Les nouvelles, source bistro

Les nouvelles c’est pas ce qui manque. Quand il y en a une qui arrive, je m’arrange toujours pour savoir d’où elle vient. Les anciennes, ça n’est pas la peine : depuis le temps je les connais et je sais d’où elles viennent puisqu’elles ont été nouvelles et que les nouvelles j’ai vite fait de savoir d’où elles viennent.
Les nouvelles viennent de partout et même de plus loin que tout ce qu’on peut imaginer, vu que la réalité dépasse souvent la fiction. Le plus dur, avec les nouvelles, c’est de savoir si elles sont vraies ou fausses. Bonnes ou mauvaises, on le sait, mais tout dépend qui on est. Mon voisin de gauche, Robert, il tient un café-terrasse et jeu de boules avec deux trois chambres à l’étage. Je ne suis pas sûr du nombre parce qu’il me refile toujours la même. Dédé, mon voisin de droite, il est agriculteur. Alors je ne vais pas faire un dessin, mais ce que je peux dire, enfin pour être tout à fait honnête, parce que l’honnêteté c’est le genre de choses qui se perdent et comme je suis prof d’histoire, je suis plutôt tendance conservation, ce qu’on dit, Dédé et moi, c’est que lorsqu’il se met à pleuvoir comme vache qui pisse après des mois de sécheresse et que les patates ne vont rien donner, ce qu’on dit, c’est que le temps s’est mis au beau. Moi j’aime autant quand il ne fait pas beau, donc quand le soleil se la joue infra-rouges. Robert a juste à sortir les parasols, les glaçons et le pastis, et le tour est joué.
Les bonnes et les mauvaises nouvelles, les vraies et les fausses. Comme quoi on aurait découvert une nouvelle fosse vers les Marianne. Robert, il fait le secrétaire de mairie du patelin. Permanence les jours ouvrables, de 11h à 12h30 et de 18h30 à 20h. Au bistrot, par commodité. Pas regardant sur les jours et horaires, il n’est pas contre tenir permanence le dimanche après la messe. Du moins depuis qu’il s’est arrangé avec le curé pour les horaires de l’office qui ont été décalés. La messe de 9 à 10 est devenue celle de 10 à 11, ce qui arrange tout le monde et, passé 11 heures, le curé vire tout le monde, ferme la lourde porte de l’église et, devisant avec quelques ouailles, prend la direction du bistro.

Robert, quand le maire tombé malade était resté un mois à l’hôpital, avait assumé le rôle de l’élu. les conseillers municipaux ayant autre chose à faire, et tant mieux, vu les conseils qu’ils donnaient lorsqu’ils en donnaient. Il avait viré trois bouteilles d’une étagère pour mettre le buste de Marianne à la place, tout de même un peu inquiet à l’idée qu’un vandale pourrait la maculer ou la casser, ou qu’un voleur ne l’escamote.
«T’as pas de souci à te faire, elle est fausse ta Marianne, fausse et bidon» lui avait dit Dédé, soit pour le faire bisquer, soit parce qu’il avait entendu parler de la nouvelle fosse marine qu’on avait soi-disant découverte. Un marrant Dédé !

Les nouvelles, plus ça va, plus elles viennent du Oueb. J’en trouve aussi dans les journaux qui traînent au café, mais comme je n’en achète pas, les seules que je lis sont pas mal défraîchies, mais une nouvelle, même si elle commence à dater, reste une nouvelle pour qui en prend connaissance.
Dès que j’en trouve à mon goût, je les note dans un carnet de notes prévu à cet effet. Je ne dis pas que je leur mets une note ; je les recopie. Au début, oui, j’ai bien mis quelques notes, mais c’était bien évidemment subjectif. Sans compter qu’il n’y a pas que les élèves à pouvoir être des nouvelles.
Après, je les bricole, les brasse entre elles, en fabrique une seule qui me plait à partir de trois finalement moins intéressantes que ce que j’en pensais.
Bref, j’en fais de vraies nouvelles que je n’ai plus qu’à colporter grâce à un éditeur avec qui je me suis acoquiné.
Et me voilà devenu un nouvelliste à succès reconnu et jalousé.

Dimanche, le jour du seigneur, 11h15. Léon se pointe, l’air ravi. Léon, c’est le curé, jamais en peine de nouvelles locales, plus souvent ragots d’offices (les cuisines, pas les messes) que vérités vraies. Son Pastis et trois copains l’attendent. Hier il en a appris de belles, à confesse. Robert a délégué madame au comptoir et s’est joint à nous avec Georges-Marie, le maire. Qui nous en apprend d’encore plus belles récoltées dans quelque officine politicienne.

La vie est belle !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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