Froid sibérien et Père Noël

Vous n’avez vraiment pas de quoi vous vanter de ce qu’il fait un froid sibérien, d’autant que :

1. les bises ça va un moment, puis quand ça dégouline et qu’il fait moins 15, c’est terrible.
2. Le froid sibérien, au cas où vous ne le sachiez pas, c’est en Sibérie que ça se passe. Et plus au nord qu’au sud, sauf si étant au sud on grimpe sur une montagne pour voir le bleu polaire du cercle du même nom, qui fait immédiatement penser au froid, contrairement au bleu solaire qui fait immédiatement penser à sa couleur complémentaire, quelque chose entre le jaune et le rouge, donc du quasi orange comme les feux lorsqu’ils ne sont pas verts.
3. Il fait largement aussi froid chez moi, d’autant qu’au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, nous habitons côte à côte, comme Adam et Eve, sauf qu’eux ne voyaient pas la mer, contrairement à nous qui avons construit dans une rue qui descend (les jours impairs) dans ce coquet village de la côte, encore plus coquet les jours impairs où on y a accès par la même rue, sens montée. En hiver, il arrive qu’on soit obligé d’attendre minuit que le jour s’impairise pour rentrer à la maison. Une yourte.
4. Les yourtes ont beau être adaptées au froid, elles vont être détruites et vous avec. La mienne, non, je suis à l’U-aime-pet, et ça fait fondre la neige, ce qui fait que ma yourte est une yourte d’été, avec parasols, piscine et soirées très in bourrées de pipols bourrés ou drogués comme les clowns. Les clowns, c’est un peu comme les poètes, rien que des drogués. Il y a les clowns tristes, ceux qu’on ne voit qu’en hiver, qui se gèlent les mains, les bras, même que ça remonte jusqu’au coeur, et les clowns pas tristes, ceux qu’on ne voit qu’au bord des piscines et qui ne font rire que les gens qui profitent de la piscine et du champagne qui la remplit. Les pétasses bécasses, toutes les pétasses adorent parceque ça les chetouille entre les deux gros orteils.
5. C’est honteux de se vanter de ce qu’il fait un froid sibérien, quand on sait qu’il y en a qui meurent à cause de ça, et qu’ils feraient bien mieux d’habiter des yourtes d’été avec des piscines et des petits fours. Les petits fours, il n’y a rien de mieux pour réchauffer les doigts gelés et l’atmosphère. Il devrait y avoir des petits fours dans toutes les tentes des gens qui dressent des tentes parce qu’ils n’ont pas de yourtes d’été, ni non plus d’autres d’hiver ou d’automne bien calfeutrées parce qu’elles sont en feutre.
6. Les pauvres qui ont froid, moi je ne suis pas contre, sauf si j’en fais partie. Dans ce cas là, je suis carrément contre, mais je ne vois pas ce que ça change.

— C’est quand Noël ?
— Quand les pères Noël commencent à faire les cent pas devant les grands magasins, pour se réchauffer.
— J’aimerais bien faire le père Noël, mais pas en hiver, il fait trop froid. Surtout si ça gèle.
— Si ça ne gèle pas, c’est moins drôle. Moi je ne fais le père Noël que lorsqu’il fait très froid, que ça fait du brouillard qui sort de la bouche. Ça fait mystérieux et vraiment hiver. Du coup les parents me collent leurs mouflets sur les genoux. Les tout petits. Pour une photo.
— Qui vous pissent dessus et qui en rigolent, et le père et la mère encore pire.
— Ils font la photo, même plusieurs.
Chacun son tour. C’est moi qui la fais celle-là ; non c’est moi. T’en as déjà fait deux. Mais moi je les fais mieux que toi.
Je profite de leur chamaillerie pour pincer le minot qui se met à chialer.
Comme des fois ils ne se rendent compte de rien, je remets ça.
— Vous êtes dingue !
— Après je les engueule, comme quoi leur môme il se les gèle, que c’est pour ça qu’il braille et parce que ses parents s’engueulent au lieu de lui acheter des marrons chauds, qu’avec un peu de chance il va encore s’étrangler, comme l’autre jour, que ça n’a pas marché comme ils voulaient.
Je les traite de parents indignes entre deux pincements dans le dos du mioche et en pas une minute les badauds s’en mêlent. Des parents qui s’occupent ainsi de leur petit, j’aime autant vous dire que ça jette un autre froid que celui de la Sibérie.
Un pur délice !
— Et le gamin il dit rien ?
— Vous voulez qu’il dise quoi, à pas un an ? Des fois il y a des sales gosses un peu plus grands qui disent que le monsieur les pince. Deux baffes ils reçoivent. Pour leur apprendre à raconter n’importe quoi.
Dis pardon au père Noël. Et fais-lui un gros bisou. Excusez-le, père Noël. Tenez, mon brave, pour vos étrennes.
Je m’essuire la bave avant qu’elle gèle et j’empoche.
L
’an prochain vous savez quoi avec les sous qu’ils me donnent ? J’aurai un Rangifer tarandus. Un renne, quoi. Les parents se battront pour mettre leur mioche dessus. Un renne de Sibérie.
Et j’espère qu’il fera un froid sibérien.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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