Pierre C.J. Vaissière : un mythe doublé d’un escroc

Un escroc qui me plagie.

J’étais chez moi, tranquillement assis à écrire quelque magnifique phrase dont j’ai le secret –que je ne dévoilerai pas–, lorsque je vis l’intrus, face à moi. Il écrivait, sans doute à asseoir quelque glorieuse réputation, son ego ne connaissant pour limite que celle de l’univers créé et à venir. J’en étais à la dernière ligne, mettant un point final d’interrogation à un questionnement des plus philosophiques, de ceux que seuls les grands esprits sont capables de produire, quand je compris qu’il était en train de copier ma prose. Son air dégagé et désinvolte en était une preuve, autant que le Pont de la rivière Kwaï qu’il sifflotait, d’ailleurs fort mal, n’en connaissant manifestement ni l’air, ni les paroles qu’on se doit de siffler, contrairement à mon mainate qui venait de l’interpréter, là, avec brio, un compagnon de captivité qu’il avait ramené de Birmanie.

J’allais pour signer mon texte lorsque j’entendis un bruit sourd. M’étant retourné, je l’avais vu dissimuler promptement un tampon encreur semblable au mien que ma main s’était apprêtée à extraire du tiroir parfaitement fonctionnel dans lequel je range chaque chose à la place qui lui est dévolue, d’une façon que bien des secrétaires m’envieraient si elles voyaient à quel point mon sens de l’organisation est poussé. Me soulevant aussi légèrement que discrètement, car j’ai toujours tenu mon rang, je blêmis cependant en apercevant l’empreinte violette laissée par le tampon sur le feuillet fraîchement manuscrit de l’intrus, et qui n’était autre que ma signature. Saisissant la cage du mainate et de son compagnon reconnaissant, je la projetai sur l’individu sans vergogne, sans prendre la peine d’ajuster mon tir, chose inutile lorsqu’on est doté comme je le suis d’un sixième sens des plus aigus que jalousent les plus grands médiums. Le temps de me ressaisir, car un formidable bruit de verre brisé m’avait un instant laissé interdit, l’autre avait tourné les talons et disparu. Avec la table, la même que la mienne, ses feuillets, ses clics et ses clacs. La pièce d’où quelques instants plus tôt il avait épié mes faits et gestes pour les copier avait elle aussi disparu.

Puis, en relisant ces lignes machinalement, desespérant, sourire aux lèvres, y trouver la moindre faute ou maladresse, un terrible doute me prit quant à savoir si j’en étais vraiment l’auteur. Doute qu’il me fallait lever.

Je ramassai les morceaux épars du miroir, en reconstituai le puzzle que je collai derechef sur le mur.
L’intrus était là, mine de rien, à me regarder en coin en affichant un air moqueur.

« Qui est l’auteur de ce texte ? » lui avais-je demandé cent fois, usant de toute ma patience. Et que croyez-vous qu’il fit ?
Il me retourna la question. Cent fois.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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