Un voyageur immobile

Voyageur immobile, je bourlingue sans errance ni perte de temps à retrouver mes bagages, les remplir, les défaire, les refaire encore. Quel fichu temps fera-t-il, quel autre attendu ne fera-t-il pas ? Les plis de mes frusques n’attendent rien d’un fer à repasser, les mailles de mes gilets, chandails, pulls ne connaissent ni ne connaîtront la ronce, ni la balle perdue mal jouée par des gamins en uniforme trop grand et godillots éculés, ni la lame perfide d’un fou de dieu. La soif ne me touchera pas, ni celle du savoir, ni celle de la sagesse, ni celle de vivre, tout de même bien surprenante. Le Simoun, autant que l’Autan, ne m’arrêtera ; nul vent ne m’emportera, nul grain de sable ne viendra se fourrer dans l’oeil cyclonique du zinc, celui à réaction qu’aucun tarmac n’attend. Hors celui si peu bruyant de l’œuf dur sur le comptoir, pas de crash, pas de larmes ou de cris de joie d’héritiers fatigués d’avoir fait le pied de grue, enfin récompensés de tant de prévenance et d’attention. Pas de valise perdue, pourtant si bien étiquettée, nom, prénom, adresses adroitement écrits de ma plus belle plume, celle Sergent-Major de mes cauchemars d’enfant. Plusieurs adresses qui m’éviteront de ne point ne pas me perdre.
Je voyage, seul parmi les seuls, sur les dunes marines qui sèchent dur aux soleils d’hiver, glaçons, cling, ou iceberg, bang, naufrage. Je suis goélette, sinon goéland. Gabian lorsque je me fais bandit à chier sur les mouettes avant de leur tordre le bec et le cou, enfin, j’aimerais qu’il en soit ainsi, rêve pieux du fond de ma couche, quelques feuilles d’un arbre à pousser si une graine folle et libre se plaît à se laisser germer, là où, pense-t-elle, elle le pourra.
Je ne bouge pas, respire à peine, par crainte de créer le souffle d’un alizée naissant qui m’obligerait à embarquer. Je ramène la couverture, la remonte jusqu’au front, j’ai froid. Comme un voyageur immobile.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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Un commentaire pour Un voyageur immobile

  1. BARRAL La Mite dit :

    Une magnifique poésie qui m’a enchantée.
    Encore!
    Bravo
    La Mite

Les commentaires sont fermés.