Un stage de spiritualité de haut vol

« L’enfer ne sera pas complet avant que vous n’y soyez. » 

Proverbe écossais

Je suis revenu de l’enfer, que dis-je des Enfers. Un petit week-end de répétition avant, un jour, un long, voire éternel life-end.
“Stage infernal” qu’ils avaient écrit sur un flying de haut vol –PQ recyclé, avec empreintes permettant une bonne traçabilité– Je cite :

« Depuis que vous êtes né(e), vous êtes à deux doigts de mourir, et cela peut vous arriver d’un moment à l’autre. Si c’est aujourd’hui, il est trop tard pour bien faire, mais si c’est pour demain ou un peu plus tard, nous pouvons in-extremis vous accompagner dans ce voyage de vie à trépas qui vous conduira, n’en doutons pas, en enfer. Pourquoi en enfer ? Parce que vous êtes des pêcheurs, comme pas loin de 100% des êtres humains. Autant dire que vous allez souffrir et que vous souffrirez d’autant plus si vous n’êtes pas préparé(e). Se préparer à vivre l’enfer, voilà ce que vous propose ce stage. »

Avec la précision : « ouvert à tous ». Plus une autre concernant le lieu : Âshramgram Piképikékolégram. Avec un nom pareil, j’aurais dû me méfier, las !

Vous auriez fait quoi ? Moi, je me suis inscrit en versant 25% d’arrhes, soit la modique somme de 1000 €, ce qui n’est rien comparé au stage “Croisière au Paradis”, dont les frais d’inscription (arrhes de réservation) d’un montant de 3000€ étaient à verser en espèces sonnantes et trébuchantes. Ayant plus de chances de faire partie des pas loin de 100% des êtres humains qui sont des salopiots, loin d’être un con et ne disposant pas de 3000 € en espèces, j’ai bien évidemment opté pour le week-end “Stage infernal”.

L’animateur : un barbu, sari et catogan, du nom de Shri Dhenlakhol, prétendument moine bouddhiste, décati, qui a dû prendre galons et notoriété suite à un kit d’affaires moins claires que mes urines matinales. La co-animatrice : 75 x 64 x 90, ça existe. Une blondasse roulée comme une Chrysler à la casse, au regard torve d’une limande en manque de citron, que les assidus qui en sont à leur énième stage appellent révérencieusement Ma Trounyshon, sous prétexte qu’elle porte un sari, que ses cheveux blancs dégoulinent sur ses frêles épaules de quasi sainte, titre qu’on lui confère par avance, du fait de ses visions en technicolor et blue-ray et surtout de sa générosité relative au saute-au-paf.

Les conneries qu’on nous a racontées : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » (Samuel Johnson) ; « L’enfer c’est les autres » ; « Mieux vaut régner en enfer que de servir au ciel » ; « Je me crois en enfer, donc j’y suis » (du cave Ana) ; « L’enfer c’est l’éternité sans amour » ; « Mieux vaudrait encore un enfer intelligent qu’un paradis bête » (Hugo) ; « Je choisirai le paradis pour le climat, et l’enfer pour la compagnie ». (Marc Twain) ; « L’enfer est l’idée faible que Dieu nous donne volontairement de lui-même » (Bataille) ; « Évidemment il y a un enfer puisque la très sainte Église l’enseigne ; mais la miséricorde de Dieu étant infinie, je suis à peu près sûr qu’il n’y a personne dedans » (Hermann von Keyserling) ; « L’enfer a été fait pour les curieux » (St Augustin) ; « Il vaut mieux garder la nostalgie d’un paradis en le quittant que de le transformer en enfer en y restant » (Jacques Ferron) ; « L’enfer, c’est quand tout sera parfait » (Jean Rostand) ; « La société devient enfer dès qu’on veut en faire un paradis » (Gustave Thibon) ; « Je n’aime pas l’idée d’avoir à choisir entre le ciel et l’enfer : j’ai des amis dans les deux. » (Marc Twain) ; « Si Dieu n’existe pas, je plains ceux qui, pour conquérir là-haut un paradis hypothétique, ont transformé ici-bas leur vie en un enfer de contraintes et de renoncements. » (Philippe Bouvard) ; « Nous sommes ici-bas pour rire. Nous ne le pourrons plus au purgatoire ou en enfer. Et, au paradis, ce ne serait pas convenable. » (Jules Renard) ; « À partir du jour où Dieu a mis l’homme en présence de la femme, le paradis est devenu un enfer. » (Henri Jeanson) ; « Quand l’homme essaye d’imaginer le Paradis sur terre, ça fait tout de suite un Enfer très convenable.» (Paul Claudel) ; « Et s’il est un être qui avant nous et plus que nous ait mérité l’enfer, il faut bien que je le nomme, c’est Dieu.» (Proudhon) ; « La route de l’enfer est pavée de travaux en cours.» (Philippe Roth) ; « Une vie de bonheur ! Il n’est pas d’homme capable de l’endurer : ce serait l’enfer sur terre.» (Bernard Shaw) ; « L’enfer est un endroit où le cuisinier serait anglais, le policier allemand, le garagiste arabe et l’amant suisse.» (Anne O’nyme) ; « Dieu a créé le mal pour que l’enfer ne demeure pas vide.» (proverbe russe).
Plus d’autres, de nombreuses autres. Je parle des conneries. Pas dans le sens d’un manque de sens, mais dans celui où, participants pourtant émérites, nous étions pris pour d’incultes débiles que de fines citations honteusement empruntées pour pas un rond par nos deux gurus auraient immanquablement transformés en êtres éveillés prêts à affronter l’enfer et ses activités culturelles et culinaires. Gurus qui n’avaient fait référence à aucun des auteurs de ces citations censées nous donner la lumière, celle qui nous permettrait de nous véhiculer dans les ténèbres. Qu’est-ce qu’on peut être con, quand ça semble nous arranger.
Chaque citation péniblement ânonnée par la gourette ou son trou du cul de comparse était suivie d’une méditation autant longuette que silencieuse où il s’agissait de “prendre conscience”. De quoi ? Pour moi et quelques autres, du fait que nous nous étions proprement fait arnaquer ; pour ceux qu’être dans les petits papiers des gurus grandissait, de la certitude qu’ils étaient des élus et, qu’avec un peu de chance qu’un versement en espèces augmenterait, de la possibilité d’éviter la damnation de l’enfer.
Les moutons s’étaient écrasés, tandis que les très vilaines brebis dont je faisais partie s’étaient révoltées et retournées contre leurs mentors les menteurs : nous leur avions pété la gueule, sans autre forme de procès. Sans oublier de récupérer nos fifrelins, plus une honnête compensation, en espèces. Le soir, avant d’embarquer, on s’était fait un restau d’enfer pour oublier la piètre bouffe ingrate plus les tisanes insipides et pisseuses servis dans des trucs innommables en plastoc mou puant.
D’avoir vécu l’enfer du décor m’avait (enfin) fait prendre conscience.
Pour les prochaines vacances, je me suis déjà inscrit à un stage de pêche à la ligne. Dans le Mâconnais, un charmant village du nom d’Orge-le-Vineux. Un patelin sur la Bresbe, une petite rivière d’un poissonneux autant truitesque que biblique.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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