Des farines animales pour tous

Je l’ai dit dans un article précédent : je suis pour la réintroduction des farines animales. Pour tous les animaux, sans exception..

Et pour quelles raisons je me prie ? (expression que je préfère à cette autre “je vous prie” que je trouve rabaissante, n’ayant aucune supplique à adresser à qui que ce soit, d’autant plus si je ne connais pas ce qui que ce soit, individu lambda qui, au demeurant, n’a peut-être pas le pouvoir d’accéder à ma requête.
Pas d’affolement : je vais incessamment fermer la parenthèse). Voilà, c’est fait.

Pour quelles raisons suis-je donc pour cette réintroduction des farines animales, autrement acronymées PAT ?
Parce que c’est économiquement rentable, parce que tout le monde peut en profiter, parce que le stock de futurs cadavres est énorme, parce que c’est plus sain, et parce que c’est tout simplement délicieux. Sans compter que le circuit complet est plus bref qu’un pépin, plus court qu’une paille, et que chacun d’entre nous peut y jouer un rôle majeur. Actif et passif.

Et la morale dans tout ça ? me direz-vous si vous en êtes encore là..
Imaginez : 1963. Je fais mes classes dans la Marine nationale (Pour ceux à qui ça ne dit rien, c’était une période militaire de quelques mois pendant laquelle on apprenait ce qu’est la fainéantise, l’inutilité et l’obéissance aveugle à des hauts parleurs hurlant des ordres en boucle, inutiles et idiots. Ce qui était censé nous faire octroyer la mention “apte au service, au combat et à la soumission”. J’en rajoute un peu, mais c’est pour faire crédible). C’était à Hourtin, département de la Gironde (pas plus que ma voisine), placo-numéralogiqué 33. Une fois tous les dix jours on nous servait d’ignobles pieds de porc baignant dans leur jus. C’est dire. Vous avez déjà vu des porcs se laver les pieds ? Tout, ou pas loin, repartait illico dans de grandes poubelles. Et qui allaient où ? je vous le demande. Direct à la porcherie où les bêtes encore valides, quoi que promises à un avenir plus moins sombre (elles devaient attendre avec impatience le coup de grâce qui leur ferait quitter une vie de souffrances) se jetaient sur ces pauvres restes pour s’en nourrir. Certains bestiaux, pourtant affamés, montraient quelque hésitation avant de se mettre à table l’estomac un rien retourné, ayant sans doute reconnu le pied d’un parent.

C’est pour cela que je parle de morale. La moindre délicatesse n’eut-elle pas été de transformer en farine ces délicieux pieds de cochon ?

Annecdotique ? Oui et non. braves gens, car ouvrez bien vos yeux si vous lisez vous-mêmes ou vos oreilles si quelqu’un vous fait la lecture. Lisez, oyez et réfléchissez aux question qui ne manqueront pas de se poser à vous.

1. Il n’y a pas animal et animal. L’homme est un animal, point. Le pire ? je ne sais pas, mais certainement pas le plus évolué, sauf si on estime que le cochon est l’animal le plus évolué, car nos liens de parenté avec lui sont d’une telle évidence que nous n’avons pas besoin de savoir que nos ADN se ressemblent à s’y méprendre.

2. Les mutations que traversent nos sociétés, soit disant développées, nous amènent lentement mais sûrement à la paupérisation, et nul doute que manger à sa faim ne sera bientôt plus qu’un doux souvenir pour le plus grand nombre. Petite consolation : Les émissions de gaz qui verront leur niveau baisser.

3. Il y a de plus en plus de vieux, et les vieux, on le sait, sont des bouches plus inutiles que les bouches d’égoût, bien que les bouches de pas mal d’entre eux fassent justement penser à une bouche d’égoût. Je le sais, je le vis, et c’est dégoûtant. Nous disposons donc d’un stock de protéines animales inépuisable, car renouvelable.

