Déchéance de nationalité

S’il faut que je tue un policier ou un représentant de l’ordre ou un représentant de l’autorité de l’État ou un représentant en petites culottes ou vin et spiritueux pour être déchu de ma nationalité française, je suis pas sorti de l’auberge.
D’abord, faut que j’en trouve un. À quoi ça se reconnaît, un représentant de l’autorité ? À ses galons, à son arme, à son air soumis et fier de l’être, à ce qu’il dit qu’il est pas la moitié d’un con ?

Je m’ai promené dans ma cité. Ma cité c’est pas la Villeneuve de Grenoble, mais une jolie cité quèque part en bas à droite, mais pas trop bas de l’exact gone, sur la carte, pas d’identité, mais géographique de la France.
Tiens, et la France, elle en a-t-i une carte d’identité ? C’est où qu’elle est née, c’est qui son père et sa mère, hein ? J’parle même pas de ses mémés et de ses pépés et de ses cigarettes et de son whisky qu’elle est pas trop connue pour ça.
Et elle en a-t-i pas tué des représentants de l’autorité, la France, et p’têt même pas des moindres. Elle a-t-i été déchue de sa nationalité française, que je vous demande, monsieur le ministre des vérités et de je ne sais quoi ?

C’est au petit bonheur la chance ou la malchance que j’ai débarqué sur Terre. La famille, le pays, je me rappelle pas y avoir mis sur mes désirs et ratas, ou alors c’est que j’ai perdu la mémoire. Dans ce cas là c’est point si grave, parce que il y en a d’autres qui l’ont perdue, leur mémoire, et depuis si longtemps qu’ils s’en rappellent même plus. Si ils veulent que je leur mette le nez dans leurs épinards, i m’y disent, et même que c’est pas sûr que ce soit utile, parce qu’ils y savent encore mieux que moi toutes ces menteries et méchancetés qu’ils veulent plus se rappeler, que c’est pourquoi leur mémoire a flanché.

Ma carte d’identité, je sais même pas sous quel pied de table je l’ai coincée, parce qu’il faut que je dise que mes tables, i y’en a pas une qui marche pas que sur trois pattes. Celle de la cuisine c’est pire. C’est là que j’ai dû la coincer, avec celle de la Sécurité sociale, le machin en plastique pour ouvrir la gâche de la porte, qu’elle s’est toute gâchée à force d’y faire. Les machines du docteur elles peuvent plus y lire, mais je m’en fous. Vous êtes complètement malade, qu’ils m’ont dit les docteurs, même ceux de la tête. J’ai même pas mal à la tête. Puis si je suis complètement malade, comme ils disent, je crois pas que ça serve à rien que je me fasse soigner, alors leur carte, sûr que je l’ai pliée en deux et coincée avec l’autre, de l’identité. La table de la cuisine c’est la pire, qu’elle est bancale comme un cul de jatte.

Bon. Les représentants de l’autorité, c’est pas écrit dessus, même ceux qu’ont un uniforme qu’ils sont tous pareils, à part qu’il y en a qui ont l’air plus mauvais que d’autres, mais c’est pas une preuve comme quoi c’est des représentants.
Alors j’ai demandé. Vous êtes une autorité ? Vous êtes représentant ? Vous êtes un monsieur le ministre ou je sais pas. Vous êtes quoi ? Parce que si je veux plus être de ma nationalité parce que je suis déçu et que je veux être déchu, i paraît qu’i faut que je tue quelqu’un comme vous. Attention, hein, je dis pas que je vous en veux, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est la loi, c’est comme ça et si on en veut pas, faut circuler. Celle-là on me l’a sortie plus souvent que les fois où je trouve que la vie est belle et que je le crie sur les toits, que ça risque pas à cause que j’ai peur du vide.
La vie elle est pas si moche que ça quand t’es représentant de l’autorité. Enfin, moi je trouve, parce que ils ont pas l’air malheureux à dire qu’ils s’occupent des malheureux et tout…

