Rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire, ça a donné c’t’année. Pas même trois mois de vacances, ma boîte aux lettre, pour une fois, aussi bourrée que ma concierge. Rare.

«  Faudrait quand même voir à faire suivre vot’ courrier, m’sieur Walenstein » qu’elle m’a sermonné, façon indirecte dans sa barbe, entre deux renvois. «  Ça se croit tout permis –blurp–, mais sont en France, faudrait pas qu’ils y oublient. » En lui décochant mon plus beau sourire je lui ai répondu, sans détour ni garantie de l’original, qu’une vieille tante yiddish m’avait appris : « Z’e brach t’e fiss ». Pendant que je tournais les talons, je l’avais entendue marmonner « Ah, mais c’est qu’i y’en a qui s’en font pas –blurp–, que c’est toujours les mêmes ». Jehovah merci, un geste totalement inconscient m’avait fait balancer devant sa loge la banane pourrie achetée à l’Arnac-Market du coin.

Je l’avais entendue se ramasser en gueulant : « Merde de merde, ah putain de merde de merde. C’est pas sous Pétain qu’on aurait connu ça –blurp–, putain de saloperie de youpins ».

Deux lettres de mon Trésor public ; autant de l’Eudéèfgédéèef ; trois de mon proprio ; quatre de l’urçafe ; onze cartes postales de rencontres estivales d’occasion(s), qui ne m’avaient coûté que ce qu’elles valaient, donc déjà trop ; trois lettres de mon ex, me rappelant le montant éhonté des pensions que, selon un jugement inique, je lui devais ; quatre rappels divers de factures impayées ; une du ministère de l’intérieur m’apprenant que je n’avais plus de point sur mon permis ; une du sous-ministère me proposant de m’en redonner 3 en échange d’un stage à suivre contre paiement d’une somme impossible à débourser, lettre de ma banque faisant foi ; la dite lettre de ma banque, fort peu aimable au demeurant. Plus dix lettres en réponse aux vingt manuscrits expédiés en recommandé, quatre mois plus tôt, à des éditeurs. Que mes doigts fébriles ouvrirent après avoir balancé à la corbeille à papier le reste du courrier. Après les neuf premières lettres polies, je veux dire faux cul, au contenu facile à imaginer, je m’attendais à ce que la dernière soit du même acabit, erreur.

Chouette papier glacé, classe ! Au parfum d’entourloupe.
Loop Entour Editions. (Ils l’avaient pas fait exprès, impossible.)

Cher monsieur Walenstein, (ce genre de « cher » que j’adore)

C’est avec le plus grand soin non dénué d’intérêt que nous avons lu votre tapuscrit (et non manuscrit, comme je l’avais madadroitement nommé, montrant par là mon inculture). Notre comité de lecture étant actuellement absent, aucune décision définitive n’a été prise, mais je ne doute pas que ses membres donnent leur accord pour publication, d’autant que je m’engage personnellement à soutenir votre livre auprès de chacun d’eux.
Vous trouverez donc ci-joint le contrat exclusif d’édition que vous voudrez bien nous retourner dûment complété, paraphé et signé.
Etc.

Le Etc., c’étaient des précisions censées me procurer ce type d’érection que procure par avance la reconnaissance qui mène à la renommée :
Participation aux grands salons du livre. (lesquels et à quel prix ?) • Promotion auprès des grands médias. (la Gazette de Saint-Gland ?) • Inscription gratuite aux Grands prix littéraires. • Parution d’une page gratuite dans notre site Internet. • Distribution par de grandes sociétés de distribution, parmi les plus sérieuses, en librairie et grandes surfaces (dont Arnac-Market, Pièjac-Price ?) • Impression de 500 exemplaires avec réassortiment rapide. • Droits d’auteur d’un montant de 10% au-delà des 500 premiers exemplaires et des deux premiers 1000 de réassortiment (très rentable !) • Participation aux frais : 5000 € pour les 100 premiers exemplaires comprenant corrections, mise en page, conception couverture par nos graphistes, plus 1000 € le cent pour le suivi. Règlement : 30 % à la commande, le solde dès parution (sous 6 mois)…

Et pour vous, monsieur Walenstein, en cadeau de bienvenue Avantage Client : 500 marque-pages offerts, plus une remise de 10% sur le prix d’achat de VOS LIVRES.

Bref, un contrat d’une clarté exemplaire et du plus haut intérêt. Que j’ai finalement décidé de ne pas signer.
Ça les aurait fait boîter de m’offrir une casquette et un t-shirt avec leur logo ? Les rats !

Il m’a quand même fallu 3 kilos de plâtre pour combler cette putain de boîte aux lettres. J’ai fait ça vite fait pendant que la concierge faisait son marché. 
Tout le monde, dans l’immeuble, pensera à un stupide acte d’antisémitisme. Pas impossible, alors, que le nom de la concierge soit évoqué.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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4 commentaires pour Rentrée littéraire 2012

  1. Très instructif cet article. Les éditeurs ne prennent pas le temps de lire ton bouquin mais ils te proposent un contrat. C’est normal puisque c’est toi qui va devoir risquer ton pognon sur des ventes aléatoires où ils ne feront aucune promotion ! Sympa de te filer 500 marques pages qui t’auront coûté au bas mot 1500 Euros, soit 3 Euros le marque page et un monceau de dettes ! J’espère que tu es en train de lire au moins 500 bouquins, sinon c’est pas très utile…Enfin je pense que tu as eu bien raison de bétonner ta boîte aux lettres !

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