Citoyenneté : une vie de sacrifices tournée vers les autres

« La semaine du développement du râble, c’est quoi encore c’te connerie ? » m’a dit le Jeannot en coupant la téèssèfe. « Ils croient que les je ai attendus pour nourrir les bestiaux comme il faut ? » a-t-il ajouté en tâtant ses lapins. Deux lapins gras comme des taupes qui vivent en liberté entre le potager qu’ils mettent à mal, et mon pote âgé que ses acuités auditives et visuelles qui baissent à vue d’oeil empêchent de réagir comme quiconque l’entendrait. « C’est la semaine du silence qu’ils devraient faire, ces abrutis. Le développement du râble ! Et pourquoi pas une semaine de la tomme, une semaine de la nature, une semaine de ci et de ça avec des fêtes et tout le bataclan. Tant qu’ils y sont, pourquoi pas une journée de la femme ? Non mais, j’te jure, c’qu’ils vont pas chercher… Tiens, sers-nous donc un godet »

……— Si fait. À propos de fête, tu sais quel jour on est mon Jeannot ?
……— La Saint Gland.
……— Tu l’as dit, c’est ta fête. La Saint Jean. Saint Jean Baptiste de la Salle.
……— J’y sais bien et c’est bien c’que j’dis, la Saint Gland. À cause que dans le genre à se faire emmerdouiller et baiser comme une andouille, le brave gars a fait encore plus fort que moi. Remets-nous ça qu’on trinque un coup.

Le Jeannot tout craché ! À mettre le doigt sur des évidences, mine de rien. Le développement durable, sûr qu’ils sait ce que sait, et sûr qu’il n’a attendu ni les Verts (de trouille), ni les autres pour l’appliquer. Mais de là à en faire tout un patacaisse… Alors les semaines de ci et de ça, comme il dit, les commémorations, inaugurations, fêtes de tout poil des froqués ou défroqués, ça le fait doucement marrer. C’est en repensant à lui et à sa façon de ne jamais parler dans le vide, tout en donnant l’impression du contraire, que m’est venue l’envie de scribouiller sur ce sujet.

La France est un pays de fêtards où de nombreux jours sont prétextes à lever le verre à la santé de quoi ou qui que ce soit. Le printemps, ça s’arrose, tout comme le 14 juillet, la fête de Marie, la Chandeleur et la Saint Maclou, saint patron de mon patron qui fait dans la moquette. C’est aussi un pays où ça commémore humide côté coeur, à grands renforts de larmes, et côté gosiers –« Allez, une dernière larmichette, pour la route». Avec remises de décorations, –ouvrez le ban, fermez le ban–, discours lénifiants et buffets plus digestes que ceux en Formica. Ça inaugure, ça vernit, ça signe, ça dédicace, ça honore, ça pose la première pierre, ça déclare ouvertes séances et journées de ci ou de ça, et ça n’oublie pas de les fermer pour arroser les gosiers devenus secs de trop avoir dégoisé à propos de tout, donc de n’importe quoi.
Le vrai but de ces festivités étant avant tout de féliciter mais surtout de se féliciter et accessoirement de se souhaiter mutuellement le meilleur. Tu parles ! « Et félicitons-nous, chers amis, de cette commémoration sans laquelle, etc. »

Après une étude approfondie de mon planning de ministre –le calepin où je note consciencieusement la date des jours de fêtes et autres trucs du même genre propices aux échanges de voeux, félicitations et autres, donc aux arrosages– j’ai dressé un petit inventaire des “incontournables” que je livre ici, et contenant :

1. les fêtes essentielles à souhaiter aux gens que je connais, selon leurs prénoms et en fonction du saint patron du métier qu’ils pratiquent ou ont pratiqué.

2. les fêtes religieuses que j’ai toujours scrupuleusement observées, même si elles me prennent un temps fou, ayant été éduqué dans la religion chrétienne par ma mère, dans l’islam par mon parrain –un ancien para qui avait œuvré avec Bigeard et qui s’était mis à en pincer pour le couscous–, dans le judaïsme par un rabbin dont je tairai le nom par pure compassion, qui m’avait fait comprendre de l’intérieur tout le sens de la parole christique « laissez venir à moi les petits enfants». La France étant  la “Fille aînée de l’Eglise”, et même si, pour nombre d’entre elles,  elles sont issues d’anciennes fêtes païennes, les fêtes catholiques tiennent à elles seules une place importante.

3. les fêtes civiles, chômées ou non ;

4. les occasions quelles qu’elles soient (fêtes, commémorations, inaugurations, etc.) de boire un coup en bonne compagnie et de se gaver d’amuse-gueule et de petits fours aux frais de la princesse, éventuellement à mes propres frais… que je m’arrange pour me faire rembourser d’une façon ou d’une autre. Avec de rares anniversaires de quelques rares personnes que j’apprécie tout particulièrement, mais dont personne, ici, n’a rien à faire.

Le tout classé par ordre chronologique lorsque ça a été possible, dans un mois spécialement créé pour l’occasion lorsque ça ne l’était pas (ce qui est le cas pour quelques fêtes religieuses), habilement nommé Horsembre ou Outoff (prononcer août off).

On l’aura compris (encore que…) : les saints cités sont ceux qui correspondent aux fêtes que je souhaite à la famille, aux copains, copines ou plus. Rarement à de simples relations, mais ça arrive, si le fait de les fréquenter me procure quelque avantage. Comme dans le cas de ma concierge à qui fêter la fête (en toute intimité) avec un bouquet chipé sur les plates bandes du rond-point, m’évite de lui donner des étrennes au jour de l’an. Je ne donne jamais d’étrennes, j’en reçois.


JANVIER

1e, Le jour de l’an. Je passe la journée à me demander s’il sera suivi d’un lendemain, et s’il n’y a vraiment qu’un seul jour dans une année, comme l’expression jour de l’an l’induit. Pour mettre un terme à ma perplexité, je m’enivre.

•1e, Sainte-Marie, mère de Dieu. Je lui demande de prier pour nous, pauvres pêcheurs. Apparemment je ne dois pas savoir prier comme il faut, ou alors à voix pas assez forte.

