Ponctuations et accents

Des lignes blanches ponctuées de mots presque blancs, comme sous cette ligne.
Des lignes blanches ponctuées de mots presque blancs.
Des lignes blanches ponctuées de mots noirs. Pas bien compliqué…
Des lignes ponctuées de ce qu’elles veulent, pour peu qu’elles aient mon assentiment.
Des lignes ponctuées de ponctuation. Pas sans cesse, car ça lasse.
Des lignes où, faute de ponctuations ou d’accents ad-hoc, on se met en danger.

Je l’affirme ! dit-il en s’exclamant.
En êtes-vous si sûr ? lui répondis-je interrogatif.
Les mains qu’il avait enfilées dans des gants de boxe faisaient comme deux points auxquels j’étais suspendu. Ses sourcils, relevés en forme de guillemets m’amenaient à penser qu’il ne rigolait pas, et lorsqu’il s’était approché de moi, j’avais craint qu’il ne m’assénât un double crochet, un de sa droite, l’autre de sa gauche. Je précise, entre parenthèse, que taillé comme il était, je n’avais nulle envie de ponctuer le sol de points ou autres virgules rouge sang.

Je regrettai, en cet instant, l’indigence des ponctuations sur lesquelles je ne pouvais compter pour me sortir de ce pétrin.
Aussi décidai-je en cet instant d’en bricoler de toutes nouvelles qui sauraient me sortir de quelque nouveau mauvais pas.
Me référant à cette entreprise de sauvegarde des mots mal cédillés que j’avais montée de toute pièce plusieurs années auparavant, je me mis au travail et m’y tiens encore à ce jour, sachant la tâche ardue, même posée noir sur noir. Une fois banni le slogan hallydaïen « Il n’y a plus d’espoir », je pris langue avec d’éminents linguistes qui, à coup sûr, sauraient m’assister dans ce travail. Jalousie ou incompétence, ils me tirèrent la langue, et moi ma révérence. Mes références étaient, paraît-il, sujettes à caution et, ne possédant pas le moindre sou vaillant, je ne pus en payer aucune.

Retiré dans mon atelier de cédilles, j’entrepris d’y mettre de l’ordre pour faire place nette : une enseigne de Maconnerie générale eut vite fait de rejoindre l’appentis où mon apprentis la rangea avec quelques autres restées en souffrance pour cause de décès suite à des maladies diverses, longues et douloureuses et autant d’accidents. Il les avait classées, non par ordre alphabétique, mais par taille, ce qui, somme toute, était d’une logique imparable. Dans le cas où d’éventuels successeurs voudraient récupérer leurs biens, il n’y aurait aucune difficulté à remettre la main sur « Calecons pour dames et messieurs », « Maconnerie Générale », « Menuiserie du Colimacon » (spécialiste de l’escalier en colimaçon) et autres. Une seule enseigne, la seule prête à être livrée, car achevée, fut mise de côté : « Grands Vins de Maçon », oeuvre d’un apprenti précédent que je m’étais résolu à renvoyer après qu’il m’eût fait une dizaine d’autres bourdes du même genre. À l’époque, et histoire d’élargir la clientèle lorsque toutes les entreprises en manque de cédilles eurent été satisfaites, j’avais traité tous les types d’enseignes, y compris celles des restaurants chinois avec leurs caractères bien spécifiques, on le sait.
Il me fallut plus d’une année d’un labeur d’arrache pied et dans le secret le plus absolu pour mettre au point ma collection de ponctuations.
Les brevets sont déposés : je suis vendeur.

Vous mettre l’eau à la bouche ? Pourquoi pas ? Mais ne comptez pas trop sur moi pour faire cela dans les règles de l’art, n’ayant jamais suivi de formation faisant appel au concept A.I.D.A.C. que m’avait vanté un représentant révélé, un de ces êtres qui se disent éveillés mais qui ne se sont jamais réveillés. A.I.D.A.C., ma foi ! La Bible du vendeur, en 5 points : Accueil-Ambiance – Intérêt – Démonstration – Achat –Confirmation. Si avec ça tu ne vends rien…
Sans doute vous est-il déjà arrivé d’écrire une phrase a caractère irrévocable, en la finissant par quoi, je vous le demande, par un point, un vulgaire point. En le posant, vous avez dû ressentir comme une frustration, car ce que vous auriez aimé qu’il exprime, c’est « un point c’est tout ». Cette ponctuation existe désormais, et vous pouvez l’acquérir contre une somme modeste au regard des nombreux avantages que vous en tirerez, aussi bien dans le domaine de l’expression écrite que dans celui de l’expression verbale.

«Est-ce tout ?», m’interrogerez-vous en donnant un sens dubitatif ou moqueur à votre expression. ? Que nenni ! vous répondrai-je en vous présentant notre catalogue.

Extraits de notre catalogue :

• Le point c’est tout.
• Le point dubitatif.
• Le point mise au point (qui remplace avantageusement les points sur les i)
• Le point interrofirmatif (comme dans la phrase « C’est pas bientôt fini ?! »).
• Le point sans suite (lorsqu’il semble qu’on pose une question, question à laquelle, non seulement on n’attend pas de réponse, mais on ne veut pas de réponse).
• Le point-barre, parent du point c’est tout, il met en garde l’interlocuteur, le prévient d’un danger imminent s’il continue à discourir, s’il répond…
• La virgule flottante, qui permet plusieurs interprétations à une phrase donnée et qui se montrera incontournable dans certaines professions (politique, ressoures humaines, diplomatie).
• L’apostrophie, qui indique à l’interlocuteur qu’on s’adresse effectivement à lui et qu’il y va de son intérêt à bien écouter ce qu’on lui dit.

Nous sommes bien entendu à votre service (payant) pour répondre à vos attentes. Et vous ne serez pas déçus : vous attendrez.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Ponctuations et accents

  1. Martine Alix dit :

    J’ai eu une révélation à une exposition de Bandes Dessinées d’Angoulême. Je suis restée des heures devant ces pages dessinées, à observer toutes ces bulles remplies de argh, vlan, coin coin, humpf, gna gna gna, ouf, chut, beurk, youpi, patatrac, badaboum.
    Après l’expo, la plupart des bulles étaient vides. En rentrant chez moi, quand j’ai vidé mon sac d’onomatopées sur la table de la cuisine, sont tombés beaucoup de coin coin, slurp, argh, snif, clap, hips, crac et vlan et autres fruits du larcin.
    Je sais à présent qu’il s’agit d’une langue primitive à part entière, commune à tous les peuples. Je me suis aperçue que certaines onomatopées sont tombées dans le domaine public. Clic clac est même devenu un terme générique, ainsi que ping pong ou le scratch, cette bande collante pour fermer les vêtements. Il serait donc plus que temps de faire un dépôt légal de tout ça. J’affirme, en outre, posséder les véritables sonorités et prouver que celles produites par les dessinateurs de B.D. sont fausses.

  2. Saillard dit :

    Et pendant ce temps je suis apostrophée de temps d’inspiration.
    Qu’y a t-il au fond de ton verre? plus rien? ça ne m’étonne pas!
    Plein de bises te sont envoyées depuis la petite montagne

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