Grand messe et sport

J’ai mis la télé. Elle n’a pas de son, n’en a pas depuis une paire d’années, n’en a plus. Je m’en fiche, j’ai la radio. Alors j’ai mis la radio. Elle n’a pas d’image, c’est vrai, mais il y en a bien assez avec la télé, que je me demande où ils vont chercher tout ça. J’ai mis la radio derrière la télé, pour deux raisons. La première c’est qu’il y a une prise multiple, la deuxième c’est qu’on dirait le son sorti tout droit de derrière la télé, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Je regarde un match de rugby sur la chaîne dédiée au basket, mais comme les basketteurs sont en grève, on les a remplacés par des rugbymen, sport un peu violent à mon goût. On est vendredi, et à la radio j’écoute la messe que je capte habituellement le dimanche, mais là, je ne sais pas pourquoi, il y en a une. C’est Radio Messes. Je crois que c’est en Lorraine. Sûrement à cause de leur croix, qu’ils passent la messe sur leur radio. Ils ne sont pas les seuls à retransmettre la messe, mais fidèle je suis et l’ai toujours été, fidèle je resterai. Pour la télé c’est pareil. J’ai vu sur le poste que le match de basket était programmé sur Télé Foot, mais je n’y peux rien, fidèle comme je suis, je n’ai pas voulu changer de station.

Dans le poste, le curé en est à la dixième. J’ai loupé les deux précédentes, la huitième et la neuvième. Le temps d’aller chercher un truc à grignoter en cuisine, et voilà. Au même moment, c’est à peine croyable, une équipe a marqué. Je me dis que ce putain de panier, que j’ai loupé, je ne sais même pas qui l’a encaissé. Quand je me rappelle les basketteurs en grève. Alors en guise de panier…

J’ai trimballé le mien au salon, saucisson, bout de fromage, pas de pain, tant pis. Ça fera toujours ça de miettes à ne pas ramasser. Je ne sais pas lequel des deux, de l’aspirateur ou du balai, je déteste le plus, mais je les aime ni l’un ni l’autre. Carré dans l’angle du canapé d’angle, j’ai regardé le match de rugby avec la messe en fond puisque j’ai mis la radio derrière la télé. Et là, c’est à peine si je me crois, voilà qu’au même moment, d’un côté un gars de Noeud-les-Gonesses réussit la transformation, pendant que de l’autre côté c’est l’élévation. Bon on n’est pas au foot, on est au rugby et ça ne braille pas pareil, mais les spectateurs se sont levés comme un seul homme. C’est dingue ! D’un côté ça se lève bras en l’air, et exactement au même instant, de l’autre ça s’élève, tout pareil avec les bras en l’air. Je ne le vois pas, mais depuis le temps que j’écoute la messe, je sais comment ça se passe. Surtout que, minot, j’y suis bien allé trois ou quatre fois. Le mec, il lève une espèce de timbale pleine de pinard, et pas qu’un peu, il la lève au-dessus de la tête. Comme pour trinquer. Petit viron en cuisine, une bibine, pas besoin de verre. Et à la nôtre ! Ceux de Montplaine-les-Mines ne sont pas à la fête. Ils trinquent de tous les côtés, un vrai calvaire. Il y en a un qui s’est ramassé une gamelle d’enfer et qui a fini par atterrir dans les plates bandes. Entretien qui laisse à désirer, pas de chance, des ronces avec de sacrées épines. Pas beaucoup, mais quand même.

Quand il se relève, sonné, des petits filets rouges dégoulinent de son crâne. Bon c’est pas ça qui le décourage. Dreling dreling dans le poste. On s’agenouille. Le joueur aussi. Je n’entends pas le « oh » des spectateurs, mais je les vois, bouche bée plus béante que la porte de ma baie vitrée que j’ai ouverte en grand. Pour une fin mars, fait chaud.

Soigneur !

Le soigneur se pointe près du gars, lui enlève quelques petites saloperies qu’il a dû chopper dans les ronces, lui tamponne le visage et lui refile une rasade de citron. Quand même meilleur que le vinaigre, sauf peut-être avec des sardines. Soutenu par deux gars, il se relève, fait quelques pas et s’affale sur le gazon, les bras en croix.

Prions le seigneur… Ite missa est ! Fin de messe. Je les entends faire un dernier signe de croix, rapide. Avec les oeufs, lapins, cocottes et poissons en chocolat, le pâtissier du coin va faire des affaires. Sur le parvis, malgré le tintamarre des cloches, ça cause un petit moment, puis salut, chacun chez soi.

Les gradins se vident.

Télé Week-end. Mercredi… jeudi… Vendredi ! Pas grand chose. Je pense que je vais me faire les vêpres, ça me fera une petite sortie.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans allégorie, littérature, nouvelles, contes, religions, idéologies, croyances, sport, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Grand messe et sport

  1. Saillard dit :

    Comment ton esprit est-il rempli d’autant d’histoires? d’images? de vues critiques? de coq à l’ane qui n’en sont pas.
    Comment peut-on être encore utopiste dans ce monde? ou comment ne pas l’être?
    Impénitent? impertinent?

    Ton ton me plait bien.
    Fabienne

Les commentaires sont fermés.