Ruade dans les brancards et insoumission

Après plusieurs jours où je n’ai pensé à rien à part penser à rien, ce qui n’est pas sans évoquer, donc y faire allusion, ces chemises brunes que vêtirent certains pour mieux faire ressortir la blanche, donc pure couleur de leur peau… j’ai décidé de penser non pas à tout, ce qui m’évoquerait immédiatement d’endiablées parties de belote, mais à pas mal de choses d’ordre philosophique. Ça tombe bien : j’aime l’ordre et la philosophie. Pas l’ordre nouveau que prônent ceux qui rêvent de défiler en rang serré sous l’Arc de Triomphe à la saint Adolph, ni la philo d’un certain philosophe dont les allégations plus qu’allusives ont des remugles de mauvaise choucroute où baigneraient quelques Würste au prépuce impeccable. 

La philosophie et l’ordre du IIIe Reich me font regretter de n’être pas un libertaire fou prêt à accepter d’être exécuté sur l’autel d’une société où le fronton des lieux de culte serait orné de la devise Nacht und Nebel, en noir sur fond rouge. Noir boudin aux ognons (orthographe préconisée depuis 1990 –on n’arrête pas le progrès et l’enculage de mouches), ces machins qui font pleurer quand on les épluche à cause du  propanethial-S-oxyde, et rouge sang, couleur qui symbolise les règles, celles rigides, pas les menstrues.

Je raconte quoi ?
Je ne sais pas bien, mais ne le sais que trop bien. Cette impression de glissade vers une société mécaniste, ordonnée, réglée comme du papier à musique, huilée comme une peau fragile sous le soleil pour éviter le cancer des peaux blanches donc pures (je l’ai déjà dit ?)… Une société propre nette, sans tache, où on obéit sagement et connement à des lois sages et connes  votées en un coup de cuiller à pot, souvent en catimini, par des représentants (de l’ordre) qui rêveraient d’aller plus vite en usant de décrets. Je décrète que ; nous décrétons que.

On te fabrique des bagnoles qui roulent à fond la caisse et si tu ne te déplaces pas à la vitesse d’un escargot à la diète, on te punis comme un sale gosse. On te vend des clopes qui tuent, mais comme on empoche au passage, et pas des fifrelins, on te met des images à la con pour t’inciter à t’arrêter de fumer, démonstration d’une psychologie d’un niveau qui ferait rigoler le moindre rat de laboratoire. On te fait marner pour consommer, mais c’est toi qu’on consomme. On te vend de la merde en boîte, des idées toutes faites qui t’éviteront de penser, de la bouffe qui te fait grossir et une saloperie pour te faire mincir. 85% des personnes qui ont utilisé pour mincir notre merde 100% merdique sont satisfaites et ont perdu du poids. Au cerveau ?
Il faut être beau, il faut être fort (le plus fort), être le meilleur, être en compétition, écraser l’autre. Jusque dans la pub où on érige l’égoïsme en valeur suprême et où, pour que tes petits biscuits soient à toi et rien qu’à toi, tu balances du 10e étage tes gamins, ton conjoint et tes vieux parents que tu retrouveras quelque peu éparpillés sur le trottoir, avec un sourire certes éclaté, mais radieux grâce aux dents d’un blanc éclatant. 
On te préserve, on prend soin de toi, on veille sur ta santé en te refilant des monceaux de mollécules dont personne ne connaît les effets à long terme, on te cocoone, on te berce (d’illusions), on te citoyenne, on te dirige, on te coach, on te relook, on te fait durer le plus longtemps possible : devine pourquoi.
On te manipule.

On t’assure, on te rassure, on te ment, on te mène en bateau mais c’est toi qui paie l’équipage, le commandant et le bateau. On te déresponsabilise, on te prend pour un merdeux, on te dicte ta conduite, on te dit ce que tu dois penser, on te dit comment tu dois t’exprimer, ce que tu dois consommer, ce qu’il te faut avoir vu, lu, entendu…
On t’affirme blanc un jour, noir le lendemain et on t’ordonne d’adhérer à la pensée dominante, l’unique.
On t’interdit d’être toi, on te prive de tes instincts, on te police, on te file, on t’observe, on te filme, on t’écoute, on te dénonce, on t’enferme. 
On t’émascule ou on t’infibule, tu es soumis, et comme un con ou comme une conne tu applaudis. Bravo !

Au train où vont les choses, et encore plus à l’arrière train où on nous dépossède des saveurs de la vie, on n’aura bientôt plus d’autre solution que d’éviter de naître. Car pour ce que la vie risque de devenir…

Alors en ce jour je repense à Popaul le Deuxième avec son « N’ayez pas peur » que je me réattribue en ajoutant « de ruer dans les brancards, d’être vous, d’emmerder joyeusement les gendarmes et la maréchaussée, d’arrêter de se faire chier et d’en chier* ».

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* Comme le prisonnier de cette charmante chanson d’une rare poésie : Dans une tour de Londres.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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