Nomades, migrants, exilés, sédentaires, confort, sécurité, profit

 

Découvrant l’agriculture, des hommes se sont implantés sur des territoires qu’ils ont déclarés être les leurs. Guidés par leur besoin de sécurité il s’y sont établis, ont dessiné des limites territoriales, ont inventé le droit de propriété, ont développé des industries pour s’assurer confort et sécurité. Ils ont inventé puis mis en place des religions, des politiques, des économies et des administrations pour pérenniser ces droits et acquis, en s’appuyant sur un appareil policier coercitif. Ils ont inventé, construit, fabriqué, pillé la Terre, s’enrichissant sur son dos.  
D’autres ont continué à courir la Terre, ne glanant que ce dont ils avaient besoin pour la courir. Réfractaires à la sédentarité, la notion de frontière et de profit leur échappant, leur espace de vie s’est réduite à une peau de chagrin que les sédentaires grignottent comme ils grignottent les forêts tropicales. Traqués, expulsés, affamés, ils n’ont  d’autre choix pour survivre que celui illusoire de se déplacer sans cesse et toujours plus loin. 

Avec la mondialisation, les immigrations et exils aux causes multiples (politiques, économiques, climatiques…), un nouveau type de nomadisme se met en place, avec la toujours même attente : trouver mieux ailleurs. Le nouveau nomade s’engage dans une aventure, prend des risques, ce qui lui demande énergie, courage et implication. Son territoire est la Terre toute entière et la notion de frontières lui est étrangère. Mais lorsqu’il débarque dans un lieu hors de son lieu d’origine il devient l’étranger, “celui qui apporte du désordre”. Sa présence en tant que grain de sable dans les rouages plus ou moins bien huilés de l’Établissement –je parle bien de l’Establishment– est supportable tant qu’il est en nombre restreint et qu’il présente un intérêt économique pour ces pouvoirs établis. Qui procède à des aménagements, des réparations hâtives, et  “on fait avec”. Si la quantité de nomades, immigrés ou exilés sociaux augmente, la machine se grippe puis finit par exploser. On la démonte, on en extrait les grains de sable qu’on estime coupables, mais leur identification étant ardue, c’est souvent en masse que ces étrangers sont accusés de sabotage ou terrorisme et qu’on les expulse. Mais où ?
Seuls certains –à condition qu’ils contribuent à l’enrichissement du lieu d’accueil, qu’ils se plient à aux règles du sédentarisme et se modélisent sur les accueillants– sont invités à rester. Transfuges du nomadisme, ils intégrent les valeurs de leurs hôtes ou s’arrangent avec, par intérêt personnel bien compréhensible, finissant parfois par renier leurs origines en se persuadant que les seules normes acceptables sont celles qui sont devenues les leurs. Minorité parfaitement intégrée et acquise une fois pour toute au sédentarisme, au profit et au confort qu’il apporte, ils usent alors de leur nouvelle position pour, avec leurs maîtres, repousser outre frontières les cohortes de ces nomades qui les épouvantent.

Aujourd’hui, avec cette course effrénée et stupide au mieux être et à la longévité, la Terre, exsangue, est devenue trop petite pour tous : les nomades des temps modernes, dont font aussi partie les “exilés sociaux”*,  n’y ont pas leur place. Par crainte de ne pouvoir continuer à s’empiffrer, les nations boulimiques et obèses les accusent, les vouent aux gémonies, leur ferment la porte, les envoient au diable Vauvert ou mettent en place ce qui les fera disparaître, corps et biens. Phénomène qu’on retrouve à l’échelle des régions, des villes, des villages, car peut-être bien en est-il issu…

.

* Les frontières intérieures existent aussi, avec des lieux inaccessibles à certaines catégories de la population qui sont purement et simplement rejetées et bannies.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans environnement, obscurantisme, intolérance, petites gens, politique, économie, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.