Éleveur et emploi à mi-temps

Ah nom ti dieu, on m’y r’prendra à vouloir faire le figurant dans un téléfilm qu’i devaient y tourner au pays.
Oublie pas d’y aller avec ton bouc, qu’on m’avait dit. Un saligaud, oui, qui se payait ma tête.
C’est quoi c’t’affaire qu’on m’a dit quand ils ont vu la bête.
Bref on s’est bien gaussé de moi, mais pas moi. Sauf quand le bouc il a chié dans le bureau, que les gonzesses et les mecs qu’étaient là ils étaient bien dans la merde.
Autant dire qu’i m’ont pas demandé si j’avais un imêle pour me stipuler quand c’est que je commencerais à tourner, comme on dit.
Cela dit j’aurais ben dû me méfier. Déjà quand au téléphone i m’avaient demandé si que j’avais un planinnegue chargé, que je sais même pas c’que c’est que leur truc et encore moins si ça s’écrit comme j’y écris là.

Après, comme les bêtes je connais, j’ai postulé comme i disent à un poste, c’est pour ça qu’on dit postuler, à un poste pour s’occuper de bestiaux dans un zoo. C’est le manageur qui vous recevra qu’on m’a dit au téléphone. C’est bien le téléphone, ça permet de dire des trucs qu’on a pas tant besoin d’y dire mais qu’on y dit quand même. À l’entrée j’ai demandé où c’que la ménagerie elle était, que j’avais rendez-vous avec le manageur qu’est le chef de la ménagerie. On m’a envoyé à perpète dans le bureau d’un gars bizarre avec un chapeau de coboye. Vous avez déjà fait du neursinnegue, qu’il m’a demandé. J’ai dit non et il a dit non aussi. Pour être plus précis, parce que je le suis, il a dit non merci ça fera pas l’affaire. Alors je suis reparti chez moi. Dans un enclos y’avait des bébés je sais pas quoi, des bébés que j’aurais su m’occuper comme i faut, mais tant pis.

Après, ça a été quoi. Attendez que j’me rappelle.
Germaine, ça a été quoi après c’histoire de neursinnegue ?
Les aliments pour bétail, qu’elle me crie de la cuisine. Germaine, à force de rappeler les sales bêtes, je veux dire les cochons qui en font qu’à leur guise, qu’on m’a dit que ça venait d’un duc qui faisait rien que ce qu’il voulait, un qui saignait autrement mieux que nous les cochons, i paraît, Germaine faut toujours qu’elle crie. Remarquez ça m’arrange parce que question de répondre à des questions si on me cause pas fort, on peut attendre, vu que je suis sourd. C’est à cause que tes vaches elles te pètent aux oreilles quand tu les trais m’a dit Bébert. Quel con, mes vaches elles pètent moins que lui. Ceci dit, même si j’entends, c’est point si sûr que je réponde, relatif au fait que j’y connais pas grand chose en tout.
Les aliments pour le bétail. Casteulfoud, c’était marqué. Un casteul je sais c’que c’est, on en a aussi chez nous et je serais pas surpris qu’ils nous aient volé le mot. Foud j’ai compris que ça voulait dire aliments, faut pas être futé pour ça. Un machin anglais ou américain, enfin dans ces coins là. Y avait une réunion à c’que j’ai compris après, mais quand je fus rendu sur place, ils avaient dû changer d’avis. Plein de postulants, qu’il y avait dans une comme salle d’attente où c’était marqué en gros que le brifinnegue était repoussé à 10 h 30 au lieu de 8h, que je m’étais organisé à cause qu’une génisse allait mettre bas. La réunion ils en disaient rien. Je m’en suis retourné à la ferme juste à temps pour oeuvrer. Que je te retrousse les manches, que j’te me mette à califourchon sur la bête qu’était pas tant forte pour y faire son p’tit toute seule.
L’est ben beau, qu’elle a souri Germaine. Ben qu’est-ce tu veux que ce soit que je lui ai rétorqué. Les vaches ça fait des veaux à c’que je sache.