•2, étrennes de la part de ceux qui ont obtenu passe-droits et autres privilèges, plus repas au restaurant gastronomique de la ville. Sympathique, mais pas toujours facile à mettre en place, question calendrier, vu le nombre croissant de personnes qui ont bénéficié de mes menus services.

•6, l’Epiphanie, fête de la Pétanque. Quelques parties endiablées, mais en Provence, où il fait meilleur que par chez nous.

•12. Mariage de la fille du 4e avec l’aîné du pallier d’en face. Il se déroulera à la salle des fêtes. J’y suis invité en tant qu’ex. L’aîné en question ayant une douce tendance à l’ivrognerie, aucun doute sur la façon dont je terminerai la soirée. Qui devrait se poursuivre jusqu’au petit matin, quitte à ce que je me retrouve dans de sales draps une fois levé le soleil et dégrisé le mari cocu.

•2e dimanche après le 1e janvier, Baptême du Christ, si l’Epiphanie du Seigneur n’est pas le dimanche 7 ou 8 janvier. Dans ce cas le Baptême du Seigneur est célébré le lendemain de l’Epiphanie. C’est quand même pas compliqué. Déjà que j’ai du mal avec les horaires des messes… Du coup, je prie de chez moi, où j’ai installé un tapis de prière made in Iran. Un tapis persan, quoi.

•16, Saint Marcel, fête des palefreniers et des débardeurs, à cause qu’ils portent toujours un tricot de peau, autrement dit un marcel. Dés le début du mois, mon voisin Marcel me harcèle pour que je sois de sa fête.

•17, Saint Antoine, patron des lecteurs de Frédéric Dard, dit San Antonio. J’hésite entre Du bois dont on fait les pipes, L’année de la moule, Remouille-moi la compresse, Bosphore et fais reluire, Le pétomane ne répond plus, De l’antigel dans le calbute, Les huîtres me font bâiller, Ne soldez pas grand-mère, elle brosse encore, et finit par relire pour la énième fois Aux frais de la princesse. Que je relirai l’année suivante, par pur vice.

•20, Saint Sébastien, fête des arbalétriers et archers, Il est également le patron des marchands de pneus et rustines. C’est avec ma copine Micheline que j’arrose le 20 janvier.

•22, Saint Vincent, fête des taverniers, cafetiers (dans l’esprit de O vin sans O). Saint Pourçain fait un boulot nettement plus efficace.

•23, ou 3 juillet, Saint Thomas d’Aquin. Fête des Ecoles et universités catholiques.

•23, ou 3 juillet, Saint Thomas Taquin, fête de l’Ecole du rire et des Emmerdeurs.

•31, Saint Jean Bosco, fête des apprentis, des écoliers. Fondateur de la Société de Saint François de Sales, il aurait pu être pote avec Saint Jean Baptiste de la salle. Selon le Ministère de la Marine que j’ai contacté, il serait le saint patron des manœuvriers.



FEVRIER

•1e, Saint Ours, fête des zoologistes, des chasseurs de gros et de la ménopause. Jour où je m’accorde le droit d’être bougon et de mauvais poil.

•2, Présentation du Christ au Temple, fête de tous les consacrés et de leur contraire. C’est la Chandeleur, avec crêpe obligatoire au revers du veston. Problème ; je n’en porte pas, ce qui me fait passer pour un mauvais chrétien. Du coup, je me sens obligé d’aller dans la crêperie bretonne du coin où le cidre, je l’avoue, est quelconque. Mais l’essentiel est dans cet acte symbolique.

•8, Saint Etienne, fête des fondeurs. Avec mes copains (les Verts, de St Etienne), on se fait une fondue.

•10. Journée du 4e âge, avec la participation des scouts qui feront l’animation, et de la croix rouge qui s’occupera de la réanimation. En cas de malaise (ce qui n’est pas rare après la danse du balai –endiablée- que les scouts leur font faire), on s’arrange avec le toubib, les pompes funèbres, le curé et les fossoyeurs pour que les éventuels décès qui suivraient aient lieu le même jour.

•14, la Saint Valentin, fête des amoureux. Je me balade en ville et embrasse les filles qui baguenaudent avec leur mec en leur disant des « chérie » par ci et des « mon amour, je suis si content de te voir » par là. Pas rare que je finisse la journée à l’hosto où j’ai repéré depuis longtemps la réserve où les infirmiers planquent leurs bibines.

•15, Saint Claude, fête des bimbelotiers. Egalement des bimbos et autres péripatéticiennes. Je fête ça avec la Josy et la Suzie, dans leur hôtel très particulier. Si je n’ai pas la forme olympique, j’y convie un copain. En soirée, bal des Bouffardes, l’association des fumeuses de Havane qui fait un tabac parmi les célibataires dont je suis.

•20, fiançailles de ma nièce. Toute la famille est invitée. Régal assuré ? Pas sûr. Sauf si la tante Berthe s’abstient de venir. Cependant, des consignes ont été données à mon petit neveu des Minguettes. Il saura quoi faire si elle pointait le bout de son nez.

•30, Sainte Nitouche, fête des pudibonds et faux-derches, que quelqu’un qui me prend pour un autre me souhaite, incognito.

•30, Saint Coche. Fête des éleveurs de mouches (pour la pêche et les marquises) et des conducteurs de diligences.

•31, Saint Frusquin, patron des Vide-greniers, des soldeurs, de ceux qui accumulent tout et rien. Occasion de vendre les saloperies que j’ai achetées au vide-grenier de l’année précédente et d’acheter celles que je fourguerai l’an prochain, à la même occasion.

•31, La Saint Phil, fête des tisserands (avec la Sainte Hélène le 18 août). Me croira-t-on si je dis avoir un copain dont le prénom est Phil et le patronyme Lalène ?.

•32, Saint Glinglin. Fête des promesses, des espoirs, donc des illusionnistes, amoureux transis, économistes, bonimenteurs, politiciens. J’ai beau chercher parmi mes relations : personne ne porte ce sobriquet. Donc personne à qui souhaiter sa fête en ce jour autant rare que béni du 32 février.


