Racing with the sun

L’Internet, c’est pas rien.

Tu vagabondes dans le crâne. Tu erres entre mille portes, pertuis. Tu bafouilles à l’inconnu et à perte. Tu rêvasses à tes derniers cauchemars qui remontent à si loin que tu gamberges pour savoir si ça va si bien que ça. Tu crois remonter dans ta vie de mouflet mais tu y redescends, trop petit pour emprunter à rebrousse-toi l’escalier de la cave où c’est le noir de marc de café, panique, tu es perdu. Tu frappes à l’aveuglette pour saisir ta vie sur des touches molles qui dégoulinent de bêtise et de fatuité. Tu redores ton blason mais ton blaze te poursuit, te rattrape, te confond. Tu biffes ce dont tu as honte, tu surlignes ce dont tu es fier, tu minuscules tes petitesses. Tu tournes les pages, les jette sans même avoir à les déchirer. Tu économises. Tu gobes. Tu sombres mais toujours surnage, et merde, encore loupé. Tu vois grand. Tu penses grand. Tu envisages grand mais ton visage dans le miroir te ravines. Tu ne pues pas. On ne pue pas sur Internet. Ça sent rien Internet. Même quand ça saigne, pleure, chie de frousse parce que, parce que.

Vas-y si tu ne me crois pas. Tape n’importe quoi. Cherche n’importe quoi. Quelle importance ? Tu tombes toujours sur toi, rien que sur toi. Le reste c’est de la conserve de bla-bla. L’accident d’avion, c’est toi. Le ras de marée, c’est toi. Le gosse de l’actrice machin, qui vient de naître, c’est toi. L’éruption vocanique, c’est toi aussi. Les élections, bien sûr que c’est toi, qu’est-ce que tu crois ?.
Pas d’échappatoire. Dans le cul la balayette comme disent les dames pipi et les agents de surface qui, comme toi, n’arrivent jamais à couler tout à fait.

Puis à un moment, tu te vois, immobile. Le regard fixe et vide, la pensée limande, bouche bée humide, filet de bave comment on dit déjà ? aux commissures. Des commissures tu n’en as plus. Coupé de toi, coupé en toi, coupé du monde. Séparé. Diabolisé.
Tu cherches tes mains : néant. Tes pieds, tes bras, ton torse, ton corps : néant. Disparus. Vacuité.

Non mais t’as vu l’heure ?
D’abord tu dis que tu t’en fous. Tu tiens, tu résistes.
T’es sûr que t’as vu l’heure ?
Non, tu n’en es pas sûr. Alors tu la regardes. En sachant que tu vas te faire baiser encore une fois par le temps.
Un petit semblant puis tu plies bagages.
Non, pas tout de suite. Une dernière recherche. Quête ? Une dernière page à lire de travers, vite, vite, vite, parce que le temps presse.
On a tout le temps. Surtout celui de se raconter des histoires de ce genre.

Racing with…

C’est quoi ça ?
Tu règles ta focale. La suite, tu la connais. Une histoire de soleil, de course après le soleil. De course après le temps.

Racing with the sun.
Ecrit bleu sur blanc.

Tu sais très bien que ça te rappelle quelque chose, tu sais très bien que tu avais envie de tomber là-dessus. Fais pas semblant.
Alors, clic, tu y vas. Et tu bascules avec délectation et conscience.
Les nostalgiques, crois-moi, valent largement les antalgiques. Surtout les dimanches de novembre.

L’Internet, c’est pas rien !

 

Get your day’s work done
Get your day’s work done
Or soon you’ll be
Racing with the sun.

Make your plans today
‘Fore the evening’s on
Or you’ll end up
Racing with the sun

Hard, hard, times
That you’ve had
Hard, hard times
But today you’re mighty glad.

‘Cause your work’s all through
And your battle’s won
Now you’ll never never be
Racing with the sun.

 

Merci à Annabelle Chvostek et aux Wailin’ Jennys

Racing with the sun
Annabelle Chvostek

Racing with the sun
The Wailin’ Jennys – from « Live at the Mauch Chunk Opera House »

 

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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