C’est à cause des pauvres qu’il y a des riches

— C’est à cause des pauvres –je veux dire ceux qui tirent le diable par la queue– qu’il y a des riches.
— Tiens donc, et pourquoi pas le contraire ?
— Histoire de masse, de multitude. La multitude ne fait pas les lois, mais elle fait loi. Le paysan est plus riche que le ver de terre. Sans lui qui aère la terre, le paysan n’aurait plus qu’à se faire fonctionnaire. Il fait marner les vers de terre, c’est ça le truc, et les vers de terre, ils marchent dans la combine, qu’ils le veulent ou non, pour avoir de quoi bouloter et se reproduire. Esclavagés, qu’ils sont, les vers de terre, tous les vers de terre, et ces cons s’en satisfont. Voilà tout.
— Ils sont combien les vers de terre ?
— À raison d’une moyenne de 1 000 000 à l’hectare, et les terres émergées faisant pas loin de 15 000 000 000 d’hectares, ça fait pas loin de 150 400 000 00 000 000 de bestiaux. 15 millions de milliards.
— C’est dingue ! Qui c’est qu’a calculé ça. Et les fourmis ?
— Dans les 10 millions de milliards, mais je n’ai pas recompté. Puis qu’est-ce que tu viens m’emmerder avec les fourmis. 15 millions de milliards d’individus qui bossent pour 7 minables milliards de bonshommes. Tu vois ça ?
— Ben…
— C’est une image. Sur ces 7 milliards, les plus riches sont 40 millions, même pas 0,6% de la population. Et t’as une idée de ce qu’ils raflent au passage ? Plus de la moitié des richesses mondiales. Tu vois ce que ça veut dire ?
— C’est dingue. Et ici, au Tüpøtegrathai ?
— C’est pas du même ordre, mais c’est le même principe… en pire question écarts entre loquedus et pourvus, pour ce qui est des pays de la région. Avec 10% des millionnaires de la planète qui y résident (plus qu’au Yakmoakiconte et au Blennoragistan), notre joli pays si fier de son modèle social peut aller se rhabiller. En gros, 58 500 000 esclaves et 1 500 000 maîtres. Tu vois le truc ? À une vache dans le prés, 29 250 000 couillons qui remuent terre et ciel pour tenter de se sortir la tête de l’eau contre pour contre 750 000 nantis dont les revenus et le patrimoine ne cessent de gonfler.
— Malgré la crise économique ?
— Grâce à la crise.
— Mais y’a quand même la crise, les caisses de l’état à zéro, et tout…
— Pour la crise, moi, ce que je ferais, c’est de piquer directement et indirectement dans les 1000 Ғ* aux couillons de service, soit 29 250 000 000 Ғ —29 milliards— et 10 000 Ғ aux nantis, soit 7 500 000 000 Ғ —7,5 milliards— que je leur rembourserais, comme prévu et entendu, en puisant sur la cagnotte des 29 milliards. Au nez et à la barbe des vers de terre qui n’ont qu’à trimer. Et ils auraient beau se contorsionner pour essayer d’y comprendre quelque chose, ils n’y verraient que du feu.
— Mouais, pas con. Tu devrais faire ministre. Mais dis-moi, il y a quand même des pauvres qui deviennent riches.
— Tu regardes trop la télé, toi.
— Et dans le reste du monde, c’est comment ?
— Devine…
— Et si les pauvres ils prenaient le pouvoir, qu’est-ce qu’i s’passerait ?
— Tu regardes vraiment trop la télé. Surtout les fictions. Ou pas assez les trucs historiques.

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* Le Flaich, monnaie du Tüpøtegrathai, réévaluée en 2010 et alignée sur le Řot blennoragistanais.
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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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