Souriez, vous êtes filmés – Souriez, vous êtes fichés

— Germaiiiiiiine ! T’as entendu dans le poste ? Non mais, c’est quoi ces conneries ? Que la police allait coller tout le monde dans un fichier. Germaiiiiiine, j’te parle… Fichés avec les caméras vidéo, et tout. Et nous qu’on y en a mis, pour les bêtes. Huit qu’on en a mis. Dans le poulailler, dans la grange, dans l’écurie, dans l’étable, à l’entrée, à la sortie. Qu’ils y viennent donc, tiens, les malfaisants !
Fichés, qu’on va être. Ah nom ti Dieu, v’là qu’ça les reprend. Comme en 42, et allons-y ! Ah les cons !
Germaiiiiiiine !
Mais qu’est-ce tu fous donc à te promener en p’tite culotte. Non mais ça va pas des fois ? Tu veux quoi ? Qu’ils aient ta photo dans c’te tenue ? Manquerait plus que ça, nom ti Dieu.
— Y’en a qui sont venus, justement. Pour vérifier que ça marchait, les caméras. Deux, qu’ils étaient. Que j’te les ai expédiés au diable Vauvert. Non mais, pis quoi encore ?
— Si ça continue, c’est dans l’cul, qu’ils vont nous y mettre. Dans le cul que j’te dis. Et allez, zoom sur c’que t’as mangé la veille. Ah nom ti Dieu !
— Paraît même qu’ils vont en mettre dans le poste de télé. Tu allumes, et zou, y’a des salopiots qui voient c’que tu fais. Ils y ont dit dans le poste. Et t’y vois pas, t’y vois rien, que ça serait dans l’écran, la caméra. Qu’est-ce qu’ils vont pas chercher…
— Je sais point où on va, mais on y va. Mais moi, leur connerie de caméra dans la télé, c’est pas demain la veille qu’ils auront ma photo. La télé, je vas t’y mettre un drap noir par dessus l’écran, et ni vu ni connu, j’t’embrouille, et bernique pour qu’ils aient ma tronche. Non mais c’est quoi c’t’idée de tordus ?
— Paraîtrait que c’est à cause qu’il y en a qui volent les identités. 
— Y’en a un, personne risque de la lui voler, son identité. Le Ch’tiot. Et l’autre aussi, le gars de l’Intérieur. Faudrait vraiment être couillon ou avoir envie d’avoir des emmerdes. Non mais t’imagines ?
— J’imagine qu’ils commencent vraiment à nous courir sur le haricot. Je sais pas quel idiot a inventé la biométrie, mais ce gars-là, c’est pas qu’j’en sois sûre, mais j’en mettrais ma main au feu que question identité, ça se posait là. Devait pas être le fils de son père. Enfin, moi, c’que j’en dis…
— Pour moi, les deux zigotos, c’est du pareil au même. Quand tu vois le père du Ch’tiot, je veux pas dire, mais quand même… Quant à l’autre zouave, rappelle-moi, Pasqua l’avait pas nommé directeur général de la police ?
— Si fait. Une sacrée référence, le Pasqua, avec le SAC, le Service d’Action Civique, sa police parallèle. Une milice privée, oui, et pas qu’un peu à droite. Rappelle-toi quand t’étais au Parti…
— Pas qu’un peu à droite, tu l’as dit.  Et le pauvre chéri qui voulait être préfet de police de Paris. L’aurait plus manqué que ça, un nouveau Papon. Va savoir si c’est pas un de ses rejetons. 
— On peut remercier le Jacquot qui l’a envoyé se faire voir, le flicaillon en chef.
— Sauf qu’avec le Ch’tiot qui l’a mis à l’Intérieur… La sécurité, l’identité, l’immigration, et maintenant le fichage. T’as raison, un vrai Papon. 
— À l’Intérieur, peut-être, mais j’te donne mon billet qu’il va vite se retrouver à l’extérieur. Et leur fichier, ils vont pouvoir s’asseoir dessus.
— Ou mieux que ça…

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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