MARS

•1e dimanche, Fête des grands mères. Le jour idéal pour leur caser une encyclopédie. Pour un investissement  de 2 euros, je repars avec un acompte de 100 euros concernant un achat dont elles ne verront jamais la couleur. J’apprécie leur gentillesse et le Porto ou le vin d’orange maison qu’elles ont concocté pour quand elles ont de la visite. Je préfère le vin de noix, mais tant pis.

•8, la Journée de la femme. Armé de ma cane à pêche, je pars taquiner le goujon jusqu’à point d’heure. Avec un pack de bières.

•11, Fête de l’Atome. Pourquoi cette date ? je n’en sais fichtre rien. Certains avancent que c’est en relation avec un médicament qu’aurait merdé, le Fuca-chie-mat, ou un truc comme ça, mais c’est du flan. On parle aussi du 26 avril ou du 6 août. Bizarre. Le 8 mars je me fais une ventrée de champignons que je récolte dans le Mercantour. Arrosés d’un petit Chinon ou d’un Cruas des familles. Après un repas comme ça, je suis plus radieux qu’un soleil levant.

•19, Saint-Joseph, patron de l’Eglise (décalée au 18 mars quand le 19 tombe un dimanche). Fête des vignerons de la rive droite du Rhône, entre Condrieu et Cornas. Joseph est un de mes trois saints patrons, aussi, comment pourrais-je ne pas l’honorer ?

•22, réunion de l’Amicale des anciens de la Pétanque. J’y tiens la buvette et participe largement à l’excellente recette qu’elle réalise.

•25, Annonciation, fête des vendeurs d’appareillages auditifs. Personne de mon entourage qui porte ce nom, mais la petite bonniche des voisins, Assomption, n’est pas contre mes annonces, déclarations et hommages que je lui rends.

•31, Saint Jen Lain, Saint patron des Ch’tis, fête des brasseurs.


AVRIL

•1e, fête des poissonniers, sous l’égide de Saint Pierre. Bouillabaisse avec les potes.

•4, Saint Isidore de Séville, saint patron de l’Internet. Sans un e-mail de sa part, je n’aurais jamais su qu’Internet avait un saint patron. J’en suis encore tout bouleversé. Le 4 avril, j’ai eu des bugs comme jamais et des attaques comme rarement. J’aurais mieux fait d’aller à Séville où il m’invitait à la fête qu’il donnait dans les jardins de l’Alhambra, preuve qu’il est un affabulateur.

•8, fête du lilas mauve, au village.

•9, fête du lilas blanc, au village voisin.

•10, bal des Lilas. Ambiance assurée par les jeunes abrutis des deux villages qui s’opposent lors d’un concours de baston. Boissons à volonté.

•16, Saint Druon, patron des bergers, donc des charcutiers (Bâton de Berger). On avancerait bien le nom de Saint Maurice, mais son éloignement dû à ses origines géographiques le rend difficile à saisir.

•16, fête des mendiants, des SDF, Saint Benoît-Joseph Labre. Après avoir prévenu la police de la présence de clodos et lui avoir demandé de les faire dégager, je m’installe pour faire la manche. Etant le seul à mendier, le chiffre d’affaire est excellent.

•25, Saint Marc, fête des notaires. Plus connu comme étant le patron des blanchisseurs, des trafiquants de drogue, des blanchisseuses, lavandières et lavandiers. Deux Marc parmi les copains occupent la tranche d’heure entre midi et 15 heures, celle entre 18 et 22 heures.

•26, Fête de l’Atome. Se serait-il passé quelque chose un 26 avril ? Je ne pense pas, car on l’aurait su. Certains préconisent de fêter l’atome le11 mars ou le 6 août.

•Dernier dimanche, jour du Souvenir des Déportés. Je repense au Livre Blanc, puis vide une bouteille de même couleur pour oublier la pleutrerie des pays libres qui auraient peut-être pu éviter le génocide. Bien sûr, ça me ramène à ce qui se passe en Egypte, en Tunisie, au Yémen, en Libye, en Syrie, et j’en passe. Du coup, je bois pour oublier.


MAI

•1e, Saint Joseph Artisan, Fête du Travail. Le seul jour de l’année où je travaille d’arrache pieds. Au jardin où ça a encore poussé n’importe comment. Ce Saint Joseph Artisan est aussi le patron des ouvriers : c’est malin ! Je ne fréquente aucun ouvrier, ce qui m’oblige à me rabattre sur les ouvrières pour fêter dignement ce brave Joseph.

•8, Victoire des Alliés. Je repense à l’Afghanistan, au Kosovo, à la Libye en m’envoyant moult canons derrière la cravate.

•9, Journée de l’Europe. Une pensée émue pour Robert Schuman qui doit se retourner dans sa tombe. Avec Ali, Youssouf, Tonio, James, Helmut, Boris et les autres on est 27. Comme les états membres de l’Europe, et 28 avec l’épicier turc du coin. 28 tournées chez Dédé, le bistroquet du coin.

10, journée de la mémoire de l’esclavage. J’adresse un salut fraternel aux grandes familles de Nantes, Bordeaux et autres villes, qui se sont enrichies à très bon compte sur le dos de ce qu’elles considéraient comme des bêtes de somme. Je leur souhaite un bon sommeil, ainsi qu’à leurs descendants qui ont largement profité des fortunes ainsi établies.

•2e dimanche, seconde Fête nationale française, Fête du Patriotisme, jour anniversaire de la délivrance d’Orléans. La pucelle étant à l’honneur, l’idée m’effleure de déflorer une jeune vierge du Front National, mais c’est une chose que mon surmoi réprouve, surmoi que je ne saurais taire.

•15, fête des fleurs dans mon quartier. J’y fourgue pour des naturelles les artificielles récupérées sur des tombes mal entretenue. A des clients qui portent des gants et dont le nez coule, suite à des allergies au pollen .

•19, Saint Yvres, fête des limonadiers et des automobilistes qui boivent le petit dernier pour la route. Mais que fait la police ?

