Père Noël, avion, cheminée et feu dans la cheminée

À Noël dernier, j’ai demandé un avion. Au père Noël, bien sûr, dont c’est le job de livrer ce qu’on lui commande. « Et je vais le mettre où, ton cadeau ? » qu’il m’a répondu par retour du courrier. Faut dire que c’est un vrai avion que je lui ai commandé, un vrai qui vole, avec moteurs, ailes et tout ce qu’il faut pour le faire décoller, voler, atterrir. Avec même une bande sonore d’applaudissements si l’atterrissage se fait sans encombres, et une sonnerie aux morts suivie d’un requiem si c’est le contraire. On a le choix, mais il faut le programmer, entre celui de Duruflé, celui de Britten qui fait un peu forteresses volantes et celui de Mikis Theodorakis, mon préféré, et qui, grâce aux droits d’auteur, permet de rapporter quelque argent à la Grèce qui en bien besoin. L’avion, j’ai pris la précaution d’en spécifier les dimensions : 38 x 12 x 35 mètres, pas loin de l’Airbus 320. D’où sa question un peu idiote.
 « En tout cas, pas dans mes godasses », je lui ai répondu. « C’est pas la place qui manque par là où j’habite, ni les autoroutes, ni les aérodromes et ni les parkings de centre commerciaux. Quand j’offre des fleurs, je m’arrange pour offrir le vase qui va avec, alors tu fais pareil, et voilà tout. »

Et le 25 décembre 2011 au matin l’engin était livré, avec papier cadeau et bolduc dont je me serais bien passé. J’ai appelé les potes, me suis mis aux commandes et on a fait un petit viron dans le coin, histoire de voir si tout était ok, et tout l’était. Tout ou presque.
« C’est où, le barbecue, pour les brochettes ? » m’a demandé Néné. Néné, c’est toujours lui qui fait les grillades. Roger et moi on a cherché partout : rien. Rien non plus dans le mode d’emploi en coréen, à moins que Julie ait mal traduit, peut-être à cause de la différence qu’il y a entre le coréen du sud qu’elle connaît sur les doigts de la main, et celui du nord dont elle a bien entendu parler mais qu’elle n’a jamais entendu causer. 
« Tes brochettes, t’as qu’à les faire au four » lui a suggéré Roger. Roger, c’est pas le genre à manquer de sens pratique, ni d’à propos.
Eh bien croyez-le ou pas, on n’a pas trouvé de four. Et j’aime autant vous dire que les godiveaux et les merguez crus, sans Cognac pour les faire passer, c’est pas gagné si tu es délicat. Heureusement, c’est pas le Cognac qui manquait, ni le reste. Francine, la femme de Néné, il a fallu qu’elle aille au refil, et elle a pas pu s’empêcher de se dégueulasser de la tête aux pieds. « C’est où qu’est la salle de bains » qu’elle braillait. Le caprice qu’elle a fait quand elle a vu qu’il n’y avait qu’une douche.  

On est rentrés, avec les applaudissements enregistrés et ceux de la bande quand j’ai posé le zinc sur le complexe sportif qui jouxte le parking de l’hyper marché, celui en bordure d’autoroute. 
Puis on a écrit une bafouille au père Noël, pour l’an prochain. Qu’il me livre un vrai zinc et pas un truc de touristes de seconde zone et de troisième classe, avec four, baignoire, congélateurs bourrés de denrées, bar digne de ce nom, et etc. J’ai souligné etc.
« Oublie pas le barbecue  » m’a dit Roger. « Et tant qu’à faire, une cheminée. Un feu de cheminée, c’est classe, et on se les gèlera pas, parce que là-haut, c’était limite ».
Carlita, la femme du maire, que pour la charrier on appelle Georgette à cause de son répertoire de chansons réalistes, se voit déjà, guitare en mains, pousser la chansonnette devant l’âtre dont les braises rougeoyantes frémissent, tandis que le bel engin fuselé pénètre dans les hautes couches d’une atmosphère glaciale et y glisse comme un skieur sur une alpestre mer de glace enneigée, ou comme un bulletin de vote dans l’urne républicaine d’une nation elle-même en train de glisser vers d’insondables abîmes. Carlita qui, comme si de rien n’était, entonne un requiem lied à la louange de Saint-Nicolas qu’elle confond avec le père Noël.
« Je lui demande combien de stères de bois ? » ai-je lancé à l’entour.
— Cinq ou six, mais du bon ; de l’exotique. Ça tient le feu, l’exotique.
« C’est pas faux. Mais faudra pas oublier les allumettes. Je veux bien m’en charger » nous rassure Carlita qui s’y connaît question allumage.

Le temps passant bien vite, Noël sera promptement là. Noël prochain. D’ici là, j’aurai fait agrandir le conduit de cheminée pour la livraison. Déjà que pour l’avion, ça a tiqué dans le voisinage…

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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