Lettre à un dictateur. D’ici, de là ou d’ailleurs.

Peu importe le nom qui t’a été donné, et peu importe quand il te fut donné, et peu importe l’importance que d’autres te donnent, et surtout peu importe celle que tu te donnes.

Tu vieillis, et ce pouvoir que tu as obtenu parce que d’autres te l’ont laissé, par flemme, par indifférence, parce qu’ils ont cru en toi… le jour venu où la vie te sera reprise, il te filera d’entre les doigts comme l’eau à la source qui te désaltère avant de disparaître pour toujours. Mais le pouvoir, lui, ne t’a jamais désaltéré. Et s’il a pu parfois te donner un vague sentiment de plénitude (l’illusion est si plaisante), cela n’a jamais duré qu’un bref instant car jamais il ne t’a permis d’être nourri à satiété. Sinon, même goinfre comme tu l’es, tu te serais dessaisi du pouvoir.

Peu importe ce qui t’a amené à vouloir user du pouvoir –que tu aies été objet de moqueries, d’humiliations ou habitué, tout gamin déjà, à obtenir ce que tu voulais, parfois même sans faire de caprices–, mais ô combien il importe la manière dont tu t’y es pris afin d’accéder aux plus hautes marches une fois venu jouer dans la cour des grands ; comment tu l’as conservé ; et l’usage pervers que tu en as fait.

Tu as usé du pouvoir comme un enfant use de ses jouets et les use, tu as disposé des uns et des autres comme s’ils n’étaient que des poupées ou des soldats de plomb aux ordres d’un gamin qui exige l’allégeance de ses sujets. Le pays que tu soumets à tes caprices n’est pas un château de carton peuplé de figurines dont tu disposes à ta guise. Il n’est pas ta propriété et ceux qui le peuplent et le font vivre ni ne t’appartiennent, ni ne sont tes sujets.

Tu t’accroches au pouvoir, comme un gosse à un jouet qu’il ne veut pas partager alors même que ce n’est pas le sien et, bouffi d’orgueil, ton aveuglement t’empêche de voir que ta main de fer est rouillée et qu’elle rejoindra bientôt une de ces poubelles nauséabondes de l’histoire. Que tu le veuilles ou non, tu ne seras bientôt plus qu’une ombre vite oubliée, y compris par certains de tes pairs qui se sont brisés le dos à le trop courber par crainte de te déplaire et pour profiter de la manne que tu leur distribuais.

Et ne viens pas gémir en invoquant une quelconque élection qui justifierait ta position, car tu sais d’une part que tu as triché, d’autre part que personne ne t’a jamais donné sa voix, mais seulement prêtée pour un temps. Parfois parce qu’il a pu avoir confiance en toi, mais –rappelle-toi– surtout parce qu’il avait peur de toi.

Tu t’es corrompu, tu as corrompu, sans jamais te rendre compte que tu étais le jouet du pouvoir. Tu t’es perdu, tu as perdu.
Et en continuant à t’accrocher à ce que tu imagines faire de toi un homme, comme martyriser ton peuple et faire parler les armes, tu te bafoues, te déshonores et déshonores tes descendants et ascendants.

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— Tout est-il perdu pour vous, Sire ?
— Tout, fors l’honneur. Si je dépose les armes.

 

 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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