La glace de la salle de bains : ombre et lumière

Je me suis réveillé, squatté par de drôles de sentiments. Pas habité, qui implique un choix conscient de la part du propriétaire, mais squatté. Drôles, pas marrants.
Parce qu’on se veut homme –l’animal humanisé–, on se veut juste, bon, généreux, s’imaginant de la sorte atteindre le rang d’humain. Cette position obtenue, le miroir nous renvoie l’image de quelqu’un qui, à défaut de se dire « je suis quelqu’un de bien », peut se regarder sans honte. Devoir accompli.
Oubliant la tromperie du miroir dans lequel on ne voit que ce qu’on veut y voir, que ce qu’on sait y voir, que ce qu’on peut y voir.
Satisfait, on s’endort du sommeil du juste, on dort du même sommeil, bercé par ce qui n’est peut être qu’un scénario mis en place pour pouvoir s’accepter ; on se réveille au matin, frais, dispos, heureux d’être. Du moins debout devant la glace de la salle de bains. 

Voulant la clarté pour ce qu’elle nous confère un statut de dignité, on a enfoui nos ombres, nos laideurs, nos instincts, rejetant en cela un pan entier de ce qu’on est profondément, avec nos doutes, nos peurs, nos émotions qui, ne pouvant supporter davantage d’être contenues, et sous l’effet d’un surcroit de pression, émergent un matin.
Ce n’est pas un film qu’on se passe, comme ceux qu’avec délectation on se rejoue pour se faire du mal. Ce ne sont pas non plus des histoires qu’on se raconte, ni des faits qu’on se relate, ni des évidences, ni des vérités, ni rien de tout cela.
Lassitude ?
Alors pour continuer à vouloir gravir les échelons que nous croyons pouvoir nous conduire vers l’humanité, puisque tel semble être notre destin, de temps en temps il nous faut vider notre sac. Sac de merde que nous remplissons jour après jour. J’écris nous, mais il s’agit de moi et non pas de vous, n’est-ce pas ?
Le vider, quitte à montrer et à se montrer ce qu’on est réellement, même si on n’est pas que ça, étant ombre et lumière.


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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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