Naufragé du désert

signes de détresse dans le désert

D’accord, c’était peut-être pas très futé d’aller se balader dans le désert en ce moment, mais c’était le seul truc pour me faire passer une saloperie de sinusite que je traînais depuis plusieurs mois. Le chaud et le sec, m’a dit mon toubib. J’en ai déduit le désert. Chaud et sec, vous auriez songé à quoi d’autre ?

Tant qu’à faire j’ai jeté mon dévolu sur le coin le plus chaud et le plus sec du Sahara. Un avion, un 4×4, un dromadaire. En six jours j’étais rendu. Le chamelier devait me récupérer 8 jours plus tard, même heure, même endroit ; le 4×4 le lendemain, dans le bled où il m’avait déposé. Le retour payé d’avance. Quel con je fais !

Le lendemain matin un vent de sable du tonnerre de dieu a embarqué ma guitoune. Pas le meilleur remède pour la sinusite. Je me suis crevé la paillasse à désensabler mon matériel, réchaud, outres, gamelle et couverture. Le surlendemain je me suis gelé, et pas que la nuit. Comme quoi les idées toutes faites… J’en ai profité pour essayer de retrouver ma tente, en vain. Puis ça s’est mis au beau, je veux dire au plomb chauffé à blanc, mais vite refroidi une fois le soleil ensablé pour la nuit. Dormir dans le désert sans abri avec pour toute literie une couverture, je vous laisse imaginer le plaisir.

Le huitième jour à l’heure convenue j’ai rangé mon barda, me suis allumé une cigarette et j’ai poireauté.
Il m’a fallu attendre que tombe la nuit pour accepter l’idée que je ne reverrai jamais cet enfoiré de chamelier.
Le lendemain, outillé de mon gobelet et de ma casserole en alu j’ai tracé d’immenses SOS et des Help autour du coin de sable où j’ai pris mes quartiers. Le surlendemain j’ai fait la même chose plus loin, et ainsi de suite les autres jours. J’ai tracé très exactement 50 SOS et 50 Help dans un rayon de 5km. Quel boulot!

La mer de sable n’étant pas l’océan, j’avais laissé le vent porter cette lettre en priant qu’elle atterrisse entre des mains charitables.

 

C’est ce qui s’était passé après que ma lettre eut parcouru plus de 100 kilomètres. La zone de recherches délimitée grâce aux nomades qui savent tout du vent, un coucou avait été envoyé. Je l’avais vu tournoyer haut dans le ciel, d’où le pilote pourrait apercevoir les signes de détresse que j’avais tracés. Je m’étais manifesté, avait crié , gesticulé en vain, à cause du brouillard de sable qu’un vent pourtant pas très méchant soulevait.
À une bonne distance de là où je me trouvais le coucou avait fait deux rase-mottes avant de disparaître dans ce qui ressemblait à un battement d’ailes.
Six heures plus tard, alors que je m’apprêtais à passer ma douzième nuit dans ce coin perdu, j’avais perçu un lointain bruit de moteur, puis le silence, suivi du tir de deux fusées éclairantes vers lesquelles, le temps de ramasser mon barda, je m’étais dirigé sans tarder. Plusieurs autres espacées dans le temps avaient déchiré la nuit m’indiquant la direction à suivre. Une heure plus tard, qui m’avait semblé durer une éternité, j’étais arrivé droit sur deux 4×4 partis à ma recherche, soulagé : j’étais sauvé.

Le pilote de l’avion était là, avec une équipe fort aise de m’avoir retrouvé.

— On voyait aucun signe de là haut. Ni SOS, ni Help. À un moment on a bien cru voir bouger quelque chose, mais ça s’est fondu dans la brouillasse. Avant de rentrer, j’ai fait ce que je fais toujours : deux trois rase-mottes pour le plaisir et pleins gaz. C’est là qu’on a vu les signaux. Apparus comme par enchantement, parce que de là haut, nib Des lettres énormes, que je comprends pas pourquoi on a rien vu de là-haut. Vous avez dû en chier des ronds de pelle !

Le vent, ayant heureusement toujours soufflé dans la bonne et même direction –du bas des lettres vers le haut–, avait lentement étiré les lettres, jusqu’à rendre les mots parfaitement illisibles vu d’avion. Sans le rase-motte dans le sens jambage inférieur vers jambage supérieur, aucun SOS ou Help ne serait apparu… L’enchantement s’avérait n’être somme toute qu’un anamorphisme de base, comme nous en convînmes.

« Si ça devait m’arriver une autre fois,» avais-je dit après avoir chaleureusement remercié mes sauveteurs » je veillerai à écrire des SOS dans toutes les directions. Et pour qu’ils se voient encore mieux, je ne tracerai les mots que dans l’ombre du sable et exclusivement avec des pelletées que j’aurai prises en plein soleil. »

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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