•22, fête des vieux, avec présentation par les PFG du film « bien vivre sa mort, bien la préparer ». Auparavant, intervention du docteur Hess diplômé D.E.C.E.S (Diplôme d’Etat pour les Chefs-d’oeuvres En Sursis).

•3e semaine, la Fête de la Nature. A bord de mon vieux char diesel, je fonce sur la côte, je m’enduis d’ambre solaire, je plonge près des égoûts, je mange un steak-frites, je fume un gros cigare et le soir je me fais un barbecue dans la pinède.

•25 mai, anniversaire de ma dulcinée et fête de ma concierge, car fête de toutes les concierges. J’offre à la première le gâteau qu’a cuisiné ma concierge pour me remercier de lui avoir offert quelques fleurs chipées sur le rond-point du bout de la rue. Son joli petit brin de fille me regarde en coin en rougissant. Je ne desespère pas qu’elle prenne bientôt la place de sa mère qu’un vilain balai brosse et de sales serpillières ont usée jusqu’à la corde.

•Dernier mardi du mois, fête des voisins. Non, non : pas question de frayer avec n’importe qui. Cependant, la petite nouvelle du 4e, je dis pas.

•Dernier dimanche, fête des mères. « Faites des mères, » dirait le Jeannot, « J’ai pas attendu qu’on m’y dise, avec tous les marmots que l’épouse elle a pondus».


JUIN

•2, Saint Elme, fête des marins. Egalement patron des incendiaires, des naufrageurs et des chauffeurs. Les cartes bancaires s’étant popularisées, ces deux derniers métiers tendent hélas à disparaître, ce qui n’est pas une raison suffisante pour ne pas les faire revivre une fois l’an. Ce que nous faisons avec deux copains dont je tairai le nom, on comprendra pourquoi.

•8, Journée Nationale d’Hommage aux Morts pour la France en Indochine. Voire le 11 novembre. Pauvres gars, mais aussi pauvres couillons pour les engagés (volontaires ?). Et surtout pauvres gars et filles, les « Indochinois » qui y sont restés. Soirée entre anciens d’Indo au restau viet de mon pote Noc Tuan.

•10, fête des fleurs au village voisin, jointe au vernissage de l’exposition d’aquarelles « A quoi rêvent-elles ces aquarelles » organisée par la palette de Saint-Gaudiveau Pied de Port. Je suis invité en tant que membre du jury qui décernera trois prix, le premier prix étant un jambon cru.

•12, première communion de ma filleule. Chansons grivoises garanties par le grand oncle de la communiante.

•13, dédicace à la maison de la presse du livre de mon directeur de marketing « Le Marketing, de M à G ».

•15, Sainte Germaine Cousin, fête de la Jeunesse agricole chrétienne féminine. Son frère, Saint Germain Cousine est le patron de la Jeunesse agricole chrétienne masculine. Ce jour-là, on fait un foin de tous les diables avec toute cette belle jeunesse. Couché sur le foin avec le soleil pour témoin…

•3e dimanche, fête des pères. C’est quoi qu’on honore, les pères ou leur paire ? Si c’est leur paire, il n’y a vraiment pas de quoi. Mais je le fais quand même, par pure citoyenneté.

•18, fête des Sucreurs de fraises, avec la participation du SAMU local dont je suis le trésorier.

•21, fête de la musique. Il y en a une qui doit tirer la gueule, c’est Sainte Cécile. Cependant, elle n’a vraiment pas de quoi être jalouse. Je laisse la cacophonie à ceux dont l’oreille musicale est bouchée à l’émeri. Je me verse un godet en gardant la bouteille à côté de moi, ouvre la fenêtre et écoute le chant des zoziaux en compagnie de ma blonde. Je ne parle pas de bière.

•20, fête des Écoles. Course à pied, course de sac, course de garçons de café, course au trésor et joutes à dos d’âne, le père de chaque enfant (le facteur, le plombier ou le curé si l’enfant n’a pas de père) servant de monture. Bonne humeur garantie.

•24, fête de la Saint Jean. Je dirais plutôt fête des merguez, des saucisses et du graillon. Puanteur et yeux qui piquent garantis. Ainsi qu’un bon chiffre d’affaire pour les kinés, chiropracteurs et rebouteux. Saint-Jean le Baptiste est aussi le saint patron des incendiaires, pompiers et brûleurs de loups. Je passe la journée au bar pour éviter qu’il ne soit victime du geste criminel d’un vil incendiaire. Mais ce 24 juin est aussi la fête de toutes les salles qui ont une quelconque importance. On les nettoie, on les lave si elles sont très sales, les repeint éventuellement, y fourre des guirlandes avant d’y fait la java.

•29, Saint Pierre et Paul, fête des maçons. Pierre également saint patron des pêcheurs, en Provence. Jour dédié au jeu fameux « Pierre appelle Paul » dont on se demande quel intérêt il présente. Dans l’espoir de répondre à cette question métaphysique, je ne passe pas un 29 juin sans y jouer cinq minutes au bout desquelles usant de mon téléphone cellulaire je compose le numéro de Paule, une gentille fille pas farouche.


JUILLET

•1e, élection de miss vélo, en lien avec le passage du Tour de France. Je suis 1er assesseur du jury.

•3, Saint Thomas, fête des architectes. Si on arrive à croire dur comme fer à ce que nous raconte l’architecte, qu’un ami qui nous veut moins de bien qu’on ne le croit nous a recommandé, c’est gagné. Pour l’architecte.

•4, Tour de France. L’huile que j’avais balancée sur la chaussée l’an dernier, c’était sympa, mais cette année, j’inaugure le miel. J’ignore si ça sera aussi drôle, mais je verrai bien. Penser à en donner un pot au fils du garagiste, à celui du pharmacien et à celui du maire.  Le soir, bal et flonflons avec l’accordéoniste de réputation locale : Jo Slynn. Un artiste hors pair, le seul, à ma connaissance, qui s’accompagne à la batterie en pétant en rythme.

•5, Fête des foins et des métiers d’antan, avec élection de miss Foins.

