Histoire d’eau

L’eau, liquide mouillant bien connu sous nos latitudes, tombe généralement du ciel dans un mouvement précipité qui va du haut vers le bas. Exceptionnellement elle jaillit de la terre dans un mouvement inverse mais qui ne dure que le juste temps qu’il faut à un touriste armé d’un appareil de prises de vues pour mitrailler le geyser responsable de cette anomalie. Parce qu’elle est plus lourde que l’air, aussi vive que le poisson du même nom, que son comportement la pousse à faire méandres et détours en utilisant les pentes naturelles du globe terrestre et surtout en se laissant glisser le long de ce globe ingénieusement éclairé de l’intérieur pour donner au bureau une ambiance très british, l’eau, disais-je, tombe en descendant, ce qui est la moindre des choses lorsqu’on est sensible à la pression atmosphérique.
Cependant, si elle tombe précipitamment et en force, et quoique cela se fasse dans un mouvement descendant, elle finit par monter, parfois si haut que les poissons prisonniers des aquariums s’en trouvent libérés. On appelle INNONDATION ce phénomène dont la durée peut atteindre celle du long périple d’un certain capitaine Noé, à ne pas confondre avec cet aventurier douteux nommé Némo. Que rien ne prouve qu’il ait réellement existé.
Avant que les eaux ne se retirent, les poissons, dont la particularité est d’avoir l’œil globuleux ainsi que l’autre puisqu’il sont pourvus de deux globes oculaires, les poissons assistent en spectateurs impuissants, mais comblés car savourant ce qui ressemble à une vengeance, à un ballet non dénué de grâce d’une flopée de corps flottant de façon aléatoire au gré des eaux. Ces êtres, pantins disloqués aux membres désarticulés, dieu que c’est ballot, ballottent entre deux eaux jusqu’à se retrouver entraînés dans le fond, d’où ils ne remonteront que grâce à une bouée ventrale qu’une chimie naturelle et habile aura permis de gonfler. On nomme noyade ce phénomène, et les scènes où il est en jeu sont fort prisées des petits poissons qui les voient de derrière leurs yeux comme les hommes voyaient les poissons prisonniers dans les aquariums désormais désertés.
Une fois l’eau retirée, les dégâts réparés, les discours fumeux et stupides terminés, on lave l’eau à grande eau en en gardant suffisamment pour faire des glaçons. Le Pastis bien frais, c’est bien ce qu’il y a de mieux pour guérir les bobos et mettre un voile sur les yeux rougis de ceux qui ont perdu un être cher, une maison, leur raison de vivre ou un proche qui ne les a pas même cités dans son testament.
Dieu merci, être doué d’une ingéniosité sans limite, l’homme a inventé la bouteille. Ce qui lui permet de contenir l’eau qui, non contente d’être capricieuse, est fort humide, par ma foi. Qu’on se demande ce qu’elle vient faire ici.


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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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