Le Tout, le feu, l’eau, l’air et la terre

LE TOUT

Prisonnier du Néant qui l’écrasait en son sein, le Tout était recroquevillé, ramassé sur lui-même en un point hors du temps sans dimension, ni forme, ni contour.
La patience a d’autant plus de limites qu’on sent en soi d’énormes potentialités, mais si résister permet de tenir le coup, ça n’arrange rien à l’affaire si on ne décide pas, un jour, de se rebiffer.
La pression exercée par le Néant devenant insupportable, le Tout avait pété les plombs. Ses forces contenues qu’une colère sans nom avait alimentées, il les avait relâchées en un seul instant dans une explosion dont les effets se feraient ressentir ad vitam.
C’est ainsi que l’univers parut, certes sommaire, mais porteur en germes, par les 4 éléments, du vivant et de tout ce qui, bientôt, ne cesserait d’advenir jusqu’à ce que, peut-être, il vienne à se replier sur lui-même puis à s’effondrer en lui-même.

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LE FEU

Grâce aux pluies généreuses de cette année les moissons étaient prometteuses. Le Soleil avait essayé d’y mettre son hola, mais les gouttes serrées les unes contre les autres l’avaient empêché de planter ses dards brûlants sur les cultures qui s’en étaient très bien porté.
Nul doute qu’on engrangerait raves, bettes et betteraves et que les pois, ni chiches ni petits, régaleraient plus d’un gourmand.
Sa Majesté Soleil était vexée, et l’humiliation qu’elle avait d’abord ressentie devenait maintenant colère. Rouge. Elle ne pouvait en rester là.
En secret et en silence, le plus rapidement possible pour que rien n’ait le temps de s’ébruiter, Soleil se rendit à tire-d’aile chez Vent afin d’y signer un pacte d’alliance.
L’haleine de feu qui se répandit sur Terre n’eut pas à durer bien longtemps pour faire les ravages qu’on peut imaginer.
Gourmands, gourmets et affamés n’eurent autre nourriture que des clous. De girofle. Seuls ceux qui souffraient d’une névralgie dentaire n’eurent pas à se plaindre de ce qu’ils eurent à se mettre sous la dent.

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L’EAU

Eau dormait depuis longtemps, mais comme nul n’est censé l’ignorer, il n’est pire eau que l’eau qui dort.
Le ciel restait bleu depuis des lustres, les rivières n’occupaient de leur lit que son mitan, et la végétation avait le gosier sec, même dans les gorges profondes baignées d’ombre mais où l’eau se la coulait douce au lieu de gambader. Rien ne changeant, elle aurait tôt fait de croupir d’ennui.
Terre craquelait, se fendait, priant qu’Autan, Mistral et consorts, partis sous d’autres cieux y restent. Être arrachée à ses racines, puis se retrouver dispersée aux quatre vents, Terre n’y tenait pas.
« I pleut pas, i mouille pas, c’est pas la fête à la grenouille» croassaient les gosses tout machurés de ne pas s’être débarbouillés depuis plus loin que ça, et heureux de ne plus avoir à supporter les tortures de la toilette.

Vinrent alors les premiers nuages, venus de nulle part. D’abord modestes, ils avaient rapidement grandi, gagné en hauteur jusqu’à estomper puis étouffer le soleil sous leur étoupe de suie. C’étaient maintenant de gigantesques cumulo-nimbus, constructions hâtives qui, immanquablement, s’effondreraient.
Une rafale d’une violence extrême, un éclair fulgurant, un coup de tonnerre assourdissant… Ce fut le déchaînement.
Il grêla, il plut des jours durant. Les rus nourrirent les ruisseaux qui nourrirent les rivières qui abreuvèrent les fleuves.
Sans Terre qui fit digues et barrages, le pays tout entier eut été inondé. Sans le feu de Soleil qui assécha jusqu’aux dernières flaques, le pain serait encore mou aujourd’hui, le linge de maison serait moisi, et les chaussures seraient crottées. Seuls les marchands de bottes en caoutchouc y trouveraient leur compte.

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LA TERRE

Lorsqu’on sait que les eaux couvrent plus des trois quarts de la planète, que le déluge ne nous a pas épargnés et qu’on attend toujours que le Soleil montre à nouveau le bout de son nez, combien on est heureux de pouvoir crier « terre, terre !».
Enfin débarqué, on l’embrasse, on l’étreint, comme on le fait avec une mère qu’on auraitt quittée depuis longtemps. Qu’on soit issu ou non de cette terre, elle devient notre havre, notre foyer, nos racines.
Et nul ne s’en plaindrait, si ce ne sont les requins.

Lorsque de la hune le mousse avait crié “terre, terre!”, ils avaient compris qu’ils étaient sauvés.
Après quarante jours de tempête et de pluies diluviennes l’équipage avait fini par perdre tout espoir. Seul le plus jeune des matelots s’y était encore accroché.
Les îliens les avaient accueilli avec générosité. La vie sur l’île – vrai jardin d’Eden– était aisée, agréable, facile. Si facile que, confort aidant, ils s’étaient laissé aller à l’oisiveté, ne pensant pas même à réparer le bateau devenu bien vite une épave.
La graisse de l’ennui était venue amenant avec elle le gras des corps. Les besoins étant comblés sans qu’ils eurent à lever le petit doigt, le désir avait fini par les déserter, remplacé par un spleen immense que le spectacle de l’épave ravivait sans cesse.

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L’AIR

Les voleurs d’air avaient encore frappé, et il commençait à se faire rare. On ne respirait plus qu’à grand peine ; les feux s’allumaient de plus en plus difficilement ; les feuillages de printemps étaient masqués par ceux de l’automne ; et si ça continuait il faudrait bientôt une année entière pour gonfler un pneu de vélo.
Sans l’aide d’Océan, avec son oxygène et son azote, et sans le coup de main de Terre avec son salpêtre, source d’azote, l’air aurait tellement manqué que la moindre combustion, ne serait-ce que respirer ou faire un feu, aurait été une gageure. Seules les ligues anti-tabac y auraient trouvé leur compte, mais pour combien de temps ?

LES QUATRE ÉLÉMENTS

Bon an, mal an, avec des hauts et des bas, des périodes agitées et d’autres de calme, les quatre éléments, quoique parfois dissipés, avaient oeuvré sans qu’aucun d’entre eux ne domine les autres, préservant ce drôle d’équilibre vivant et instable qui signe le vivant.
Jusqu’au jour où Science et Profits avaient un traité secret mais déraisonnable de coopération. Alliés pour le pire qu’ils refusaient de voir et pour le meilleur qui leur amènerait de substantielles récoltes à court therme, ils ne firent aucun cas des graines de discorde qu’ils semaient et qui engendreraient invitablement des querelless entre les éléments.

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LE TOUT

Les conflits entre Feu, Eau, Air et Terre devenus ingérables, le Tout avait pété les plombs. Ses forces contenues que la colère avait alimentées, il les avait relâchées en un seul instant dans une implosion dont les effets se feraient ressentir ad vitam.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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