De Grenoble à Albertville, après la pluie

Hier.
Route de Grenoble, 38000, à Albertville, 73200. Les codes, c’est bien, quand il y a du brouillard. Tu roules, tu vois une bagnole immatriculée 69, tu sais que ce ne sont ni des savoyards, ni des dauphinois. Rien que des gens du Rhône, avec de fortes chances pour qu’ils soient de Lyon, 69000. Lyon centre, s’entend. Lyon, la ville aux trois rivières : le Rhône, la Saône, et le Beaujolais, ça coule de source. Que quand tu as libationné un peu trop, c’est le brouillard. D’où l’utilité des codes, ou des phares, si c’est la nuit et que tu es en pleine mer, perdu, et qu’elle est grosse comme une truie qui va mettre bas, ou une ânesse qui va mettre bât, elle aussi, pov’bête, à qui on donne des charges à porter plus lourdes que celles d’un ministre. Je dis ministre, parce qu’au jour d’aujourdh’ui, comme le disent ceux qui pensent en rond et pléonasment à tout bout de champ qu’on a du mal à voir, à cause du brouillard, ils s’en voient, les ministres, à languir des montagnes de paperasses qui leur cachent celles de bons cailloux. Charges rendues plus lourdes à cause d’un mauvais arrimage, sans compter que  mener à bon port un navire est bien difficile lorsqu’on navigue à vue.

La combe de Savoie. Une vallée où se prélasse l’Isère quand il n’a pas plu depuis perpète, et où elle courre lorsqu’il a plu plus de je ne sais combien de millimètres de flotte en plus que la normale saisonnière.  Ça flottait une heure plus tôt. Une poigne de fer, sans doute divine, a déchiré les cotons crasseux et délité les œils de boeuf au beurre noir qui donne l’air fatigué. Le soleil s’est mis de la partie. Effet de loupe sur toute chose. 18 heures. Franges d’or sur l’étoupe qui tamponne les sommets du Grand Arc. Les mauves se font fleurs, les gris redoublés, amulettes. Les bruns sauvages, Sienne, orpâles cuivrés, jusqu’au rose petite culotte des années 50 se la jouent cornes d’abondance à souligner les arcades épilées des cimes. Le plâtre des neiges se fait acier en fusion, s’inversent les reliefs, deviennent arêtes de monstres marins les sillons enrochés. Plus bas, les arbres se sont époussetés, ne masquant plus rien de l’été finissant, comme de l’automne revenu à la vie. Qu’est-ce qu’il est tombé hier ! 

La voiture roule à tire d’ailes. Le Charvin nous appelle. Les Himalaya sont d’ici.  Les brumes éclairent le Nanga Parbat, lui offrent une présence insoupçonnée. Nous le gravissons. Il disparaît sous nos pas : le soleil vient de se coucher. Batterie à plat.

C’est encore loin ? demande un gamin qui nous accompagne.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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