Pas de balle perdue au bal des Burschenschaften

Dieu, je veux bien qu’il soit sénile, depuis le temps, mais il pousse le bouchon un peu loin. Aucune balle perdue au bal des “Burschenschaften”, mais plusieurs dans pas mal de coins, au Sénégal, en Libye, en Syrie surtout.

Un bal masqué ? Que non, mais une brochette du gotha néo-nazi au bal des “Burschenschaften", à Vienne. Et en avant la zizique !

Quand j’ai appris que la Marine avait débarqué à Vienne, cité connue pour ses bals et ses viennoiseries, un doute m’est venu quant à mes connaissances en géographie concernant l’Autriche. Sortant mes cartes, y compris celles d’état-major (car après tout, de petites mers intérieures pourraient s’y dissimuler) je n’y ai pas identifié de flaque d’eau suffisamment grande pour avoir le droit d’être qualifiée de mer, et à part quelques ports de plaisance comme Bregenz sur le Bodensee, autrement nommé lac de Constance, les seuls autres porcs sont les nazillards nostalgiques du IIIe Reich, qui aimeraient mener la danse à leur façon en rétablissant l’ordre. Nouveau, à nouveau.
Aucune force navale n’ayant pu débarquer en Autriche, et encore moins à Vienne, je me suis rendu à l’évidence : il l’agissait de l’agitée l’énergique Marine Le Pen.
Tout de noir froufroutée, pour faire couleur locale (les popelines et autres serges brunes étant résevées aux uniformes) notre Marine nationale-iste, a répondu, non sans joie, à l’invitation des gentils organisateurs. 
Las, que ne fus-je invité moi-même.  J’aurais pris Marine dans mon bras gauche, le seul libre (l’autre étant pris par l’exécution du salut hitlérien). Nous aurions eu l’insigne honneur d’ouvrir  le bal aux accents du Horst-Wessel-Lied –l’hymne officiel des SA et du parti national socialiste des travailleurs allemands. Fièvreusement acclamés par le gotha du néo-nazisme, du négationnisme, et autres extrêmismes de droite, nous aurions virevolté dans l’aura d’un Adolf Hitler grandeur nature qu’un émule d’Arno Breker aurait sculpté dans du savon produit à partir de graisses humaines. Droits campés dans leur dignité guerrière, de jeunes et valeureux guerriers balafrés portant oriflamme noir, rouge et or auraient repris de leur voix mâles le chant glorieux. 

« Le drapeau haut
Les rangs bien serrés.
La SA défile
D’un pas calme et engagé !
Les camarades fusillés par le Front rouge et la Réaction.
Marchent en esprit avec nous dans nos rangs !

La rue est libre
Pour les bataillons bruns.
La rue est libre
Pour l’homme de la SA !
Des nuées habitées d’espérance vénèrent la croix gammée.
Le jour de la liberté
Et du pain se lève.

Pour la dernière fois
L’alarme va être sonnée
Pour le combat
Nous sommes tous déjà prêts
Déjà les drapeaux hitlériens flottent au-dessus des rues
La servitude ne durera plus longtemps. »

Dans l’assistance, des poitrines gonflées d’orgueil auraient fait étinceler sur de splendides chemises brunes ou noires de magnifiques emblèmes nazis. Tant de beauté et une telle communion m’auraient sans aucun doute fait verser un torrent de larmes. De même matière que ces emblèmes : du toc.
Puis, tandis que le bal aurait battu son plein, chacun étant occupé à valser en vidant moult chopes de bière, plongeant la main dans la poche gauche de mon long manteau de cuir noir, peut-être me serais-je saisi de mon Lüger P08 pour en finir avec toutes ces conneries.

Mais voilà,  Dieu en a voulu autrement, m’interdisant l’accès à ce bal des Burschenschaften et me privant du même coup de la charmante compagnie de Marine et de ses amis du Vlaams Belang belge, du Jobbik hongrois ou de l’Ataka bulgare, ces fervents supporters de la peste brune.

La semaine prochaine, Bachar Al-Assad donne un grand bal à Damas. Mon grand manteau de cuir noir ne fera pas l’affaire, c’est sûr.

Quelques sources :
Les cercles de l’Autriche ultra
Un bal qui donne la nausée
Madame Le Pen et les nostalgiques autrichiens du IIIe Reich

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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