Cherche Noël. Désespérément.

Bientôt Noël, déjà, encore une fois Noël. Si j’apprends que ce le sera encore d’autres fois et pour toujours, jusqu’à ce que je disparaisse, je me fous en l’air. Sans cesse, tous les 25 décembre, voilà qu’on nous ressert ça. Et va savoir si, dans les officines de la connerie, on ne nous prépare pas, en douce, un deuxième mois de décembre.
Et dire que, tant que je vis, puisque je n’arriverai jamais à me foutre en l’air –je me connais–, je vais me farcir ça jusqu’à ce que je sois rayé des services… À moins que… À moins que je lui torde le cou, à ce satané Noël. Si j’arrive à lui mettre les deux mains dessus.

J’ai essayé de le débusquer, Noël. dans tous les coins où il est censé se la couler douce, dans toutes les boîtes qui impriment des calendriers de l’Avant, et dans toutes les colonnes des calendriers passés et à venir, sauf celles du mois de décembre, je ne suis pas idiot, je sais que c’est un piège.
J’en ai couru des grands magasins, j’en ai arpenté des hypermarchés, j’en ai usé des semelles au Ministère du temps libre d’où on a fini par me virer à coups de bottes dans le cul. En hiver, ceux du ministère du temps libre portent des bottes pour éviter de prendre froid après leur séance de patinage. C’est qu’on y patine dur, ici. J’ai demandé à droite, à gauche, au centre. Vous croyez qu’ils m’auraient donné des tuyaux ? Rien. A croire qu’ils sont de mèche.
Et les minots imbéciles, combien j’en ai interrogé de ces sales gosses ? Et pour quel résultat ? je vous le demande.
« On l’a vu, on l’a vu! »
« Qui ça ? » je leur ai demandé, en espérant vainement une réponse de chenapans.  « Le Père Noël, le ¨père Noël ! » m’ont répondu les petits cons.
Moi aussi je l’ai vu, le Père Noël, et pas qu’un. « Les pères Noël, c’en est bourré » je leur ai dit. Faible consolation de ne pas mettre la main sur Noël, en voir chialer deux trois m’a fait le plus grand bien.
J’ai interrogé des gardiens de la paix, questionné des vigiles avec leurs clebs, sans insister. « Couché le chien, pas mordre, au pied le chien. Chien mordre quand maître dire mordre. »
Pas de Noël en vue, rien à l’odeur, rien à l’intuition, rien au pendule. Merde !

Alors, par dépit, j’ai décidé de m’en prendre à ses symboles, à ce foutu Noël.
J’ai commencé par faire de très jolies illuminations avec les chalets bidons de ses marchés. Je parle des marchés de Noël. Paille et bois, ça vaut les feux d’artifice hors de prix et, question durée du crépitement, ça ne craint pas la concurrence.
Boules puantes en main, chapardées du matin, j’ai visité les grands magasins, en ai planqué dans les rayons. Pas n’importe lesquels, mais ceux des boîtes de conserve, que les clients ça en prend une, ça la repose, ça en reprend une ailleurs. Parce que je ne manque pas d’esprit, je n’ai pas oublié le coin vins et spiritueux. De larguer des chapelets de boules puantes aux caisses m’a fait doucement me marrer. Pour les magasins de jouets, ça n’a pas traîné : un mégot fumant glissé dans du papier bourré d’allumettes, le tout glissé entre des boîtes de poupées Barbie. et hop! Rien que le nom Barbie me donne la nausée, allez savoir pourquoi. Mégot et allumettes, un truc qui marche du feu de dieu !

Les bouchers, charcutiers, pâtissiers, écaillers n’ont pas été en reste. Les boules puantes y sont beaucoup plus dangereuses qu’on ne peut l’imaginer. Quelques unes bien placées ont suffi pour créer un vent nauséabond de panique, que j’ai mis à profit pour aller jouer à l’électricien du côté des compteurs. Barbaques, poiscailles, fruits de mer et autres bûches congelées n’y résisteront pas.

« Vous avez trouvé Noël, m’sieur ? » m’a demandé un des gamins croisés tout à l’heure.
« Pas encore, mais presque » je lui ai répondu en lui tapotant affectueusement son petit crâne de piaf.
Noël, s’il y en a qui doivent savoir où il traîne ses guêtres, c’est les pères Noël.
J’en ai suivi un, un vieux, fatigué d’avoir joué de longues heures à être aimable avec les sales gosses et leurs foutus parents. Je l’ai rattrapé sans mal. Je lui ai demandé où je pouvais trouver Noël. « Chacun voit Noël à sa porte » m’a-t-il répondu d’un air las. Je n’ai rien compris, pas plus qu’il n’a compris lorsque je l’ai froidement planté avec une stalactite trouvée sur place. La caillante, ça peut avoir du bon.

Noël, je l’ai cherché, encore cherché, sans le trouver. Je me suis caleté sous un porche en attendant le SAMU social. Ça pèle. Demain serait une dure journée : il fallait que je me repose. Une très dure journée.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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