•13, Venue de ma soeur et de mon beau-frère Lucien pour deux jours. Avec leurs gamins qui vont encore foutre le bouzin. Penser à acheter du Théralène.

•14 , Fête nationale. Avec des vieux potes, on va au défilé s’il fait beau. Sinon, je reste dans mon lit douillet.

•22, Sainte Marie Madeleine, fête des parfumeurs. Surtout sainte patronne des embaumeurs. Contrairement à ce qu’affirment certains érudits (probablement du dimanche, mais lequel, je ne sais) le nom de la Sainte Baume en Provence ne vient pas du francoprovençal baoumo francisé en baume, mais tire son nom de la venue en ces lieux de Sainte Marie Madeleine, l’embaumeuse.

•23. Concours de pêche. Je fais partie des organisateurs. Cette année, le règlement prévoit que les prises doivent être laissées aux membres du jury (dont je fais aussi partie) et aux membres organisateurs, une autopsie devant être pratiquée sur chaque bestiole pêchée afin de déterminer s’il n’y a pas eu de magouille, genre somnifères..

•28, Saint Just, fête des tanneurs, des fabricants de guillotine et des terroristes. Je mets mon tablier de boucher, celui avec lequel j’ai dépecé une sale bête qui m’avait posé un lapin et, armé d’un grand couteau, je m’amuse à faire peur aux petits enfants qui croient encore au père Noël. Le soir, je dénonce aux autorités quelques mauvais citoyens dont j’ai la liste, trop à droite à mon goût..

•29, Sainte Marthe, fête desz hôteliers. Comme le devinent ceux qui ont reçu une bonne et saine éducation religieuse. Je rends visite à mon amie Marthe. Je n’en dirai pas plus, son mari étant dans la police.


AOUT

•5, Saint Cassien d’Autun, fête des maîtres d’école. Sans doute à cause de cette devinette où il s’agit de citer 4 villes qui font 20 (3 fois 7 = 21, moins 1 = 20), trouvaille on ne peut plus géniale pour enseigner ce qui ne servira jamais à rien.

•6, Fête de l’Atome. A moins qu’il ne s’agisse de la Fête de la Tomme, je ne vois d’où vient cette date. Plus raisonnablement, deux dates ont été retenues (par qui, nul ne le sait) pour fêter l’Atome : le 11 mars et le 26 avril.

•10, Saint Laurent de Rome, fête des bibliothécaires alcooliques. Pour les autres (il y en a ?) je ne sais pas qui est leur saint patron. Laurent est  aussi le saint patron des rôtisseurs et des Martiniquais. Avec ma blonde, on se fait une ventrée de homard à l’américaine (ou à l’armoricaine), mais on remplace le whisky ou le cognac par du rhum, c’est pas pire. Patron des allumettiers et briquetiers, Laurent l’est aussi des barbecuiseurs et des restaurateurs qui affichent Grill sur leur enseigne, parce que ça fait mieux qu’incinérateur.

15, l’Assomption. Je drague une jeunette et la fais monter au ciel. Si la météo st favorable.

•16, Saint Roch, fête des carriers et tailleurs de pierres Ben voyons ! Avec mon copain Rocky, on va se casser une dalle au cimetière de son patelin, sur la tombe de son père qui a perdu la vie dans un combat de boxe truqué. Par son fils, qui put ainsi hériter d’une gentille fortune.

•16, Saint Uguzon ou Uguzo, patron des fromagers. Je préfère, quant à moi, le patronage de Saint Nectaire.

•18, Sainte Hélène, fête de l’Empereur, des tisserandes et des tricoteuses. Adorable Hélène qui lorsque je viens lui souhaiter sa fête m’offre systématiquement une redoutable écharpe qu’elle a confectionnée grâce au tricotin qu’on lui avait offert pour ses 6 ans. Tricoteuse aguerrie, elle en a toujours les mouvements, y compris lors de nos ébats annuels. Je la recommande.

•19, banquet des anciens, offert par la municipalité. Qui espère que la canicule permettra de réduire les frais.

•24, Saint Barhélémy, patron des bouchers et des tanneurs. Tu m’étonnes ! Saint Just ferait tout aussi bien l’affaire, mais l’Eglise, conservatrice, n’en a pas voulu. En tant que fervent catholique des premières heures, je proteste.

•25, Saint Louis, fête du Diocèse aux Armées françaises. Comme quoi tout existe. Comme c’est aussi la fête des raffineurs de sucre, j’invite Louise, une copine généreuse dont j’ai le béguin et qui paie toujours la note au restau, en espèces. J’en profite pour me sucrer au passage quand elle s’absente cinq minutes pour aller se refaire une beauté en me demandant de veiller sur son sac à main.


SEPTEMBRE

•1e dimanche, Assemblée du désert pour les protestants. Je m’y suis rendu une fois, mais on ne m’y reprendra plus. Il n’y avait personne.

•2, Foire aux livres pour la rentrée scolaire, organisée par le Sou des écoles. J’y tiens le stand sur l’éducation sexuelle.

•7, Saint Grat, fête des éleveurs de cochons, de canard, d’oie. Fête des personnes atteintes de surcharge pondérale, les gros, quoi. Fête du boudin. Aucun de mes copains n’est affublé de ce prénom difficile à porter, mais Dédé (120 kg), Léonide, sa femme (135 kg) et Bébert, son amant (128 kg) se rattrapent. Ventrées catastrophiques de boudin aux pommes arrosé de Calva. Pas le boudin de puceau tout pré mâché, mais celui avec de bons gros dés de gras.

•21, Saint Mathieu, fête des Banquiers. Selon certains exégètes, il s’agirait plus probablement de Saint Mafieux. Le seul Mathieu que je connaisse est un salaud de banquier véreux qui m’a fait une vacherie pas des masses catholique. Je présume qu’il ne comprend pas pourquoi il reçoit un petit cercueil chaque 21 septembre..

•25, Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. Bon, la France ne s’est quand même pas trop mouillée, parce que question sous, c’est une autre histoire. A pleurer. Pas de commémoration officielle, on s’en doute, mais on y pallie. Et c’est « pour l’honneur de la France », comme on le gueule en allant de la Sous-Préfecture jusqu’au centre, qu’on se fait tous les bistrots de la petite ville, drapeau tricolore en tête de cortège. Le cortège, c’est Ahmed, Ali, Tonio, Dédé, Momo et moi. Momo, c’est Mohamed.

