La mer les emportera

Il l’étreint, elle l’étreint, il s’éreinte, elle l’éreinte, elle l’allume de fards pour quelle route, la leur.
Reine, sirène, égérie, muse, elle s’amuse à se jouer de lui, sans mal y pense, se joue à l’amuser de lui lorsque, errance marine, son nom s’égare, coule entre naissance et vie.
Les vagues s’affolent la voyant les fendant, en perdent le rythme jusqu’à venir se briser en n’importe quel isthme, estuaire, fente, du moment que l’odeur d’iode, de pisse et de menstrues éclate, fleur épanouie dans cette putrescence jamais assez magnifiée.

Figure de proue, fesse de poupe bien singulière, on est sirène ou non, il se berce en son linceul d’écailles, croit nager mais ne fait qu’y sombrer, naufrage, ne sachant y nager. Elle l’emporte en ses eaux amniotiques, remembrance, rappel, souvenance, recouvrance, amnésie, c’est du pareil au même quand on ne sait même plus qu’on ne sait pas. On ne sait rien de la vie, il en sait tout autant, ne sachant pouvoir savoir quoi que ce soit, si ce ne sont les abysses organiques qui le nourrirent avant de le voir mourir à la vie en cette date anniversaire, un jour finalement comme les autres, pour les autres, de cette année lointaine.

Il s’épand, se répand, s’épanche en elle, royale figure de proue qui en prend plein les ouies lorsque Eole se fait furieux de ne pas encaisser de royalties des grands fabricants d’éolienne, Mistral, Grec et Autan en emportent le vent et son souvenir. Entre ses cuisses, ayant fouit sa tête en son antre intestine, elle le lange, lui dit des mots qu’il ne sait comprendre, le berce, le console d’avance de ce qui adviendra, le silence. Le silence d’un coeur qui, s’il bat encore, bat pour lui, tam sans tam, ou s’il bat pour deux, comment l’entendre à travers les brumes ?

Navire, il est navire, porté par son souffle à elle qui fait naître les embruns. Elle déchire les lames de larmes, sassant ressassant toujours ces mêmes mots d’amour qu’elle ne sait que dire, sac et ressac. Il ne sait les entendre, tumulte de la mer, ses oreilles sont ces astres perdus de part et d’autre du sexe. De sa poitrine gorgée de sève, celle qu’elle ne donna point pour, peut-être, pouvoir l’abreuver lui, la voilà ouvrant une déferlante, l’abreuvant d’injures, la déchirant, l’envoyant s’aller fracasser ailleurs, comme à Ostende au casino.

Ceux du levant attendent leur heure, qui ne viendra pas. L’est est pourri, orage et grain ; l’espoir est au ponant, quand la signalétique leur met un STOP en pleine poire, blette.
La voila cependant, nez au vent, rampant, glissant, flottant, nageant, gueulant dans son porte voix pour que les rafiots dégagent la voie et que le temps se mette au beau. Elle les veut tous deux arriver.
Femme, elle est mère d’homme et il est homme. Il s’allonge en cet écrin dans lequel il se sertit, s’y love.

Par beau temps, on les voit croiser au grand large.

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D’abord, les paumes des mains, ouvertes, s’offrant à recevoir ce qui jaillira de son océan, fosses et dorsales. Doigts dressés, antennes, à palper un impalpable indicible qu’il voudrait revêtir de mots pour préserver la pudeur.
La peau, écran d’innombrables pixels, des millions, pour recevoir l’image de ce qu’est vivre à ses côtés, elle qui, peut-être autant que lui, se languit de ce temps qui se fait attendre comme de celui qui sépare et comme, encore, celui qui sans cesse relie comme il les relia ailleurs et déjà.
Il conjugue les accords, essayant d’autres harmonies, piano, pianissimo pour ne point effaroucher sa belle que les tumultes attristent, attisés par ses propres tumultes lorsque le vent, plutôt que de les porter, les emporte, tempête.
Les phalanges qu’il aurait pu aimer baguées, chevalières, sont libres et nues de tout contrat, ce qui leur donne la liberté d’aimer, tandis qu’habillées d’or ou d’argent elles eussent été parées des barreaux de la pesanteur. Les doigts, dix, courent sur le clavier, évitant les accords parfaits, reflets des visages sans tain qui laissent s’enfuir les regards qui, s’en allant, s’en vont se perdre.
Les lèvres s’en mêlent qui murmurent des mots à défaire les murailles, au creux d’autres lèvres, là où s’est brisé le mât de son esquif. Artisan de la mer, de ses eaux, de ses salins asséchés aux étés trop longtemps sans pluie, de ses colères, de ses vagues à l’âme, de ses soupirs et de ses joies qui laissent pantois de bonheur, il sait le travail du bois, du chanvre, du naphte. Ses mains sont prêtes à affronter cals, gerçures et ravines : à la mâture, radoub terminé, la grand voile s’ancrera.

Elle se nomme, par sa chair, houle, marée, mer étale. Il y navigue à vue, ne sachant de quel autre instrument se servir n’ayant pour seuls biens que ses yeux verts ouverts que son coeur dessine. Ne pouvant voguer sur elle, le voilà qui vole, la survole, trouvant parfois un havre, frêle escale qu’écourtent les fantômes de ses voyages passés. Ils mugissent, rugissent, font écho aux hontes, aux ordres, aux abandons, aux naufrages qu’une histoire à tracés, dans le lointain.
Son ventre sur le sien dit épousailles, sa vergue tournant du noroît au suroît cherche le souffle qui lui fera accoster l’île qu’elle est. Il a soif.
Elle se nomme puit, source, torrent. Il s’y rafraîchit mais ne peut s’y baigner, ne sachant, lorsque le feu le prend, en quelles eaux il se trouve.

Défaire les fils qui lui ont scellé les lèvres comme il défait les siens propres, en cet instant.
Il est nu, en offrande, pour laver ses offenses.
Il se livre, pieds, mains et parole déliés.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour La mer les emportera

  1. Phare & Night dit :

    Je partage avec Saillard. De la densité et aussi de l’espace entre les mots, entre les vagues, creux et crêtes, pas des non dits… de l’espace pour des mots à soi, qui viennent comme des images. Quelque chose de sidéral. Et puis de l’amour, beaucoup, où les corps de chair sont aussi présents que ceux de l’esprit.

  2. Saillard dit :

    Bien sur, le ton est tellement différent de l’autre soir, que, je te reconnais là.
    L’émotion sous tendue dans ces lignes.
    La densité qui permet quand même de laisser aller son imaginaire, c’est ce que je ressent souvent en te lisant.
    Une sensation qui reste après la lecture, laquelle? contente que tu ne me le demandes pas

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