Drame du voisinage, große fatigue et priorités

Trriiinck. 10 heures TTC, heure chrétienne à laquelle j’ai mis le réveil à sonner, l’heure c’est l’heure, surtout avec un réveil made in Germany. C’est qu’il en faut du temps avec tout ce que je n’ai pas à faire de toute la journée. Les réveils, faudrait leur apprendre à mettre eux-mêmes leur sonnerie à la bonne heure. Après tout, ça devrait faire partie de leur attribution, non ?
Heure chrétienne, quoi que protestante, mais de bon aloi et citoyenne, une heure qui évite de faire du ramdam à des heures indues. C’est pas comme d’autres, mon voisin, par exemple, un couche quand il veut, donc tard, et un lève quand ça l’arrange, d’autant plus tôt si ça peut importuner son voisin immédiat, moi en l’occurence, qui déteste l’erstaz de sonnerie Big Ben de son horloge comtoise dont j’entends les tics, les tacs et pire à travers la cloison. Les murs ont des oreilles de mon côté, des lèvres collées à un porte voix, avec une grande gueule, de son côté à lui.
Je le vois passer devant la fenêtre de ma salle de bains. Il s’arrête, jette un regard pas gêné. Je lui fais signe de déguerpir. Autant glisser dans un fiolon, chose impossible, le goulot étant par ma foi trop étroit. L’instant d’après, ce qui fait tout de même quelques secondes, il a quitté le carré de cour de pas deux mètres sur deux qui sépare son logement du mien. Il est entré dans sa salle de bains d’où, c’est sûr, il va épier mes faits et gestes, comme à son habitude, sa sale habitude. Nos salles de bains sont en vis à vis, c’est malin ! Gagné ! Je croise son regard malsain qui passe sa vitre, traverse la mienne et m’observe, la sale fouine. Je me jette sur mon téléphone, un vieux téléphone en ébonite noire : il va m’entendre !
Allo, je lui fais, c’est pas bientôt fini ? Je suis quand même chez moi, dans mon chez moi à moi, et vous n’avez rien à y faire. Alors via, SVP, et à bon entendeur salut ! Sinon… je rajoute menaçant.
Je reconnais, je m’emporte facilement, ce qui a souvent pour effet de ne pas calmer le jeu. C’est ce qui arrive.
Je le vois prendre un broc d’eau, faire de grands gestes désordonnés, ouvrir sa fenêtre. Le temps de comprendre, il balance le contenu du broc dans ma direction. Splash ! Une urgence se dessine qui me fera éponger les dégâts ultérieurement. Le temps d’essuyer vite fait mon téléphone, je balance l’éponge puis enjambe dare-dare la fenêtre de ma salle de bains pour aller secouer les puces à cet abruti. Il m’a vu et referme sa fenêtre sur moi, brisant mon élan. Une fenêtre à une seule grande glace. Passés le drrzzzing et patatras de sa vitre qui explose, je me retrouve face à lui et, faisant fi des éclats de verre qui jonchent le sol et de ceux qui se sont fichés sur mon crâne et partout ailleurs, je le martèle d’injures en le boxant consciencieusement. Je vais pour l’achever lorsque deux mecs balaises dans une drôle de tenue blanche me ceinturent.
Twiiiiiiitt. Je regarde ma montre, une mécanique de précision made in Switzerland dont l’heure s’aligne automatiquement sur l’heure officielle, par signal radio. Très forts, les horlogers suises. Elle marque 10h15, et il ne s’est pas passé plus de cinq minutes depuis que mon réveil a sonné ses 10 heures. Au prix du temps perdu, qu’il retarde de dix minutes me semble tout à fait inacceptable. Made in Germany ou pas, je ne vais pas en rester là.

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans Folie, littérature, nouvelles, contes, société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.