Moi comme identité, j’aimerais être bougnoule comme ils disent des fois les gars en bleu foncé avec des machins qui brillent dessus qu’on dirait de l’or, qu’on les voit par deux trois quatre dans les rues, avec des chiens à leur arme, parce que bougnoule, comme ils disent, t’as pas à chercher le représentant de l’autorité. Tu te balades et hop, ni vu ni connu la voilà l’autorité, elle est là, à plusieurs même. Vos papiers qu’ils disent. C’est la preuve qu’ils sont représentants. Si tu les a pas ou que tu mets un peut trop longtemps à les sortir, du genre cinq secondes, ou si tu dis quoi, qu’est-ce que j’ai ENCORE fait, parce que si t’es bougnoule c’est que t’as fait quelque chose qu’est pas bien ou même si tu l’as pas fait, rien ne le dit que t’y as pas fait, ou que tu vas y faire, ils te les redemandent qu’une fois, pas deux. Tes papiers salopard, ils disent pas toujours salopard, mais des fois c’est pareil parce qu’ils l’ont tellement fort en tête que ça te pénètre sur le champ. Bougnoule, je sais que ça se dit pas, c’est comme tous les trucs comme ça, tu le dis pas mais tu le penses. Gros, con, vieux, mongol, ça va pour ceux qui pensent, mais moi je pense pas à vitesse granvé et même que des fois je pense pas du tout comme quand je suis perdu dans mes rêves où là, c’est bien et tout facile. Bref c’est comme si je pensais pas alors du coup j’y dis. Mais quand je dis bougnoule, j’y peux rien parce que c’est pas pensé. En plus que je trouve bien d’en être un, j’ai pas à chercher de représentants de l’autorité, ils viennent tout seul.

Comme là. Ils sont sur moi. I y’en a un qui dit putain de melon, on va t’en donner. Un imbécile faut croire. I pleut pas i neige pas i y a pas de soleil, je vois pas pourquoi je serais sorti avec qu’en plus on se moque quand je le porte, que ça fait pas avec mes chaussures, des vraies éculées que ça doit être à cause que je marche sans repos parce que j’ai rien où me poser sauf mes chaussures.

Ton adresse ? C’est pas l’adresse qui me caractérise, mon père déja il s’en était rendu compte et m’y disait avant moi que je m’en suis rendu compte. J’ai pas d’adresse que je leur dis, même que mon père i me disait que j’étais d’un gauche comme pas deux, tu te rends pas compte. Ah, il a pas d’adresse le basané, hé ben on va lui en trouver une d’adresse, qu’ils disent. Au poste et en taule.

Une pensée est venue, mais attention, je l’ai pas fait exprès pace qu’elle est venue sans que j’aille la chercher, J’ai pensé que l’occasion était là pour en tuer un, de représentant. Pas d’arme, rien que mes mains et ma tête et mes pieds, mais je peux toujours essayer. Le risque c’est pour eux. Pis une autre idée est venue, pareille, sans que je suis allé la chercher, comme quoi ma nationalité coincée sous le pied de table, je l’avais comme qui dirait perdue, même si la table et son pied bancal je sais où ils sont, mais pas ici. C’est sans identité que je me balade. Du coup je m’ai demandé si j’existais encore, puis après je m’ai dit que c’était idiot et que j’avais plus qu’à tuer personne. Et c’est ce que j’ai fait. Sans mes papiers de l’identité puisque je me promène pas avec ma table de cuisine, ils pouvaient pas me destituer que je suis Français, sauf si je leur disais sous quel pied de table elle était.
Après quand je me suis rappelé que j’avais été excommunié, je m’ai dit que je prenais souci pour rien. J’avais pas vu en quoi qu’on m’ait donné l’excommunication ça avait fait de moi un pire chrétien que les autres. J’en connais, et vous aussi, qu’on leur a pas donné l’excommunication, mais faut voir comme ils se comportent, pas joli joli.

