Elections régionales – ter

Je n’en ai pas dormi.
«Tu ne vas quand même pas ne pas aller voter. Pas toi!» qu’une voix m’a dit toute la nuit. J’ignore d’où elle venait, mais vu le nombre de fois qu’elle y a dit et redit elle a dû s’imaginer soit que j’étais sourd à son appel, soit stupide, voire les deux.
«Pas toi!»
«Et pourquoi pas moi?» que je lui ai répondu.
«Tu le sais très bien» qu’elle m’a dit d’un ton qu’une presque colère a quasi rougi.

Vous auriez fait quoi, vous?
Moi, j’obéis à mes voix; c’est comme ça. Finies mes tergiversations des jours précédents. Alors je me suis levé. Pas eu besoin de me réveiller, c’était fait depuis longtemps.
Et tant qu’à faire, autant y aller le plus vite possible, donc illico.

J’arrive le premier. Un journaliste du canard local est là, comme s’il m’attendait. Qui a bien pu le prévenir? Une voix? La mienne?

«C’est pour voter?»
Bizarre. D’autant que le gars qui me pose la question est manifestement un des assesseurs. Deux autres personnes sont là, plus deux flics. Pas besoin de flair pour les repérer: l’uniforme suffit, même s’il n’est pas tout à fait réglementaire.
La cabine, un confessionnal que la commune a réquisitionné. La crise de l’économie* a vidé les tiroirs caisse du patelin. Pas de curé,  et alors? Si certains peuvent se préparer à poser un acte de contrition, pas moi.

«Es-tu certain de ton choix?»
Je me retourne: personne. L’évidence s’impose.
Bien sûr que je suis certain de mon choix. Qui servira surtout à celui à qui j’aurai prêté ma voix et qui n’éprouvera aucune gêne à s’imaginer que je la lui ai donnée. C’est un des miracles des élections, presque aussi fort que de changer de l’eau en vin, prodige que promettent nombre de candidats qui, les élections passées, changent plutôt le vin en eau. De là à dire que voter est vain…

Direction l’urne.
Porte-feuille, carte d’électeur. Introuvable.
J’ai beau chercher: rien. Qu’est-ce que j’en ai fait?
Lorsque ça me revient: la lettre recommandée. La fameuse lettre recommandée.

«Monsieur,

En date du 31 février 2008, vous avez refusé une priorité à droite** comme le montrent et le prouvent les enregistrements vidéos transmis au S.D.S.D.C.***
En conséquence de ce comportement d’incivilité et de non respect du Code de la route, vous êtes désormais privé de votre droit de vote. Vous devrez donc retourner votre carte d’électeur à l’adresse indiquée ci-dessous.
Etc. Et bla bla bla.»

J’avais obtempéré. Avec les menaces qui suivaient, vous auriez fait quoi?
Et ayant autre chose à faire que de focaliser sur cette mésaventure, ça m’était complètement sorti de la tête.

Enveloppe et bulletin rageusement jetés au panier, je vais pour passer la porte lorsque un des flics m’alpague.
«Vous allez où comme ça?»
L’évidence m’autorisant à ne pas répondre, je poursuis mon chemin. Qu’il me barre avec son collègue.
«Savez pas que le vote est obligatoire? Vos papiers!»
.

* Je préfère ce terme à celui de « crise économique » qui veut tout dire et son contraire.
** Refuser une priorité à gauche n’est en rien un manquement au code de bonne conduite.
*** Service De Surveillance Des Citoyens  (à ne pas confondre avec le S.D.E.C.E., Service (défunt) de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage).

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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