Histoire de balles perdues

J’ai commencé à dresser une liste de tous les misérables salopards –les oligarques et leurs valets– qui profitent des loquedus, je veux parler des gens du peuple, ces riens qui ne comptent que par la part de misère qu’on leur inflige en leur volant la plus grosse part du fruit de leur travail, leur santé, leur dignité, leur âme et, au final, leur vie.
Comme lorsque, gamin, on s’empare d’une encyclopédie ou d’un dictionnaire où un premier mot nous renvoie à un deuxième qui nous expédie à un troisième dans lequel on en pêche d’autres qui nous feront passer une nuit blanche… le premier nom m’en a amené un deuxième, qui m’en a évoqué des nuées d’autres, gonflant ma liste d’une façon exponentielle.

Lorsque je me suis rendu compte du nombre de balles perdues qu’il faudrait pour débarrasser la terre de cette engeance, et sachant qu’une balle perdue ne peut trouver son utilité qu’à la condition qu’un chanceux et heureux hasard y mette son grain de sel,  je me suis dit qu’on n’était pas sorti de l’auberge et que ce n’était pas demain la veille qu’on serait libéré de ces voyous : infâmes grands argentiers et capitaines d’industrie qui exploitent femmes, hommes et enfants, les affament ou les empoisonnent, pillent les ressources naturelles et s’arrogent droit de vie et de mort sur la gent animale : barbus hallucinés cracheurs de venin ou coupeurs de gorges au nom d’un dieu qu’ils assassinent ; chefs de guerre et marchands d’armes qui fomentent les conflits et profitent sans vergogne des tueries dont ils sont responsables ; gurus vendeurs de rêves creux ou trafiquants de drogue qui se font leur beurre sur les cauchemars de leurs clients qu’ils tiennent en main ; gouvernants bouffis d’orgueil, psychopathes imbéciles aux mains entachées de sang, qui s’accrochent à leur pouvoir autoritaire, totalitaire, dictatorial comme une sangsue s’accroche à quelqu’un qui se noie…. J’en oublie.

Vraiment pas sorti de l’auberge. Du coup j’y suis resté.
Les chambres y sont coquettes, fraîches et propres. La table y est simple et bonne. Le vin y est honnête.
La patronne de l’Utopia –c’est le nom de l’auberge– est gentille et serviable. Elle est juste un peu fatiguée. Sans doute à cause des longues soirées passées à refaire le monde. Avec ses hôtes.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans affaires, commerce, activités, allégorie, éthique, consommation, Folie, petites gens, politique, économie, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.