Apprendre à circuler à gauche

Je ne pars pas en vacances avant septembre. J’aurais préféré en juillet, mais vu là où je compte me rendre –en gros des pays où, va savoir pourquoi, on vit plus ou moins à l’anglaise, on parle plus ou moins l’anglais et on conduit (façon de parler) plus ou moins à gauche, pour peu qu’on se rappelle qu’on n’est pas en Europe continentale, ni en Amérique du sud, ni au Groenland, Pôle nord, Luxembourg, Lichtenchtein ou tout autre pays civilisé–, une dure préparation m’attend, pour deux raisons autant principales que coulant de source : la première étant que je ne parle pas un mot de cette langue de sauvages; la seconde étant qu’on y est censé conduire à gauche.

Quand je dis vacances, c’est un euphémisme et quand je dis euphémisme, c’est façon de profiter au mieux de ma langue maternelle avant de bientôt m’embarquer pour un long périple qui devrait me conduire (à gauche) de l’Angleterre à l’Irlande, de cette île à celle de Man puis à Jersey et Guernesey d’où je rejoindrai Chypre en passant par Malte d’où je me rendrai à l’Île Maurice via le Kenya. L’obstacle des lions contourné grâce à cette faculté que, fusil en main, j’ai à faire mouche, et celui des tsé-tsé évité grâce à ma rapidité à estourbir à coup de tapette ces insectes inconvenants, direction la Tanzanie, le Mozambique puis la Nouvelle Zélande.

Des millions de personnes à travers le monde parlent anglais. N’étant sans doute pas plus couillon qu’elles, ça en fera une de plus. Mais la conduite à gauche, c’est une autre paire de Channel, comme on dit outre Manche. Alors je m’entraîne.
Pas fou et prudent, c’est de nuit que j’ai fait mes premiers pas de conduite à gauche. Pas bien compliqué. Quelques heures ont largement suffit, deux soirs de suite. Satisfait de ces premiers essais de nuit, j’ai attaqué ceux de jour d’abord timidement (de 6h à 6h30 du matin) avant de déborder sur la tranche horaire 6h30-7h. Sans problème, si ce ne sont quelques injures, un ridicule froissement de tôles avec un idiot qui n’a pas vu le petit drapeau britannique qui flotte depuis peu au sommet de mon antenne radio. Fier de mes progrès, j’ai empiété sur la tranche 7h-8h., ne provoquant que trois accidents légers, dont un mettant en cause deux cyclistes, ce qui n’est pas étonnant vu que les vélocipédistes, c’est bien connu, se croyant tout permis ne respectent aucune règle du code de la route. Rien de bien grave, quoique aucun des deux ne se soit confondu en excuses pour les rayures que leur maladresse a occasionnées sur ma portière gauche.
Comme la plupart des autres usagers rêvassent au volant le matin, je ne compte pas le nombre de fois où il m’a fallu louvoyer entre les véhicules de conducteurs mal réveillés et klaxonner à qui mieux mieux pour qu’ils s’écartent de la voie (de gauche) que je m’étais tracée.
Jusqu’à ce matin où un imbécile heureux sûr de son bon droit a ni plus ni moins refusé de me laisser le passage. Heurt de plein front, empoignade et direct du droit. Dénué de tout humour fut-il british, il a fallu qu’il porte plainte. Les six points de permis de conduire scandaleusement retirés ne m’ont heureusement pas freiné dans mon apprentissage de conduite à l’anglo-saxonne mais, devenu prudent, j’ai troqué les ruelles du centre ville contre les boulevards périphériques. Où je me trouve actuellement alors que j’écris ces lignes entre deux coups de freins plus ou moins violents, quelques écarts à droite et autant de faufilages à la va comme je te pousse. Ça klaxonne, ça fait des appels de phare, ça m’invective, m’injurie, vocifère, m’adresse des gestes obscènes. Ça se termine par un accrochage et un constat de gendarmerie dont j’arrive à me sortir en prétextant un vague malaise. Ce qui n’est pas tout à fait faux, ayant bu une dizaine de cafés, plus un léger pousse sur le pouce.

Je suis cependant bien obligé de reconnaître que, si rouler à gauche est moins difficile qu’il n’y paraît, c’est diablement éprouvant. Et je ne suis pas sûr de pouvoir poursuivre cet entraînement dont j’ai pourtant bien besoin, comme j’ai pu m’en rendre compte.

Remis sur le droit chemin (sur la voie de droite) et livré à mes réflexions, me voila qui roule prudemment au pas, ayant presque perdu l’habitude de conduire à droite, lorsque je vois une voiture me foncer dessus en marche arrière. Dans le rétro la voie est libre. Le seul moyen de l’éviter est de passer la marche arrière. Ce que je fais, prenant conscience de façon lumineuse que je n’ai plus besoin d’apprendre à rouler à gauche.

C’est décidé : en Angleterre comme partout ailleurs où on roule à gauche, je continuerai à circuler sur la voie de droite, mais en marche arrière.

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Apprendre à circuler à gauche

  1. Repasser à droite ? Rien de plus simple : 1. Orienter la table (pas la table d’orientation qui est déjà orientée) de façon à ce que le repose-fer (le machin constitué de tiges inox sur lequel on pose le fer) se trouve non pas à droite, comme il est de coutume par chez nous, mais à gauche. Car vous l’aurez remarqué, on prend habituellement le fer de la main droite sur le repose-fer lui aussi situé à droite et, partant de là, on passe le fer à repasser pour repasser dans un mouvement qui part de la droite pour aller vers la gauche. C’est ce qu’on nomme en termes politiques transfuge D/G. 2. Saisir le fer de la main gauche ( comme elle est gauche, faire attention), mais surtout pas DANS la main gauche car on se brûlerait si le fer est branché. S’il n’est pas branché, ça ne sert à rien de repasser. Tenant l’outil de repassage de la main gauche, effectuer un glisser-coller comme on le fait avec une souris, dans un mouvement léger tout autant qu’élégant allant de la gauche vers la droite. Donc transfuge G/D. Arrivé à l’extrême droite, freiner. Préférer une marche arrière à un demi-tour, car cela reviendrait au cas 1 (transfuge D/G). Lors du glisser-coller, ne pas insister plus que nécessaire dans la phase coller, surtout si vous repassez de la rayonne, du nylon ou du sac poubelle.
    Petite remarque cependant : repasser n’est plus de mise et ça appartient désormais au passé comme on peut s’en rendre compte en se promenant en ville. Au passé car, dans le temps, cette corvée était réservée aux femmes pas sages pour les empêcher de faire des fredaines, de courir la prétentaine, voire le guilledou.
    Voilà. Je pense avoir répondu avec suffisamment d’exactitude à votre question. Oui, vous pouvez aussi repasser à droite. D’autant plus si vous l’êtes.

  2. Debbie Stucket dit :

    Moi j’ai passe l’arme a gauche. Depuis un bout de temps deja. Est-ce que je peux aussi repasser a droite ?

Les commentaires sont fermés.