Invité à la table des Grands, Dieu est devenu sourd

Merci à WordPress et ses jolis flocons qui m’ont inspiré ce texte.

« Tombé la naeîîîge,
Tou né viéndras pas cé soâr,
Tombé la naeîîîge,
Et mon coeur s’habille de noâââr…»
Bribe d’une chanson de SALVATORE ADAMO

Et voilà. C’est l’hiver : je suis transi, mon cœur est froid, ça glisse, ça mouille, et c’est pas pour me vanter, mais ça vente drôlement et si ça continue, va encore falloir dégager les congères à grands coups de pelles. Les SDF n’ont qu’à se tenir cois et les essedéèfes coites s’ils et si elles ne veulent pas recevoir un malheureux coup de ce génial outil excavateur qui les enverrait ad patres, en un lieu où, enfin, ils n’auraient plus à craindre le froid. Amen, Dieu est grand et miséricordieux. Enfin, si on veut.

Tombé la neige, tou né viéndras pas cé soâr…
Voui, car Dieu a beau être d’une infinie bonté, il est sourd comme un pot et ne répondra pas aux suppliques. Et ni ce soir, ni les autres, ni même le lendemain matin, alors que le givre scintillera sur les branches comme autant de lucioles qui se les pèlent au firmament, et dieu sait si ça pèle là-haut, etc., Dieu ne viendra. Tu m’étonnes ! Installé à la table des Grands de ce monde qui l’ont convié à une party, monsieur trône, tchatche avec ses pairs et ne daigne jeter un regard sur ces loquedus qui lui adressent des prières. Sans même lui glisser la moindre pièce, non mais, où va-t-on ? 

Fait pas chaud, mon gars. Fait pas chaud la mère, toi qui essaie vainement de protéger ton gosse de la fourberie de la bise. Toi  dont les lèvres gelées ne pourront ni consoler, ni embrasser ton petit, ce cadeau que tu te promettais de lui offrir et qu’on t’a volé, même celui-là. Te laisser mourir ? Oui, pourquoi pas. Ça fera toujours vendre du papier et ça fera de l’audience aux JT.
La misère gagne, passe par dessus les digues que des responsables du pouvoir, quelque peu éclairés, avaient su ériger, des responsables moins préoccupés de leur propres intérêts que ceux d’aujourd’hui, indignes, hautains, qui font fi des gens du peuple, s’en gaussent, dressent les uns contre les autres en usant de subterfuges raciaux. Misère !

Tombé la naeîîîge, tou né viéndras pas cé soâr… 
Putain de père Noël bourré de Coca-Cola. Tu le prends light, mon cochon impudique, sans regard pour ces autres qui se satisferaient d’un simple morceau de sucre, un rien pour toi, un pas grand chose pour moi, la survie d’un instant pour ceux, exsangues, qui n’ont plus même la force de te rentrer ton orgueil dans la gorge, à grand renfort d’un tranchant de surin.

Alors quoi ? Prier un Dieu définitivement mort pour qu’il fasse quoi ? Qu’il continue à faire le mort et la java ? Et quoi d’autre ? Prendre les armes pour mettre un terme à l’asservissement, avec le risque de se faire enfermer pour atteinte à la sûreté de l’État ?
Non. J’ai un toit, de quoi me nourrir, l’essentiel pour ne pas avoir envie d’offrir ma vie à ces preneurs d’otages, pervers.
Alors avec eux, les laissant dans leur superbe et fermant les yeux sur ma dignité, je fêterai la fin d’année comme il se doit : en fermant ma gueule, en courbant l’échine et en tenant close ma porte à ceux qui auraient simplement besoin de chaleur humaine et d’un bon steak. Surtout d’un bon steak.

Tombé la naeîîîge, tou né viéndras pas cé soâr…

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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