4. Plus les vieux durent longtemps, plus leur viande est dure. On pourrait la passer à l’attendrisseur, mais les lames de cette merveilleuse machine ne résisteraient pas aux os, sauf exception, lorsque ceux-ci auraient été issus d’une femelle atteinte d’ostéoporose. Il semble plus simple, rentable et expéditif de réduire en poudre les chairs et les carcasses en prenant soin de récupérer, auparavant, les métaux nobles et précieux qui seraient destinés aux industries high-tech, notamment informatiques, ce qui favoriserait la mise en place du projet du siècle : Le Tout Internet pour Tous (voir l’article à ce sujet). Et les dents ? Les vraies feront un émouvant souvenir dans la salle à manger, tandis que les fausses seront recyclées.

L’éthique ? Elle serait parfaitement respectée, et ce, pour plusieurs raisons : de même que concernant les cochons de Hourtin, le fait d’être bouffé leur était délivrance, certains vieux verraient avec joie le fait d’être réduits en bouillie puis lyophilisés. 2. Ainsi transformée, nulle bête ne reconnaîtrait le pied bot de son cochon de grand-père, le foie malade de son ivrogne de père, ni ne remarquerait, larmes à l’oeil, l’absence des organes génitaux de sa mère qu’une totalectomie lui avait prélevés pour en faire des cosmétiques. À condition, toutefois, que les procédés de fabrication soient au point et que les procédures d’élaboration des farines soient respectées. 3. La morale religieuse serait préservée, car l’origine de cette nourriture industrielle n’ayant aucune raison d’apparaître sur les emballages (aucune mention concernant la traçabilité), il ne saurait alors être question de cannibalisme.

5. Les vieux, les vieux. Oui, mais il n’y a pas qu’eux. Ils ne sont pas les seuls à être ces bouches inutiles qu’on transfomera en farines animales. Avec la paupérisation, combien d’improductifs, de chômeurs, de racaille et d’indésirables, tels ces irréductibles qui refusent le Tout Internet pour Tous (preuve irréfutable de leur manque total de citoyenneté) retrouveraient enfin quelque fierté, quoi que posthume, en servant de nutriments à la population.

6. Le traitement pourra se réaliser en local, y compris de façon domestique, sous certaines conditions : il ne pourra être effectué qu’à l’aide des outils estampillés PAT-NF-SGDG, et pour un poids total annuel de matière fraîche (cadavres dont le taux d’humidité sera précisé) ne dépassant pas 5% du poids total de la famille (parents, ascendants et descendants directs). À noter que le coût des outils de transformation pour les particuliers devrait être suffisamment prohibitif pour que ceux-ci rechignent à un lourd invetissement.

Mais où suis-je donc aller dénicher ce tissu d’absurdités ? êtes-vous en droit de vous demander.
J’ai mes informateurs, n’en doutez pas, tous dignes de confiance, je vous l’assure, et étant moi-même digne de confiance, n’ayez aucun doute quant à la véracité de ce qui m’a été rapporté par le vice-président du Syndicat Unifié des Céréaliers –un homme respectable qui a ses entrées et qui est farouchement opposé à ce projet des PAT–, et dont j’ai retranscrit ici l’essentiel des propos qu’il m’a rapportés. Propos tenus lors d’une réunion –secrète, vous l’aurez deviné– entre les grands dirigeants des industries agro-alimentaires (notamment ceux de la filière ovino-bovino-porcine), le Président du Syndicat des Pompes Funestes, et les plus hautes instances de l’État.

Vous avez vu Soleil Vert, film du siècle dernier (1973), de Richard Fleischer ? C’est de la rigolade à côté de ce qui VOUS attend.
Quoi ? Vous n’avez rien remarqué ? Ce VOUS en capitale ne vous a pas interpellé ?
Ça y est ? Vous y êtes ? Vous avez enfin compris pourquoi je suis diablement et irrémédiablement acquis à cette réintroduction des farines animales ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Des farines animales pour tous

  1. André Naline dit :

    Décidément on n’arrête pas le progrès. Où cela nous mènera ?

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