•29, Saint René Goupil, fête des anesthésistes, drogués, dealers. Ce saint s’est profondément et longuement endormi suite à un coup de tomahawk qui lui a fendu le crâne. Patron aussi des arracheurs de dents et de tous les escrocs, on s’en doute avec un nom pareil. Nul doute que la salle des fêtes sera comble.

•29, ou 8 novembre. Saint Michel, fête des escrimeurs, mais aussi des charcutiers et chirurgiens. On arrose ça avec un ami chirurgien que le conseil de l’ordre a viré sous je ne sais quel prétexte fallacieux.

•29 Saint Raphaël, fête des navigateurs, des espions, donc des paranoïaques . Apéro au Saint Raphaël, et rien qu’au Saint Raph. Généralement avec mon copain Michel, sauf s’il est amer.

•Dernier week-end de septembre, fête du Week-end du sport en famille. Plus tartignole que ça, fallait y penser ! Ils y ont pensé et ils y ont fait. Course de fond, course de sac, course de garçon de café, course au trésor. Je tiens la buvette avec Nénesse, le délégué du syndicat, je ne sais plus lequel.


OCTOBRE

•Premier dimanche, la Fête des Familles. On avait la fête des mères, celle des pères, celle des grands-mères. Les grands-pères, on avait laissé tomber, à cause qu’ils vivent moins longtemps que leurs vieilles. Mais j’espère qu’il s’agit bien ici de la fête des Familles, des vraies familles, pas des familles recomposées, parce que faudrait pas exagérer. Dans la mesure où je me la tape tous les autres jours de l’année, ma famille, que croyez-vous que je fasse ce jour-là ?

•3, Saint Blanchard, Sainte Blanche, fête des blanchisseurs. C’te blague ! Grand nettoyage chez les vieux de la commune et à la maison de retraite par l’association Ménagez-vous. Le soir, pot de l’amitié.

•4, Saint François d’Assise, patron des écologistes, donc des verts, donc de l’académie française. Également saint patron des juges, que je fête dignement avec un juge devenu pote après qu’il m’eut débarrassé d’une épouse pesante qu’il avait séduite, le pauvre.

•25, Saint Loup de Troyes, patron des louvetiers, des louveteaux, des fabricants de soutien-gorges, des cafetiers (à cause du bar). Troyance stupide provenant de ce que criaient les braves banlieusards en voyant le loup : bar(re)-toi.

•25, Saint Crépin et Saint Crépinien, patrons des cordonniers. Comme ils chaussaient les pieds des pauvres à l’oeil (trop forts !), ils n’avaient pas de quoi se chausser eux-mêmes comme il faut. D’où l’expression :  C’est le cordonnier le plus mal chaussé. Egalement patron des dépeceurs et tanneurs, leurs bourreaux ayant coupé leur peau en lanières. Avec mes deux copains cordonniers, on se fait un méchoui d’enfer. Aucun des deux ne se prénomme Crépin, mais le plus petit est un tel crétin qu’on fait avec. C’est lui le préposé à la cuisson et à la découpe de ces délicieuses lanières de bidoche dorées à souhait, qui craquent sous la dent. Les femmes sont au Boulaouane, Jojo et moi au Sidi Brahim, que c’est pas un vin de puceau, et le préposé au barbecue au Kiravi ou à la Villageoise qu’on transvase dans les bouteilles de Sidi Brahim qu’on a sifflées sans qu’elles rappliquent.

•31, Halloween. Il y avait la Fête des Fous, une première fête des Sous, et voilà qu’une deuxième, bien artificielle, est remise au (mauvais) goût du jour. Je serais partant pour que ce 31 octobre devienne officiellement la Fête de la Connerie et du Pognon réunis. Je consacre la matinée à éplucher les annuaires et à téléphoner à qui porte le nom ridicule de Win ou Winn. Allô, leur dis-je. Grande finesse. Quand les mioches qui viennent quémander des friandises sonnent à ma porte, le déguisement terrifiant que je porte les fait déguerpir plus vite qu’une volée de moineaux devant une meute de chats.

•31 ou dimanche suivant s’il pleut, Fête de la Réformation, pour les protestants. Pour moi, protestataire agnostique, c’est une journée que je voue à la beuverie pour oublier ce jour funeste où l’Armée a refusé de me réformer, sous prétexte que j’étais apte au service. On m’avait précisé :  « Si on ne prenait aucun débile dans les rangs, il n’y aurait pas d’armée.»


NOVEMBRE

•1e, la Toussaint. Annuaire en main, je téléphone au hasard et souhaite bonne fête à grands renforts de bises crapuleuses aux femmes qui vivent apparemment en couple.

•2, le jour des morts, je fais le mort pour qu’on me fiche la paix et qu’éventuellement on m’offre des fleurs : j’adore les hortensias. C’est la Fête des Morts et des Maghrébins, tout particulièrement fêtés à Lalonde, dans le département du Var. La veille, je planque le clairon du garde champêtre ou en charge le fils du maire.

•3, Saint Hubert, Fête des Chasseurs et des fabricants de margarine. Je ne sais pas si cette année je réinviterai mon collègue de travail, le dénommé Aizina, je n’invente rien. La dernière fois, ça a été la cata. On a dérapé sur une plaque de verglas et, voiture hors service, on a été obligé de partager la même chambre à  l’Auberge Napoléon, un hôtel pourri.

•8, Saint Michel, fête des charcutiers et du boudin. Avec Nénesse, le roi de la saucisse, on invite deux trois boudins et on fait la fête. Parfois mon pote chirurgien nous rejoint.

•11, Armistice de la 1e Guerre mondiale, la Grande Guerre. J’attends qu’il n’y ait plus personne au monument aux morts pour aller trinquer à la santé de ces pauvres gars qu’on a vraiment pris pour des cons. La veillle, je vérifie que personne n’a donné un nouveau clairon au garde champêtre.

