Vote aux élections présidentielles : un choix cornélien

Je sais pas vous, pour qui vous allez voter, j’en sais pas plus pour moi, et je suis pas sûr que vous le sachiez pour moi, mais au cas où ce serait le contraire, soyez gentil de me le dire, ça peut m’encourager à faire la queue au bureau de vote ce dimanche qui vient, plutôt que de la faire au PMU, de toute façon y’a pas plus de chance que je gagne d’un côté que de l’autre. Le tiercé, c’est comme le Loto  où j’ai laissé plus de plumes sergent-major, à cocher les cases, que n’importe quelle poule en laisse, mais pas des majors, dans la gueule du renard. Non, je promène aucune poule en laisse. Remarque, le bestiau en question, je parle du renard, avec le calamus (le machin qu’on dirait une paille pour boire le sirop grenadine, mais sans trou, alors le gamin, il te fait une de ces comédies), ça lui fait des cure-dents pour pas cher, sans compter que pour en rajouter à ses ruses de sioux et tromper l’ennemi, les barbes des plumes, y’a pas mieux.
Deux canassons en course sur la tripotée nomminée, plus le troisième –une vache de jument que pour la monter vaut mieux pas oublier la cravache– qui compte les points, et qui, contrairement à ce que certains pensent, je le sais, avec le neurone qui leur reste, n’est pas là pour tenir la chandelle. Canassons ou coqs, jument ou poulette, des produits industriels, formatés et normalisés pour des clients peu exigeants plus enclins à avaler une bouffe sans goût ni grâce que des mets délicieux. Pas tout à fait de la pouletaille pour de la valetaille de basse cour, mais pas loin.  Ce qui compte en politique, je dis ça d’après moi et aussi d’après ce qu’on raconte au bistro, preuve que je suis pas le seul à penser comme ça, c’est de bien goupiller les choses pour faire croire aux électeurs que le père Noël c’est pas du flan, que la Vierge Marie l’était, et que moins tu manges plus tu engraisses. Tu balances des chiffres, tu pourcentes, tu noies le poisson, tu étales ton insignifiance, tu prends un air atterré face à l’autre pas plus idiot que toi mais que tu rends idiot par la tronche que tu fais en le regardant. L’autre, mon gars, c’est comme qui dirait ton miroir. Il fait pas très net ? Je suis bien d’accord, mais ne compte pas sur moi pour le nettoyer, ce putain de miroir. Fait rien qu’à dire des menteries ? Ben c’te blague ! Comment veux-tu qu’il en soit autrement quand on prétend être le meilleur des meilleurs, et il faut bien ça pour gouverner un pays, non ? Parce que, enfin c’est ce qu’on dit au bistro, avec les potes qui sont pas plus couillons que moi, le gars, c’est pas de gouverner qu’on lui demande, hein, c’est de présider. Et c’est déjà pas tant rien. Mais que ce soit l’un ou l’autre, c’est bien de commander qu’ils causent. Et que JE te ferai ça, et que JE déciderai ci, et que JE, JE, JE. C’est pas l’humilité qui les étouffe, c’est bien dommage. Moi Je.
 Tiens, rien que pour devenir, je sais pas, pape, par exemple. Tu vois ce que c’est, pape ? Le gars avec son chapeau de clown à la con et son bâton de berger pour ramener les brebis égarées, c’est autre chose que le Justin, moi je dis. Il a fait comment pour se faire élire ? Il a prié ? Il a demandé un coup de main au bon dieu ? Mon cul, oui. Il a ourdi de la complotaille, il a promis le paradis, et crois-moi, les emmerdeurs qu’étaient sur son passage, il les a mutés à pétaouchnoque dans une fonction pépère où il peut à loisir laisser venir à lui les petits enfants. Le train de vie, c’est vrai que ça se mérite, alors faut pas tergiverser. Le train de vie et le pouvoir qui va avec, ou le contraire, c’est comme tu veux. Et je sais de quoi je parle, parce qu’il faut que je vous dise, la présidence du club bouliste du patelin, d’après vous, je l’ai eue comment ? Vous croyez que ça s’est fait comme ça ?