 

Après, c’est quoi que j’ai encore essayé.
Germaine, après Casteulfoud, c’était quoi ?
Manu-King !
Tiens donc, je les avais oubliés ceux-là. Manu-King. Les rois de la manutention. Attention, hein, une grosse grosse boîte et tout, le patron pas n’importe qui, les délégués syndicaux pas n’importe qui, les contremaîtres pas n’importe qui. Tout le monde pas n’importe qui, mais tout le monde n’importe quoi. Des mal intentionnés, oui. Alors j’te leur ai manutentionné leur fourbi, fallait voir, aïe mes aïeux ! Moi aux commandes, les Manitou, c’est des chariots élévateurs comme çui de la ferme de Bébert, ils en ont manié et surtout remanié de la marchandise.
Vous êtes viré, qu’on a cru m’apprendre le soir même, mais j’y savais avant eux, des gros cons. Sous prétest qu’ils avaient un cariste à l’hosto, c’est le maire qui leur avait dit que je savais y faire. Le maire c’est un marrant. À entendre les administrés, y a que lui qui a dû voter pour lui, mais il s’est quand même retrouvé être monsieur le maire. Tu parles d’un monsieur, qu’elle rigole, Germaine.

 

— Vous êtes cariste ?
— Un peu mon bonhomme. À la ferme, qui c’est qui y fait d’après toi ?

C’est le seul curiculomme vite fait qu’ils m’ont demandé.

À 18 heures, les chefs d’équipes C et D au débrifinnegue, qu’ils ont dit dans les hauts parleur. La D, c’est l’équipe où j’étais le matin, et la C, celle de l’après-midi quand ils m’avaient mis sur un chariot qu’à côté, çui de Bébert i sortira de la chaîne de montage dans le futur.
Si ça c’est pas de l’obsolète, je leur ai fait remarquer. Non, on a que du Manitou ici, et tu feras avec comme les copains.
Quels copains ? je leur ai demandé sans attendre de réponse.
Les deux gars de la C et de la D ils m’ont dans le nez, et c’est pas plus pire que je sois viré. J’aurais resté, ils auraient trouvé moyen de me refiler un engin du temps des romains.

Des boulots c’est pas ça qui m’a manqué à chercher et c’était pourtant pas par vice que j’en voulais. Faut dire qu’à la ferme, c’est pas ça qui manque. Non, ce qui manque, c’est les pépètes, les sous quoi. Hé oui, pace que, c’est pas pour dire, mais avec Germaine, c’est pas le vin bouché tous les jours, ni le pot-au-feu, si c’est pas de la tristesse avec tous les bestiaux qu’on a et qui faut bien qu’on s’en occupe et qui faut bien qu’elles mangent, les bêtes.
Mais nous, ça va pas pouvoir durer bien longtemps comme ça. C’est pas tant qu’on gagne rien, mais c’est qu’on perd tout. À chaque bête qu’on vend, on perd. Ah nom ti dieu !
T’en connais beaucoup toi, des métiers où quand un client t’achète quèque chose c’est lui qu’encaisse ? Pace que nous, les ploucs comme y en a qui disent, les pécores, c’est ça, à une vache près.

Germaine, c’est quoi déjà le nom des boîtes qu’embauchent du manutentionnaire. Tu sais, les zipers ? C’que t’as vu dans dans le journal? C’est pas L’Idole et les Moustiquaires, ou pas loin?
Voui, qu’elle m’a dit. Sur la route de Plainboeuf. Tu penseras à passer payer le vétérinaire.
Et avec quoi, que je lui ai dit. Avec mon cul ?
Ah nom ti dieu de couillon, qu’elle a répondu, cesse donc de faire l’andouille et le malotru. On y a dit pour les oies, les deux bien belles. Lui, au moins, c’est pas du vol. Donnant, donnant.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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2 commentaires pour Éleveur et emploi à mi-temps

  1. C’est ben vrai, mais j’y ai aussi stipulé stipulé, qui fait pas tant de l’ancien parler comme nous, et pis si j’y ai dit obsolète, c’est p’têt que j’y suis aussi.

  2. grand loup dit :

    j’adore !
    l’écriture rend bien le vocable fermier. le « obsolète » surprend un peu non ?
    ça pourrait bien faire un court métrage

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