Grève des sens ?

14h. Je traînaille en ville. Fait beau, fait doux. Les filles n’ont pas encore remis leurs jupettes, mais on voit dans leurs yeux et dans la façon dont elles déambulent que ça ne devrait pas tarder. Un piaf a  démarré la construction de son home sweet home, pas de doute, l’hiver sera demain moribond.
Ça devrait me réjouir comme cela me réjouit chaque année à la même période, mais bizarrement et malgré le mercure moins timide qui a sorti la tête de dessous le  zéro, ça ne me fait ni chaud ni froid.
Une femme m’adresse un sourire. Un sourire aussi ravissant que toute sa personne. Je reste coi, sans réaction. Elle est tout charme, je le reconnais; avenante, j’en suis conscient; mais ça ne me fait aucun effet. Le Setter qu’elle tient en laisse me renifle, et alors qu’en de telles occasions et selon mon humeur, soit je tapote délicatement le crâne du bon toutou, soit je donne un coup de pied dans l’arrière train du sale clebs, rien de tel ne me vient.
Plus loin, une gamine pleure comme une madeleine. Un gros chagrin dont le pâtissier du coin est responsable pour n’avoir pas anticipé le beau temps. Ses glaces et sorbets sont encore en hibernation, le méchant homme. Pourtant ce scandale ne me procure aucune révolte, aucune colère, aucun sentiment.
Rien ne me touche. Rien ne me touche plus. Rien ne m’émeut, jusqu’à la tentative maladroite d’envol d’un de ces volatiles dont je n’ai absolument rien à faire. En temps normal, tout mon être en aurait souffert, mais là…
Je ne suis d’aucune humeur, ni chagrine, ni printanière, ni bien sûr changeante, et en même temps que j’en prends conscience, je cesse lentement d’ouïr les trilles du piaf constructeur, la femme au Setter disparaît lentement, et la gamine s’estompe tandis que décroit la musique de ses pleurs.

Hors cette « sensation » de ne plus rien ressentir, je ne sens plus rien.
À moins que mes sens aient décidé de faire grève, je dois bien admettre que je suis mort.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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