Un grand, mais court voyage

Je pars en voyage. Dans ma tête : des allumettes ; des croquettes pour le chien qui ne manquera pas d’accompagner ma solitude, celle des jours trop chauds, trop froids, trop faim ; des sornettes pour exciter le système auditif du serpent qui saura bien m’accueillir ; des lunettes (je me méfie de celles ouvertes à toute chair dont j’ignore provenance et état de propreté) ; des galipettes ; des salopettes, au cas où je tombe en panne. Dans ma culotte : une goulotte ; une chouette hulotte ; de la parlotte ; des galipotes ; de la camelote ; une charlotte aux fraises que ma couturière aura pris soin d’ourler de soie et de passementer d’hermine au cas où les nuits soient aussi fraîches que ce qu’on prétend, s’agissant de celles sahariennes ; une gibelotte ; une belote et rebelote pour tromper l’ennui, n’ayant rien d’autre à tromper depuis que celle qui m’épousa m’a trompé. 
Je crois que c’est tout. Pour ce qui est de ce que j’ai fourré dans ma tête et dans ma culotte.
Je marche, tentant d’éviter la crevaison qui me ferait renoncer. J’erre avec but, le but de mon errance étant une errance sans but. Les fraises de la charlotte résistent mal à la température, tant pis, je me satisferai d’un brouet qu’améliorera la chouette, si elle veut bien se prêter à ce festin avec bonne grâce. 
Acte manqué d’une tête de linote, je n’ai pas la moindre gouttelette d’eau, mais qu’à cela ne tienne : mon envie de vivre aura raison de ce besoin de se désaltérer en telle circonstance. 
Dans mon sac : la poignée de mon sac que je viderai avant de passer à l’acte XIII, scène 22 ; une corde pour me pendre si je trouve un arbre suffisamment vert pour qu’il ne rompe pas au choc lorsque je renverserai d’un habile coup de pied le tabouret ; ledit tabouret qu’il me faudra penser à sortir à temps du sac ; un miroir pour contempler ma face de tête de veau ravigote, saturée d’échalotes, excellent anti-cancéreux.
Ne me manque plus qu’une maladie mortelle pour que j’arrête d’avoir envie de mourir pour l’excellente et suffisante raison que je ne comprends rien à la vie. Devrais-je cesser d’ingurgiter autant d’Amaryllidaceae ?

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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