu’il fallait que j’attende encore 2 mois. Mais est-ce que je trouverai un bloc note et un stylo?

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