•21, Saint Maur, fête des charbonniers. Sans doute à cause de son teint basané. Mon pote Maure (Ahmed), de Clermont-Ferrand (Auvergne) nous fait le couscous pendant que sa frangine nous fait la danse du ventre, complètement bourrée. Labourer la bourrée, la bourrer, c’est la joie du paysan.

•22, Sainte Cécile, patronne des musiciens. La Cécile en question n’apprécie guère le 21 juin, mais la mienne, une gentille fille qui cultive les Soissons, cuisine un cassoulet dont elle a la recette et que nous mangeons de concert, jusqu’au concert final. Brave Cécile, contre laquelle des voisins portent plainte tous les 22 novembre au soir pour tapage nocturne.

•25, Sainte Catherine, fête des nunuches, des jeunes filles mal dégrossies, donc des filles mères. Un petit viron sur Internet, un demi boniment, et l’affaire est dans le sac. D’accord, des fois c’est un vrai sac, ce qui n’est pas une raison pour ne pas la fêter.

27, réunion de l’Amicale de la Pétanque, retour. Buvette.


DÉCEMBRE

•1e, Saint Éloi, patron des agriculteurs, des orfèvres, des financiers des Limougeots. et surtout des distraits. Annuaire en main je cherche les Dagobert. Pas une mince affaire, mais il y en a. Facile à imaginer ce que leur disent au téléphone le gamin du maire, celui du garagiste et celui du pharmacien qui se marrent comme des bossus. J’ai honte de les initier à de telles sottises.

•4, Sainte Barbe, fête des artificiers. Tu mets une grande barbe à Nicolas, et je te garantis qu’on peut le confondre avec Atchoum. Non, c’est plutôt à Robert Hue que tu mets la barbe pour faire Atchoum. Le Nicolas, ça ferait plutôt un honnête Grincheux. Donc fête aussi des Nicolas. Sans les cadeaux, on n’est pas en Alsace.

•5, Journée nationale d’hommage aux “morts pour la France” pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie (parce que dans ces deux pays c’était pas la guerre, rien que des combats). Je fais quoi pour fêter ça ? Couscous royal (invention bien de chez nous) et tagine… aux pruneaux, c’te blague. Arrosés (référence aux sulfateuses qu’on utilise plus lors des campagnes militaires que celles vinicoles) de Boulaouane ou de Sidi-Brahim. Le thé à la menthe ? N’y pensez même pas.

•7, mon anniversaire, que je fête dignement en mairie et à l’oeil. Je ne suis pas premier adjoint pour rien.

•8, Fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Qu’on ne me dise pas que les miracles n’existent pas. Quant à ma petite sœur, elle a beau fricoter avec des salopiots qui n’en veulent qu’à son corps de DS 19 (elle a le même pot d’échappement), c’est le contraire : impossible d’avoir le moindre gamin. Ceci dit, avec les salopiots en question, il vaut mieux. Le soir du 8, je l’emmène au bal loin de son patelin, je lui fais faire un cinéma de tous les diables à draguer les ploucs du coin, et  j’attends qu’ils lui glissent un truc salace pour leur faire la morale devant leurs parents effondrés : « Vous avez pas honte de vous comporter ainsi avec une jeune vierge toute de pureté ? »
C’est aussi la fête des Lumières de Lyon, dont on attribue l’origine à je ne sais quelle histoire en relation avec l’Immaculée conception. Billevesées : c’est tout simplement un hommage aux frères Lumière.

•13, Sainte Lucie, fête des électriciens. Fallait y penser ! Je téléphone à des plombiers pour leur souhaiter une bonne fête. C’est quoi ces conneries, me répondent-il systématiquement, c’est la Sainte Lucie, patronne des électriciens. Désolé, leur réponds-je, je ne n’étais pas au courant.. S’ils ne sont pas à faire leurs devoirs débiles, les 3 garnements se joignent à moi. L’instruction et l’éducation, c’est aussi ça.

•25, Noël. Je refais le coup du lundi de Pentecôte (voir le mois d’Horsembre). Grève du père Noël qui refuse de faire le pitre à l’arbre de Noël de la mairie, si Noël est un dimanche. Je le remplace alors au pied levé, installe les minots sur mes genoux, demande à leur mère de venir près de moi et leur raconte des bêtises qui les font minauder. J’adore.

•26, Saint Etienne, premier martyre de la Manufacture d’Armes éponyme devenue célèbre depuis que le malheureux y perdit la vie lors d’un essai d’une arme à feu destinée à chasser le loup (la chambre d’explosion ne put supporter la présence de trop nombreux bars, contrairement aux employés de ladite manufacture qui levaient facilement le coude, et ils avaient raison).

•31, Saint Sylvestre, fête des Forestiers, ONF, bûcherons. Et nains à la con en train de scier un tronc d’arbre en pâte d’amandes. D’où la bûche de Noël, comme quoi on n’est pas à une semaine près. Les entrepreneurs du coin viennent pour les étrennes. Celles qu’ils me donnent pour les obtentions de marchés.


HORSEMBRE ou OUTOFF

•Mardi gras (47 jours avant Pâques), début du Carême, que j’observe scrupuleusement si ma mémoire ne vacille pas. Je me mêle à la foule joyeuse qui s’égaille promptement dès l’instant où j’enlève mon masque. Les petits enfants pleurent, les femmes se roulent à terre en s’arrachant les cheveux, tandis que les hommes les plus courageux s’arment de courage pour mieux fuir. Le terrain dégagé, je récupère les cheveux abandonnés dont je ferai perruques, moustaches et autres horreurs poilues qui iront agrémenter les masques de l’année suivante, que je vendrai au prix fort.

•Mercredi des Cendres (46 jours avant Pâques), début du Carême. Fête des crémateurs.

•2 jours avant Pâques, Vendredi Saint, férié en Alsace et en Moselle. La veille, je prends le fiacre pour m’y rendre. Un jour à de plus à me la couler douce, ça ne se refuse pas.

