Histoires de feu

Feu mon mari, feux mes aïeux, feu de Dieu, feu follet, feu !
Avoir le feu, l’avoir aux joues (déformation de l’avoir au joug), aux fesses, aux trousses (lorsque les élèves planquent dans leur trousse la cigarette qu’ils étaient en train de fumer).
Faire feu de tout bois (expression usitée chez les chasseurs. Entre tirer sur ce magnifique cerf qui se pavane et ce bouquetin aux cornes agressives, le chasseur, armé d’un fusil à deux coups, envoie l’un et l’autre ad patres).
Jeter de l’huile sur le feu, être dans le feu de l’action.
Ne pas faire long feu (lorsque, passant de vie à trépas, on met moins de temps pour le faire que pour le dire).
Jouer avec le feu, être tout feu tout flamme.
L’eau de feu… ben voyons ! Ça, c’est la meilleure ! Et pourquoi pas le feu de l’eau, tant qu’on y est…
Se trouver entre deux feux (ce qui n’a rien d’exceptionnel lorsqu’on se trouve dans une chapelle ardente).
Il n’y a pas de fumée sans feu. Expression à rapprocher de cette autre moins usitée : il n’y a pas de fumiste sans feu, qui trouve son origine dans la nuit des temps qu’il s’agissait d’éclairer.

Ces expression, qui les ignore à part les ignorants ? Mais, combien d’entre-nous connaissent l’origine du feu ?

La première apparition du feu fut observée non pas en Suède comme le prétendent certains, mais dans un pays moins septentrional où un chasseur d’autel (son activité consistait à rechercher des lieux dédiés aux rituels et à les rapatrier dans sa tribu) –un certain Djoni– mit, par le plus pur des hasards, la main sur une boîte d’allumettes. Certes il lui fallut un certain temps pour trouver à quoi pouvaient servir ces bâtonnets colorés, mais il y parvint, par un deuxième plus pur des hasards. Alors qu’il batifolait avec sa belle l’étreignant avec force empressement, il sentit une vive chaleur sur ses organes génitaux. Comme la plupart des hommes il portait à gauche, du côté de sa poche de braie en peau d’émeri, cet animal fabuleux dont la chair délicieuse, une fois débarrassée de sa peau abrasive, s’étalait sur les étals (évidemment) des bouchers. Les bouchers, à l’époque, étaient organisés en confrérie : les bouchers aux cerfs (dont on a retrouvé une trace dans le département de l’Yonne (89), les bouchers à steak, réputés au Mexique et les bouchers à l’émeri, les plus nombreux.

Diantre ! s’était exclamé notre chasseur, se rendant compte qu’un prodige était en train de se produire. «Himmel and hell», lui dit la belle de qualité, «n’auriez-vous point là quelque feu au fondement ?»

— Nein-nein (ce qui signifie nenni),  pas au fondement, mais à mes organes de reproduction. Cours sur le champ t’enquérir d’un pompier, qu’il se hâte à se mettre en branle afin qu’étoigne cette mordante brûlure.
— En trouveroi-je un ? Je ne sais…
— En ce cas, tu ferois l’affaire.

Ce qui fut fait. L’homme venait de découvrir comment allumer le feu et, second prodige, comment l’éteindre. Les allumettes eurent été suédoises (dites aussi « allumettes de sûreté », leur particularité est qu’elles ne peuvent s’enflammer qu’à condition de frotter l’extrêmité colorée sur une surface étudiée pour), nul doute qu’on en serait encore aux temps préhistoriques. Elles ne l’étaient pas et pouvaient s’enflammer par simple effet de friction sur quasiment n’importe quel matériau, qui plus est sur la peau d’émeri.

Dieu merci, les allumettes suédoises ont remplacé les allumettes bâtardes dont on n’a, bien évidemment, jamais su d’où elles venaient. Cependant on en trouve encore  dans quelques plaines sauvages et désertiques battues par les vents que parcourent d’errance en errance quelques rares cavaliers solitaires que la forte odeur de rance qui les précède lorsqu’ils cavalent vent arrière ne suffit pas à protéger des bêtes sauvages qui voient en eux le repas du soir, fut-il frugal, leurs probables proies étant tout aussi desséchées que les maigres arbrisseaux qui poussent épars de-ci et plus rarement de-là. On les voit, dès l’arrivée à leur campement de fortune, et avant même qu’ils ne se mettent à creuser les feuillées, arpenter l’endroit pour glaner quelques menues branches mortes. Récolte faite, d’un geste auguste que ne renierait pas notre Semeuse nationale, les voilà sortant de la poche gauche de leur pantalon une boîte aux coins écornés et aux couleurs passées. Ne cherchez pas le mot safety, vous ne le trouverez pas. Il ne reste parfois qu’une dernière allumette qu’ils coupent alors de façon longitudinale en deux parties strictement égales. Opération qu’ils renouvelleront, sachant qu’il leur est de plus en plus difficile de trouver de telles allumettes. Retenant leur souffle, s’assurant de la justesse du geste, un quart d’allumette précieusement tenu entre pouce et index, les voilà prêts à exercer ce si merveilleux mouvement de friction sur une semelle éculée, geste sans lequel un western ne serait qu’un navet.

 

 

 

ça c'était de l'allumette !

Ouateux gwouite class !

 


L’incandescence se fait, la flamme jaillit et les bêtes affamées n’ont plus qu’à espérer que le stock des toutes dernières boîtes d’allumettes s’épuise grâce à l’entremise de sales gosses qui auront décidé d’incendier le plus grand nombre de voitures possible.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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