Au poste quand je leur ai dit ça, que j’étais excommunié et qu’à pas douter et jusqu’à preuve du contraire j’avais tué personne même si j’étais un bougnoule qu’ils avaient pas le droit d’être racistes à me le dire, eux, ils m’ont dit j’te conseille de la fermer, comme si j’écoutais les conseils, qu’ils y croient… Je l’ai ouverte encore plus grande et c’est là qu’ils m’ont enfermé derrière des grilles, comme si ça allait les empêcher d’entendre.

Après je sais pas bien ce qui s’est passé, j’ai dû m’endormir et quand je m’ai réveillé j’étais pas là où j’étais avant que je m’endorme.
Vous êtes une autorité que j’ai demandé à un gars en blouse blanche avec un collier idiot autour du cou. Non, il m’a dit, je suis le docteur.
Docteur en quoi je lui ai demandé. Il a pas répondu. Je lui ai dit que j’étais un niakoué et que son collier était idiot. Ah bon, bien, très bien qu’il a dit en se tordant les mains et en se marrant. Et moi je suis le Président, qu’il a rajouté.
C’était trop beau. Je sais pas pourquoi, mais malgré que j’avais mal partout, je lui ai sauté dessus pour le tuer. Je vous en veux pas, enfin pas trop, je lui ai dit, mais c’est juste pour que je sois déchu. Il a gueulé de toutes ses forces et ils sont venus à plus d’un et j’en ai entendu un autre qui râlait comme quoi ils font chier les mongols, en plein match. Boulot de con a dit un autre qui doit avoir raison.

Après je sais pas bien ce qui s’est passé avant quand je me suis réveillé. J’étais comme attaché sur un lit dans une pièce toute moche, sauf la table de ma cuisine, celle avec son pied bancal qui touchait pas le carrelage, sans doute à cause du vide en dessous. Le vide ça fait comme de l’obstacle qui empêche les choses et les gens d’être reliés. J’ai quand même fait aller mon doigt jusque par terre pour vérifier si ce que je voyais était la vérité vraie. J’ai eu qu’à faire m’allonger le bras, c’est pas compliqué. Rien que du vide complètement troué.

Alors j’ai fermé les yeux et je m’ai laissé gagner par la félicité.
Je me suis retrouvé à cavaler en Altaï. Je sais, c’est pas la Mongolie, mais c’est tellement pas loin que c’est du pareil au même question ressemblances.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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6 commentaires pour Déchéance de nationalité

  1. grand loup dit :

    c’est pas trop rassurant mais j’aime bien (je suis dans un petit village ou les représentants de l’autorité sont rares donc je ne risque rien quoique ???)

  2. L'auteur dit :

    Rassurez-vous, je prends mes cachetons midi et soir. Et je me demande s’ils ne sont pas responsables de ce que j’écris TOUT SEUL, avec pour seule aide ce génie créatif qui me caractérise et que même JC Van Damme m’envie. C’est peu dire !

  3. Dithyrambique dit :

    L’Altaï, ça doit être bourré de crazy horses, mais pas sûr qu’ils soient aussi fous que l’auteur de l’article. Je me pose une question concernant la rédaction de ces textes, car on y trouve des styles bien différents, même s’ils ont je ne sais quoi en commun. Est-ce toujours la même personne (Vaissiere) qui les écrit? Il les pompe? Il les vole? Quelqu’un lui dicte?

    • cortisone dit :

      Non c’est du tout Pierre, craché tout cru !
      @ Pierre, heureuse de te retrouver, je t’embise.
      Cortisone.

      • C’est bien la première fois que quelqu’un m’embise, et j’avoue que c’est délicieux. Merci Corps-tison.
        Du coup, lorsque je m’attelerai à certains textes je ne pourrai que penser à toi et à ton joli mot qui a fleuri cette grise journée de novembre (en fait, je n’ai pas mis le nez dehors, mais c’est bien connu que novembre est grisouillet).

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