Boîte de Pandore, Grèce, FMI, BCE – par Jean-Michel THIBAUX

Pandore est grecque jusqu’au bout des ongles. Zeus la créa pour se venger des hommes. Sacrés Grecs ! Ils entrèrent dans l’histoire avec le rusé Prométhée qui vola le feu aux Dieux. Ce crime donna naissance à la belle et tragique Pandore façonnée par les mains habiles d’Héphaïtos et la magie d’Athéna. Cette dernière l’éveilla à la vie et lui apprit l’art du tissage. Puis elle reçut le don musical d’Apollon, la beauté d’Aphrodite, l’art du mensonge d’Hermès et la jalousie d’Héra. Quand elle se maria à Epimethée, Zeus lui offrit deux boîtes mystérieuses dont une qui contenait tous les maux de l’humanité : la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion et l’Espérance.
Bien qu’elle eût promis à Prométhée de ne pas ouvrir la boîte, Pandore ne résista pas à la tentation de voir ce qu’elle contenait. Ainsi se répandirent tous les maux sur la terre, sauf la trop lente Espérance, qui ne put s’échapper avant que Pandore terrorisée ne rabattit le couvercle.
Ce mot espérance me turlupine depuis que je surine ma cervelle à propos des questions de l’antiquité grecque. À l’évidence, ce mot à été mal traduit dès l’origine. Littéralement, il signifie l’attente de quelque chose, que les savants ont contracté en espoir. En affinant la traduction des textes anciens on obtient en fait l’appréhension. Je pense que Pandore n’a pas refermé la boîte assez vite et que l’appréhension a submergée la Grèce, l’Europe et le monde depuis la nuit des temps. Cette appréhension, les Grecs la vivent en première ligne, mais ils n’ont rien perdu des talents de Prométhée, et à défaut de voler le feu de l’Olympe, ils s’emparent des millions d’euros qu’ils ne nous rendront jamais. On ne peut pas leur en vouloir. La faute en incombe au FMI, à la BCE et aux banquiers véreux qui s’enrichissent au détriment des plus démunis, à l’inculture et à l’irresponsabilité de nos politiques ivres de gloire et pouvoir.
Une simple plongée dans l’histoire grecque aurait ouvert bien des mirettes et donné à réfléchir avant de tomber dans la spirale infernale des emprunts et des dettes. Le plus bel exemple nous vient d’Edmond About qui fit publier La Grèce contemporaine en 1854, après un long séjour au pays d’Aristote et de Platon.

« Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.
La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute. Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier sont en déficit. Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté, et qu’il aurait tenté sans succès.
Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur. Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays ; et, une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer. Aujourd’hui elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.
La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes, qu’il fallut descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt ; mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’État, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre. Depuis que l’État s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas.
Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l’État, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point, comme chez nous, les intérêts de l’État. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent… »

 Cent soixante et dix ans se sont écoulés depuis la rédaction de ce texte, et rien n’a changé sous le soleil grec. Alors mes chers amis banquiers, n’espérez pas récupérer vos millions, mais attendez-vous à être payés en nature : en huile d’olive, unique richesse d’un pays en voie de disparition.

JEAN-MICHEL THIBAUX

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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