Quand j’arrêterai d’écrire des âneries…

— Si j’étais à ta place, j’arrêterais d’écrire des conneries. Les pensées s’évaporent, les paroles s’envolent, les écrits restent, et selon ce qu’ils racontent, ils stagnent et cocottent.
 — Mouais, c’est pas faux, et c’est vrai que ça pue, des fois. Mais moi, si j’étais à ma place, je n’aurais même pas besoin d’arrêter d’écrire des conneries puisque ce serait fait depuis longtemps. D’ailleurs, je n’en aurais jamais écrites. En penser à foison, je ne dis pas ; en dire quelques unes, je veux bien, juste du bout des lèvres, des petits murmures de rien du tout à peine audibles ; mais en noircir des rames de papier, surtout au prix où ça coûte…
 — Faut pas exagérer non plus : le papier c’est pas donné, mais c’est pas la mer à boire, surtout si tu écris recto-verso. 
 — Je ne parle pas du prix du papier, mais de ce que ça coûte, de ce que ça en coûte d’écrire des âneries et des vacheries à la vache comme à la va comme j’te pousse : tirage de gueule, brouille, procès et autres gentillesses. Bref : à écrire des conneries, un jour ou l’autre il faut en payer le prix.
 — Sinon, à la limite, tu peux écrire sur la tranche. C’est plus discret.
 — À la limite de quoi ? De la taille de la loupe ? Tu te vois, toi, crayon dans une main, loupe dans l’autre, ta feuille fixée dans je ne sais quoi, à essayer d’écrire sur la tranche d’une feuille sans déraper ?
 — Ah oui, parce que habituellement, tu ne dérapes pas ? D’accord, mieux vaut avoir une bonne vue, une bonne mine bien taillée et tout le tremblement, mais surtout ne pas avoir la tremblotte. Maintenant, rien ne t’empêche d’écrire sur plusieurs tranches, et même sur toutes les tranches en même temps. Tu prends ta rame de papier, tu la taques comme il faut, tu maintiens les feuilles ensemble, et le tour est joué. Je peux te prêter des serre-joints.


 — Super ! Et s’il y a une vacherie de courant d’air une fois les serre-joints enlevés ?
 — Tu numérotes les pages, c’est tout. 500 feuilles à remettre dans l’ordre, c’est pas le Pérou !
 — Sauf si je les ai numérotées sur la tranche. Et pour ce qu’on écrit sur un ordi, on s’y prend comment, d’après toi ? Imagine que j’aie un blog et que j’y écrive des conneries, je m’y prends comment, d’après toi, pour écrire sur la tranche ? Elle est où la tranche ? Et les feuilles, je fais comment pour les taquer ?
 — Ben…
 — De toute façon, je m’en fiche et m’en contrefiche.
 — Tiens donc et pourquoi ? 
 — Parce que je ne suis pas à ma place. Je ne l’ai jamais été et ne le serai jamais. Elle est prise, ma place ; elle l’a toujours été. Je l’ai jamais eue, ma place. Alors les conneries, c’est pas demain la veille que j’arrêterai d’en écrire.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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