Avoir ou être

Grévistes ou non grévistes, tout le monde voit midi à sa porte, mais ce n’est ni la même porte, ni la même heure. Si les uns et les autres pensaient vraiment aux générations qui suivent, peut-être les premiers cesseraient-ils de faire grève tandis que les seconds la feraient sans tarder. On se rassure en se disant qu’il y a toujours de bonnes raisons à quelque engagement quel qu’il soit, y compris celui qui consiste à ne pas s’engager, qui en est également un, puisqu’il aura lui aussi un impact sur l’avenir. Cependant nombre de ces bonnes raisons s’avéreront avoir été illusoires et parmi elles, la plus déraisonnable et à laquelle s’accroche pourtant tout un chacun : la quête du confort et de l’aisance matérielle.
Grèves et manifestations sont de toute évidence indicatrices d’un malaise sociétal auquel les gouvernants ne savent, ne veulent ou ne peuvent répondre autrement que par des tentatives de copier-coller avec quelques aménagements, réajustements et correctifs mineurs qui jamais ne disqualifient en profondeur le passé.
Aujourd’hui plus encore qu’hier le discours est partout le même : priorité au développement, au “plein emploi” des gens (ce qui signifie clairement que ceux qui tiennent les rênes utilisent les gens comme on utilise un outil), à la consommation, car aussi surprenant que ce soit, on associe épanouissement de l’être à consommation, donc à richesse (car pour consommer il faut en avoir les moyens, et ces moyens passant par l’emploi…)

Obéissant à l’ordre fallacieux qui fait croire aux vertus de la possession matérielle, nous devenons de simples objets –utiles–, propriétés des possédants que nous applaudissons et mettons en place aux postes clés avec un blanc-seing plus notre bénédiction. Objets qui, lorsqu’ils ne présentent pas les garanties de rendement, de sécurité pour l’ordre établi et d’obéissance exigés sont jugés inutiles et mis au rebut.

Nous sommes dépossédés de nous mêmes.

Comment ne pas être trompés puisque que nous nous trompons, nourris que nous sommes d’envies préfabriquées non pas de mieux-être, mais de plus-avoir.
Dans nos sociétés du paraître et de l’avoir, soyons clairs : l’être peut aller se faire foutre.

Alors… travailler plus pour gagner plus ? Travailler plus c’est enrichir davantage les possédants qui tiennent les rênes, c’est nourrir ce système pervers et c’est participer à ce que les “inutiles”, vite jugés “nuisibles” soient définitivement exclus. Travailler plus pour gagner plus, c’est s’asservir davantage et participer à cette politique d’asservissement.

Aussi je m’interroge : grévistes et manifestants, non grévistes et attentistes, ne nous mordons-nous pas la queue, ne retournons-nous pas –comme d’habitude, car nos modèles sont prégnants– à notre vomissement ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Avoir ou être

  1. Saillard dit :

    Copier coller:
    « On se rassure en se disant qu’il y a toujours de bonnes raisons à quelque engagement quel qu’il soit, y compris celui qui consiste à ne pas s’engager, qui en est également un, puisqu’il aura lui aussi un impact sur l’avenir. »
    Des mots qui me parlent.
    Et une patiente, encore une, cet après midi…m’expliquait qu’elle travaille à MacDo et qu’elle s’est mariée avec son ami pour les démarches d’adoption qui lui tiennent à cœur (stérilité par maladie congénitale, elle le sait depuis sa naissance, elle…). Mais quand l’enfant sera là (après dépense de 20000 euros dit-elle), elle envisage d’arrêter ce travail pénible et pas valorisant. Elle divorcera. Elle vivra de l’allocation parent isolé (que je mettais au pluriel!), APL…afin de profiter du quotidien. Ses frais seront moindres (loyer, impôts,…) et son bien être, pense-t-elle aujourd’hui, ne sera pas affecté par l’arrêt de sa vie professionnelle et par son niveau de vie minimum.
    Que dire à cela.
    Moi qui suis si « fière » pour elle qui travaille, d’où elle vient. La société ne sait pas, apparemment, encourager ses efforts. Question de culture?
    Fabienne

  2. Mgr Machin dit :

    Tout à fait d’accord. Il y a une réduction terrible de la pensée et l’humanité continue tranquillement à creuser sa tombe.

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