Aimer…

— Germaine… Germèèèèèène !
— C’est quoi encore ?
— J’t’adore.
— Et c’est pour ça que tu me fais v’nir en braillant ? Pis pourquoi tu m’adores, comme tu dis ?
— Pace que j’t’aime bien, et j’t’aime bien pace que t’es ben un peu comme moi. Alors j’t’adore. Sers-nous donc une goutte.
— Sers-là toi-même si tu m’aimes tant que ça.
— Finalement, j’crois bien que j’te déteste.
— Et pourquoi ça, j’te prie ? Ça s’rait-i pas pace que je suis tout comme toi ?
— T’es rien qu’une saleté, ma Germaine. Mais j’t’aime bien quand même. Allez, va, sers-nous un ch’tit godet.

*
*   *

— Nicolas, mon amour…
— Oui, ma Carlita…
— Pourquoi les gens ils ne t’aiment pas ?
— Qu’est-ce que tu racontes là ? C’est quoi encore ces conneries ?
— Tu ne feuillettes pas la presse ? Tu ne regardes pas la télé ? Tu ne lis pas les blogs ? Tu n’écoutes pas les bruits dans les coursives, ce qui se chuchote dans les antichambres ?
— Parce que tu crois que j’ai le temps ? Puis pour ce que j’en pense, hein…
— N’empêche… Tu as vu ta côte d’impopularité ?
— De popularité. Côte de popularité, on dit. C’est comme les sondages, ça ne signifie rien, et je m’en bats l’œil. Ils verront bien.
— Mais qu’est-ce que ça te ferait, si vraiment les gens ne t’aimaient pas, pour de bon ?
— J’en sais rien, et ça serait encore à prouver. Puis du moment que toi tu m’aimes…
— Mouais… Si tu en es persuadé. Faut quand même que j’te dise que, des fois, tu es un peu border-line et que tu me colles un peu la honte. Tu as quand même une légère tendance à prendre les gens pour des imbéciles, y compris tes collaborateurs…
— Je prends les gens pour ce qu’ils sont, c’est tout. Pourquoi crois-tu qu’ils ont voté pour moi ?

*
*   *

— Je n’aime pas les prétentieux, je n’aime pas les obséquieux. Je n’aime pas les nantis qui se la jouent, et encore moins ceux qui n’ont pas un radis, qui valent que dalle et qui se la pètent. Je n’aime pas les bobos, je déteste les bling-bling. J’exècre les radins, les égoïstes, les jean-foutres, les hypocrites. J’abhorre ceux qui font tout pour se faire aimer de tout le monde et ceux qui ont plaisir à se faire détester. Je maudis les pleutres et ceux qui baissent leur pantalon. J’abomine les frustes, les gougnafiers, les profiteurs, les menteurs, les m’as-t-vu.
— Qui aimes-tu alors ? Personne ?
— Si : les gens aimables.
— Et toi, est-ce que tu t’aimes seulement ?
— Tu plaisantes ! Comment veux-tu que je m’aime avec tout ça ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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