Au feu les pompiers : une histoire à la DSK

Il y a quand même des choses rigolotes dans la vie. Comme celles en relation avec l’effet papillon, ces bêtes qui papillonnent. Tu fais un petit truc anodin et zou ! la face du monde en est changée. Pas pour tout un chacun, encore heureux, mais pour quelques uns qui tout à coup voient leur avenir s’assombrir. Quand ça se met à paillonner dur, les effets qui en résultent sont rarement bénéfiques, mais peut-être sommes-nous davantage enclins à relever les effets catastrophiques que les autres, c’est bien possible.

Tu prends ta douche tranquillement, tant qu’à faire à poil, comme on te l’avait appris lorsque tu étais gamin, et voilà que s’ouvre la porte de ta modeste suite. Qu’est-ce là ou qu’est cela ? t’interroges-tu en te demandant quelle formule des deux convient le mieux. Faisant fi de cette interrogation, car préférant consacrer ton activité mentale et physique à ce qui se passe réellement, tu sors de ta salle de bain pour satisfaire ta curiosité bien légitime. Tu n’attends personne, d’autant que tes amis et relations savent que, dans un instant, tu embarques pour un vol qui t’amènera outremer où tes activités professionnelles vont te retenir quelques jours. Il ne peut s’agir que d’un intrus, rat d’hôtel ou pire, un journaliste au courant de ton déplacement pour une conférence au plus haut niveau. Quelques gouttelettes d’eau s’accrochent encore sur ta peau hâlée qui met en évidence ta musculature stature d’homme important et cette obscure beauté qui pousserait la gente féminine à bientôt glisser dans l’urne un bulletin à ton nom si, briguant à tout hasard un poste à haute responsabilité, tu te présentais à une quelconque élection. Le hâle te sied, tu le sais, et c’est ce qui t’a poussé à t’acheter une superbe voiture que tu décapotes pour bénéficier du moindre rai de soleil. Ce que des envieux frappés de vulgaire t’ont récemment reproché, tu ignores pourquoi, d’autant qu’il y a belle lurette que tu roules dans de belles bagnoles. Rouler dans une Clio ? Pour se faire traiter bêtement de démagogue ? Merci.

Tu es à la bourre. L’avion n’attendra pas.
La porte, ça n’était qu’une femme de chambre. Entrée comme ça dans tes humbles pénates, dans cet hôtel, pas n’importe lequel, où pourtant on te connaît –tu n’es pas n’importe qui, ça se sait et tu le sais– et le personnel ne peut ignorer ta présence. Les erreurs, mêmes grossières, ça arrive, mais ici… Encore heureux que tu n’étais pas à batifoler avec une belle, comme cela aurait éventuellement pu t’arriver, ou pire, à parler en toute discrétion d’un point sensible et confidentiel avec un interlocuteur dont la présence pourrait être ébruitée, à son grand dam.

Elle te regarde, le regard fixe, derrière lequel se passe quelque chose, tu ne sais quoi. Elle semble préoccupée, mais en cette heure c’est le cadet de tes soucis.
Pas plus gênée que ça la femme de chambre fait mine de s’activer à on ne sait quelle tâche, papillonne en silence pendant que tu enfiles tes vêtements. Rigolos le noeud dans ses cheveux et celui de son tablier de soubrette, qui te font penser à des bombyx, va savoir pourquoi.  Merde, je vais être en retard, maugrées-tu en t’activant nerveusement.

Ta veste, ton attaché-case, ton petit baise-en-ville. Tu finiras de boutonner ta chemise dans l’ascenseur. OK, allons-y. Tu croises le regard de la femme de chambre. Bizarre, sa tronche. Celle de quelqu’un qui a une idée derrière la tête.

..

Puis patatras, les tracas. Accusation, police, garde à vue, interrogatoire, enquête. Que tu aurais fais ci, que tu aurais fais ça et que tu te serais fait faire ci et ça. Sous la menace. La tuile.
Ce qui t’arrive, ça s’appelle se faire avoir comme un bleu ou se faire baiser comme un puceau. Tu t’es fais baiser, et ça n’est pas la première fois. Tu ne lis pas la presse ou quoi ? Ça ne t’a pas mis la puce à l’oreille l’histoire de ta Deudeuche ? Et celle du prix de tes frusques de chez Tati. Et tes frasques avec les potes du bistro du coin ?

Tu n’as jamais eu une belle bagnole puissante, auparavant, des belles fringues ? Tes goûts de luxe  et ta tendance à aimer les femmes sont si nouveaux que ça ? Bizarre, hein, que ça fasse les choux gras dans la presse justement en ce moment, une période qui n’a pourtant rien de bien particulier. Si ? Ah… Ces fameux bruits qui courent comme quoi tu te présenterais peut-être à je ne sais quelle élection ? Que tu pourrais même remporter ? Mouais…

Ça sniffe quand même bien un peu les bons copains qui t’auraient dans le colimateur. Plus d’autres moins copains –pas obligatoirement les pires. Une machination, ça n’est pas bien compliqué à monter quand on a le bras long, et Dieu sait si, dans ton entourage il y en a qui l’ont le bras long. Encore moins compliqué quand on connaît les failles de l’adversaire qu’on veut dessouder. Chez certains, la faille c’est le truc en saillie côté braguette. Une descente d’organe, en quelque sorte. Le cerveau.
Enfin, moi, c’que j’en dis… 

Ô joie, pour ceux qui rêvent de te voir rabattre ton caquet. Aujourd’hui ils ont la partie belle et n’ont même plus besoin de lever d’autres lièvres ou soi-disant lièvres. N’ont plus qu’à crier sur les toits qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu ». Pas même crier, murmurer.
Maintenant, va savoir s’il n’y aurait pas eu réellement du feu. Et s’il y en a effectivement eu, misère de misère, putain de toi et saloperies de papillons !

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Au feu les pompiers : une histoire à la DSK

  1. comme le dit si bien François Bayrou, c’est confondant … Bonne journée et bonne continuation, amicalement Nicolas.

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