Maintenant, me faites pas dire c’que je dis pas, comme quoi les gars qui veulent faire président ou même ceux qui veulent faire députés ou se faire élire là où ils veulent… oui, me faites pas dire ce que je dis pas, et comptez pas sur moi pour le dire, des fois que votre mauvaiseté vous ferait rapporter que des trucs hors contexte où je dirais, par exemple, que c’est rien que des incapables, alors qu’ils sont pas que ça. J’en connais, ils sont tellement pas capables de faire quoi que ce soit qu’ils sont même pas capables d’être des incapables. Si je vous le dis…
 Bon, faut pourtant bien être gouvernés, sinon, c’est la chienlit, surtout pour çui qu’est pas président et pour ses petits copains, parce que, ils vont vivre de quoi, hein ? Je vivrais de quoi, moi, si j’étais pas président de mon club bouliste, et je boirais quoi tout seul dans mon coin ?
 Alors c’est pas moi qui risque je leur jeter la pierre, et comme la chienlit j’y tiens pas plus qu’à un tien vaut mieux que deux tu l’auras, dimanche, je ferai mon devoir d’homme libre et j’irai voter pour rester libre, que nos aïeux, ils se soient pas battus pour rien que ce soit à la montagne, en Gironde ou même à la Bastille. J’en ai un, d’ancêtre, un arrière-arrière je sais pas bien quoi, mais ça lui collerait la rage de se rendre compte qu’il s’est fait couper la tête pour rien par des moins que rien qui votaient même pas, tu m’étonnes qu’il y ait eu la révolution.

Je m’emporte et je m’en porterai mieux dimanche soir quand tout ce bastringue sera fini et que le peuple aura mis un des deux sur le trône, avec la télé qui aura tout filmé, que ça fera une audience de tous les diables. En attendant, je sais toujours pas quel bulletin je vais glisser dans l’urne, que ça me fait tourner en bourrique.

J’ai fait ça à pile ou face. Vous me croirez ou pas, par vingt fois la pièce est tombée sur la tranche, et c’est pas de souffler dessus que ça l’a fait tomber d’un côté pas plus que de l’autre. Si je le dis c’est que c’est vrai, et si c’est vrai, c’est que c’est possible. Sur une table en verre, je dis pas, et rien qu’une fois ça aurait tenu du miracle, mais sur du sable ça n’a rien d’extraordinaire. Non, j’étais pas à la plage, je n’avais pas le cœur à ça, vous pensez. J’avais surveillé des gosses en train de jouer dans le bac à sable. C’était dans le jardin d’acclimatation où je suis allé baguenauder pour me préparer au changement et réfléchir pour qui je voterai. Une urgence, m’avait dit le curé qui les encadrait. Un des gamins qu’a envie de faire pipi. Faire pipi, je te jure ! Alors j’avais gardé les mouflets, le temps que le curé réapparaisse, un rien pâlichon, sans doute la peur qu’un des gamins se soit cavalé, on sait jamais, les gamins ça a de ces idées. 
Après j’ai voulu faire ça à la courte paille, mais va arracher les plumes d’un volatile au su et au vu des promeneurs et devant les gamins. Sûr qu’il y en a au moins un qui aurait fait son caprice pour plumer un bestiau pendant que d’autres se seraient mis à chialer. C’est pourtant pas les pigeons qui manquaient. Petit, petit, petit… piou, piou, piou. Même une colombe.
Seigneur dieu, fais-moi un signe, que je sache pour qui voter. 10 balles, ça m’a coûté, pour un cierge électrique que rien ne me dit qu’il s’est pas éteint dès que j’ai eu quitté l’église où j’étais entré pour me poser les fesses un instant.

Du coup je me suis rendu au bistro, demander aux potes de la pétanque ce qu’ils en pensaient. On a fait ça aux dés, pendant que les deux zouaves vendaient leur camelotte à la télé. L’a d’abord fallu qu’on s’entende. L’as, pour Sarko, le 2 pour Hollande ont dit Nénesse et Robert. Et pourquoi pas le contraire, je leur ai dit avec Bob. Bob, son vrai nom c’est Robert, mais comme Robert était dans la bande avant lui, on l’appelle Bob. L’as pour Hollande, le 2 pour Sarko. On jette chacun 10 coups, on fait le total, et le tour est joué.
Faites ça au Pastaga, a suggéré le patron, pas con., en alignant 4 fois 10 Pastaga. La première équipe qui descend ses godets décide, et basta.
Et tu le crois ou pas, on y était encore à deux heures du mat. Autant d’as que de 2, du 100% ex-æquo. On aurait mieux fait de prendre le 3 pour Sarko et le 5 pour Hollande, ça n’aurait pas traîné.  Alors on a décidé d’un commun accord de voter blanc. C’est ça, le consensus.

C’est après que je me suis avoué que, quand même, les élections, c’est du sérieux, et on joue pas avec ça. Il y en a qui se sont fait tuer pour le droit de vote. Faut que j’y réfléchisse, je me suis dit, pensant à cet adage qui dit que c’est de la réflexion que sortent les décisions.
Et plus je réfléchis, plus je me demande si, dimanche, je ferais pas aussi bien de me faire le concours de pétanque du patelin d’à côté. L’an dernier, Bob et moi, on avait terminé 3e. On était repartis chacun avec un poulet que ceux de Bresse ils peuvent aller se rhabiller. 

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Vote aux élections présidentielles : un choix cornélien

  1. dithyrambique dit :

    Texte complètement à la masse. Quel plaisir, depuis le temps que je n’étais pas venu. On en veut encore.

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