•7 jours avant Pâques, Dimanche des Rameaux. Que ce soit les Rameaux, ça n’est pas évident, mais que ce soit un dimanche, rien de bien surprenant, Pâques étant aussi un dimanche. C’est cette année le jour de la Remise de mes  Palmes académiques, cérémonie à laquelle, bien qu’étant convié, je n’irai pas, ayant mieux à faire, un vieil ami musicien devant interpréter L’Entretien des Muses et La Poule à la cathédrale de Clermont-Ferrand, Auvergne, comme le Saint Nectaire.

•Dimanche de Pâques. Comme son nom l’indique, c’est un dimanche dont le calcul de la date fait appel à de sacrés érudits. De honte, je me cache, je fais l’oeuf, je rentre dans ma coquille.

•Lundi de Pâques. Je sors de ma coquille.

•Jeudi de l’Ascension. J’achète tous les magazines sur l’alpinisme, m’installe dans l’ascenseur de mon immeuble et les bouquine. Les autres occupants de l’immeuble sont partis au grand air, grand bien leur fasse.

•Pentecôte. 50 jours après Pâques, suivie du lundi de Pentecôte, bizarrement 51 jours après Pâques, c’est dingue. Si ça gaze, promenade au cimetière pour voir les feux follets.

•Lundi de Pentecôte. En dehors du fait que c’est le lundi de Pentecôte, c’est aussi la journée de solidarité envers les personnes âgées. Je me grime, me vieillis et fais le miséreux bien propre sur lui à la sortie de l’église. Les flics me ramassent ivre mort en début d’après-midi. Recette : une cinquantaine d’euros et une crise de foie doublée de la fin de ma crise de foi. Qui ne dure que le temps de dessaouler.

•Jeudi qui suit la Trinité : La Fête Dieu. Je prie, c’est tout. Qu’on me laisse vivre comme je l’entends.

•Fête du Malwid, chez les musulmans. Commémoration de la naissance de Mahomet. Ce jour là, je pose un voile pudique sur mes pensées et un autre en kevlar sur mes intentions. Bref, je prie et ne bois que du thé, même pas à la menthe.

•Laïla Al-Bar’h, la nuit du pardon, chez les musulmans. J’en profite pour faire deux trois conneries la veille : elles seront pardonnées.

•Le Ramadan. Le jeûne, chez les vieux ou pas. Chance extrême ou magie ? Le soleil finit toujours par se coucher.

•L’Aïd el Fitr, qui marque la fin du Ramadan. La fiesta, quoi. Que dis-je, la nouba !

•L’Aïd-el-kebir, en souvenir du sacrifice demandé par Dieu à Abraham. Je sens déjà les effluves de la pauvre bête qu’on sacrifie sans lui demander son avis. Mais faut reconnaître qu’un bon méchoui vaut mien un petit sacrifice.

•Pourim, où le peuple juif fut sauvé de l’extermination fomentée par Haman, cet archétype du mal et de l’antisémitisme. Je ne mets surtout pas  le costume de vizir que je me suis offert pour Halloween, évite de dire que je suis originaire de Suse, et décline toute proposition concernant un apéro à base de gentiane.

•Pessa’h, qui célèbre la sortie d’Egypte et l’ouverture de la mer Rouge. Le coup de Moïse, j’ai beau essayer chaque année, ça ne marche pas. À mon avis, c’était un affabulateur. Ou un magicien de music-hall.

•Roch Hachana, début du nouvel an, jour du jugement de la Création et du couronnement de Dieu comme roi de l’univers (qui n’a rien à voir avec le sacre de Monsieur univers). Ce jour là, je fais profil bas : on ne sait jamais. Ce qui ne m’empêche pas de me livrer à quelques libations.

•Yom Kippour, jour de jeûne et d’expiation du peuple juif. Jour quasi funeste où je renie ma foi juive en priant Dieu (sans intermédiaire), pour qu’il me pardonne. Dès que ça m’arrange à nouveau j’y reviens, tête suffisamment basse pour que ça passe. Jusqu’à présent, ça a marché.

•Hanouka, commémoration de la victoire des Hasmonéens sur les Syro-Grecs, et de la ré-inauguration du saint Temple de Jérusalem, avec le miracle de la fiole d’huile. Remplaçant la fiole d’huile par une fiole de Cognac VSOP de 30cl, j’ai cru pouvoir tenir 8 jours. Las, las, ô vie cruelle : 8 minutes plus tard, par je ne sais quel anti-miracle, elle était plus vide que ne l’est d’intelligente vivacité l’oeil torve d’un animateur de télé réalité.

•Saint Jean Foutre, fête d’une extrême mobilité, qui couvre une grande part du calendrier.

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Près de 130 obligations sociales dans l’année. Je n’en reviens pas moi-même. Plus de 4 mois, certes pas à temps plein, mais quand même, à sourire, faire semblant, organiser, dynamiser, animer, chérir, présider, embrasser, fêter, commémorer, inaugurer, saluer, honorer, visiter, compatir, fraterniser, encourager, féliciter, applaudir, discourir, serrer des mains, embrasser et supporter les léchouilles, célébrer, distribuer des lauriers, prendre des nouvelles des uns, des autres et plus encore des unes, remettre diplômes et décorations… et surtout m’obliger à trinquer ou accepter des cadeaux pour ne vexer personne.
Une vie de dingue et de sacrifices, certes, mais une vie citoyenne.

Et le foie, dans tout ça, me direz-vous ?
Que voulez-vous que je réponde ? D’oie ou de canard, chacun a ses propres qualités gustatives. J’avoue cependant avoir un petit faible pour celui de canard.
Avec un Sauternes ou une vendange tardive du Rhin ?  Mmmh… pas plus que ça. J’aime autant un paillé de Queyssac. Ou du Jura. Cependant, un Beerenauslese de chez Pieroth, finalement, je dis pas non.


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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Citoyenneté : une vie de sacrifices tournée vers les autres

  1. PATRICK dit :

    AH….interessante lecture pour moi (plein d’expression idiomatique a etudier)
    qui me laisse finalement avec la sensation que mon calendrier Californienne est en manque d’occasion a levee les verres en sequence profond…bravo.

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